CHAPITRE HUITIÈME, 28i
aux hommes du juste-milieu. — Mais nous en verrons plusieurs arriver au grand jour de réchafaud, pour prix de leur obscur héroïsme; et nous ne manquerons pas de glorifier ces nobles enfants de la Révolution, puriliiins de 89, fourvoyés dans Torgie de 93, qui voulurent faire et firent souvent le bien au milieu des éléments du mal déchaînés.
H y a dans tout incendie deux sortes de libérateurs, ceux qui font jouer les pompes au milieu du feu, et ceux qui renversent le toit enflammé pour sauver les toits voisins. Dans Tincendie révolutionnaire, le premier rôle fut celui des Girondins de tout étage, et le second fut celui des Vendéens et des Chouans. Or, nous ne saurions trop le répéter, c'est à tort qu*on a cru devoir abaisser ceux-ci pour exalter ceux-là, et réciproquement. Il est temps de montrer que les uns et les autres ont droit aux mêmes éloges, et nous serons fiers et heureux de remplir cette tâche. Notre sympathie pour les Girondins ne sauvera pas plus les Jacobins de notre justice, — que notre admiration pour les Vendéens no sauvera les brigands de notre sévérité.
En attendant, nous disions que le rêve de la Constitution devint impossible à réaliser. 11 y eut à Nantes, pour les assignats et le prix du pain, des émeutes, où le vénérable maire (Kervégan) fut insulté par le peuple. L'anéantissement du commerce de SaintrDomingue combla la détresse dé cette grande ville et de tout le pays environnant. En basse Bretagne, Tanarchie coulait à pleins bords. Dans tout le Finistère, le seul district de Ponti%7 était ik peu près organisé à la fin de 91 , et la répartition des nouvelles taxes commençait à peine à se faire en exécution des lois promulguées depuis un an! Des masses d'ouvriers sans pain attendaient l'organisation des travaux publics. Des malades mouraient abandonnés dans les hôpitaux, confisqués comme biens ecclésiastiques. Les religieux refusant l'inventaire de leurs propriétés, il fallait forcer et fouiller tous les couvents les uns après les autres. Et puis, quelles difficultés pour la vente de ces propriétés, pour le rachat ou la suppression des droits féodaux! — Ajoutez à ces embarras les élections municipales renouvelées après deux ans', et qui donnèrent beaucoup de magistrats hostiles à la Révolution, — les partis opposés se dénonçant et se provoquant dans les districts, dans les clubs, dans les corps de garde, dans la rue et jusque dans les églises, a Le prêtre L... de Morlaix écrit que son père est un schismatique et l'évèque un faux prophète. Le curé patriote D... avoue que le cri de son sang ne peut l'empêcher de signaler l'incivisme de la municipalité de Primelin. L'huissier F... se plaint de ne pouvoir sortir sans être charivarisé, sifQé et menacé de mort, etc.» etc. »
* Cafles àê Nttttes forent «m lotte ■eharnée entre lee camp«|[nee et la ?ille, entre U démocratie popolaire et raristocntie boargeoiae. M. Minée y perdit aet phmea et fnt obligé d'abandonner k son cours no tofient qne rien ne ponrait pins ralentir.
Irritées de leur propre impuissance, les administrations les plus modérées dans le principe devaient aboutir à toutes les violences de l'arbitraire. Elles devaient flnir par sabrer» à la façon d'Alexandre, cet autre noeud gordien qu'elles ne pouvaient débrouiller. C'est ce qui arriva dès la Gn de 1791. L'amnistie prononcée le 14 septembre au sujet de la proclamation de la Constitution fut révoquée ou violée partout, et la guerre reprit ouvertement entre les patriotes et le clergé réfractaire.
Pendant ce temps»là, l'Assemblée législative, qui avait remplacé la Constituante, enlevait à la fois à la Révolution et à la Monarchie leurs illusions d'un moment. Là la Gironde^ et la Montagne*, associées d'abord contre les Feuillants pour se diviser bientôt, déterminèrent la guerre civile et la guerre étrangère par les fameux décrets contre les émigrés et contre les prêtres.
Le premier enjoignait au comte de Provence, qui avait protesté contre l'acceptation de la Constitution par Louis XVI, et aux quinze mille gentilshommes rassemblés au delà du Rhin, — de rentrer immédiatement en France, — sous peine de déchéance pour le prince, et de confiscation et de mort pour les autres. Le second décret livrait à la justice les prêtres réfitictaires, et enjoignait aux départements d'en adresser les titres à l'Assemblée. On ne laissait pas même à ces malheureux la chétive pension qui leur avait été allouée en indemnité de leurs biens. C'était donc les placer, après les avoir dépouillés, entre la faim et Tapostasie (novembre 1791).
Appuyé de tout le parti constitutionnel, \ jouis XVI opposa son veto à ces mesures tyranniques. < On m'ôtera plutôt la vie, s'écria4-il, que de me faire sanctionner de tels décrets!... » En agissant ainsi, il était certes dans la Constitution, mais il n'était pas dans la Révolution, qui laissait déjà la Constitution derrière elle, — et qui, n'ayant plus que de la méfiance pour le fugitif de Varennes, se disposa résolument à la guerre du dedans et du dehors. — Le pauvre Roi s'y résigna lui-même, après avoir inutilement sommé les émigrés d'obéir. Il choisit alors pour ministres les Girondins Servan, Clavier, Roland, et toute la France fut appelée sous les drapeaux de Luckner, de La Fayette et de Rochambeau. La guerre la plus solennelle de l'histoire, la guerre qui devait renouveler la face de l'Europe, la guerre de vingt-cinq ans allait commencer!
Ce fut partout un élan d'enthousiasme patriotique impossible à décrire : les révolutionnaires avaient trouvé ce lien d'union qui devait être leur force, et qui devait donner à l'Europe un spectacle si formidable et si glorieux!
La guerre! la guerre! Ce cri électrique retentit en Bretagne comme
* Les d^paUt «la centre gaoche prirent le nom de Girondins, peroe que les députés de la Gironde furent leurs premiers chefs.
' Ainsi nommée perce que ses membres occupaient le sommet de l'eitréroe gauche.