‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 69 sur 223 · CHAPITRE CINQUIÈME. iOl · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME. iOl

r^lemenls de cette asscmbli^-e, el qu'ils n'y coopéreronl jamais par leur ]Tésence ni d'aucune autre manière. >

La Noblesse enUèi'e prononça ce serment d'une voix unanime, et avec un élan qui était du moins un vaillant anaclironismc. Ce fut d'avance, et en sens contraire, le serment du jeu de paume de la Bretagne. Mai» les gentilsliomnies bretons ne devaient pas rester les maîtres à Rennes, — comme les députés du Tiers-Ëtat le devinrent à Paris.

En altendanl, la Noblesse reçut aux Cordeliers l'adhésion de l'Église; puis elle rédigea une protestation signée de neuf cent soixante-cinq gentilshommes , et qui doit être citée comme le dernier cri de la nationalilé bretonne. L'arrêt du 3 janvier y était qualifié d'attentatoire aux droits de la Bretagne et de la Monarchie tout ensemble, à l'intérêt du peuple comme à l'intérêt de la Noblesse. « Nous déclarons, disaient en terminant les signataires, que tout changement qui serait fait ù la forme constitutive des Ëtals de cette province, sans avoir été librement délibéré et consenti à l'unanimité par les Trois Ordres , — pour l'avantage de l'un d'entre eux, ~- rendrait lesdits États inconstitutionnels ; — et que si aucun gentilhomme consentait k £tre membre d'une pareille assemblée , quelque nom qu'on lui donnât, quand même il paraîtrait forcé par des ordres qu'un citoyen no doit pas reconnaître quand ils sont contraires aux lois , — nous le rfgardotu comme déihonoré, ef, tout le terment de l'honneur, nous le jugeons Iraltre à

la patrie. La présente déclaration est également prononcée contre ceux qui prétendraient représenter la Noblesse aux États-Généraux en vertu d'une élection qui n'aurait pas été faite dans le sein de l'assemblée nationale de la province. »

La Noblesse et le Clergé adressèrent en outre un mémoire collectif au Roi , — dans lequel ils reprochaient vivement aux ministres de laisser la Bretagne sans administration ; -^ d'encourager les complots et la révolte du Tiers par la tolérance de mille libelles incendiaires; de substituer, en un mot, l'anarchie au despotisme, et la pusillanimité à la violence, c Vous annoncez des Ëtats-Généraux , répétaient les deux Ordres ; mais ils na pourront rien changer à notre Constitution , -*- sans violer Tarticle 22 de notre contrat, ainsi conçu : < Le Roi ne peut promulguer aucunes lois contraires c aux droits, franchises et libertés de la Bretagne, sans le consentement c des États , — quand même ces lois seraient faites pour la généralité du c Royaume. »

c Quant à nous, il est un sacrifice au-dessus de notre volonté comme audessus de notre pouvoir, c'est celui de notre Constitution, i

Historiquement et logiquement, la Noblesse avait cent fois raison. Mais c*est une preuve de plus qu^en fait de politique , la logique aboutit quelquefois à l'immobilité, c*est^à-dire à la mort. Certes, les gentilshommes bretons eussent été de meilleurs hommes d'État, s'ils eussent compris que le jour de

l'avènement du Tiers et de l'unité française était arrivé Inébranlables

comme le granit de leurs manoirs et comme les chênes de leurs forêts ; — ^ invariables dans leur antique devise: — Potiiis mori quàm fœdari ! i\s aimé* rent mieux mourir, en effet , que de sacrifier leur manteau d'hermine. Nous l'avons déjà dit : ce fut une grande erreur , mais ce fut une erreur glorieuse,— glorieuse du moins pour tous ceux que nous verrons, fidèles à leur serment, tomber en héros ou en martyrs sur le champ de bataille ou sur la guillotine.

Cependant, les Communautés s'assemblaient, suivant l'ordonnance royale, pour renouveler les pouvoirs de leurs députés. Prévoyant qu'ils allaient revenir plus forts qu'auparavant, la Noblesse appela le Parlement à son aide, et celui-ci, non moins âpre à la teneur des constitutions, désobéit à son tour au Roi , en défendant toute assemblée de Commune. Les assemblées n'en furent que plus nombreuses et plus ardentes; et le Parlement, déjà suspect , se vit enveloppé dans l'impopularité de la Noblesse. Pouvaitil, d'ailleurs, faire respecter son autorité, au moment même où il violait celle du Roi? Ainsi, les esprits tourbillonnaient comme un sable embrasé au gré du simoun révolutionnaire. Suspendue aux États, la lutte conti-^ nuait au Tribunal à coups d'arrêts, à Versailles à coups de députations, dans la rue à coups de libelles. Chaque sentence du Parlement, qui brû'» lait ces libelles, en faisait mitre un millier de leurs cendres. Les lettres

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