‹ Histoire des guerres de religion dans la MancheChapitre 9 sur 11 · TOURLAVILLE · texte numérisé non relu

TOURLAVILLE

« D nW guères de pays qui n'apporte pour tribut iif histoire quelque fiimille réprouvée et marquée du sceau de la fatalité. Long-temps après avoir épouvanté sou époque par une série de crimes et de malheurs, elle reste dans le souvenir des peuples; et son nom , qu'une ruine souyf^nt pu. qu'un champ de terre ont conservé, à défaut d'héritiers. pour le transmettre, résonné tristement après elte^ jusqu'à ce que, quelque jbur, il retentisse dans le di^eou le romap qui s'en seront emparés. Depuis celle d'Aérée, en effet, le monde n'a pas manqué de ces races dont le.sang coule.toujours pour le crime, et quelecrime rçb^çhÇjbrusquenotentde.la société. Mais, si la fatalité an^^e trouve maintenant chez nous une froide impas-« sîbiliié, peut-être que la fatalité moderne, cette force qa'oà n'os^ plus appeler du nom d'une divinité, et qui pous^ ui^p famille irritée au milieu d'un siècle qui se la inontre du doigt , y rencontrera-t-elle, au lieu de l'hor-* reur payenne, un trésor de larmes et de pitié?

. » RavaJet , tel est le nom de la famille que notre pays

peal opposer à celles d'AgametnioQ, d'Œilîpc ct'des Nfe* béluhgen. Au moment où on TeDloure àéjk de ce mystérieux, que Ton aime aujourd'hui daus l'art, «t qa'^^Ile est prête k passer & Tétat de légeode , il est iémp^ ^ea arrêter ici l'histoire. Le bourr&iu de Paris ^ ftlnctiônna pour elle, il y aura tantôt deux siècles et déitii, est là du reste pour en constater, avec sa hache, reffiroyable réalité.

9 La maison était riche , et sa seigneurie s'étendait sur les deux paroisses de Sideville et de Toarlaville. Sur la foi de la tradition , qui doit nous introduire dans^ ses derniers fiistes , elle était redoutée sur ses terres, et «es Tasseaux en racontaient tout bas d'étranges choses \ la veillée.

» Epris d'un violent amour pour une jeune fille , que courtisait son écuyer, un Ravelet était Tenu l'arracher une nuit dans sa cabane et requérir, par droit de seigneur, l'octroi de sa beauté. Et c'était au milieu d^une orgie de gentilshommes qu'il l'avait traînée. Que s'étaitil passé Ik? Le thème se prêtait aisém^t aux Êuitaisies du conteur. Quant au dénouement, le lendemain, un bûcheron matinal avait cru reconnaître le corps d'one femme enfoui dans le préau, et, plus loin, nàe tète in«forme et mutilée. Un jeu de quilles était k quelques pas , et la boule était rouge de sang. Une horrible partie s'était donc jouée là, pendant la nuit! Mais, huit jours après, il y avait encore du sang ailleurs , et^ cette fois, c'était celui du seigneur, dont la tête, toute ruisselante , se trouTa au matin jetée par sa chambre. La lutte avait dû éîre opiniâtre et terrible entre lui et son ennemi , car aux rideaux et aux colonnes du lit se voyaient des empreintes

de main^. crispées dans une dernière étreinte , et des lamb^jHix dexétementa, <}ui n'étaient point ceux de Ravalet. Ql^lf^^l^ha^ eii.vain le coupable; Técuyer, qui aurait pwtffjêUje^tP^ le nommer, avait aussitôt disparu.

» IJn^B^alet atait bràlé deux fermes au seigneur de Houtteville, dont les ânes étaient venus paûtre dans son pré» ,

» Un Ravalet avait pendu trois vilains aux chênes de mk avenue , pour n'avoir pas envoyé leur blé au mottlk^ seigneurial.

