‹ Histoire des guerres de religion XVIe siècleChapitre 10 sur 15 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

t^^^ PRÈS les défaites de Jarnac et de Moncoutour, les ^^/■j\\^ conditions de la paix de Saint-Germain étaient

m trop avantageuses aux protestants pour que leurs chefs n'en conçussent pas quelques défiances. Mais la grande âme de Goligny se refusait à prévoir l'odieuse trahison dont ils devaient être bientôt victimes. « J'aime mieux, dit-il un jour, être traîné par les rues de Paris que de recommencer la guerre civile et de donner lieu de penser que j'ai la moindre défiance du roi qui depuis quelque temps m'a remis dans ses bonnes grâces. »

Tout porte à croire en effet que Charles IX fut de bonne foi dans sa réconciliation avec l'amiral, qu'il appelait son père, et auquel il donnait place dans ses conseils. Mais cela ne faisait qu'irriter encore davantage Catherine et les

Guises, et un « Avis et conseil du maréchal de Tavannes donnés au roi sur les affaires de son temps, » éclaire d'un jour sinistre les secrètes pensées de la cour.

« Il y a apparence, y est-il dit, que la paix durera par l'envie et nécessité qu'en a l'une et l'autre des parties ; et néanmoins il faut confesser que si l'on voit une occasion bien sûre pour mettre fin entière à la chose en question, il la prendra, comme l'expérience l'a déjà assez de fois montré ; car de demeurer pour jamais en l'état où l'on est, personne, de si mauvais jugement soit-il, ne le peut ni le doit espérer : et il n'y en a point de si approchant la victoire que de prendre les personnes, car de prendre un royaume tout d'un coup, cela ne se peut espérer; de surprendre aussi ce qu'ils tiennent, réduire leur religion, rompre tout à la fois les alliances qui les soutiennent est impossible. Aussi il n'y a moyen que de prendre les chefs tous à la fois, comme il est dit, pour y mettre une fin... »

Pendant que les catholiques préparaient ainsi de longue main l'assassinat des chefs du protestantisme, Goligny profitait de sa faveur d'un moment pour jeter dans l'âme de Charles IX le germe des plus généreuses pensées. Il voulait détourner la France de cette ère fatale des guerres civiles en réunissant tous les partis dans des projets de guerre extérieure qui eussent porté bien haut la gloire de la France. Il conseillait de concentrer toutes les forces du royaume contre l'ennemi du moment, contre l'Espagne, à laquelle il prétendait disputer non seulement les provinces flamandes et wallonnes, mais encore ses grandes possessions en Amérique.

Mais c'étaient là de trop hautes visées pour ces gentilshommes habitués à vivre de la guerre et de pillage, et que Rabelais appelait des (/enpii/iommes. De son côté le clergé ne perdait pas de vue son objectif, qui était de reconquérir

sa pleine puissance en écrasant le protestantisme. Aussi les catholiques frémirent-ils de colère lorsqu'ils connurent le traité de Saint-Germain. « Les conditions accordées aux hérétiques affligèrent le Saint Père, autant que les succès des armes catholiques avaient élevé les espérances de la rehgion. Après avoir puissamment assisté de son argent et de ses troupes les catholiques de France et de Flandre, il s'employa efficacement auprès de l'empereur Maximilien II, afin de rétablir quelques évêques et beaucoup d'autres pasteurs que les hérétiques avaient chassés de leurs églises (abbé Bérault-Bercastel). » Mais nous laisserons Pie V enflammer de son souffle fanatique le reste de l'Europe, pour en étudier les effets sur notre malheureuse patrie.

La politique de Catherine était de reconquérir par l'intrigue ce que la force lui avait arraché. Elle fit tout pour endormir les protestants au sein d'une sécurité profonde, en paraissant décidée à tenir toutes ses promesses, en les comblant d'avances perfides. Un protestant, Philippe Gastines, avait été pendu à Paris pour avoir reçu dans sa maison quelques-uns de ses coreligionnaires réunis pour y célébrer en secret les cérémonies de leur culte. Ses biens avaient été confisqués, et sur l'emplacement de sa maison, que l'on avait rasée, on avait élevé, dans la rue Saint-Denis, un monument expiatoire que l'on nommait la croix de Gastines. Sur la demande de l'amiral, Charles IX la fit abattre pendant la nuit. La populace furieuse se rua sur les maisons de trois protestants situées dans le quartier, les pilla, et il fallut l'emploi de la force armée pour dissiper l'émeute. L'un des meneurs fut pendu.

