‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 79 sur 223 · CHAPITRE SIXIÈME. 22:i · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME. 22:i

Nationale et de la Commune parisienne, toutes nos villes grandes et petites se hâtèrent d*imiter la capitale. La Bourgeoisie se rua sur ses nouveaux privilèges comme sur une proie. Les mairies s'organisèrent souverainement,— les Milices reprirent leurs armes et leurs exercices, — les moindres corporations s'assemblèrent comme de petits États. Des hôtels de ville aux carrefours, ce ne furent que délibérations, serments civiques, illuminations et (eux de joie. 11 se forma partout, jusque dans les villages, des comités de sûreté générale (nom de fatal augure; chargés de correspondre avec les députés à Paris, et des réunions qui empruntèrent à TAngleterre le nom de clubs, devenu depuis si fameux. Tout le monde enfin se disputait les lambeaux de cette autorité que la Monarchie venait de laisser tomber dans la rue.

A tant d*impatience et à tant d'âpreté, qui n*eût prévu déjà l'égarement et le conflit du lendemain y

Au milieu de cette fièvre révolutionnaire, il n'était plus question des franchises bretonnes que pour mémoire, et Dieu sait comment elles figuraient dans les actes des nouvelles communes! En voici un piquant exemple.

A la première nouvelle de la prise de la Bastille , annoncée ainsi par un Parisien à un Nantais : — « Vous aviez juré la vengeance, nous l'exécutons. On répète le mot du maréchal de Broglie : — Il faut faucher Paris, etc. » A cette nouvelle, disons-nous, le délire bourgeois fut à son comble. Les moiiH dres bicoques lorgnèrent leura forteresses, et se demandèrent s'il ne fallait point aussi les abattre. Plus d'une tourelle inoiïensive tremble sous le lierre qui la festonnait. La célèbre Quiquengrogne de Saint-Malo et le vieux château de Nantes, si admiré de Henri IV, faillirent tomber du contre-coup. Dans cette dernière commune, il se forma, autour des débris de la Milice, un corps de volontaires, qui débutapar enlever, de concert avec les habitants de Paimbœuf, la caisse publique de cette ville, et par distribuer au peuple aflamé un convoi de grains qui descendait la Loire,* — le tout sous les canons et les menaces d'une frégate du Boi, réduite à l'inaction. En môme temps, M. de Monti et quelques nobles étaient poursuivis dans les rues, la baïonnette aux reins. Bref, la multitude triomphante et déchaînée propose de terminer la fête par l'assaut du château de Nantes. Les volontaires les calment à peine en courant sommer M. de Goyon, chef de la forteresse, d'en livrer les clefs à la ville. Le commandant prévoit les fatales conséquences d'un refus, et cède à la Milice, à condition qu'elle gardera le château avec la troupe. Or, devinez le scrupule qui vint alors à cette Milice, occupée à fouler aux pieds toutes les institutions d'autrefois?

c Les Bourgeois de Nantes, dit la relation officielle, en acceptant de se placer sous les ordres de M. de Goyon , consentirent , pour cette fois, à déroger aux privilèges qu'ils tenaient de Jean V, de ne recevoir d'ordre que

de leurs officiers immédiats. Ils jurèrent de maintenir Vordre et la garantie des propriétés. »

Quelques jours après, les volontaires nationaux furent organisés, nonseulement à Nantes, mais dans toutes les villes bretonnes.

< A l'instant même, dit Mellinet, les loustics du grand corps de garde de la halle baptisèrent chaque compagnie, avec des allusions qu'il ne nous est plus donné de saisir quant à la localité, mais qui rappelaient d*une manière assez burlesque les désignations employées dans les armées royales : les grenadiers furent appelés Royal^Tonneau; les compagnies du centre. Royal- Écritoire^ Rayal-Bonibance ^ Royal-Cocu; les compagnies de chasseurs, Royal-Cotilion; les marins, Royal^Goudron; la cavalerie, Royal-CroUin; une compagnie de jeunes élèves, Royal^Bonbofi. >

N'oublions pas de dire que les comités de sûreté générale, absorbant à la fois les communes et les tribunaux , s'investirent immédiatement des pouvoirs dont ils devaient si cruellement abuser : — police intérieure et extérieure des villes, faculté de poursuivre les délits publics et disposition de la force armée. Tout cela se fit d'abord assez paternellement, comme à Quimper *, où le premier comité se composa du bureau municipal, de seize électeurs et de sept ecclésiastiques ; — mais on n'en commença pas moins à exiger des citoyens le serment civique, emportant adhésion à tous les actes de l'Assemblée Nationale, et à regarder comme suspects ceux qui refusaient de le prêter.