: »,.,Tk)ujourSt un Ravalet avait tué son frère ; et, en expj^itiiQp 4^ cOr crime, avait fait un pèlerinage k Rome , dV^Àillnfavait rapporté sa grâce ({u'à la condition de fonder des églises et des monastères. Mais , quand il s'était agi d'accomplir la pénitence, il avait trouvé, dans la dwretédes temps, quelque maladie, quelque famine peutêtre., un prétexte suffisant pour s'en dégager.

« Un Ravalet wcore avait assassiné son curé , et voici k.qool j^ivipos. S'étant senti de grand appétit un jour de P^qifiptv iqu'il se disposait à remplir son devoir dechréti^frîl.^a^aitdinvoyétout scrupule au Diable, et, réconforté d'un bon^déjeuner , il avait osé se présenter ainsi kiai^ki,4es fidèles. Averti d'une pareille profamation, le pS^^HÎ<a9»it cefusé l'hostie. Sbis, de honte et de co- Ijèc^» 3^^' <^v^t alors osé tirer sa rapière , et , dans l'église même, sur les marches de l'autel, avait coulé le saog d'uB-martyr! Quel châtiment pareille impiété devaitelle attirer. sur le coupable ? Le pays en frissonnait dV vaioi^;^ et^^ lorsqu'un mois après, il entendit fulminer r^x«iMnmu9ication au prdne de chaque paroisse, mettre r^gtise en interdit; quand il vit renverser les cierges avec

les paroles d'anatb^e, il attendil avec terreur la joetice do Roi. Elle ne vint poartant pas» Soit que h fimùlleda mort, eût été indemnisée , ainsi qa'on le raconte; soil que le crédit en coiff de Ravadet eflt prévain sor ses démarches ; toojours est-*il qu'an premier bcandaie on ent k en ajouter nn second, celni de l'imponité.

9 Josqu'ici, comme on le Yoit » la chronique reste douteuse et, pour ainsi dire, flottante. Point de chronologie i point de prénoms pour distinguer ces incendiaires et ces meurtriers ; et cependant les prénoms de Jacques , de Tannegnj et de Thomas sont k pen-piès héréditaires dans la fatmille. Jusqu'ici , dis-je, oa n'entend que le nom de Ravalet. Une ferme brûie*4^Ue, nn crime est-il commis, une pro&nation a-t^elle lien ?'Ra- Talet !! C'est le nom maudit, le nom excommunié.Qaim-* porte le prénom Tann^y ou Thomas? Pour b foule épouvantée, qui se signe sur son passage, le meurtrier est trop bien désigné par ce seul nom de Ratalet. Et puis encore, à quoi bon serait-ce, lorsque pas nn n'a dégénéré de son p^e pour prendre une meilleure toie , et qu'on en peut envelopper la race dans la même r^MObation.

» Pourtant, ici la tradition prend une forme plus^rrétée et se permet d'affirmer, en appeknt H^riiVle roi qui fut assez miséricordieux pour pardonner au Ra*^ \^lett assassin du prêtre. Se trompe-t-elle ? Alors nous nous tromperons ensemble; car, aussi bien, nous avons besoin, après tant de récits populaires, qui sont loin cependant d'exclure la vérité, de nous rattacher* à «ne date, et de marcher sur un terrain qui ne faîra plw sous nos pas. Certain document ^ bien que nous en tirions,

selo»ndi5 idées» une preuve fortisantèstable, vient du reste ici à F^pui de la tradition. On trouve en effet , à ]a date ^u 21 septembre 1577, un acte passé au profit dtt trétor da la paroisse de Cherbourg » par deux frères du nom de Jean de Ravalet , fils de Jacques, dans lequel donation est faite d'une pièce de terre située k la Bucaille» à charge d'un obit. Etait-ce a cause d'un ami , d'un proche? Permis à nous de croire que cette pieuse fonr dation annuelle n'est que l'expiation du crime de l'église. Hélas 1 nous en trouverons tantôt encore une autre !