Pour gage suprême de réconciliation, Charles IX avait résolu de marier le jeune roi Henri de Navarre à sa sœur Marguerite, sans tenir nul compte des protestations de

Pie V. C'était le temps des mariages invraisemblables, et, devenu veuf depuis quelques années, le vieux Goligny venait d'avoir son roman d'amour, qui s'était dénoué au pied des autels (mars 1571). La comtesse de Montbel d 'Entremonts, d'une des plus nobles et des plus riches familles de Savoie, s'était éprise de celui qu'elle regardait comme le plus grand homme de son temps. Elle déclara au duc de Savoie qu'elle était résolue à l'épouser. Le duc lui interdit de le faire. Sacrifiant tout à l'honneur d'appartenir au héros qu'elle admirait, elle s'échappa de la cour de Savoie, et, au risque de voir ses biens confisqués, vint épouser l'amiral à La Rochelle.

La jeune et très légère Marguerite de Valois avait donné, dit-on, son cœur, et même sa personne au brillant duc de Guise. D'autres l'accusaient d'inceste avec le duc d'Anjou, car, parmi les enfants de Catherine de Médicis, tous les crimes étaient possibles. Quoi qu'il en soit, ni Charles IX, ni le duc d'Anjou ne voulaient accepter le duc de Guise pour beau-frère : une telle union l'eût fait trop puissant, l'eût trop rapproché du trône. Ils préférèrent donner leur sœur au roi de Navarre. Jeanne d'Albret ne voyait pas sans une extrême répugnance l'union projetée. La dépravation de la cour l'effrayait. « Ici, écrivait-elle à son fils, ce ne sont pas les hommes qui prient les femmes, ce sont les femmes qui prient les hommes ! » Cette galanterie déboutée était un des moyens d'action de la reine-mère, qui marchait entourée d'un essaim de jeunes beautés que l'on appelait « l'escadron volant de la reine. » Leur amour était empoisonné dans sa source, et elles étaient dressées, soit à séduire ceux qu'elle voulait attirer dans son parti, soit à espionner et à trahir ceux de leurs amants qui prétendaient rester fidèles à la cause qu'ils avaient embrassée. Antoine de Bourbon, le prince de Condé l'avaient appris aux dépens de

leur honneur et de leur dignité, et le futur Henri IV n'était pas trempé pour échapper longtemps à de pareils dangers.

Opposée d'abord à ce mariage, Catherine y poussa ensuite avec ardeur. N'était-ce pas le meilleur moyen d'attirer à la cour et de tenir dans sa main ceux qu'elle voulait écraser? Quant à Pie V, il était trop loin pour pouvoir connaître le fond de la pensée de la perfide Italienne. Son légat avait reçu^ordre de détourner plus fortement que jamais le roi Charles IX de contracter des liaisons avec les calvinistes, spécialement de conclure le mariage de Marguerite de Valois, sa sœur, avec le prince de Béarn. Le légat s'acquitta fidèlement de sa commission, et quelques historiens ajoutent que pressant le jeune monarque jusqu'à le réduire à ne savoir que répondre : — « Ah ! monsieur le cardinal, s'écria le prince embarrassé, que ne puisje tout vous dire ! Vous connaîtriez bientôt que rien n'est plus propre que ce mariage à faire triompher la religion en France, et à exterminer les ennemis de la foi. Encore un peu de temps, et le Saint Père applaudira lui-même à mon zèle (Bérault-Bescastel) ! »

Jeanne d'Albret, malgré ses répugnances et ses défiances, vint à Paris pour discuter avec Catherine les conditions du mariage. La reine-mère avait besoin, pour l'exécution de ses desseins, qu'il eût lieu à Paris. Charles IX insista sur ce point, et Jeanne dut céder. Il restait l'opposition du Pape, qui refusait les dispenses pour la célébration d'un mariage mixte. « Ma tante, dit le jeune roi à Jeanne d'Albret, je vous honore plus que le Pape, et j'aime plus ma sœur que je ne le crains. Si monsieur le Pape fait trop la bête, je prendrai moi-même Margot par la main, et la mènerai épouser en plein prêche ! »

Pie V mourut à temps et fut remplacé par Grégoire XIII

(mai 1572). Moins finatique et plus diplomate que son prédécesseur, il permit de passer outre. Les Guises, éloignés depuis quelque temps, par le dépit que leur causait la faveur dont jouissait Goligny, reparurent à la cour ; et Catherine, effrayée de l'ascendant que l'amiral avait pris sur le roi, craignant de voir se renouveler la domination qu'avait exercée la maison de Montmorency, cette fois avec le double caractère d'une réforme religieuse et d'une faction politique l'abandonna aux vengeances de ses ennemis.

