‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 7 sur 223 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

la poursuit jusqu*à cette demeure, et la menace de Ten chasser à coups de canon, si elle ne quitte à Tinstant la ville. La duchesse en appela au Parlement, qui allait lui donner gain de cause, lorsque, à la façon du lion, Louis XIV mit les trois ducs d*accord, en leur interdisant de paraître aux États.

Toutefois, le règne de Louis XIV vit un progrès du Tiers-État, fort étonnant pour cette époque. En 1667, Dumesnii-Lorido, maire de Nantes, assista aux États de Vannes, l'épée au côté, comme capitaine des capitaines de la Milice bourgeoise. Les Nantais ne manquèrent pas de consacrer le fait, et votèrent à M. Lorido et à ses successeurs «une épée et un porte-épée décents. > Us décidèrent en même temps qu'on réunirait dans la grande salle de la communauté les portraits de tous les maires.

L'aveugle République a détruit cette collection précieuse en 1793, sans remarquer qu'elle s'acharnait contre les portraits de ses ancêtres.

En 1669, Louis XIV manda et ordonna à ses bien amés Nantais, pour une fois seulement, disait-il, et sans que cela pût tirer à conséquence, d'avoir à reconnaître un échevin sans élection (M. de la Morinière). < Car tel était le bon plaisir de Sa Majesté, » Les Nantais ^ plaignirent au Parlement de Rennes. Le Parlement défendit à l'échevin de siéger. Mais Louis XIV ordonna derechef, et il fallut obéir. La Commune et la Cour ne se soumirent toutefois qu*en protestant, pour n'en pas perdre l'habitude.

Le Roi qui devait révoquer l'Édit de Nantes avait facilement vaincu la Noblesse et la Magistrature bretonnes sur le terrain des questions calvinistes; mais un autre débat religieux, presque aussi grave, venait de surgir entre Louis XIV et nos Communes; et celles-ci furent moins accommodantes que les États et le Parlement. Il s'agissait de rétablissement des Jésuites en Bretagne. Les Révérends Pères avaient contre eux l'Église et l'Université, mais le Roi et la Cour étaient pour eux. Victrix causa Diis placuit, sed victa CaUmi. La ville de Nantes résista aussi longtemps et aussi fortement qu'on pouvait résister à Louis XIV. Elle céda enfin en 1671. Les Jésuites, triomphants, prirent possession de l'hôtel de Briord. f^ur installation, toutefois, n'eut pas lieu sans protestations; le Clergé, la Chambre des Comptes et le Présidial refusèrent d'y assister.

Hâtons-nous de dire que la Commune, qui les avait si fort redoutés, ne tarda pas à reconnaître leurs services, et que, grâce à eux et aux Oratoriens, l'instruction devint moins coûteuse au dix-septième stèclo qu'elle ne l'est aujourd'hui.

Ce fut alors que le gouvernement de la province fut confié à Charles d'Âilly, duc de Chaulnes, et que les querelles de la Bretagne et de la Monarchie commencèrent à devenir sanglantes.

Le grand Roi était à l'apogée de sa puissance et de sa gloire, l'Europe entière tremblait devant ses volontés, — lorsque la femme d'un pauvre

menuisier de Nanles appela nos populations à la révolle. Cette femme audacieuse se nommait Veillone. L*épou8e d*un confiseur se joignit à elle pour braver Louis XIV et ameuter la foule. — Mais commençons par expliquer la nature et la cause de Tinsurrection.

Des historiens à Toeil myope ont jugé cette insurrection sans importance, parce que la victoire demeura promptement à Louis XIV. Ils n*ont pas vu que cette victoire de la force armée ne fut qu'apparente ; qu'étouffé sans être éteint, le feu, c'esirà-dire le droit, ne cessa de couver sous la cendre, et que la Bretagne 6t payer à Louis XV et à Louis XVI les dragonnades et les penderie» de l/>uis XIV.

Quoi de plus grave, d'ailleurs, quoi de plus intéressant que cette lutte d'une province opprimée contre le géant de la Monarchie? Qu'est-ce que notre moderne opposition, comparée à une telle résistance? Qu'est-ce que nos despotes sans prestige et sans gloire, à cdté de ce roi-soleil qui brûlait tout ce qui ne s'agenouillait pas devant lui ? Que sont les arrêts de la Cour des Pairs et du Conseil d'État, près des verrous de la Bastille et des potences de Rennes? 11 fallut donc aux populations bretonnes autant d'héroïsme que de souffrance, pour oser se mesurer avec un mailre comme Louis XIV, et il n'a manqué qu'un historien à cet épisode de nos annales pour en faire la digne préface de la Vendée et de la Chouannerie.

Malheureusement, tout ce qui tenait à la Bretagne était « de si peu de chose » aux beaux esprits et aux écrivains de ce temps-là, que nos matériaux se réduisent à peu près aux lettres écrites par Madame de Sévigné à sa fille, de son château des Rochers (près Vitré). Outre sa grâce impérissable, ce témoignage a le grand mérite d'être oculaire. La terrible et touchante vérité perce plus d'une fois sous le dédain charmant de la noble habituée do Versailles. Et ce dédain-là même, chez une Française qui était presque Bretonne, chez une femme qui assistait en riant au supplice de ses compatriotes, est à la fois la plus rude condamnation de Louis XIV, et la meilleure justification de la Bretagne.

Quant à l'origine du soulèvement, la voici :

Vainqueur depuis dix-huit ans sur tous les champs de bataille et dans tous les cabinets européens, Louis XIV avait résolu d'écraser la seule puissance qui se flattait d'arrêter son soleil, la Hollande. Elle lui était doublement odieuse, comme auxiliaire de l'Espagne et comme refuge des républicains et des calvinistes. Pour cette guerre d'extermination, le prince habile devint roi passionné; il abandonna la politique qifi avait fait sa grandeur, oublia les leçons de Colbert pour écouter les flatteries de Louvois, et se mit toute l'Europe sur les bras par l'envahissement des Provinces-Unies. Il perdit, en même temps, l'affection de ses propres sujets, en les accablant d'impôts, multipliés sous toutes les formes. L'argent est le nerf de la guerre; or Louis XIV n'avait jamais assez d'argent.

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