‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 70 sur 223 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

du chevalier de Guer au peuple, et les réponses du peuple au chevalier dé Guer, répandues à profusion dans la ville et dans la campagne, enflammaient surtout les deux partis.

Enfin, des insultes on en vint aux coups, et voici comment la chose est rapportée par une relation du Tiers.

Les domestiques du Parlement et de la Noblesse formaient à Rennes une population redoutable et insolente. Soit qu'ils fussent excités par leurs maîtres, soit qu'ils prissent naturellement fait et cause pour eux, ils provoquèrent les étudiants et les l)ourgeois, en faisant parodier à des portefaix en simarres ou en robes noires les délibérations du grand bailliage» ou les assemblées des corporations et des Communes. Puis, afin d'amener la collision qu'ils désiraient, ils convoquèrent le peuple en masse au champ de Montmorin (champ de Mars), au moyen de billets répandus par mille espions, à l'effet de tenter une grande démarche auprès du Parlement.

C'était le matin du 26 janvier. Les bourgeois, prévenus, ne donnèrent dans le piège qu'en petit nombre, mais les valets y entraînèrent sans pçine une foule de curieux. Un des meneurs, Dominique Hélaudais, serviteur de la commission des canaux, s'élance sur une table et s'évertue à prêcher l'assistance. 11 omet adroitement la question politique, il crie contre la misère du pauvre peuple, contre les accapareurs et contre la cherté du pain; bref, il propose de courir au Palais en solliciter la diminution. Ses complices l'applaudissent à grand bruit; il se met en marche avec eux, et voilà tout le monde lancé comme les moutons de Panurge.

Cependant la cour, informée du rassemblement, envoie six conseillers pour le disperser; mais au seuil même du Palais ces magistrats sont arrêtés par nos compères... On les salue avec respect, on leur jette des placets, on crie : Vive la Noblesse et le Parlement! Si bien qu'une troupe d'étudiants sort du café de l'Union pour contempler avec ironie ces ré^ clamants de la Constitution noble. C'était justement là ce que ceux-ci attendaient.

Pleins de joie et de vin, dit la relation, ils échangent avec leurs adversaires des railleries, puis des provocations, puis des coups de poing... Ils s'arment de cotrets amassés dans la rue, envahissent le café, et allaient assommer les étudiants... si la maréchaussée n'était survenue..^ Elle se jeta bravement dans l'émeute avec les commissaires du Parlement. Mais il était trop tard. Le sang avait coulé !

Aux bâtons succèdent les couteaux, les épées et les pistolets. Des combats particuliers s'engagent. Plusieurs gentilshommes paraissent, et, loin de calmer les esprits, les excitent encore. Un laquais menaçait un jetme homme; un garde de ville veut l'arrêter; lui-même est couché en joue par un marquis... On se poursuit, on ferraille de rue en rue, et

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I>lti8 d'une porte qui s'ouvre trop tard ne reçoit que des blessés ou des

Ainsi parle la relation sans doute partiale des bourgeois. Elle accuse HH de Guer de Trémergdt de Kératry Du Bosbnl de Boisgelin, de Uontluc de Bolherel etc Celle dus geni Ishommes nie le complot ; elle affirme que la première attaque vint des étudants armés et cuirassés; et qu un écrit anonyme avait engagé les Ikii rgeois de Rennes à égorger pendant la nuit les nobles logés chez cut On voit, par ces exagérations même, que les têtes ne se possédaient plus, et que les deux partis étaient cap^>les de tout.

Enfin, les combattants su dispersent devant le comte de Thiard, escorté des magistrats et des nobles qui désapprouvent leurs gens.

Aussitôt la cour diminue le prix du pain, autorise la dénonciation des accapareurs, défend aus habitants de s'assembler, et ordonne aux patrouilles d'inearcérer tout porteur d'armes. Mais à peine l'arrêt e8t4l publié, que c'est à qui le violera. Tandis que les gentilshommes tiennent bon aux Corddiers, Moreau et les étudiants s'oi^anisent en Ét^ au petU.pied dans la salle de l'École, — où des membres du Tiers délibèrent publiquement avec eux. — ' Jamais pareille anarchie n'avait bouleversé Reonee. La Noblesse et le Parlement bravaient le Roi. La Rourgeoiuc déchirait la Constitution el foulaient aux pied la justice. Si le comte de Thiard défendait )■ Royauté contre les nobles, il entraînait le Tiei^ i la Révolution; s'il réprimait l'explosion du Tiers, il consacrait la révolte des gentilshommes. Il

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