L'événement prouva que les pressentiments delà reine de Navarre, ne la trompaient pas. Arrivée à Paris au mois de mai, elle y mourut le 10 juin, âgée de quarante-quatre ans seulement. « Cette mort précipitée, que suivit de près la mort violente de tant d'autres grands du même parti, passa dans toutes les bouches du royaume pour l'effet du poison, encore que toutes les recherches de la défiance la plus ombrageuse n'eussent abouti à aucune découverte. Mais dans ces temps d'opprobre et d'horreur, l'art de faire périr sourdement était porté au comble de son affreuse perfection. Après bien d'autres morts, survenues aussi à propos qu'elles étaient utiles à la politique, on avait l'exemple récent du cardinal de Châtillon, empoisonné par son valet de chambre, comme il était prêt à repasser d'Angleterre. Maurevert, qui expédia dans le même temps le seigneur de Moui, avait tant de réputation dans ce genre d'habileté, qu'on le nommait publiquement l'assassin royal (Id.). »

La mort de Jeanne d'Albrel ne retarda que de quelques jours le mariage du roi de Navarre et de Marguerite, célébré le 18 août, et suivi de quatre ou cinq jours de fêtes, de bals et de banquets. Charles IX semblait avoir rendu sincèrement son amitié à l'amiral, qui l'engageait à se mettre lui-même à la tête de ses armées, au heu d'y placer son frère, le duc d'Anjou, qu'il laissait moissonner les lauriers à

sa place, et à se défier de l'andjition des Guises. De son côté, Charles IX disait à Coligny : « Méfiez-vous de ma mère, c'est la plus grande brouillonne qui soit au monde ; elle voudra toujours mettre le nez dans les affaires, et elle gâterait tout. )>

La situation était donc également menaçante pour Catherine, le duc d'Anjou et le duc de Guise, qui, dans des conciliabules auxquels prirent part le chancelier de Birague, Tavannes, Retz et Nevers, arrêtèrent le plan du vaste massacre décidé déjà en principe dans leur pensée. Ils appostèrent dans une maison du cloître Saint-Germain-l'Auxerrois, par où passait l'amiral pour se rendre à la rue Béthysi où il demeurait, Maurevert, l'assassin royal, qui, d'un coup d'arquebuse, lui brisa un doigt de la main droite, et lui fit une large blessure au bras gauche.

A cette nouvelle, Charles IX entra dans une violente colère, et s' étant rendu avec sa mère, le duc d'Anjou et une suite nombreuse au logis de Coligny, de la blessure duquel le célèbre Ambroise Paré venait d'extraire une balle de cuivre, il lui prodigua les marques du plus tendre intérêt, et jura de tirer vengeance d'un aussi lâche attentat.

Mais Catherine assiège son fils, pleure à ses pieds, le conjure de veiller sur leurs vies à tous : « Vous vous cachez de moi qui suis votre mère, s'écria-t-elle, pour prendre conseil de vos ennemis ; vous vous ôtez de mes bras qui vous ont conservé, pour vous appuyer des leurs, qui vous ont voulu assassiner. Je sais que vous tenez des conseils secrets avec l'amiral ; vous désirez vous plonger en la guerre d'Espagne inconsidérément, pour mettre votre royaume, vous et nos personnes en proie à ceux de la religion. Si je suis si malheureuse, avant que de voir cela, donnez-moi congé de me retirer au lieu de ma naissance, et éloignez de vous votre frère, qui se peut dire infortuné, d'avoir employé sa vie

pour conserver la vôtre. Donnez-lui au moins le temps de se retirer hors du danger et de la présence de ses ennemis, acquis en vous faisant service (Tavannes)... »

Ce discours artificieux émut beaucoup moins le roi qu'il ne l'épouvanta, à la pensée de ce que sa mère et son frère pourraient oser contre lui, s'il les laissait s'éloigner de la cour. « Vous le voulez, s'écria-t-il ; eh bien ! qu'ils périssent donc tous, et qu'il n'en reste pas un seul, pour me reprocher la mort des autres ! » Les dernières mesures furent arrêtées, et l'exécution fut fixée au 24 août, jour de la Saint- Barthélémy. Les ducs Henri de Guise, âgé alors de 22 ans, d'Aumale, son oncle, d'Angoulême, fils naturel du roi Henri II, se réservèrent l'amiral ; Tavannes se chargea de décider au massacre le prévôt des marchands et les compagnies bourgeoises, qui, fanatisées dès longtemps par les prédications du clergé, consentirent à prêter main-forte à cette hideuse boucherie ; le farouche duc de Montpensier n'hésita pas à prendre pour sa part, le Louvre même, et les gentilshommes de la suite de ses cousins, le roi de Navarre et le jeune prince de Gondé. Le signe de ralliement était un mouchoir blanc au bras gauche, avec une croix de même couleur au chapeau.