» Enfin , nous avons des noms certains , et le coup$d)le ne sera pas difficile k trouver entre les deux homonymes. L'ainé> en effet , possesseur de la seigneurie de Tourlaville, qu'il abandonna plus tard k son frère, était un homme de bien. Sauf erreur, on pourrait encore voir son nom gravé sur une plaque de cuivre , dans la cathédrale de Goutances. Qu'un instant donc, avant de eoQtiauer» Tesprit se repose avec la mémoire d'un hoiâiiie qui , au milieu de cette lugubre galerie des Rar vakti n'apparait, lui, que le front pur et l'étole sainte au cou : vivante expiation de la fatalité héréditaire. Elle ne siffit pourtant pas pour imposer silence aux clameurs de réprobation qui accompagneront sa famille , jusqu'à sa disparition; et le sang versé voulait plus que dôSidonset des prières. Mais si ses contemporains n'ont tesn compte des libéralités qu'il eutk cœur de répandre, quecelui dumoinsqui retrouve un nom feisant une tâche aussi honorable, dans le triste inventaire d'une maisonétekitOi lui consacre quelques lignes.

» Né à Cherbourg , selon un auteur, eh 1549, vers 1560 ou 1562 , c'est à dire à Tâge de douze ans , il avait succédé au dernier abbé régulier de 'HamMe , ef il était devenu plus tard grand-vicaire de G)utancès, ainsi qfùe chantre et chanoine de la cathédrale. Âusëi^Coutances se ressentit de ses bienfaits. En 1586, en effet, 6n lé voit fonder cent vingt livres de rente , pour subvenîrliTen*tretien de son aqueduc gallo-romain et aux ga^gès dii fbntainier. En 1588, il contribue à la réédificaiion de la chaire épiscopale et des stalles de la cathédn^e. Déjîi , avant ce temps , il avait constitué cent vingt éèu6 de iréhté, pour la dotation de cinq régents d^ langue fàôûe au* collège de cette ville, créé, dix-sept ans auparavant, ^ar révéque Artbus de Cossé, sous h condltibh n<^uvélle que les maîtres ne pourront demander^ calenger, pour^ rnivre, exiger ni or , ni argent , ni landit , ni chandèîte.^

» Il n'oublie pas non plus sa ville natale; et, vers Tépoque où , conjointement avec son frère , ii a fijgu^fë à Tacle de fondation de Tobit dont nous avons pàrl^,^ il fait réparer, à ses frais, les tuyaux de quatre fodiaînes de Cherbourg; et il fonde quarante livres ^e rente an*nuelle, pour subvenir aux gages du fontainîer.

D On ne croira pas que l'homme géùéfeux, qui â, en quelque sorte, pris a tâche d'effîtcer, sousletienfâfll, le triste renom de sa famille, soit le Je^ii dé Ravafef, meurtrier du sanctuaire. Puisque la tradition veut quil soit contemporain de Henri IV, il n*en reste plus qtfun; et , si nous disons qu'il fat un hardi partisan du Navarrais contre la Ligue, on admettra peut-être que, potrr prix de ses services, il ait trouvé grâce auprès 'dé celui qu'il appuyait de son bras, aux plaines d'Ârques et

dlfjryi .(^joutçiDS Ê^fin qu'un sien neveu, Fablié deFranqaetott alors Âiiinônier du prince, dut sans doute loi sur-* ▼^Qiûrrep^aide /Qt sanvor une tête, dont le déshonneur eût rejgilli^tar la sienne,

» L'argept, avpns-nousdit, d'un autre côté, ne fut pas qon plus sans quelque poids dans la balance. Lorsqu'en effets, yn auteur conteniporaiii nous dit que notre gentilhomme normand possédait bien dix mille livres de rente, fortona considérable pour le temps, on ne sera plus surpris que l'impunité, alorsi^si facile à acheter, lui aitét^.açguise^ et qu'il ait pu, auprès de la tombe d'une lictiiD^^^^ jBa ccJère , passer le front haut et défier la ju&* tk». , . , .

i i^.DIoà devait donc descendre le cliâtiment? Ne frapperait-iL qu'on coupable? Certaines paroles échappées à un mQJ^ne passaient sourdement de bouche en bouche ; et sa pieuse <^mse IM^deleine de la Vigne avait pu entendre quelcpiiQfQis m prophétique avertissement: Adam eut dem ^ $ fit un de ces fils s^appdait Cmn!

