‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 73 sur 223 · CHAPITRE CINQUIÈME. 20î · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME. 20î

ehie ; le Ticrs-Élal frappa de mort rArislocratie. La Démocratie n'avait plus qu'à marcher sans obstacles.

Elle arrivait, de Nantes à Rennes, au moment même où l'on signait la paix, dans la personne d'un millier d'auxiliaires amenés par Omn^s...

« Citoyens, leur avait crié celui-ci, reçu triomphalement en pleine Bourse, la patrie est en danger; marchons pour la défendre. » Et, séance tenante, au milieu d'une fièvre générale, en s'embrassant les uns les autres, les Nantais avaient rédigé leur fameuse protestation :

« Frémissant d'horreur à la nouvelle de l'assassinat commis à Rennes, convoqués par le cri de la vengeance et de l'indignation contre cette Noblesse, dont l'égoïsme furieux voudrait éterniser le tribut des larmes de la misère, nous nous en affranchissons des aujourd'hui ! L'insurrection de la liberté et de l'égalité intéressant tout vrai citoyen du Tiers, nous, jeunes gens de toutes professions, élevons un tombeau aux deux martyrs de la liberté, et pleurons sur leur cendre jusqu'à ce qu'elle soit apaisée par le sang de leurs bourreaux. Jurons de partir en nombre suffisant pour en imposer aux aristocrates, et de faire tout ce que la nature, le courage et le désespoir inspirent. »

Puis, armés de pistolets d'arçons et de haches d'abordage, ils étaient partis sur des chariots, semant partout leurs proclamations ardentes, et recrutant de ville en ville de nouveaux combattants. Arrivés à moitié chemin, ils avaient reçu de Moreau l'annonce du traité de paix, et l'invitation de rétrograder; mais, voulant fraterniser et pactiser avec les Rennais, — malgré deux sommations du commandant, ils étaient entrés dans la ville, après avoir laissé leurs armes au faubourg de la Madeleine. C'était le lendemain même de l'évacuation des Cordeliers. Leur conduite, du reste, fut tellement conforme au traité, malgré toutes les ovations dont ils devinrent l'objet, que M. deThiard les félicita de leur esprit d'ordre et de concilialion. Le moyen de sévir, au nom du Roi, contre des jeunes gens qui lui juraient amour et respect? — car ce fut le premier article du pacte d'union qu'ils signèrent avec la jeunesse de Rennes.

Ils protestèrent seulement, et plus tard, contre le Parlement qui avait condamné leur journal de route et décrété Omnes omnibus : « Nous des séditieux ! et vous, magistrats, qu'étiez-vous donc, lorsque sous le dernier règne vous scandalisiez l'Europe et désoliez la France, par vos cessations de service, par vos démissions combinées et par votre acharnement contre tous ceux qui ne partageaient pas votre fanatisme ? »

Étrange enseignement , de voir les chefs de la Révolution défendre la Royauté contre ses adversaires !

Les Nantais, reconduits par une députation de Rennes, rentrèrent, le 10 février, dans leur ville, sur ^es voitures et des chevaux couverts de lauriers, aux.cris de : Vive le Roi ! vive M. deNcckcr!

210 BnKTAUNE KT VtlSDEK

Le pacle ilii TicrN-Ëtn( enlaça bientôt toutes les Conimiinca bretonnes. L'Anjou, qui devait se lever le promîer contre la Itévululion, répondit à l'appel de Rennes, par un serment analogue à eetui îles Nantais ; serment confirmé par les femmes d'Angers en ces termes curieux :

« Nous, mères, sœurs, épouses et amantes des jeunes ciloyens de la ville d'Angers, assemblées exIraorJinaircment, lecture fatlc des arrOtcsde tous messieurs de la jeunesse, déclarons, que si les troubles recommencent, cl. en cas de départ, nous nom joindrons à la nation, prenant pour fonctions toutes les consolations et tous les services qui dépendront de nous. Protestons de noire soumission au Roi ; mais jurons de périr plutôt que d'abandonner nos amants, nos époux, nos fils et nos frères, h

On voit, dans cette fédération des Ruiirgeois. qu'ils allaient beaucoup plus loin qu'ils n'en avaient l'air, que tout en respectant la Royauté, ils .idmellaicnt déjà la souveraineté nationale, r|u'il)i regardaient les droits des citoyens comme supérieurs au pouvoir, et qu'iLs faisaient bon marché do la propriété en ravissant à la Noblesse nue possession séculaire.

Ceci ne fut pas la conséquence la moins terrible de l'obstination des gentilshommes. Le Tiers, en les ilépossédani de vive force, perdit le sentiment de pudeur qui l'eût retenu, et arriva ainsi à l'axiome des brigands ; — Il est plus sûr de tuer ceux qu'on dépouille.