Gatherine fit sonner le tocsin à l'église de Saint-Germainl'Auxerrois, en face du Louvre, et le massacre commença. Je veux laisser raconter cet effroyable drame par un écrivain de l'ordre du clergé, c'est-à-dire par un homme intéressé à en amoindrir, plutôt qu'à en exagérer l'horreur. Laissons donc parler l'abbé de Bérault-Bercastel (T. X, p. 149- 160) :

« L'implacable Guise n'avait attendu qu'avec peine le signal de sa vengeance. Déjà les portes de l'amiral étaient ouvertes, et le portier égorgé. Guise, pour veiller à tout, demeurait dans la cour avec la plupart des seigneurs de sa

suite. Bème, domestique allemand du duc, accompagné de recors également féroces, monte précipitemment l'escalier, et fonce dans la chambre de l'amiral. « Mort ! mort ! » s'écrient-ils tous d'une voix terrible. Bême aperçut l'amiral qui s'était levé de son lit, et se soutenait à peine contre la muraille: — « Est-ce toi, lui dit-il, qui es Goligny? — C'est moi-même ! répond l'amiral avec le sang-froid qu'il avait si souvent porté au milieu des hasards. Mais toi, jeune homme, ne dois-tu pas respecter mes cheveux blancs, ou du moins mon état d'inflrmité? Fais, après tout, ce qui te plaira ; tu ne peux pas de beaucoup abréger ma vie. » Bême baisse les yeux et lui enfonce son épée dans le corps. Mille coups suivent le premier, et l'amiral tombe noyé dans son sang. « Il n'est plus ! » s'écrie Bême par la fenêtre, c II faut le voir, répond l'impitoyable Guise. Monsieur d'Angoulême ne veut point croire qu'il ne l'ait vu ! » On précipite le cadavre; le duc d'Angoulême lui essuya le visage pour le reconnaître, et s'oublia, dit-on, jusqu'à lui donner des coups de pied. On lui fit ensuite tous les outrages imaginables, jusqu'à le mutiler de la manière la plus indigne, puis on alla l'accrocher par les cuisses aux fourches patibulaires de Montfaucon. Toutes les personnes qu'on put saisir dans la maison de l'amiral éprouvèrent le même sort que lui ; la plupart, saisis et comme glacés d'étonnement, se laissèrent égorger sans résistance. Après le massacre, les soldats pillèrent, enlevèrent tout ce qu'il y avait de plus précieux dans la maison.

« Aux cris menaçants, au tumulte épouvantable qui se fait entendre de toutes parts sitôt que la cloche du palais eut sonné, les calvinistes sortirent de leurs maisons demi-nus, et à peine éveillés. Ils s'empressent vers le logis de l'amiral, et sont massacrés par les compagnies des gardes qui les y attendaient. Ils croient trouver un asile au Louvre, ils en

Mort de Coligny.

sont repoussés à coups de feu et de hallebardes. Le souverain lui-même, qui devait leur servir de père et de défenseur, Charles IX, une fois livré à son emportement naturel, n'eut pas horreur de tirer sur eux. Incertains, désespérés, ils s'abandonnent à leurs mauvais destins et se dispersent au hasard. Là, ils rencontrent les troupes de Guise ; là, ils tombent dans les compagnies bourgeoises ; là ils trouvent les pelotons détachés sans nombre des corps plus nombreux ; partout il s'en fait un carnage qui couvre les places et convertit les rues en fleuves de sang. On ne respecte pas davantage les foyers domestiques. Les meurtriers furetèrent dans l'intérieur le plus caché des maisons, et tout ce qui s'y trouva sans distinction d'âge ni de sexe, fut impitoyablement égorgé. Les corps sanglants tombaient des fenêtres, les portes cochères étaient bouchées de morts et de mourants, et les voix plaintives de ceux-ci, mêlées aux cris aigus des assassins, déchiraient tous les cœurs où l'on n'avait pas éteint jusqu'au dernier sentiment de l'humanité.

» Afin d'étouffer toutes les réclamations de la nature, de la conscience et du christianisme, le duc de Montpensier, le duc de Nevers et le maréchal de Tavannes, couraient en armes par toutes les rues, pubhant à haute voix, que l'amiral et sa secte impie avaient formé une conspiration pour assassiner le roi et toute la famille royale, sans en excepter même le roi de Navarre, ni le prince de Gondé; que les catholiques pouvaient, sans scrupule, exterminer les traîtres dont ils ne prévenaient que de quelques heures le dernier attentat ; que la conjuration avait été découverte par une faveur toute particulière de la Providence envers le monarque rehgieux qui la leur faisait annoncer. « Ne craignez donc autre chose , continuaient-ils avec assurance , que d'épargner les ennemis du prince et de la patrie, que de ne

