‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 78 sur 223 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

troupes étrangères, il céda pour la centième fois, et toujours trop tard, et toujours à demi, en invitant les débris de la Noblesse et du Clergé à se réunir, pour laforme^ à TAssemblée Nationale.

On sait les irréparables conséquences de toutes ces tergiversations; le complot de la Cour pour ressaisir le pouvoir à main armée, le renvoi et le rappel soudain de Necker, l'insurrection de Paris , la prise de la Bastille, les premiers égorgements populaires, la Révolution accomplie par la force brutale et légitimée par le Roi, qui arbora dans la rue la cocarde tricolore (17 juillet).

Dès lors, ce ne fut plu^ seulement la Royauté qui se trouva perdue, ce fut la Nation entière, dont la queue emporta la tête; ce fut la Révolution ellemême, que ses partisans éclairés livrèrent à ses séîdes aveugles. Ce rêve excellent des gens raisonnables de tous les partis, cette borne salutaire qui eût rattaché Tavenir au passé, la Monarchie constitutionnelle, un instant debout entre deux abiraes, disparut dans le plus eQroyable, c'est-à-dire, dans l'anarchie.

Dans nos pages, comme dans les événements, la France se divisera désormais en deux partis : — Les esprits sains et calmes , forts et courageux de 1793, dont le but est irrévocablement dépassé, et qui vont périr, en y revenant, à titre de contre>révolutionnaires; — et les malades ou les fous, les intrigants ou les imbéciles, qui, révolutionnaires quand même, engendrèrent, sans le vouloir, les scélérats de 1793.

Les hommes de 89 (pour rentrer dans notre sujet), en offrant à la Bretagne une constitution faite à l'image de la sienne, eussent peut-être rallié les éléments les plus résistants à l'unité française; les hommes de 90 et de 93 ne sauront qu'y jeter la discordé politique, la guerre civile et la misère universelle, — jusqu'au jour où notre province, après vingt^quatre ans de tyrannie, républicaine ou impériale, recevra enfin de la Monarchie constitutionnelle ressuscitée, l'équivalent des franchises qu'elle avait tant disputées à la monarchie absolue !

Quant aux privilégiés, qui restaient de gré ou de force en dehors du mouvement de 1789, nous allons les voir former aussi , notamment en Bretagne, deux classes entièrement distinctes. Les uns méditeront la contre-révolution par l'extérieur et par la restauration de l'ancien régime;

— les autres la méditeront par l'intérieur et par une réaction nationale et constitutionnelle. — Les premiers, gentilshommes ou abbés de cour, chefs de la coterie obstinée qui vient de perdre Louis XVI , aveuglés jusqu'au bout par des préjugés incorrigibles, suivront, avec le comte d'Artois, ce déplorable torrent de l'émigration , qui jettera hors du pays ses forces les plus vives, et pousseront la violence révolutionnaire jusqu'à la frénésie, en armant l'Europe monarchique contre la France républicaine.

— Les seconds, nobles d'épée ou de charrue, prêtres fidèles à leur poste et

BRETAGNE BT VENDËEi:.

à leur mandai, auroDt le courage de braver les périls qu'nUirura sur eux la déroute de leurs frères. InstruiLi par les événemeols à renier le despotisme d'un seul , comme à désavouer le despotisme de tous , ils regretteront sincèrement leur iuflezibiliU de 1789, et ils s'eflbrceront de ramener la nation dans les voies raisonnables, soit en participant aux travaux de l'Assemblée Constituante, à laquelle ils imposeront un frein salutaire, — soit, quand la Convention aura forcé ce freiu, en défendant, au sein de leurs communes, les dernières libertés et les dernières croyances du pays. 1^ plupart tomberont sur l'écliafauil, victimes de leur éner(;ie et Je leur foi , — et ceux qui survivront deviendront les dignes chefs'dcs géants populaires de la Vendée, puis les glorieux otages de la nouvelle union de la France avec la Monarchie, — lorsque celle-ci rapportera de l'exil la Charte d'alliance rêvée en 1789.

Si les émigrés ont droit à notre indulgence et à notre compassion , — surtout les émigrés de 1792-93, que nous sommes loin de confondre avec ceux de 1789-91, — il va sans dire que nuire éloge cl notre admiration seront pour les nobles et les prêtres qui ne déserteront pas la patrie.

Le contre-coup des événements de Paris avait retenti en Bretagne plus

fortement que partout ailleurs. S'associant au triomphe de l'Assemblée

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