ACTES
Trouva à Mortain ^ dans le tombeau de Samt^Guillautûef le 6 nivôse an II (jeuài^^décembre 1793J.
« L'an 1564, le lundi des fériés de Pentecôte, vingt-
» deuxième jour de mai, le corps et reliques de mon-
)» sieur Saînt-Guillaume , qui avait été enlevé de ce
» tombeau, le ISjuin 1562^ pour raison des séditions
» et saccagements d'église , qui pour lors régnaient et
» depuis ont régné, par le commandement de monsei-
» gneur le duc de Monfpensier, pair de France, comte
)» de Mortain, suivant sa missive du dix-septième jour
» de mars dernier , et par délibération dé messieurs les
» doyen, chanoines, vicaires, cLapelains, etc. , habitués
» en ladite église de céans , accompagnés de processions
» des paroisses circonvoisines , et par l'avis , consen-
» tement, et en la présence des ofiiciers du roi et de
» moridit seigneur ; savoir est maître Jean Fermin, sieur
» d'Argouges; François Délépine, sieur de Meslay,
» lieutenant-général de monsieur le vicomte de Mortain;
» Jacques Thibault, écuyer , sieur de Beauchamp, élu
» audit Mortain ; Jean Fermin , sieur de la Brocherie ,
» receveur des tailles audit lieu ; GislesBenoist, sieur de
» Géguignières , receveur du domaine audit lieu :
» François Fermin , sieur de la Buclière; Verdier de la
» Forêt de Lande-Pourrie; Ftançois Lucas, sieur du
» Breuil ; Jeao Beaoist » sieur des Yenles et garde-^es-^ » sceaux audit comté; Gilles de l'Epine,, écuj^r, en-^ » quêteur audit Mortain , et plusieurs autresv tant gen^ » i\]^ hommes que bourgeois , mapaus et habitants, dudit » Mortain qu'autres lieux , a été reoûis et. reposé en cedit » tombeau eedit jour, présence des 4essusdits<et grand »^ nombre d'autre peuple, clos et refermé. Ce que » dessus témoignant être yrai et avoir été fait les aa el » jour dessusdits, et, pour approbation de ce, ont été » apposés les sceaux dudit comté, sous les signatures de » l'Epine, Tbibault, Fermin, Benoist et autres sus- » dénommés, avec le sceau aux artnes k trois fleurs-de- » lys, »
Et au dessous est écrit: a Et du depuis fut icelle re- » lique, pour pareille chose, remise, le 27® jour d'a- » vril, après Pâques, l'an 1568 , présence de messieurs » les officiers du Roi. »
« Anno domini millésime sexcentesimo vigesimo pri" » mo, die prima mensis junii , ego Frailciscus de Péri- » card , sedis apostolîcœ gracia episeopus abrincinsis , » consiliarius à secretis christianissimi régis Ludovip ci Xni: transtuli et mutavi bas reliquias sancti Guil- ». lelmi Firmati cum partibus et fragmentis vestium » illitts. vetustate consumptis , de antiquo tumulo lapi-: >!' deo, in hane eapsam digniorem et altius elevatam » nmi^Ai dtbre'sacdlt dîi^ dîvi Gutllelmi Firmati , i(a ut » populus in hoc nimis superstitiosus illud sepulcrum » non àUingeret; ut sôlebat cum tumultu et confusione
» magnà; cum qaibus etiam alias reliquias diversorum » mar^nrum^in aliâ capsâ inrentas, iadusi, de consilio n et consensu decani et canonicorum et prasentinm » eoelesiae faajus collegiatae et capellao r^lis de Morthon nio quimecam ssbscripserunt. »
« Soscripsit Franeiscus ep. abrinccnsis et alii nfpote » Boulry, Gallot, Fermîn , Regnault, François Adeléc, » etc. n
« Uan mil cinq tmt saixanU-quakre »
» Le vingt4roinime'd0 mat,
1» En ce tombeau sans rien rabaiire ,-
» Je fus remis pour totH vrai
)> Par gens de bim^ de bonne foi,
D 1^' ma relique arU gardée ,
» Qu'hérétiques liors de la foi
)> Cet an passé ne m^ont brûlée.