, »^,|Uvalet avait deux enfants.

* ;» l<9|)ç«ple comptait-il sur eux pour avoir sa justice? La tradition j^'e^ dit pas plus. On peut croire qu'il ne t^eît quUt^ les Ravalet ni de celle de Dieu, qui ne ve- DAit^psiA^^xii de celle des hommes qu'on lui refusait. Mais 91j?k 9^i^.t ce$ deux en&nts, sur lesquels devait peser Cfette }ai:dive Êitalité? Un arrêt de mort, du 2 décembre 1&03 , que Ton lit au traité de la Gonnestablie et Maréebavsf^.de France, nous apprend que l'ainée, de quelques dix-huit mpis, s'appelait Marguerite, et que Julien éfaitlejMMiderhéritierdes^eux seigneurs Yaldesairais. , I» Il est rare toutefois que la haine ne pardonne pas

kU beauté» etae s'adoucisse pas devant ell», comme si elleétaîtlecachet de quelque divine préditeetion.

« On ne les déûgnait, en effet, k dix lieues h la ro^de, que sous les noms du Beau Garçon et de la Bdk Jkh mmdlt. Un romancier du ten^ nous affirme de plus qu'ils se ressemblaient. Et pourtant .devant tant de grâce et de jeunesse Y le pays ne se trouvait pas encore désarmé; et peut-être , ea les plaignant, att^daitril la réalisation de la vague prophétie jetée sur la maison $ lant ' qu'il y aurait âme qui vive du nom de^ Ravalet«

» L'esprit se révolte en vain contre ces pressentiments et ces voix intérteares qu'il ne saurait définin. L'événement arrive , et avec lui l'inexplicable confirmation. Qu'importe qu'un instant ait £ûl mentir l'absurde pronostic,, la crédule humanité ne s'en détache pas> ainsi; et elle répétera toujours son adage : Vacmir est gratid^ pour se glorifier d'une in£ûllibilité qui sourit imt \ sa foUe présomption. L'attente du pays, hélas! ne fut pas trompée. En vain tout concourut-il à la lui faire^ahan-' donner, il se l'était tenu pour dit. Où était, en efiet, le Gain de sa prédiction, lorsque devant ses yeux il n'avait quedeux enfants frais et roses, joyeux ^enurelacésdsHdS un même amour , deux enfimts qui , du même berceau qui les endormait naguères, n'avaient essayé tour à tour leurs premiers pas , que pour se tendre la main et s'unir dans la vie. Et douze ans chacun avait pu se réjouir de ces naïves caresses, qui font tant de bien au cœur, et donnent libre champ aux mères de prophétiser. Mais, avec Tâge, la douce confiance s'était hiea vile évaooui^ et la froide réserve lui avait succédé» On eût dit deces sonis perdus et chers au souvenir, avec lesquels tout reste à

recomm^no^. Leqiiel des deux fil le ppemier pas, et revint ^:cea baisars d'enfatnoe si (ôl. oubliés? L'bisleins se VÙU Ë1W> dit sâulemeot que FafB^our -des eofànis de Rayaj0i«,ch0iQgea da nom» et qu'une voix cachée y répondit UQ Jour par un ;€ri d'horreuc: c'était un inceste!

