‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 82 sur 223 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

blce. Les partis s'y dessinèrent dès le lendemain plus tranchés que jamais. Les constitutionnels : Mirabeau, Barnave, Duport» Lameth, Syeyes, Le Chapelier, Lanjuinais, etc., formèrent le côté gauche; les réactionnaires : Cazalès, Maury, etc., occupèrent le côté droit ; et les conciliateurs : Mounier, Malhouet, Lally, etc., se groupèrent au centre. Mais ceux-ci ne tardèrent pas à sentir leur impuissance. Les constitutionnels, aux prises avec l'impossible, tombèrent de la politique dans la philosophie, en décrétant les Droits de rhomme et du cttoyen : abstraction métaphysique, imitée du Contrat socialy laquelle posait des théories inflexibles sans en donner l'application pratique, et prodiguait au peuple une infinité de droits sans lui parler d'un seul devoir, si ce n'est celui de l'insurrection, déclaré hautement le plus saint de tous.

Les constitutionnels ne songèrent pas qu'il suffirait de les prendre au mot pour détruire leur propre ouvrage; comme ils oublièrent qu'en décrétant la souverainelé du peuple, ils soulevaient toute l'Europe monarchi que, et préparaient l'invasion de la France.

Les Droits de l'homme votés, il ne restait plus qu'à donner tout pouvoir à l'Assemblée nationale, et à retirer toute autorité au Roi. C'est ce qui eut lieu. Les constitutionnels passèrent ainsi, sans y prendre garde, de la Monarchie absolue à la République démocratique, — brisant en aveugles la Monarchie constitutionnelle, cet unique palladium de la nation.

On sait tous les orages que souleva la question du veto, dernier lambeau du manteau royal. En vain Mirabeau, parlant en homme d'État, le réclama de toutes ses forces, et déclara qu'il aimerait mieux, sans le veto, vivre à Constantinople qu'à Paris ; — le Peuple qui ne comprenait ni le mot ni la chose, effraya l'Assemblée par ses adresses (et celles des Communes bretonnes ne furent pas les moins violentes), par ses chansons sanguinaires : — Madame Veto avait promis — de faire égorger tout Paris^ etc. ; par ses menaces aux députés monarchiques d'éclairer leurs châteaux; — au Roi de marcher sur Versailles, et aux Bourgeois eux-mêmes de frapper leur despotisme naissant I Bref, le veto royal fut déclaré seulement suspensif pendant deux législatures ; et cette demi-mesure déchaîna l'anarchie en mécontentant tout le monde.

Le Peuple, à qui ces discussions ne donnaient pas à manger, se souleva de nouveau le 5 octobre. Une armée de femmes hurlantes assiégea le Roi dans Versailles, et le força d'accepter la déclaration des Droits de l'homme.

On connaît les fureurs du lendemain, le palais forcé, les gardes du corps tués à leur poste, la Reine traquée dans sa chambre, le Roi ramené à Paris, sous la surveillance de la garde nationale, le Peuple enfin maître absolu de la Révolution, et les derniers modérés s'enfuyant de l'Assemblée nationale, comme d'une caverne d'anthropophages.

On attribua aux menées du duc d'Orléans ces mouvements qui éclataient

de tous côtés à la fois. Il y eut sa part sans doute, et ce ne fut pas la moins funeste; mais lui-même n'était que Tinstrument fort petit des immenses causes de la Révolution, dont la plus puissante, à cette heure, était la Faim !

De Paris et de Versailles, l'uuarchie s'étendit à tout le royaume. Une lutte désespérée s'établit entre ceux qui voulaient sauver le pays en arrêtant la Révolution, et ceux qui voulaient le sauver en la poussant jusqu'au bout. Ces derniers, ivres d'enthousiasme et de liberté, avaient l'ardente et inflexible foi des premiers chrétiens. Comme eux, ils devaient accomplir de grandes choses, entremêlées d'affreuses violences contre ceux qu'ils traitaient d'hérétiques; mais l'esprit de Dieu n'était point avec eux comme avec les premiers chrétiens, ou du moins c'était cet esprit de colère et de punition dont la Providence anime ses anges exterminateurs.