pas écraser jusqu'au dernier de ces serpents perfides, qui ne cherchent à se ghsser dans votre sein que pour y porter le poison et la mort. C'est le roi, c'est la reine, c'est Dieu même qui vous l'ordonne ! » Ainsi excitée, la bourgeoisie, en particulier, s'acharna tellement au massacre, qu'un orfèvre nommé Grucé, montrant peu après son bras nu et sanglant, se vantait d'avoir égorgé lui seul quatre cents personnes. « Saignez ! saignez ! criait l'impitoyable Tavannes ; la saignée est aussi bonne au mois d'août qu'au mois de mai. » » Le Louvre ne fut pas un asile plus sacré que les maisons particulières : il s'y fit un tel carnage, surtout de gentilshommes et de serviteurs affidés du roi de Navarre, que les galeries et les escaliers étaient jonchés de corps morts. On poursuivit ces malheureux jusque dans les appartements des princesses. La jeune reine de Navarre était encore couchée, quand elle entendit frapper des pieds et des mains à sa porte, et crier à pleine voix : — Navarre !... Navarre !... — Une de ses femmes s'empressa d'ouvrir, imaginant que c'était le roi. Un homme entre, sanglant, suivi de quatre archers qui lui avaient déjà fait deux larges blessures, se jette sur le lit, et cherche à se couvrir de la princesse. La reine, demi-morte, se précipite à la ruelle, et le blessé après la reine, qu'il saisit au travers du corps, tous les deux criant au plus fort, et témoignant une égale frayeur. Enfin le capitaine des gardes arriva, qui, aux prières touchantes de la reine revenue à elle-même, accorda la vie à la victime échappée du sacrifice. Il n'en fut pas ainsi de Brion, gouverneur du prince de Gondé, qui, assaifii des meurtriers, prit entre ses bras son auguste élève : l'enfant mettait ses petites mains au devant des coups, qui n'en parvinrent pas moins à ce proscrit vénérable et presque octogénaire. La reine de Navarre fuyant de son appartement dans celui de la duchesse de Lorraine, sa sœur, vit à trois

pas d'elle percer un gentilhomme d'un coup de hallebarde. Elle n'était pas revenue de l'évanouissement que lui avait causé ce spectacle, qu'elle entendit les hurlements confus des troupes entières qu'on égorgeait au milieu du Louvre. On traînait les proscrits désarmés au milieu des gardes, qui rangés sur deux lignes les tuaient à coups de hallebarde, puis les jetaient en monceaux, où ils expiraient étouffés les uns sous les autres. Le roi, selon quelques historiens, dont le caractère extrême de ce prince appuie le témoignage, regardait par une fenêtre, et commandait à grands cris de n'en laisser échapper aucun.

» Le nombre total des assassinats, qui durèrent trois jours, monta autant qu'on peut l'évaluer, à 5,000, qui cependant ne comprirent ni tous les religionnaires ni les seuls religionnaires... Bien des catholiques ne périrent pas seulement par les suites inévitables de cette confusion ; mais c'était être calviniste que d'avoir un ennemi vindicatif, un héritier avide, un concurrent dans la poursuite d'une charge, une partie adverse en matière de procès, un rival en amour, ou simplement dans la carrière des lettres. Pierre Ramus, dont l'esprit dégagé des entraves d'Aristote a donné le premier mouvement au progrès des sciences, fut compris dan sle massacre, moins pour ses relations avec Théodore de Bèze, que pour avoir contredit Jacques Charpentier au sujet des œuvres d'Horace... En un mot, il n'y eut aucun genre de bassesse ni d'atrocité qui ne fût commis, et comme on n'épargnait ni qualité, ni sexe, ni âge, il n'y eut aussi ni âge, ni sexe, ni rang d'honneur, ni caractère de fierté, qui se refusait à la scélératesse et à l'infamie. On vit des enfants de douze ans étouffer des enfants au berceau, et des femmes de la cour contempler, avec une haine effrontée, les cadavres nus des hommes qui n'avaient pas craint de leur déplaire.

» Le roi Charles, incertain, irrésolu, annonçant par les contradictions de sa niarche le trouble qui agitait son âme, après avoir rejeté sans succès tout l'odieux de ces barbaries sur les princes lorrains, qui s'obstinèrent à déclarer qu'ils n'avaient rien fait sans ordre, prit enfin toute la charge sur lui-même... Il autorisa le massacre dans les provinces aussi bien qu'à Paris. Il fut horrible à Meaux, à Rouen, à Orléans, à Angers, à Bourges, à Lyon et à Toulouse, sans compter les petites villes, les bourgs et les châteaux particuliers, où différents seigneurs ne purent trouver asile contre leurs vassaux ameutés. Il y eut des contrées où l'eau des ruisseaux et de quelques rivières fut tellement infectée par les cadavres qu'on y précipitait, qu'il se passa un temps considérable sans que les habitants voulussent en boire. On fait état de 70,000 Français (et peut-on savoir ?) qui furent égorgés ainsi par leurs compatriotes.

» Quand le bruit de ces effroyables proscriptions parvint dans les pays étrangers, il y excita une horreur générale, que la politique seule put empêcher de témoigner librement... Grégoire XIII, à peine monté sur le trône pontifical, fit allumer des feux dans tous les quartiers de Rome, tirer le canon, et célébrer avec beaucoup d'éclat une messe solennelle en actions de grâces de ce qu'on lui représentait comme le salut du roi et du royaume très-chrétien... »