9 hdikét palevnel nepmwaitidésoinnais rester coia^ mun aiu firèr^età la sœQr# Aussi >• Julieu^ Je qiHtt»-t»il aus6»(At 'peur aller: faire «es éludes k Paris* ^ndantson absence, qu'oaa lieu de supposer avoir été de plu^ieufft années f la famille n'eut point de soin plus* impoctaot que^ée tipufver un maria saieoupable fille. Un vieux richard, recesveur des taîUes delà Généralité de Normandie, dont le château était voisin » se présenta enfin et fut sans peine agréé. Avec bnhonte an fp<>nt»sou6 4é regard aeou* sateur d'un père et d'une mèrO', «1 est permis de croire que rimante de Julien eut hâte» pareillement, de sortir de :i»oa)horribl£ ionntrainte , et d'accepter telle conditi^ qu'on lui faisait. Le mariage eut donc lieu, et il en sortit deut enfants. Mais bientôt , dit son historiagraphe , dégoûtée d'un vieil époux et de rabaissement de sa position:, k laquelle elle>avait sans doute fait le sacrifice de sa noblesse » eiie ne refusa plus les visites et les careisses de 8«n frère. Gomme la pnemière fois encore ils furent découvertft, et tt ne leur resta plus que le parti de la foice*. Lai'triatettMarguerite portait d'ailleurs dans son $ein le témoignage de son parjure, et elle savait que le doute n^arréterait plus la vengeance de son époux.

/» Sous des noms supposés , ils quittèrent donc lé pajs el paecoururent plusieurs provinces. Tantôt ils se réfugièrwt en Poitou , tantôt en Anjou. L'Anjou, k son tour, venant k manquer et n'ayant plus pour eux de re-

traites assez sc^crètes, ils passèrent en Bretagne. Car répoox st indigoemeDl outragé ne restait pas oisif» et » grace à son or, il retrouvait toujours la trace qu'oD chercbaitë lui &ire perdre. Ce n'est pas d'aujourd'hui, en effidt, qu'un amour de vieillard es^ terrible en seç poursuites autant qu'ardent et corrosif au cœur; et nous ne pensons pas que le drame ait en jamais de mécomptes toutes ies fois qu'il a osé en développer la profondeur. Risible dans la comédie, il a fait frémir avec un dom Sylva. L'histoire, qui nous le jette dans un cadre aussi dramatique, interressera peut--étre autant par sa vérité, et deviendra tantôt touchante, lorsque, dans ce vieillard ittoooQU , elle fera succéder la pitié a la haine , et mettra dans sa bouche un cri de pardon pour celte qu'il vient de livrer aux tourmeuteurs du Châtelet»

» Nous j somme» en effets Le pauvre receveur dea failles n'a pas été trompé par ses émissaires. C'est hien ii Paris que les deux coupables se sont réfugiés. Ds ne doivent pas en sortir. Une nuit, dans l'asile où ils voudraient oublier le monde et se £ûre oublier de lui, les pas des sergents se fait entendre, et une voix, frémissante de joie et de colère, retentit par dessus le bruit d'armes. La fille de Ravalet Ta trop vite reconnue ; mais toute retraite est impossible , et il ne lui reste plus, aussi qu'à Julien, qu'a tendre les mains aux étreintes de la maréchaussée. .

M L'instruction alors, activée par la colère duvieiU hrd , eut bientôt réuni toutes ses preuves ; et les témoignages ne lui manquèrent pas pour donner force euc<Nre, s'il se peut, au flagrant dâit du frère et de la sœur.

» Afin qu'ils ne pussent concerter leur défense, m

avait enfermé l'un au Châlelet et l'autre au Forl-l'Evèque, Les interrogatoires se succédèrent sans reiftche; mais la jeune fille , tout en s'aTouant adultère, persistsût toujours à écarter la complicité de son frère, et rejetait an hasard, sur un domestique ou sur un quidam, le crime dont elle portsdt encore le fruit dans son sein. Peu touché de tant de générosité, le lieutenant erimitiel les cotifdamnà àlor^ tons les deux k la question*' Il Idi Ikllait raveù complet, et il avait trop depraâqucpôKrnepas avoi^ confiance à ses vieilles é{^reuves traditionnéHe^. Maïs il était juste, avant d'en venir aut tortures, qu'on attendit Fépoque desrelèvaillesde Blâi^uerite. Souffrante* désesj^rée, celle-ci ne tarda pas à donner lé jour à un enfant. Céfait une fille. Et puis il lui fallut se préparer à subir ces terribles tortures de la vieille justice dtf €h&téIèt.*Le chevalet aigu, les cordes, les brocs d'eau et Tentonnoir attendaient depuis long-temps. Mais' quand le vieillard les dpperçut , quand il vit auprès d'eux la pauvre? femme dont les membres allaient se distendre, immobiles sur ce lit de douleurs, le cœtir lui vint à E^ilfir, éfirëtttai^sE de sa vengeance. En son nom , tout aussitôt; âbâppél du jugement preparatoirefutinterjete.il espérait pdtir ^le; il ne Voulait plus de justiee, et pardonnait péût^tré. Mais le Ghâtelet ne s'était jamais dessaisi de sa pfoie) et l'appel de cette sublime {Htié fut dédaigneuéement mis à néant.