» Ceux de mon église Itûnorés
» Sont oraprès tous dénommés;
» Dieu gard leur bonne renommée ^
» Jusques au cieLûs soient montés! »
Soussignés: Petrus Belin Decanus» etc(^).
(*] Ces trois actes étaient renfermés dans une châsse de plomb» qai contenait en outre une mâchoire, quelques petits ossements, des cendres Iramaines, des débris de irêtementt et un fragment d'étoffe de soie et d'or figorant une croix (L. D. B. }.
util! 'IV
La vie deceMauchrestien, sur le patron duquel semble être taillé le fameux G)rmatin, de la Bretagne, nous a semblé assez curieuse pour être jointe à ces notes. L'extrait ci-dessous est tiré du Mercure français , t. 7 , p. 814 et suivantes.
« Antboîne Mauchrestien (et non pasMont-Chrestien) estoit fils d*un apothicaire nommé Maucbrestien, qui estoit venu demeurer k Falaize « sans que l'on ait jamais sçeu de quel païs il estoit, ni qui estoit son père ny sa mère, comme il se justifie par Pacte de tutelle dudit Ânthoine Maucbrestien : car après le déce2 de son dit père, le procureur du Roi k Falaise , fit assigner les voisins pour eslire un tuteur audit Ânthoine fils ; et faute de toute alliance, le sieur de Saînct André Bemier, comme pi!Oche voisin , fgt condamné en justice d'en prendre la tutelle, en laquelle, pour le peu de biens qu'il y avoit, il ne fit aucune formalité ni inventaire.
» Anthoine estant grandelet et d'un esprit yif , il fut pris pour suivre au collège et servir les sieurs de Tournebu et des Essars frères : il estudie, il s'adonne à la poî»e françoise , et fait bien des vers: devenu âgé de
20*aiïS:, il apprend avec ses matstres à tirer des armes, à monter k cheval, et en hantant les nobles il faict le noble y le vaillant, le hardy, et l'homme de querelle pour se porter sur le pré, et se fait appeller YatteviUe, mais de terre ni de fief de Vatteville, non dicitur tit. de fundts.
» Ayant fait querelle contre le baron de Gouville , ai une rencontre que ce baron, accompagne d'un sien beaufrèreetd'un soldat, eut avec luy, il met la main à l'espée, se défend, mais ces trois contre un le laissent pour mort. De ce rencontre ayant fait plainte , Taifaire cousta audit l^ron.et ^ âon.b^-frère plus de 4ouze mille livres, dont il s'empluma>. et comiipiença ^ faire Thon^mede moyens.
» Estant devepu chicaneur , il attaqua son tuteur, luy demanda compte, et le plaida tellement qu'il fut contraint d'accorder avec luy, et luy donner mille livres.
. )» Il fut depuis fort blasmé d'avoir esté le solliciteur du procez qu'une demoiselle de bonne maison avait contre son mary, qui estoit gentilhomme riche, mais imbécille decorpset d'esprit: et avoir pensé essuyer ce blasme en l'épousant clandestinement après le décez de son mary(^): mais ce mariage luy fut débattu après la mort 4e ceste femme.
(*) Odolent-Dcsnos, dans son mémoire hist. sur Atençon, U II, p. 373, assure que cTest à cause de ce mariage que Mauchrestien prit, le titre do baron de Yasteville; et M, L. du Bois, dans ses nouvelles recherches sur la Normandie, p. 270, incline à penser que ce surnom do Yasteville venait de la commune de ce nom,qni est située dans l'arrondissement de Cherbourg, à la seigneurie de laquelle il avait peut-être des prétentions, par Tefiet de son mariago.
y» II a esté un des bons poètes tragiques de son temps: il fit infiprîmer plusieurs traçâtes qu'il aVoit composées » lesquelles furédl bien reçues: entre autres^ 11 descRaTÉscôssoise au roJ de là' Grande-Bretagne, ce qui lui sauva la vie; car s'èstatit trouvé en unf rencontre accusé tfe avoir tuê ttkitreu^ement lé' fils du' sienf de Gri^y Môynnéis prezBayëtix, eri feîgriànt tfeluï fleniattafer fe Vte;' ils'ed alla eti'Atî^lëterHé^''Vfarritc'a'fesb»^pend^^^^ à ce que S. M. 'de laf Grâiide-BrelagM (A)tit« db ferf>roi' Henri IV sa grâce.