Tous les historiens religieux ne racontent pas ces effroyables événements avec la tristesse voisine du remords que l'on peut observer chez l'abbé de Bérault-Bercastel. Ecoutons-en un autre sur les détails des horreurs accompUes dans les provinces :

a Cette fête fut aussi chômée à Angers avec une grande cruauté. Jean de Ghambes, comte de Montsoreau, y étant venu avec commission et ordre du roi pour exterminer les rebelles huguenots, il en fit pendre et noyer quantité : de

sorte qu'on les jetait à pochées dans la rivière... Ce procédé si sévère, et qu'on ne peut entièrement approuver en sa forme, n'a pu empêcher qu'il n'en ait encore resté à Angers ; de sorte qu'on y remarque une centaine de familles de huguenots à peu près. Le livret intitulé le Cabinet du Roi livre I", page 725, dit qu'en cette occasion et durant tous es troubles ci-dessus, il fut tué à Angers et en Anjou, pour le fait de religion, 7,500 personnes, ce qui à mon avis est une exagération. Quoi qu'il en soit, cette vermine n'a pu encore être tout-à-fait exterminée d'Angers. »

C'est à la fin du dix-septième siècle que, dans son histoire d'Anjou, le bénédictin Dom Barthélémy Roger exprime un pareil regret sur ce qu'il y eut d'incomplet dans la fête de la Saint-Barthélémy, chômée cependant si largement dans la province. Il constate que la conséquence de ces massacres fut une famine excessive qui fit mourir de faim un grand nombre de personnes.

Et que de forfaits individuels à côté des massacres généraux 1 Un de ces courtisans italiens venus en France à la suite de Catherine de Médicis, le comte piémontais Goconas, se vantait devant Charles IX d'avoir arraché à prix d'argent plus de trente protestants des mains des égorgeurs, pour leur faire renier leur foi en leur promettant la vie sauve, et, l'argent reçu, se donner ensuite le plaisir de les poignarder « à petits coups. »

L'Eghse a prétendu repousser la responsabilité de tant de forfaits, en rejetant tout sur les nécessités de la politique. D'où vient alors cette allégresse singulière à Rome à la nouvelle de ces massacres ? Non content des feux de joie, du canon tiré au château Saint-Ange, de la messe solennelle célébrée par le cardinal de Lorraine, d'un jubilé extraordinaire publié à Rome en l'honneur de la double victoire remportée sur les ennemis de Dieu, à Lépante contre les

JO

Turcs, en France contre les hérétiques, le pape fit frapper une médaille commémorative qui se trouve gravée dans l'ouvrage du jésuite Buonanni : Numistata Pontificum. D'un côté se trouve la face de Grégoire XIII, de l'autre l'ange des fureurs célestes immolant les calvinistes, avec cette exergue : hugonotorum strages. Ce pontife fit exécuter en outre par le peintre Vasari, et exposer au Vatican dans le vestibule de la chapelle Sixtine un tableau représentant ces mêmes égorgements, avec cette inscription : Pontifex Colignii necem probat.

Digne successeur de l'implacable Pie V, Clément XIII envoya en France le légat Orsini chargé de féliciter la cour, espérant, à la suite de ces événements terribles, glisser et faire admettre les décisions du concile de Trente, et l'établissement de l'inquisition, pour parachever l'œuvre néfaste du 24 août. A son passage à Lyon, il loua la bourgeoisie catholique qui avait fait preuve de zôle au massacre, et donna l'absolution aux assassins prosternés à ses pieds devant les portes de la cathédrale. Le chef des égorgeurs, un bandit nommé Boisdon, un de ces monstres comme il en surgit toujours aux heures néfastes de l'histoire, fut publiquement comphmenté par lui ; ce qui ne l'empêcha pas d'être pendu plus tard à Glermont.

Beaucoup de chefs périrent : La Rochefoucault, qui venait de passer une partie de la nuit à rire et à plaisanter avec Charles IX ; Téligny, le gendre de l'amiral ; Pardaillan, Clermont de Piles... Quelques-uns s'échappèrent: Montgommeri, Lanoue, Montmorency... Le roi ne fit grâce qu'à deux personnes, à son chirurgien Ambroise Paré, et il sa nourrice. Mais le grand statuaire, Jean Goujon, mais le célèbre musicien Goudimel, mais le savant Pierre Ramus, mais l'élite de la bourgeoisie de Paris et des autres villes disparut dans la tourmente. Tandis que l'on assassinait

leurs amis, Charles IX fit venir le roi de Navarre et le prince de Gondé, et leur cria avec furie : « La messe, ou la mort ! » Ils résistèrent d'abord, Henri de Navarre avec faiblesse, le prince de Gondé avec énergie, puis ils cédèrent et l'on proclama bien haut qu'ils étaient convertis.