» La'filledeRavaletconfessa-t-elledans la torture la coiiiplicité de son frère , qu'elle avait peut-être entraîné au crime? Ses dernières paroles , que la place de Grève retint , lé donneraient à pehser. Toujours est^l qu'ayant &é suffisamment atteints et convaiécus des crimes dV

dultère et dlinçeste, larrét d^incvt suivit, 4e près , pour les en&|it8 4e^Rava^t, Tiotenrog^oirç diQg bass^-fosses 4u Chftteleu .

, » Appel fat eacoce porté de cette .seolenoet et» coçimeja premièi^fois, il y f^t r^et, H m restait doue plus qu'un recours & la clémence du Roi.

» La veille du jour fixé pour Fexécution , le pauvre père, que nous n'avons pas encore vu figurer dans cette terrible procédure, courut se jeter aux pieds de Henri IV, et demander grâce. De TEstoile raconte qu'elle lui fut refusée; mais que peut-être le bon Henri l'eût aeccurdée volontiers, si la femme n'eût point été mariée. Il ne dît pas quelles touchante prières Ravalet trouva dans soa coeur,, ni quelles promesses de pénitence il garantit sur sa tétç, et sur celle de tous les siens. Et pourtant, s'il n's^outait pas que la Reine aussi $ y trowoa fort contraire^ et dit auitot gu'U ne devait souffrir um teUe àbaminaUon m son royaumep ou aimerait ^M^ore à penser qu'il sefût ému devant tant de larmes, tant de jeunesse et tant d'amour; et que, dans soa cœur si accessible k la pitié, il eût trouvé ee pardop déjà arraché à un vieillard, dont lea cheyeux blâincs étaient pour jamais déshonorés, et le reste d'existence en^poisonné d!amertume etderegcetsk » . yai;rét portaitquie Jes deux jeunesgens secaieai dé* capités, le 2 décembre 1603. Le matin il leur fut lu « etoa leur donna le temps de se confesser. Ensuite le cort^e sa mit en marche pour la Grève, oh se pressait une foule, que la beauté et la jeunesse des C3ndamnés, tout autant que la cause de leur mort, jugée en sens divers, avait attirée. Toujours fière et courageuse, la soeur monta la première les degrés de Téchafaud. Le valet du bourreau.

dîl alo»8'Faii4ear de nos^AèfcMirai tragiqmt a^fant mis h maÎB sar dUe^ elr^ par mégardé ou' par iÎDpif&iir, ayant découvert sa jalmbe et bit voir aux asdstantsun bas de soie ioearoat, fol msmtdC souffleté par son maître, <}m*laissat sur sa demanda, h jeune femme Varranger eUe-mâne pour le supplice, et se prit à pleurer. EBe priait encore pour son frère et murmuiait ces singufières paroles ; qui nous ont élé ocmserfées: « O Seigneur , qui ttê$ mmi au fmmdepawr hpiehmr^ et wm powr le juste^ pnnex pUU dêeetUpêmarepiEèeretmf et faites que ianurt infâme de de son corps, q^eUe reçoU maintenant , soit Vhonoràble meâê'son âme. Pardonnez encore, 6 Dieu de misirici^de, àmanrpamre frire qui implore totre mercy. Nous awns pidiéi mais ressomHmxr^cous que mus somn^ de vos mains. Pardonnez notre iniquiti , non pas tomme aiymans le mee , mais comme aigmans les humains, m qui lee tioss sont attachez dis le ven^e de leur mire, • lorsque la hache retentit sur le billot. Le frère y posa la sienne! son tour, et tout fut dit.