» Revenu en France, après avoir çscumé plusieurs sortes de professions ( car il estoit d'une humeur très inconstante et légère ) , il fit imprimer son dit?cours œco- Domique. A ses heures de loisir , il a aussi traduici les pseaumes de David en rihme; et ceux qui les ont veus tiennent qu'il les a heureusement traduicts, et qu'il disoit ne vouloir les faire imprimer qu'avec approbation de la Sorbonne. Il a aussi travaillé sur l'histoire de Normandie et feict plusieurs autres œuvres qui le rendoient louable.
» S'eslant retiré vers la forest d'Orléans , et puis a Chaslillon-sur-Loîre , il travailla a faire de l'acier et en faire faire des lancettes, cousteaux , canivets et autresinstruments qu'il venoit vendre a Paris : et pour ce, il se logea en la rue de la Harpe, chez un taillandier, et demeura quelques années en cest étatt, grandement soupçonné de faire de la fausse monnoye.
» Il se mit depuis à caballer parmy les églises des huguenots des provinces d'Orléans, Berry et Gastinois, et eut entrée à leur cabale , à la recommandation d'un ministre normand.
» Il y a deux ans qu'il voulut faire un eoibarquement suivant ses inconstances ordinaires, et en eut un procez à Rouen contre la sieur de Pont-Pierre pour un navire.
» Mais sur ces entrefaites les mouvements qui tiennent encore le Roi en la campagne commencèrent, et luy se disposa à faire les mescbancetez qu'il a pensé ourdir tant ^ duchés d'Orléans et B^rry, qu'en celuy de Normandie, où il a Êit une fin misérable et tragique, les cei|dre$ de son corps ayant été jetées au vent. »
n y a ici une erreur évidente» dans la source où nous avons puisé, sur le lieu où deBricqueville devait recevoir les secours de TAngleterre.
Voici» au surplus» la lettré insérée au Mercure français (tome XFV» pages 81 1 et 212), d'après laqudle nous avons circonstancié notre rédt» et sur laquelle nous allons avoir à discuter plus bas:
» MoHSUStR»
» On m'a asseuré qu'en la Basse-Normandie y avoit
)) esté trouvé quelque intelligence avec lesÂnglois» et
» qu'un chasteau ou grosse tour dans la mer, appartenant
» au siecir de Brîcquevîlle, devoit estre rendu aux An-
» glois avec la ville et havre de Vire: que de cette intel-
jè ligence estoient quantité de la reli^on prétendue ré-
j» formée de tout le pays circonvoisin, et presque tous les
» officiers dudit 'Vire » entr^^utres, dit-oo» le procureur
» du roi» le lieutenant criminel» avec quelques gentils-
» hommes » tous huguenots. Que cette entreprise a esté
»' déclarée il M; de Matigneo , gocHeenmp de 4a Bmm- » Normandie, par un huguenot de ce pays-là, qui estoit » celny qui recevoil les paquets et commissions envoyés » de part et d'autre pour cette affiiire et négociation : » que ledit sieur de Matignon ( k qui cette affaire fut » décelée ) s'est fait mener «n mer au devant du courrier » qui devoit arriver selon Tordre donné entre les con- » spirateurs, lesquels attendoient deux grands vaisseaux » anglois, qui dévoient venir aborder audit havre de n YifceQ inte«!tiQn.(est9^|j)$sîistez) d'exciter un. tnouble » qn Normandie j>opj? ^divertir le Roy du.iiège delà X) Rochelle et faire une arméç de i;5090 hommes, qui > et^i^ni fait des cour^$ jusqu'aux portas 4^ Baris, •i^ respérau^ que IQut le. ^riyt factieux des- baguenots de n Caën, Fakize, du Maub^eet autre lieux se joindroient » ensemble; mais que: Dieii^ea a disposé autrement^ et » qu'on en a pris jusqu'à quarante, desquels quatorze )» ont esté menés au Roy par le sieur de la Roche-Ba- » ritaut, qui commandoit la compagnie de chevau- » légers du feu sieur Dure, entrenûe audit Vire : fi qu'entre ceux-là estoit le sicnr de la Fopét, g^dre du » comte de .Moutgommery, lequel, s'est sauvé et évadé D en Angleterre^ Qp ne jÛ€;nt pas que ledit comte de » Mootgojfnmery fust de cette conspication. Le temps » nous apprendra la vérité de toute cette affaire* Cepen-
. » dant je demeurerai à l'infini yostre, etc. »
Nous n'avions pas besoin de l'ànootatiQn d'un lecteur contemporain qui a ainsi éo^argé la p^e de nptre vx)lunQie: « A Vire ny a ny havre ny rivière portant que petits ba-
. teaux, est loing de la ip^r six.liçues ay dessus de Saint-
Lo » , pour reconnailre qn'il y a erreur dans rindication du lieu où les conspirateurs devaient débarquer.
