‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 93 sur 223 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

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Aux motifs généraux qui allaient soulever les populations de l'Ouest contre les derniers actes de la Hévolution.ct surtout contre ta Conslilulion du Clergé, un ' ^ moUf particulier se joignait dans Eur des paysans bretons. Ce molir, nous le proclamerons d'aunt plus vile et d'autant plus lliaul, que tous nos devanciers l'ont ignoré ou méconnu : c'était I cet instinct national que nous avons vu survivre chez les Celles à la domination romaine et aux invasions germaniques. C'était cette vieille liatiic des Gallaoued I Gauloiti, Français), développée par onze siècles de guerre, et que

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n'avaient pu dompter ni le mariage d'Anne de Bretagne, ni le despotisme de Louis XIV et de Louis XV, ni les bienfaits récents de Louis XVI, ni Tcmancipation révolutionnaire ; en un mot, c'était cet esprit de race, si opiniâtre et si inQexible, incarne par les bardes, depuis la soumission des deux Bretagnes, dans cet immortel Arthur qui remplit encore toutes les traditions de TArmorique. Telle est, à cet égard, l'immuabilité bretonne, et telle est la connexilé et Funité de nos deux ouvrages, que nous pouvons reproduire textuellement au milieu de Bretagne et Vendée, ce que nous disions au commencement de la Bretagne ancienne et moderne. « Nous ne saurions trop appuyer sur la persistance des Celtes-Bretons dans leur langue, dans leurs inslilutions et dans leurs mœurs; car toute leur histoire n'en sera que la démonstration pendant deux mille ans. Les Romains et les Germains, les Normands et les Français, frapperont tour à tour et à coups redoublés sur cette indestructible nation: telle terre, telle race. Elle supportera ces assauts, comme les caps de son « paradis de pierre » supportent le choc éternel de l'Océan. Enfin, quand on l'aura dépouillée, pièce à pièce, de toutes les réalités, il lui restera encore l'illusion, que rien ne peut ravir. Les Gallaoued et les Saozon s'imaginent que le prince des chevaliers bretons, le grand Arthur, est mort. Erreur! or Arthur vit et attend! Des pèlerins l'ont trouvé en Sicile, enchanté, sous l'Etna. Merlin, ledernier barde, est aussi quelque part; il dort sous une pierre, dans la forêt, captivé par sa Vyvyan. Telle est , depuis tant de siècles , l'indomptable espérance des Bretons, inconquerable tvill, comme dit Milton. »

La domination française avait plus ou moins effacé l'empreinte gauloise dans les villes de la Bretagne, et surtout de la haute Bretagne, et voilà pourquoi ces villes, etnotamment les pays de Rennes et de Nantes, s'étaient associés si chaudement à la Révolution. Mais le vieil esprit subsistait dans toute sa vigueur chez les paysans de la basse Bretagne, qui vivaient toujours avec leurs seigneurs à peu près comme les anciens Celtes avec leurs pencenned (chefs de famille), et qui s'intitulaient justement eux-mêmes les durs enfants de V Armorique^Nous voulons parler des populations du Finistère, du Morbihan et d'une grande partie des Côtes-du-Nord. Là, le nom de Gallaoued était encore une flétrissure réservée aux Bretons dégénérés, et surtout aux citadins et aux courtisans. Là, l'étranger qui demandait son cheiyin en langue française, ne recevait pour réponse qu'un regard de plomb, avep un sourire niais et ironique. Là, non-seulement la Révolution, dans ses bienfaits même, fut une persécution pour des gens qui n'en avaient aucun besoin ; mais elle réveilla toute leur farouche indépendance, lorsqu'elle s'avisa de toucher à ces prêtres sortis de leurs chaumières, et qui leur prêchaient la loi divine dans l'idiome natal, à cçs héritiers des saints qu'ils invoquaient depuis le berceau jusqu'à la tombe, à ces successeurs des évêques et des curés qui avaient été les premiers et

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les derniers champions de leurs franchises. Us retrouvèrent, au fond de leur mémoire, les chants nationaux des combats d'Arthur et d'Hoel, de Warok et de Morvan, de Montfort et d'Anne de Bretagne, et les souvenirs plus récents de la Ligue sous Mercœur, des révoltes contre Louis^XIY, de la conspiration de Gellamare, et des luttes du Parlement La Ghalotais. En un mot, la guerre qui devait plus tard s'appeler Chouannerie, guerre de race autant que de principes, naquit dès lors au sein de la Bretagne; ou plutôt elle y ressuscita avec les mêmes armes, la même tactique et les mêmes idées qu'autrefois ; — comme nous le verrons en comparant les batailles de 1793 à 1815 à toutes les anciennes batailles armoricaines, sans en excepter celles du temps de César.