A Rennes, dès que l'on sut que Necker rentrait au ministère, Bailli était maire de Paris, et La Fayette général en chef de la garde nationale, l'assemblée civile et militaire fit la loi au commandant, M. le comte Langeron. On souscrivit d'enthousiasme à tout ce qu'avait fait l'Assemblée des États. — Il y eut réjouissance patriotique, Te Dewn^ parade, feu de joie. Chose curieuse! cette fête de l'égalité se termina par l'augmentation du pain pour les riches, et par sa diminution pour les pauvres; puis la jeunesse envahit l'Arsenal et les meilleurs postes de la ville. 'En vain, le comte Langeron voulut faire marcher ses troupes. — Elles crièrent comme les volontaires : Vive la nation ! et huit cents soldats passèrent sous le drapeau bourgeois, tandis que le reste jurait de ne jamais verser une goutte de sang français.^

A ces cris de : Vive la nation ! on ajoutait encore ceux de : Vive le Roi ! car Louis XVI avait retrouvé quelque popularité dans les ovations de la rue. Mais il ne pouvait plus garder cette popularité qu'en demeurant l'esclave du peuple; et le jour où il voudrait reprendre sa couronne, on lui impose-

' « Les Umboon et les héniits pareoarant la Tille, dit M. DochAtellier, od vit toutes les garnisons^ les ▼oloottim et les corps constitua y se réunir sur le champ de bataille , et y attendre les officiers de la communauté, qui arrirèrânt, revêtus de leur mantelet de taffetas noir, et précédés de leurs hérauts. Chaque corporation avait ses présidents et ses commissaires en tète. Le r^iment de Ronergue était sous les armes, et diacnn venait è son tour prêter le serment civique, etc. •

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rait le bonnet phrygien, comme on lui avait imposé la cocarde tricolore. Du reste, même avant d'approuver TAssemblée Nationale, la municipalité de Rennes Favait dépassée en suspendant la levée de toutes contributions pour le Roi, pour la Noblesse et pour le Clergé, non sans inviter les autres Communes à imiter son exemple, et à s'armer à cet effet. Celles-ci répondirent aussitôt par une offre de quarante mille hommes ; et l'Assemblée Nationale, ainsi devancée sur la pente fatale, ne put arrêter, par ses décrets, ce premier dépouillement des Nobles et des Prêtres.

Uevant cet élan révolutionnaire des villes, que devenaient les châteaux et les chaumières? — Les châteaux formaient déjà les deux camps dont nous parlions tout à l'heure.Tandis que la majorité des Nobles se retiraient sous lcurs> tentes, ou protestaient, comme nous allons le voir, — la minorité s'associait ou feignait de s'associer au mouvement du Tiers. Les uns y étaient poussés par leur courage, les autres par leur faiblesse, et tous par l'espérance de diriger le torrent en se jetant au milieu de son cours. — Le serment civique fut prêté à Quimper par quarante-sept nobles ouanoblis ; à Rennes, par quatre-vingt-dix-huit, et par quelques-uns dans presque toutes les villes. Malheureusement, ces nouveaux adeptes de la Révolution n'étaient pas deTorce à la contenir; quelques-uns même compromirent leur cause par des scènes ridicules. — Un monsieur Duplessis de Grénédan, conseiller au Parlement de Hennés, se livra comme un jouet à la multitude, se laissa porter de l'église au Palais, et couronner d'une branche de chêne en pleine rue, sans s'apercevoir qu'il donnait à rire au public. A Quimper, ou découvrit qu'un individu qui s'inscrivait avec les Nobles assermentés était condamné à 400 livres d'amende pour usurpation du titre de gentilhomme. On sent combien de tels personnages enlevèrent d'influence aux adhésions de la Noblesse.

Là résistance avait plus d'ensemble et plus de dignité. La Chambre des vacations, en l'absence de la cour, refusait d'enregistrer les décrets de l'Assemblée Nationale, et mêuie les déclarations du Roi qui lui ordonnaient de le faire. — Les commissions intermédiaires des États refusaient, de leur côté, de se dessaisir des affaires. Le haut Clergé protestait vivement, surtout dans lesévêchés bas bretons et de Tréguier, de Léon et deQuimper. Dans cette dernière ville, le vieux marquis de Kcrsalaun eut une nouvelle occasion de montrer sa fermeté de caractère et de principes. La population, irritée contre lui depuis les torts qu'elle avait eus à son égard, se mit en tête de le faire sortir de Quimper ; et les volontaires, au mépris de tous leurs engagements, le sommèrent c( de vider les lieux. » Pour toute réponse à cette absurde violation des libertés individuelles, le marquis déclare que, loin de quitter la ville, il allait établir son droit d'y rester en la parcourant avec sa famille. Et, quittant son hôtel avec le vicomte son fils,

et madame de G , sa fille, sa perruque de magistrat sur la tète, et son

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