CHAPITRE SEPTIEME
Le conflit des opinions en résulta nécessairement, et le premier enthousiasme s'éteignit dans les larmes et dans le sang. Témoin les tumultes de Quimper, de Lorient, de Vannes, de Brest et de Nantes.
A Quimper, l'antagonisme des Nobles, des Bourgeois, éclata au sujet d'un vieux pilote de l'île de Batz, nommé Jean Robin. Assis d'abord au fauteuil de la présidence, cet ancien compagnon de mer de Duguay-Trouin dut le céder à M. de KérinculT, — n'étant point ofGcier, parce qu'il n'était pas gentilhomme, malgré soixante-dix ans de glorieux services. Telle était la loi en ce temps-là. Bientôt après, dans la même ville, M. de Toulongeon, colonel du régiment de Rouergue, refusa de rassembler sa troupe aux ordres du conseil municipal. La troupe et la garnison ne s'entendirent pas davan> lage à Lorient et à Vannes.
A Brest, il y eut une véritable bataille entre la municipalité et tes iio> hies de la marine. Ce corps, animé de l'esprit aristocratique le plus agressif, entretenait depuis longtemps des rivalités ardentes chez les habitants et chez les soldats. Là. plus que partout ailleurs,. les deux camps étaient tranchés et près d'en venir aux mains. Or, au moment des élections, la ville était justement pleine de troupes de terre et de mer, convoquées pour de nombreux armements. Le jour doncoii l'autel de la patrie, — décora, tion de toile peinte, — s'éleva sur la place de la Liberté, aujourd'hui le Champ de bataille, un jeune étourdi nommé Patrice, lieutenant du régiment de Beauce, encouragé par les railleries de ses camarades et des officiers de marine, dessina en face, sur le mur du café Veaux, un monceau (Vexcréments^ avec cette inscription : — Autel de la Patrie. Qu'on s'imagine l'effet d'une telle insulte sur les électeurs réunis au café, puis sur tous les Bourgeois de Brest, esprits révolutionnaires, s'il en fut! En quelques instants, des milliers de voix menacent le lieutenant et des milliers de bras le cherchent dans le café. Vainement les citoyens Maubranche et le Bronsort entreprennent de l'excuser et de le sauver, les plus furieux le leur arrachent des mains, et l'entraînent en criant : — A la lanterne! — Une multitude en délire le déchire de coups, et se dispute les lambeaux sanglants de son corps. On abaisse un réverbère, on lui passe la corde au cou ; mais, au moment de l'étrangler, cette corde casse. Alors on le traîne jusqu'au Pont de terre, on lui sépare la tète du tronc, et Ton jette ses mem. bres dans un égout.
D'autres officiers auraient eu le môme sort, si des citoyens courageux ne
même. El tout cela sans règles, sans préciMionls, <ans annlo<riici«, avec l'galo rliance d'être approuvé ou contredit... Manquant de fonds, les admini>tratcurs prennent, ici dans la caisse du receveur des bois de la couronne, là d.ins celle des lermiers du Dcvwir, l'argent qui leur est indispensable. Manqu«nt de local, ils somnncnt les religieux de leur ouvrir leurs couvents pour s'y transporter, eux, lenrs personnes, leur mobilier et leurs papiers. El cependant, accablés de demandes av.ml d être installés, il faut, afin de suivre IcsatTaires qui se présentent, s'organiser, diviser le travail, se créer un personnel et des bureaux, et prévenir les embarnis, au moins avec autant de soin qu'on en pourra mettre à suivrft ccsatTaircs elles-mêmes, pour les terminer et assurer la uiarcbe dos services- publics, d
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les eussent protégés. Le cliarculier Lauvergcat en sauva deux en les prt--
nant sous ses bras nus, et en écartant la foule de son long coutelas.
Le souvenir de cette scène palpitait encore à Brest, lorsque, ie 6 septemhre suivant, tandis que la Constituante votait le nouveau Code pénal de la marine. — quinze cents matelots de l'amiral de Rioms envahirent \e port, cl ne rentrèrent dans l'ordre qu'après s'être assurés que leurs plaintes arriveraient aux législateurs. Quelques jours après, le Léojiard ay.inl amené à Brest des Conseillers de Saint-Dominique, victimes d'une révolution mal comprise en France, un matelot de ce navire insulta M. d'EnlrecasIeaux. major du Patriote. L'arrestation de ce matelot souleva tout l'équipage, aux cris de : Vive la Nation! les Aristocrates h la lanleitte! Ce cri devenait partout le mot d'ordre populaire. En même temps. les mariniers de la ville dressaient une potence pour y attacher le major général de Marigny. L'anarchie la plus complète envahit à la fois le port et la flotte. L'amiral de Itioms envoya sa démission au Roi. La Commune ordonna le désnrniemcnt du vaisseau la Ferme, qui lui désobéit en mettant à la voitc.
Enlin . l'ordre nu si- rétablit que i»ar l'inlervcntiou de deux commissaires do lu Constituante. <|ui promirent aux marins d'appuyer, û l'Assemblée, leurs protestations contre les peines de la liane, de l'anncan.