Il ressort pleinement en effet, pour tout homme qui> connaît le pays, que Tauteur de cette lettre , bien qu'initié aux circonstances du complot , en ignorait la topographie, et qu'il a confond» la Tille de Vire avec la rivière de ce nom, où, comme nous l'apprend Davila, la flotte anglaise de Montgommery avait pénétré en 1574.
Cependant Masseville (t. YI , p. 1 1 7 ), s'écartant de la version de l'annaliste e^teinporain, place Ic^ioh^teaii de BficqneviUe auprès de Goulance^ Mais oc^me il n'i*- 4iqae point sa soMce» nou$cok)tinuei?Cfnè k ]e plaoer dans les parages des Veys. ! . . .. / . , -;
lHkint^iapt est-ce à Sasat^Lo;, est^Hse à scon mum port deCavdande, est-ce au chlted^a de Golombières^ de la vallée d'Anre, que peuvent s'appliquer les termes da<correspondant du Mercure ? Il &oi»s semble ^ct^ l'ifidîcatîoQ ^uKie grosse tour dam la mer e^ d^usk havre exclut cette inferprétatba^ . ,
Esirce plutôt au fort» rp'en 1574, Gallardon dHBarrache, «elon d'Anbigaé (page 123)* avait ^aiM^:«ir le bord du peiitVays^dOns les vases, ouauchâleau 4'Isigny , apparteaant laux Bricquevtlle, qu'As ise mpporteat:? Nous avons donné la {if^érenoeii^ette demièro vemôb*
La pdflie , doiA nous n-avMS feit que meDùMûerk éésôlwte apparitioa Akm te résumé de notre hi&ftoire, ravagea, si pluneui^ repriseï^, b' plupart de nos viltes et décima leurs populations. En 1594 , elle jetait la con^ 'steirnadoti dans Clierfaourg, et elle y r^rut dans les années 1621 et 1623, Force fot alors k ées babifants dé fuir devant le ÈéHkVteX de se i^gier k Yatogiieg « où une deleamtfeôeufes fondaftions tfonasticpiiefr gW de^ puis perpétuée sous^le nom de l'abbayé dé Nm^è-^Dme de Protection. La cause, singulièrement tragique, * de cet «2^ vqt^ avah,' il y a quelques années; étr^lé notre curiosité, el, sc(ds le titre des RcivaUèt dé t(mrUmUe , ' nous en pui>1i&«ies une notice , k laqueflé on voulut bien faire rbonneH^ de plusieurs reprodu<^tio«sV ^i que d^ne traddittM aliei»a»d& I%M^ de
l'emprunter encore k nous-méme et d'ajouter ce horsd'œuvre historique aux nombreux matériaux contemporains que nous venons d'exhumer. Les Êiits que nous allons consigner sont en majeure partie extraits: 1^ d'un ouvrage assez diffus de François de Rosset, imprimé à Rouen, en 1700, et intitulé les Histoires tragiques de
noslre temps; 2® dii journal de TËtoile, sous l'année 1603 ; 3^ do livre intitulé la Gonnesiablie et Marechaussée die France , Paris, in-folio , 1661 ; 4^ du XI^ volume du GaUimehtistiana; 5® enfin d'une biographie de l'abbé de Tourlaville^ publiée, en 1831 , k Saint-Lo, par notre savant tiumismate et biUiophile M. Auguste Asselin.
LESRAVALET
de