‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 68 sur 223 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

moins de discours, mais se disposaient àTaclion. Arrivés de leurs manoirs avec une queue passée de mode, et un habit de soie puce ou aurore, on les reconnaissait aux rapières de fer dont ils portaient le nom, rapières qu'avait rouillées le sang des ennemis de la France, et dont ils menaçaient aujourd'hui ce qu'ils appelaient les ennemis de la Bretagne. D'une autre part, les députés du Tiers, assistés et soutenus des corporations, des écoles et du peuple, se réunissaient au milieu de In foule sur la place du Palais, près de l'hôtel de ville, et autour du café de VUnion, devant la statue équestre de Louis XIY.

' Le vent de la Révolution agitait toutes ces têtes, comme un océan près de se déchaîner.

Aux approches du jour décisif, le cahier des réclamalions du Tiers fut cérémonieusement déposé, par Tréhu de Monthiéry,au greffe de la municipalité de Rennes, qui déploya, pour la djcrnière foi», dans les rues, ses échevins aux longues robes et aux toques de velours, avec ses hérauts d'armes aux cottes pailletées d*or, aux clairons retentissants.

Le 28, ce fut le tour des hérauts des Etals : revêtus de leurs riches costumes, brodés d*hermines et de fleurs de lis, coilTésde leurs énormes chapeaux à plumes flottantes, et montés sur des chevaux caparaçonnés de housses traînantes en drap d'argent, brodées aussi de lis et d*hermines, ils annoncèrent à son de trompe, dans tous les carrefours de Rennes, l'ouverture solennelle des Elats de Bretagne.

Le lendemain, les trois Ordres, leurs présidents en tète, se rendirent, séparément, au couvent desConleliers, disposé pour les recevoir*. Lesévéques et les abbés en robes violettes et en rochets brodés, la croix d'or au cou, la mitre au front, — et les Nobles en habit à la française, avec le cadogan poudré et répée à la ceinture, étaient précédés par la maréchaussée, ofGciers et trompettes en tcte. Le Tiers, en bonnets et en manteaux noirs, était précédé seulement par les hérauts.

Le comte de Thiard, présidant au nom du Roi, et portant le grand uniforme de lieutenant général, prit place au sommet du théâtre, dans son riche fauteuil élevé sur un Irône, et abrité d'un énorme dais violet et blanc, semé de fleurs de lis et d'hermines, avec des franges et des crépines d'or. Derrière lui, sur les marches, se rangèrent ses pages, son capitaine des gardes, son secrétaire et ses gentilshommes, — formant comme une double cascade de velours, d'or et d'argent.

Sur deux autres fauteuils non moins riches, à droite et à gauche du trône, s'assirent le président de l'Église et le président de la Noblesse; et sur des bancs couverts de tapisseries, les évoques et les abbés à la suite de leur président, et les principaux gentilshommes à la suite du leur. Le

1 Cet uiiilicc oct'upsil renipiaceiiiciil «le lit rue (|ui va du P.ilnis à la purle Saint -Georges.

reste de ces deux Ordres se répandit sur l'ampliitliéàlre, disposé en retour de chaque côté.

Entin, tout au bas, le président de la Bourgeoisie, M. Uorie, sénéchal de Rennes, se mit devant son accoudoir de serge verle, et le petit groupe du Tiers se partagea quelques bancs de bois, — d*oii il allait s'élancer jusqu'au dais de velours et d'or.

Cette première séance lut consacrée, suivant l'usage, au cérémonial, à la réception des commissaires du Iloi, au discours du président, à la vérification des pouvoirs.

Le lendemain malin, 50 décembre, les trois Ordres allèrent processionnellement a la messe du Saint-Esprit, en revinrent de même au milieu d'une afiluence considérable, et commencèrent leurs travaux par le vote du don gratuit et le renouvellement des fermes. Le Tiers avait résolu de donner sans discussion cette marque de conlianceau Roi; mais une fois les deux votes émis, M. Borie se lève et dit à la Noblesse et au Clergé : — Vous n'irez pas plus loin sans nous entendre.

Et il propose de mettre en délibération les grieFs de son Ordre.

Li Noblesse et le Clergé demeurent sourds, — et s'occupent des commissions intermédiaires.

Le 31, nouvelle sommation du Tiers et nouveau refus des deux autres Ordres, — qui passent à la chilTrature des registres. Une acclamation part des tribunes et engage le Tiers à persister. M. Borie déclare, en effet, que lui et ses collègues ne voteront plus rien qu'ils n'aient obtenu attention et justice.

Le 1" janvier 1789. impuissante devant l'inertie du Tiers, la Noblesse dépêche un courrier au Roi, et menace de fermer les tribunes au peuple, si les tumultes du dehors y pénètrent.

Durant sept jours, le Tiers réitère ses sommations et persévère dans son refus de concours La fermentation des esprits allait éclater en violences, lorsque arrive, le 9, un arrêt du conseil d'Klat qui enjoint à rassemblée de se dissoudre immédiatement, et aux Députés du Tiers d'aller renouveler leurs pouvoirs, chacun dans sa ville.

Dévoués au Roi et sûrs de lui, ceux-ci obéissent et quittent la salle cji silence; mais la Noblesse demeure, se déclare en permanence, et l'intrépide chevalier de Guer propose à ses collègues un serment ainsi conçu :

« Tous les nobles renouvellent par acclamation le serment de demeurer inséparablement liés et uiiis pour la déFense de la constitution, et de la conserver sans céder à des ordres évidemment surpris, en bons et loyaux sujets et serviteurs du Roi; déclarant, sur la foi invariable de leur serment, qu'ils n'entreront jamais dans aucune administration publique autre que celle des Etats, formés et réglés selon la constitution actuelle des

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