‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 8 sur 223 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Madame de Sévigné va nous dire par quels moyens il obtenait l'aveu des États» quand il ne pouvait s'en passer pour de nouveaux subsides. Jamais la corruption n'avait été pratiquée avec une telle magnificence. Toutes les faveurs du grand Roi étaient pour les gouverneurs qui savaient dorer la pilule, et pour les députés qui la faisaient avaler au pays. Cela s'enlevait au milieu des plus belles promesses, des plus riches cadeaux, des plus succulents dtners, inter pocnla. Et qui payait les frais de ces diners? Nos villes ellesmêmes, prises les premières à Thameçon royal. Une fois les millions votés et les vins bus, on sentait qu'on avait promis plus qu'on ne pouvait tenir. Mais déjà le collecteur demandait la bourse ou la vie, et le soldat ou le bourreau exécutait la menace.

Tandis que les uns se soumettaient, et qu'on sabrait ou pendait les autres, les États, arrachés à leur ivresse par les cris des victimes, imploraient la clémence du Roi, qui daignait oublier les révoltes passées et promettait du soulagement pour l'avenir. Puis survenait une nouvelle guerre, amenant un nouveau subside. Et les dîners et les votes, les dragonnades et les penderies recommençaient de plus belle.

Qu'était-ce donc, lorsque les dragonnades précédaient les votes, et que Louis XI V prenait l'argent des Bretons avant de le demander aux États? Ainsi furent établies, au mépris de toutes les dauses de l'Union, et toujours pour cette ruineuse expédition de Hollande, les nouvelles fermes du tabac et du papier timbré (1673-1675).

Ce double coup d'État fut le coup de gr&ce pour la Bretagne.

Telle était cependant l'autorité de Louis XIV, que notre Noblesse, fascinée par lui, n'osa pas remuer, sacrifiant pour la première fois le courage à la prudence. (Nous devons d'autant moins lui épargner ce reproche, qu'elle s'en lavera bientôt par une revanche éclatante, et qu'elle ne l'encourra plus qu'aux jours funestes de l'émigration.) Mais le peuple, sur qui l'impôt tombait directement, le peuple, atteint à la fois dans sa vie et dans sa liberté, ne put contenir son vieux cri de guerre : — Malo mort! et répondit avec un héroïsme aveugle à l'appel de la Veillone.

M. de Molac, gouverneur de Nantes, fit arrêter cette femme par la garnison, et l'emprisonna au château. La Milice seule eût peut-être coupé court à l'émeute; mais, suspecte et désorganisée, elle ne fut pas réunie. Les esprits, d'ailleurs, étaient exaspérés à tel point, que la religion même ne put les calmer. L'évêque de Nantes, M. de la Beaume, homme simple et conciliant, essaya de haranguer la foule, qui réclamait en hurlant la Veillone. Pour toute réponse, la femme d'un confiseur cria : c Saisissez-le ! » Et quelques furieux, encouragés par la masse, osèrent porter la main sur le prélat, et l'enfermer dans la chapelle Saint-Yves. Puis ils déclarèrent qu'il subirait le même traitement que la prisonnière du château, et qu'ils ne le relâcheraient

qu'en échange de celle-ci.

M BRETAGNE ET VENDËE.

On se figure ronibarras de H. de Holac. S'il tenait hon, t'ërAque pouvait être massacré ; s*il cédait, il donnait gain de cansc h la révolte, et il se perdait lui-même. Itendons-liii cette justice, il aima mieux risquer sa position que de verser le sang de ses compatriotes. Il élargit la Veillone, et Rt tomber l'émeute par une amnistie.

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