> Le Roi avait bit don k h famSle des corps* des siqppliciés. EHe les fit porter dans im càvivent de Paris, apsès avoir commandé pour eax une pierre tumulaire. L'épilaphe, qu'on y Usait encore un siède après; et qui doit être débite maintenant, ne contenait que les lignes suivantes! Cy gisent le frère etla Mur. Passant ne finh forme poùU de la cause de leur mort: passe et prie Dieu pour leur âme.

» Après un pareil malheur, le vertueux Jean de Ra-» vadet, s'il ne Favait pas d^ fidt, en i 602; comme l'affirme une de nos autorités, se démit aussitôt de son aUbaye de Hambie et de sa dignité de chantre, en fiiveur de son

neveu, Fabbé/de FraiH|ci6tolt afin de veiûr consoler son malheureux fioèie» dans sa yieiUesse vide et ahandonaée^ el'finir eadeiaèle une fiimiUe qui allait i^'éteÂndre eaeux. On voit encore aujourd'hui le même cbâieau de.Tour^la^iile, où ils véoveiUencore (dus de vingt ans* L'ancîeB» où les eo&nts étaient nés» fui rasé par Tabbé de Hambîe que la mort appela le premier; et peut-être ne doit-on attribuer Térection de celui qui le remplaça qu'au désir d'efiâcer jusqu'à k trace deslieux où un coupable amour a^it pris naissance. Déjà» pour égarer le souvenir , les deux frères s'étaient lait autoriser, par Hei^i lY, à chan« ger leur nom de Ravalet en celui de Toarlaville, qu'ils prirent désormais. L'ancien, en effet, n'est {dus resté at^ taché qu'à unegrandeferme de la commune de Sidey^ie, de l'arrondissemept de Gberboui^.

» Lecbàteau^actueU que le crayon da paysagiste se plait eouventà reproduire» et qui reçoit plus d'un voyageur dans sa vielle tour des QuatrcrYents, a conservé encore quelques vieux tableaux , accompagnés de Jovises qu'il est peut-être téméraire d'expliquer. la première de ces allégoriques et géantes portraitures rqpiréseute nn amoMT tensiit deux cœursdan^seS'mains; et on Ik auprès: Ce&dmen'm /bul^m^ Uneaulre figure encwe ce piéme eirfhntiaîléf attQmratttnflambleauà:un bûcher, afec ces roots : €e gin me deme la vie me gcmim lanàorL L'oaimk ei^iun portrait en pied de la jeune fiUe , ^atourée d'^ mours qu'elle répousse, pour sourire à l'un deux, qui est sai» bandeau, et dont les. aUes. sont ensanglantées* Cette inscription: Vn me ev/U^ l'accompagne.

» Ubistoire ne parle plus du vieux reoeYeur des tailles, et l'on ne sait s'il survécut à son mathenr. Quant au père

et h la mère', ils trainèrent encore une longue vie,ainsi que nous l'avons dit , et ils devaient être bien près de la tombe, lorsqu'ils sistèrent , le premier se qualifiant d'é* euyer et de chambellan du Roi, au dernier acte de bien* faisante et de piété que nous ayons d'eux. Ce fut la fonâatH>n,en 1624, d'une maison de Bénédictines, ii Cher* bourg, dont on voit encore le petit portique, dans l'étroite et boueuse rue du Fourdray.

» Toutefois les trois religieuses , qui étaient venues s'y établir, de Vignats, n'y restèrent pas long^temps. Le terrible fléau de la peste , qui avait ravagé la Normandie ea 1504, 1517 et 1554, ayant été rapporté à Cherbourg par un navire de la Rochelle, et ayant sévi depuis 1621 jiisqu'eïi 1626, elles abandonnèrent la ville, à Texemple d'un grand nombre de ses habitants. Yalognes, qui avait été préservé , fut leur lieu de refoge; et, un sieur du Siquet-Rislon étant venu k leur secours, en 1631 , leur communauté s'établit définitivement dans cette ville, sous le nom de Notre-Dame-de^ProUetion.