CeprndanI, la gurrie de iiliuiic avait repris son cours aii.s?ilAl après h

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suspension d'armes. Chaque parti se juslifiait cl accusait l'autre dans ses relations et dans ses mémoires au Roi. Et puis, restaient à juger les provocateurs de la double émeute de Rennes. LeTiers jetait feu et flamme contre le Parlement, qui avait enlevé au Présidial le second procès comme le premier. Et lesgentilsliommes appuyaient de toutes leurs forces l'évocation de leurs amis du Palais. Le Roi fut loin de les mettre d'accord en renvoyant l'affaire à la cour de Bordeaux. C'était, en effet, une concession évidente à la Noblesse, et ce jeu de bascule peint loute l'indécision du Gouvernement.

Alors parut le fameux pamphlet du Tiers, cilé dans notre Introduction : — « Nobles aussi ridicules que vains, soyez donc bien convaincus qiie le bouvier a deux jambes et un ventre comme vous, et que le /^/i/s grand Roi du monde, sur son trône, n est jamais assis (jne sur son c.

Ces violences étaient encore des exceptions... La majorité discutait sur un ton d'épigrammes qui rappelait la Fronde. Il parut une requête des dames pour siéger aux Etats généraux. Toute iille ou femme de quinze ans serait électeur, et toute mère éligible. Mais elles ne parleraient à la tribune que par monosyllabes.

Le plus éloquent champion du Tiers était Volney, le futur auteur des Ruines, qui commencerait à Rennes sa réputation, si exagérée depuis. Enfermé seul incognito, avec une presse, dans la rue Saint-Georges, il était à la fois le rédacteur et l'imprimeur de la Sentinelle du peuple, dans laquelle il fustigeait impitoyablement les privilégiés. I] apprit bientôt qu'on allait le saisir, et il trouva le meilleur moyen d'échapper aux poursuites. Le château délabré de Maurepas, sur la route de Fougères, était redouté de tout le pays comme hanté par des revenants. Volney s'y relira avec sa presse, et personne n'osa l'j aller prendre. — Toute la nuit il rédigeait et composait son journal, et tous les matins une laitière philosophe en recevait les feuilles humides et les portait à la librairie Yatar, où Nobles et Bourgeois s'en disputaient la lecture. Le Parlement surtout y était malmené sous l'emblème d'une cour de ramoneurs, siégeant en robes rouges et noires à la Motte et devant le Palais.

Enfin, parut la lettre royale qui appelait toutes les Communautés de France à nommer leurs députés aux bailliages, puis aux États-Généraux, suivant les ordonnances du 27 décembre et du 24 janvier.

l"* Tous les Français, âgés de vingt-cinq ans, et imposés à la capitation, devaient s'assembler au chef-lieu de leur Communauté, — rédiger le cahier de leurs plaintes et remontrances au Roi, et nommer leurs députés au bailliage, à raison de deux députés par cent électeurs. Ces premiers députés devaient s'assembler ensuite au bailliage, rédiger le cahier définitif et nommer entre eux les députés aux Etats-Généraux '.

* Le nombre des électeurs définitifs du Tiers-État fut de vingt-cinq mille pour toute la France, ce qui suppose deux millions cinq cent mille élccteur5 primaires, c'csl-à-flire un éteclcur primaire pimr neuf ou dit individus.

2° Les députés aux États-Généraux devaient être au nombre de mille au moins, réparlis en raison composée de la population ci des contributions des bailliages.

3° Les députés du Tiers, nous l'avons déjà dit, devaient être aussi non> breux que ceux de FÉglise et de la Noblesse réunis.

(On reconnaît Télection à deux degrés et tout le programme proposé par le Tiers breton aux derniers États de Rennes,)

4" Quant à la Noblesse et au Clergé, les individus possédant fiefs ou bénéfices devaient élire directement leurs députés. Les autres devaient choisir, à raison de un sur dix, les mandataires chargés de nommer leurs députés définitifs.

Les élections devaient se faire en avril, et les Etats-Généraux se réunir le 4 mai à Versailles.

La Noblesse et le haut Clergé de Bretagne, le Parlement et la cour des Comptes répondirent à la lettre du Roi par de nouvelles protestations, réclamant la représentation de la province aux États-Généraux par des députés élus dans ses États particuliers, et désavouant tout député breton qui serait nommé suivant les ordonnances royales. Mais ces protestations se perdirent dans les acclamations de la Bourgeoisie courant en masse aux élections.

Voici quelle fut la répartition des électeurs définitifs et des députés aux Ktats dans les sénéchaussées du duché de Bretagne.

Villes. ÉLECTEons. Dépltks.

Fougères iS

Uédé 4

Saint-Âubin-du-Cormier 4

Nantes AO

Guérande 4

Auray 8

Rliuys 2

Vannes \'Z

Châteaulin 8

Cbâteauneuf 4

Garbaix 8 / 2

Gourln ^ 4

Quimperlé 4

Concaroeati , 4

Quimper 16

Lannion 26

Morlaix 8

Jugon 9

Saint-firieuc 6

Six autres sénéchaussées, ayant le droit de députer directement, choi-

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