Gatherine, Gharles IX, suivis des seigneurs et des dames de la cour rendirent visite aux cadavres entassés aux portes du Louvre, pendus aux gibets de Montfaucon, dépouillés, nus, odieusement mutilés et se Hvrèrent à cette vue, à d'indécentes plaisanteries. Le corps de Goliguy commençait à entrer en putréfaction, et quelques dames trop délicates se bouchaient le nez, lorsque Gharles IX s'écria: « Le corps d'un ennemi mort sent toujours bon ! » Des fêtes religieuses furent célébrées, un jubilé, une procession solennelle, que Gondé et le roi de Navarre refusèrent de suivre (28 août). Gharles IX, qui d'abord avait voulu tout rejeter sur le duc de Guise, revendiqua l'honneur de ce coup d'audace, mais sans réussir à étouffer les protestations de sa conscience. D'Aubigné nous a transmis un récit que fît plus d'une fois Henri IV à ses amis, lorsque toutes les portes étaient bien closes, et à ce souvenir, on voyait que ses cheveux se hérissaient sur sa tête: « Huit jours après le massacre, le roi, deux heures après être couché, saute en place, fât lever ceux de sa chambre, et envoie quérir son beau-frère, entre autres, pour ouïr dans l'air un bruit de grand éclat, et un concert de voix criantes, gémissantes et hurlantes, tout semblables à celui qu'on entendait les nuits des massacres. Ges sons furent si distincts que le roi, croyant un désordre nouveau, fît appeler des gardes pour courir en la ville et empêcher le meurtre. Mais ayant rapporté que la ville était en paix et l'air seul en trouble, lui aussi demeura troublé, principalement parce que le bruit dura sept jours, toujours à la même heure. »

Un autre trouble, né de l'épouvante, agitait aussi lesreligionnaires, et beaucoup, comme un troupeau sans pasteur, se laissaient traîner à la messe. Un moment, on put les croire anéantis, mais l'événement ne tarda pas à prouver qu'il n'en était rien. Malgré l'abattement momentané causé par la « conversion » des deux princes bourbons, la Rochelle, Nîmes, Montauban, Sancerre, toutes les villes où ils se trouvaient déjà en assez grand nombre pour se faire craindre, virent bientôt accourir derrière leurs murailles des calvinistes bien décidés à ne pas se laisser égorger sans se défendre, et sans se venger, partout où cela deviendrait possible.

Energique à Montauban et à Nîmes, la résistance prit des proportions héroïques à Sancerre et à La Rochelle. Sous la pression de la cour, le roi de Navarre avait ordonné d'expulser de ses états les ministres protestants, de restituer les biens d'Église, après avoir rétabli le culte catholique et proscrit l'exercice du culte réformé. Le Réarn considéra comme nuls et non avenus les ordres donnés par leur roi prisonnier auprès de Charles IX, et refusèrent d'obéir. Catherine fut effrayée de ces résistances auxquelles elle était loin de s'attendre. La Rochelle surtout, qui, par mer, pouvait correspondre avec l'Angleterre, lui causait de graves inquiétudes. Le coup de force de la Sainl-Rarthélemy ayant en partie échoué, elle en revint à son arme habituelle, à l'intrigue, et fit aux Rochellois les plus séduisantes avances, accompagnées de toutes les promesses, de tous les serments qu'ils pouvaient désirer. Mais il y avait trop longtemps qu'ils subissaient les conséquences de cette maxime de Rome : qu'on n'était pas engagé par les paroles données aux hérétiques. En vain elle séduisit le brave et honnête La Noue, qu'elle savait être partisan de la paix. R arriva à La Rochelle, porteur des conditions qu'offrait la

reine-môre. Les Rochellois élisent pour chef La Noue luimême, qui n'avait pris aucun engagement personnel avec Catherine. Ils avaient pour maire un homme d'une rare énergie, nommé Jacques Henri, qui, soutenu par les prédications des ministres réfugiés dans leur ville, n'eut pas de peine à les décider à se défendre jusqu'à la mort.

Le duc d'Anjou vint mettre le siège devant La Rochelle, et l'on put mesurer la nullité du vainqueur de Jarnac et de Moncontour, lorsqu'il n'avait pas auprès de lui Tavannes pour l'inspirer. Il traînait à sa suite le roi de Navarre et le prince de Gondé, les deux convertis de la Saint-Barthélémy. L'anarchie régnait dans le camp royaliste. Le plus jeune frère du roi, le duc d'Alençon, par jalousie contre son frère, était à la tête du parti des Politiques ; il était lié de grande amitié avec Gondé et le roi de Navarre, et les Montmorency s'étaient tenus àTécart. On accusait, non sans raison peut-être, les deux princes de Bourbon et le duc d'Alençon de correspondre secrètement avec les Rochellois, et de les avertir de tout ce qui se préparait contre eux au camp des catholiques. Dans quatre assauts consécutifs, on vit les femmes de la ville combattre sur la brèche aussi vaillamment que les hommes, et repousser avec eux les assaillants. Ainsi qu'elles l'avaient fait aux sièges de Sancerre et de Sommière, on les voyait, dans les sorties, poursuivre les catholiques mis en déroute, braver les fusillades et courir achever les blessés à coups de hallebardes. A Sancerre, l'ennemi le plus redoutable pour les assiégés avait été la famine, qui dépassa toutes les limites du possible. Après que l'on eut dévoré tout ce qui, de près ou de loin, en végétaux comme en animaux, paraissait capable de soutenir des existences humaines, après que l'on eut consommé les ahments les plus immondes, on en arriva, dit-on, jusqu'à se nourrir

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de la chair des cadavres, et l'on vit un père et une mère manger leur fille morte de faim !...

