CHAPITRE CINQUIÈME. î
elle veut retourner encore au champ de bataille, c L*épée d'une main, la torche de Tautre , » elle dépouille un magasin d'armurier dans l'enceinte du cloître. Elle s'organise en neuf compagnies, par diocèses. 11 faut que les vieillards, au nom de l'humanité, et les évèques, au nom de Dieu, viennent lui arracher les armes des mains. Elle se retranche alors dans la salle des États comme dans une forteresse, et attend une nouvelle occasion de vaincre ou de mourir.
Les bourgeois, de leur côté, traitent en armes pour une trêve, avec M. de Thiard.
Cependant le torrent populaire n'est point rentré dans son lit. Mille bras déchirent les affiches de la cour à mesure qu'elle instruit sur l'émeute ; mille voix proposent de brûler les nobles dans les Cordeliers, ou de les forcer, de sortir en attaquant leurs familles. Mais l'heure de ces infamies n'était pas sonnée ; il fallait encore deux ans à la populace pour arriver là !
Pendant les soixante-douze heures qui suivirent , Rennes fut partagée en deux bivouacs : les nobles passèrent le jour et la nuit aux Cordeliers, et les bourgeois à l'hôtel de ville. Les premiers avaient fait de leur théâtre brisé des palissades , et entassé dans la salle des États des munitions comme pour un siège ; les seconds recevaient de toutes parts des promesses et des nouvelles de secours ; et le comte de Thiard, ministre d'une Royauté impuissante, voyait en tremblant ce déplacement soudain des pouvoirs ; ce Tiers-État, mer soumise et silencieuse hier, dressant aujourd'hui ses mille flots rugis-^ sants , et près d^anéantir à la fois tous ses maîtres , en broyant les derniers nobles dans le dernier cloître.
Heureusement Tin trépide neutralité du commandant lui assurait la .môme influence sur les deux partis. Secondé par les pères à l'hôtel de ville , et par les évoques aux Cordeliers, il obtint enfin : de la Noblesse, qu'elle ne s'ensevelirait point sous les ruines du couvent ; et des bourgeois , qu'ils la laisseraient sortir avec l'épée pour toute arme.
C'est ce que les gentilshommes firent, le 30 janvier, après avoir clos en forme les États, — au milieu d'un peuple qui les maudissait encore, en admirant leur contenance héroïque, — et qui se souvint à peine qu'il était hier le «peuple breton, à la vue de ceux qui emportaient dans leurs manteaux la Constitution de la Bretagne.
Il avait été convenu que, de part et d'autre, il n'y aurait plus d'attroupements , et que personne ne se montrerait dans la rue avec des armes à feu.
Telle fut la fin des derniers enfants de Yarok, de Barbe-Torte et de Montfort, fin toute chevaleresque çt quelque peu sauvage, comme il convenait aux descendants de tels hommes ! Ce jour fut réellement le jour suprême de la Bretagne ; et, bien plus que le contrat de la reine Anne, bien plus que les dragonnades de Louis XIV, bien plus que les exécutions du Régent, bien
pli» que Iw ordonnancée de Louis XV el de Louis XVI, l'affaire des Cordeliers
oonsomnia la Tusion de la province.
A partir de ce moment, il n'y eut plus d'aristocratie, plus d'Étals, phis d'înstiluUona bretonnes. Soldant avec les franchises du pays leurs nouveaux privilèges, les bourgeois en masse, c'est-è-dire les gouvernants du lendemain, se jMvclanièrent irrévocablement Français. L'antique nationalité, chassée par la nationalité moderne, se réfugia au cœur des nobles vaincus et des paysans résignés, — jusqu'au jour de sa dernière explosion dans les guerres de la Vendée et de la Chouannerie.
La jeunesse révolutionnaire de la plupart des villes imita, dès lors la jeunesse de Bennes, qui venait de s'enrdler en forme sous les ordres de Moreau , avec un ruban pour insigne et la devise : Vaincre ou tnourtr !
Et tandis que le Tiers-Ëf al triomphait ainsi en Bretagne, il en était encore en France à préparer ses armes ! L'élection des députés aux Étata-Généraux n'élail pas même entamée !
N'avions-nous donc pas raisfm de dire, dans l'Introduction de celle his* toire, que c'est la Botn^eoisie bretonne qui a commencé la Révolution de 1789, Bévolutïon préparée, durant un siècle, par la Noblesse et le Parlement breton. La Noblesse el le Parlement avaient déconsidéré la Honar-