» U est fort inutile , k notre avis, de dire que ce n'est pas dans l'asile où , il y a quelques trente ans, madame Âmbrostne-Ântoinette du Mesnildot a roeueilli eé qui restait de ses soeurs , après notre tourmente révdutionnair^ et continué le GalKa chriMiana^ comme douzième aU^esse, sans po!irt9nt oser prendre le titre royal dé ses ainées , qu'il but aller chercher le monument des Ravalet. lÀ sans doute, pas plus qu'dilleurs, on ne songe a^jovrd'huiqu'autrefois les pieuses recluses, qui ont cédé la place à celles de nos jours, avaient pent^tre une {Arière obligatoire pour leurs fondateurs, et qu'elles n'é^ taient k Fabri de leun» voûtes silencieuses que pour le

radiât d un double crime. La maison , où elles ne sont |«s rentrées et dont , s'il reTÎTaient, les généreux donateurs d'il y a deux siècles approuY^raient la destination nouvelle» est msàntenant Tbospice civil et militaire de Valognes. Une pierre est là du reste pour transmettre leur nom à la postérité ; et nous y lisons rinscription suivante:

« En Van de Notre-Seigneur MDCXXXV, h XXIIl demain le pape Urbain séant; Louis XIII régnant; Léonor de Matignon, éeéjuede Caukmees; CharloUede la Vigne f première dtibesm.

p J'ai été placée en Thùnneur et gloire de Di^, de la Trie^inte Vierge et du glorieux père Saint^Benoist , pour pierre fofidamentale, par nobb dame Madeleine de la Vigne, dame ^EmondeeiUe et OzennUe , ^use de noble seignet^ Jean de TourlaviUe, seigneur dudit Keu^ et kbw de ladUe ahbes^. »

Il a plu k rhistoireet k la tradition d'éteindre la famille des Ravalet, dans la personne des malheureux ^plieiés de k Grève. Cependant, d'aprèt; noUie conteur de lugubres histoires, François de Rosset, Julien n'au-* rait été que le cadet de plusieurs autres enfants , et, k c0 titre , on l'aurait destiné k entrer dans les ordres. Un bénéfice ecclésiastique même serait devenu sa posses^ sion. On affirme encore que, sous Louis XIV, nn T<mrlavilte aurait été assassiné par ses d^miestiques, et ce fait prend un caractère de certitude, quand on sait que, pair arrêt dii 18 mars 1665, le parlement de Rouen eon^ damna cinq de ses assass'ms au dernier supplice^ et que, si la sentence ne reçut d'exécution qu'k Tégard d^un seul, c'est que les quatre autres étaient en état de contuûiace.

Enfin Chamillard , dans sa Becheréhe de la noblesse de la GéniraliU de Cam , porte à la sei^enterie de . Tollevast quatre gentikhommes de ee nom de Bayalet, qui sont Charles, Jacques, Tanneguy et Thomas; et le nom de la paroisse anssi, Sideville , qa'il cite , donnerait toujours à attendre que ce sont bien les successeurs du Ra'valet de Henri IV. Au reste, on pourrait objecter, pour le sei([nenr assassiné par ses valets, qu'il joignait le nom de Franquetot à cdui de son domaine de Tourlaville. Et akMTS llndncdon l^plime à tirer serait qu'il appartiendrait à la branche collatérale, laquelle ^ à défaut d'héritiers mâles , serait entrée dans la seigneurie d'une seule des

paroisses, et aurait' ainsi relevé le nom patronimique, que ChamiUard , d'un autre côté , ne range plus que parmi les surnoms.

Quoiqu'il en soit , il ne reste plus rien aujourd'hui de cette race féodale, et le souvenir que nous en recueillons ira, comme tant d'autres, se perdre dans la nuit des temps ; on , s'il subsiste, vague et indéterminé , passer dans le domaine de (pielque rare conteur, que nos paysans ont seuls l'heureux privilège de faire parler encore.

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