Ce fut alors que la France entière se rua à la tribune, aux clubs, au Forum ; que la vie publique absorba complètement la vie privée, et que toutes les Communes et toutes les gardes nationales se fédérèrent contre les modérés, comme firent les Milices bretonnes et angevines à Pontivy.

Nous avons déjà dit que l'élan fédératif avait été donné à la France par la Rretagne ; les dates en sont la preuve irrécusable. Sans rappeler encore le pacte d'Omnes omnibuSy le premier de tous; dès le 20 mai 1789, l'ouverture des Etats-Généraux avait produit à Rennes une seconde fédération, solennellement consentie par toutes les villes de Bretagne. Le 50 novembre de la même année, la jeunesse de Quimper, à la suite des troubles de Lannion, invita toute la jeunesse bretonne à renouveler l'acte fédératif. La jeunesse normande se joignit à elle, et Laval seul promit 300,000 livres « pour envoyer Tarmée nationale à Paris exterminer les derniers ennemis de la constitution. » Enfin, lorsque toutes les provinces, et surtout les provinces méridionales, eurent leurs fédérations,aucune ne fut plus nombreuse ni plus imposante que la réunion des Bretons et des Angevins à Pontivy.

Partis en même temps de tous les points de la Bretagne et de l'Anjou, deux cents jeunes gens, en habits de gardes nationaux S représentant une

* Voici la liste de ces représcnlanls des Milices de TOuest, telle que l'a recueillie M . Duchâtellier, avec l'indication alphabétique des villes où ils avaient été élus :

A Angers : Cboudieu, Perard. — A Antrain : André de Gaedevaax, Gohin. — A Aadierne : Gloaguen. — A Auray : Glain, Hnmphry. — A Baad : Cocairix^ Landre», Lober. — A Bazougcs : Booenrant de la Hellandiêre. A Belle-Ile : Les dépotés de Vannes, par procuration. — A Bignan : Le Boubellec tlls.— A Brest : Blad, Miliet. — A Broons : Duhoax. — A Callac : Guyot, Fercocq. — A Cancaie : Mirey, Dajardin. — A Carhalx : Alain de Launay, Lemoal, Baneat. — A CbAteangiron : Légué. » A Cbàteanlin : Les députés de Quimper, par procaintion. — A Gbalel-Andren : Hamon de Kercllo, Cadiou le jeune. — A Combourg : Préclaux de Grandmaison, Aoasta. — A Concarnean : Palllern, Bellot. — A Corlaix : Garnier, Goueffic. — Au Croisic: Poton. Letorzec le jeune, Lepré, Cbedaneao. — A Dinau : BesUiy fils, Bertbelot de Vildé. — A Dol : De Lespine-Cbantclon, Lcveel. A Faouet : Brizenx, Cbardevel. — A Faon : Les députés de Quimper, par procuration. — A Fougères : Gérard, Froment. — A Gourin : Bosquet du Roder. — A Guémené : Guayder Duboterf, Laurent, Dutertre. — A G«erande : Lareix, Cbotard. —A Guingamps : Robinet, Bruneau de Camarel.» A Hodé : Les députés de Pontiry, par procuration. — A Hennebont t Durand, Caris, Voirdye.— A Josselln : Rouault du Coiquelan, le Féburier. — VJugon : Rebours de la Barbotais, Guyomar. — A Landerneau : Goory, Legerville. — A Landivisiau : Les dé> pûtes de Morlaix, par pi-ocoration.— A Lanmenr : Les mêmes. — A Lamballe : Boulair de la Villemoisao, le Dissez de Penoanrun, Onfray. — A Lanion : Desbranx, Perret, Deminiac, Marbaud. — A la Cbeze : Beniard ,

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