On ne put emporter la place de vive force, et la conviction où ils étaient qu'ils seraient massacrés tous, prêtait à ces affamés un courage indomptable. Ils obtinrent une capitulation honorable (19 août 1573), mais, en dépit des conditions jurées, le gouverneur Jouanneau et le ministre La Bourgade furent attirés dans des guet-à-pens, et assassinés.

Le siège de La Rochelle durait depuis huit mois. Treize cents hommes avaient péri parmi les assiégés, et vingt-deux mille du côté des assiégeants. La plupart des chefs, parmi ces derniers, avaient été plus ou moins gravement blessés. Les Polonais, en quête d'un roi, vinrent offrir la couronne au duc d'Anjou. Ils lui fournissaient ainsi un prétexte honorable de quitter la partie. Il accepta, et à l'heure des adieux, Catherine lui jeta cette parole : « Partez, mon fils, vous n'y serez pas longtemps. » Ce qui donna lieu dans la suite à bien des réflexions, qui marquent assez de quelles noirceurs on la jugeait capable. Elle reprit alors le cours des négociations avec La Rochelle, et l'on vit pour la première fois, de simples bourgeois mettre leur signature à côté des plus grands noms de la cour de France. La Rochelle, Nîmes, Montauban, devenaient des villes républicaines qui s'administraient elles-mêmes ; la liberté de conscience, l'exercice public du culte réformé leur était accordée, les gentilshommes purent l'exercer également dans leurs châteaux, tous les protestants obtinrent une amnistie pleine et entière pour tous les faits accomplis depuis le 24 août. C'était moins d'une année après cette date néfaste, le 6 juillet 1573, que les huguenots contraignaient la cour à leur faire ces larges concessions.

Ainsi, le crime effroyable de la Saint-Barthélémy avait été

inutile !... L'édit de pacification nc/le fut pas moins, car le Midi tout entier refusa d'en accepter les conditions, et l'on vit un archevêque d'Aix, Saint-Romain, suivre l'exemple du cardinal Odet de Châtillon, jeter au loin la mître pour le casque guerrier, et se faire le chef d'un parti de huguenots. L'audace de leurs revendications croissait avec l'abattement des catholiques, et lorsque les députés de Nîmes et de Montauban vinrent en exposer les détails à la cour, Catherine s'écria furieuse : « Si Gondé était encore en vie et qu'il fût au cœur de la France avec 50,000 hommes de pied et 20,000 chevaux, il ne demanderait pas la moitié de ce que ceux-ci ont l'insolence de prétendre ! »

Il fallut traiter, cependant. Les Politiques, Montmorency et ses trois frères, Dam ville, Thoré et Méru, le maréchal de Gossé, tous les modérés parmi les catholiques, se montraient fatigués de cette guerre impie. Et puis, les esprits s'ouvraient à la lumière. Etienne de la Boëtie, l'ami de Montaigne, publiait son traité de la servitude volontaire^ dans lequel il montrait ce qu'il y avait d'insensé, de coupable même, à vingt millions d'hommes à subir la domination d'un seul, quand il était si facile de s'en défaire et d'être libre ; un cathohque qui était devenu protestant en voyant Anne Dubourg martyrisé en place de Grève, Hotman, dans Fr anco-G allia ^ — Gaule et France, — remontait à l'origine des choses, prouvait que toutes les dignités avaient été d'abord à l'élection, que tout pouvoir, comme tout droit, appartenait à l'ensemble des citoyens, et que l'usurpation seule avait donné naissance à l'hérédité des fonctions royales et autres. G'était la République, prêchée prématurément, mais à la vue des hontes et des misères au milieu desquelles s'anéantissait la race des Valois, ces vérités éternelles trouvaient cependant quelques oreilles ouvertes pour les recueiUir.

Enfin, de guerre lasse, et après bien des conspirations, bien des intrigues et des trahisons de part et d'autre, on laissa les choses en l'état où elles étaient, et les deux partis désarmèrent d'un commun accord, à défaut d'une paix solennellement jurée.

Pendant ce temps, Charles IX, épuisé par des folies et des excès de toute nature, torturé par ses remords, se voyait atteint d'une maladie qui, par ses symptômes mêmes, lui retraçait l'image de son crime. Sully prétend que « durant l'excès de ses douleurs, il se voyait tout baigné de sang dans son lit. » D'Aubigné ajoute que le sang lui sortait « par les pores de sa peau presque en tous endroits. » Enfin, il mourut le 30 mai 1574, à l'âge de vingt-trois ans, et en se féhcitant de ne pas laisser de fils pour régner après lui.

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