‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 87 sur 223 · CHAPITRE SEPTIÈME. 24S · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME. 24S

exhalaient quelque pudique amour dans une élégie anonyme cl touchante, les bons exemples de tout le reste 'dérobaient comme un nuage ces erreurs passagères. La pureté du Clergé breton était tellement connue, que les abbés ou les chanoines sans mœurs' étaient obligés de porter leurs désordres hors du pays. Il en était à peu près ainsi dans les cinq provinces de rOuest.

On se figure avec quelle défiance une Noblesse et un Clergé constitués ainsi virent l'ancien ordre de choses renversé de fond en comble, la nouvelle division et la nouvelle administration de la France, le bouleversement des domaines féodaux, des Communes et des paroisses, et tous les pouvoirs publics, le droit de délibérer, de voter, d'élire et de juger, confiés à ce peuple souverain qui devait en faire un si terrible usage ! Aussi, les élections municipales de 1790 furent, en Bretagne, un étrange spectacle.

Tout corps municipal devait se composer d'un maire, d'un nombre d'officiers proportionné à la population, et d'un nombre double de notables, formant l'ensemble du conseil général de la Commune. Ce conseil général ne s'assemblait que pour les cas extraordinaires d'impôts, de travaux et d'acquisitions. Le bureau de ville, ou conseil municipal proprement dit, composé du maire et du tiers des officiers municipaux, dirigeait les affaires courantes, avec l'aide d'un conseil particulier formé chaque mois de tous les officiers municipaux.

Bien que les conseils de Communes et les bureaux de ville fussent subordonnés à ceux des districts et des départements, ils secouèrent souvent leur joug au moyen de la force publique dont ils disposaient, -^ et poussés par les clubs de citoyens actifs ayant le droit de délibérer.

Cependant les germes de désordres ne se développèrent pas immédiatement dans- les municipalités de l'Ouest. Frappés d'abord du rapport apparent des nouvelles institutions avec leurs anciennes libertés communales ', les Bretons se portèrent avec empressement aux élections primaires de 1790. On y vit une foule de paysans ne sachant ni lire ni écrire, dicter leurs bulletins aux écrivains jurés; on y vit surtout une grande partie du Clergé secondaire. Encore pleins d'illusions sur le point de départ évangélique de la Constitution révolutionnaire, les curés lurent au prône, tant en breton qu'en français, la loi et les instructions électorales; et dans presque toutes les paroisses, particulièrement à la campagne, les prêtres furent élus membres du conseil de Commune. Avant et après les élections, ce furent partout des messes du Saint-Esprit, des autels en plein air ^ des processions, des Te Deum et des serments civiques sur l'Évangile. — Dans la ville la

1 Voir la Bretagne ancienne et moderne, chap. FiODAUTÈ.

' L'instaUation de la mairie de Kervégan à Nantes fut particulièrement solennelle. L'immense cor> k^gede la Milice, de la Commune, de la garnison, du Clergé et du peuple, se rendit entre les deux belles promenades des Cours, — où la statue de Louis XVI surmonte aujourd'hui la colonne de la Liberté. —

â46 BRETAGNE ET VEMDÊE.

plus bretoniianic de la basse Bretagne, à Saint-Pol-de-Léon, les révérends pères Minimes et Carmes s'associèrent d'eux-mêmes à l'élan patriotique.

Ceux qui pressentaient jusqu'où irait cet élan savaient bien que les populations et le Clergé de l'Ouest ne le suivraient pas jusqu'au bout. Mais combien peu de gens se doutaient encore qu'une Révolution, saluée ainsi par les prêtres et le peuple, arriverait si vite au renversement des églises et des chaumières ! L'impossibilité de prévoir de tels excès, répétons-le, sera l'éternelle excuse des révolutionnaires de bonne foi. Nous disons des révolutionnaires de bonne foi, car déjà une partie des meneurs ne Télaienl plus» et méditaient la destruction de l'autel et du trône, tout en jurant fidélité à l'un et à l'autre.

Il faut rendre cette justice aux Nobles, que ce furent eux, en ce momeni, dont l'œil porta le plus loin dans l'avenir. Il est vrai qu'en attendant l'incendie de leurs châteaux, leurs privilèges en combustion étaient là pour les éclairer. Malheureusement, au lieu de se jeter en masse dans le courant, qu'ils eussent ralenti, comme beaucoup d'entre eux l'avaient déjà fait, ils s'obstinèrent de plus en plus, — sauf un très-petit nombre, — à rester à l'écart de la Révolution ou à braver les révolutionnaires.

Cette attitude hostile des hommes qui avaient naguère en main les intérêts de la province jeta les nouveaux administrateurs dans des embarras inextricables. Qu'on se représente, en effet, toutes les affaires de la Bretagne interrompues d'un seul coup par l'entier remaniement du territoire et de la population. Ce fut un déplacement, et partant un conflit d'intérêts, dont le chaos seul peut donner l'idée *.

« L'ampbithéàlrc élait couvert, dit Mcllinet, d'un ninguifique tapis, sur lequel s'élevait un autel couvert d'un tapis de velours cramoisi, bordé en franges et glands d'or. Aux quatre coins de l'amphithéâtre se montraient des faisceaux d'armes, des canons, des fusils, des drapeaux et guidons des différents corps militaires. Le régimenl de Rohan et les troupes nationales formèrent un carré autour de cet autel civique ; et le maire de Nantes, après avoir examiné avec attendrissement la foule immense des citoyens dont la place, les deux promenades, le faite des maisons voisines et les arbres des Deux-Cours, étaient chargés et couverts, leva la main sur l'autel de la patrie, et, dominant seul ainsi toute cette population rassemblée, au milieu d'un silence religieux, il dit d'une voix forte : Je jur« d'être fidèle à la Nation, à la 2ot, au Roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la cotittiiution décrétée pcar t Assemblée Nationale et acceptée par le Roi! Puis, s'avançant successivement jusqu'à l'autel, les officiers municipaux elles notables dirent : Je le jure! A l'instant, un cri unanime de : l'ire la Nation! vive le Roi! se répéta, comme un écho, jusqu'à chaque extrémité des Deux^Gours, au bruit des instruments militaires et des salves d'artillerie, sans qu'aucune discorde vhit allligcr ce grand jour... Ce fut peutêtre le dernier jour d'union. »

^ M. Duchatellier en trrce un tableau curieux, a Les nouvelles nmnicipalités recevaient coup sur coup : ici un rapport sur les biens ecclésiastiques... dont les revenus doivent être payés eu argent, et quelquefois même en nature, aux mains des receveurs publics, qui auront à ekiger le transport des denrées ou à en assurer le charroi ; là un rapport sur un arriéré, que la commission intermédiaire ne veut point acquitter à telle ou telle fabrique: ici la pétition particulière d'un capucin qui demande à quitter son couvent, mais que ses frères le laissent sortir uu ; plus loin, un autre rapport sur la contribution patriotique, ou sur la perception provisoire des vingtièmes ; là des demandes sans nombre des maisons religieuses et des anciennes corporations ; d'autres demandes des corps nouvellement însUlués, des élecleurs, des ministres du Uoi, des comités de l'Assemblée législative, des partîculiei>

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