L'instinct celtique était particulièrement vivace dans le Morbihan, sur cette terre toute couverte encore de monuments druidiques, et dont le catholicisme n'avait pu faire la conquête qu'en greffant le bois du Calvaire sur la pierre du Menhir. A Vannes, d'ailleurs, et aux alentours, les ministres de la Révolution furent beaucoup moins révolutionnaires qu'à Quimper et à Saint-Pol, et il s'y rencontra un évêque tout aussi incorruptible que MM. de Saint-Luc et de La Marche. Ajoutons que là, plus que partout ailleurs, la Noblesse et le Clergé s'entendaient, et exerçaient sur tout le pays une influence d'autant plus irrésistible, qu'elle était plus salutaire et plus méritée.

Dès le mois de juillet 1790, les électeurs primaires avaient demandé la conservation de leur ancien prélat, monseigneur Amelot. Assuré ainsi de l'appui des petits et des grands, il refusa non-seulement de jurer la Constitution, mais d'évacuer son diocèse et de livrer ses archives. Son Clergé en masse suivit cet exemple, et l'administration resta paralysée à Vannes, n'osant affronter l'indignation des campagnes. Quelques violences néanmoins firent bientôt éclater cette indignation, et les paysans de Sarzeau et des Communes environnantes s'assemblèrent un jour plus de trois mille au bruit du tocsin de leurs paroisses.

Cette révolte imposante, nous l'avons déjà dit, avait lieu au commencement de février 1791, trois mois avant les petites échauffourées indiquées j plus haut, et deux grandes années avant l'insurrection vendéenne !

Dès le mois précédent, les mêmes Communes avaient protesté par l'organe de leurs officiers municipaux contre toute atteinte à l'exercice du culte et à la liberté des consciences. Le département leur avait répondu par l'arrestation de quelques prêtres, — et, renonçant alors à la persuasion, les paysans avaient recouru à la force.

Quand ils se virent ainsi près de quatre mille hommes réunis par la même pensée, ils jurèrent tous de verser leur sang plutôt que de supporter les intrus. Pour ces humbles héros animés de la foi naïve du charbonnier, l'installation des intrus était la mort même de la religion. Ils

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couraient donc a ia défense de celle-ci comme les premiers clirélicus couraient au martyre. Cependant il leur fallait un chef rempli de la même foi qu'eux-mêmes. Entre tous les gentilshommes du pays, ils choisirent le seigneur de Sarzeau, M. le comte de Franchcville du Pélinec.

C'était un ancien officier de marine chargé d'ans et couvert de blessures, mais encore plein de force et de courage, et (out à fait digne d*ouvrir la carrière aux la Rochejacquclcin et aux. Cadoudal. Il avait d'ailleurs pourles Brezonnek plus d'un titre à les guider contre les Gallaoued. Un de ses aïeux, grand échansou du duc François II, avait été pris tout sanglant par La Trémouille sur le champ de bataille de Saint-Aubin-du-Cormier ; un autre avait fait baisser pavillon à l'impitoyable ironie de madame de Sévigné, qui le trouvait si savant, si spirituel et si honnête, qu'elle écrivait à sa fille : ce Rassurez M. de Grignan, qui peut craindre que je ne l'épouse; une autre veuve, jeune, riche et d'un bon nom, l'a épousé depuis deux ans, ayant refusé des présidents à mortier. C'est tout dire. » — Plusieurs Franchcville enfin avaient dignement combattu le despotisme royal dans les Parlements du dix-huitième siècle, — notamment Jcan-Baptiste4oseph de Franchcville, devenu président à mortier en cédant sa charge d'avocat général à La Ghalotais. Le comte du Pélinec était donc merveilleusement placé pour combattre à son tour le despotisme démocratique. Et puis c'était un de ces braves à tous crins dont le péril est l'élément, et qui aiment à se jeter à corps perdu dans les entreprises impossibles. Plusieurs aventures de sa vie l'avaient rendu populaire en Bretagne.

Lorsqu'il n'avait encore que son épée de gentilhomme et qu'il méritait aux États le surnom de chevalier de la Tinbune par son assiduité galante auprès des dames, il se trouva un beau jour, sans savoir comment, accablé d'honnêtes créanciers ; si bien qu'il imagina de se déclarer oflicicllemcnt défunt, en priant sa mère désolée de faire honneur à ses signatures. A mauvaise léte de fils, excellent cœur de mère. C'est là la règle générale. Madame de Franchcville pleura son fils à chaudes larmes et paya généreusement toutes ses dettes. Elle en eût payé bien d'autres pour revoir l'in-

^ grat un seul jour! Au bout d'un an notre enfant prodigue s'ennuie

d'être mort et ressuscite >cn pleine paroisse de Sarzeau Les premiers

visages qu'il rencontre sont justement les serviteurs du château paternel.

Ils le prennent pour un revenant, et s'enfuient épouvantés Le voilà

comme le menteur pris au mot. Il s'est si bien dit mort, que personne ne veut le croire vivant 1 II attrape enfin une jardinière par son cotillon, et il s'en fait reconnaître à sa galanterie d'autrefois .... Il apprend alors qu'il arrive justement pour son service anniversaire ! Vous sentez que le De profundis tourna en Te Deum, et que jamais veau gras ne fut tué ni mangé plus joyeusement.

Ce qu'il y eut de plaisant dans la félc, ce fut la figure de certain

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