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CHAPITRE III

|A loi, en France, interdit aux femmes d'être reines, mais elle leur permet d'être régentes, double inconséquence qui met la moitié du genre humain dans la triste nécessité de recourir à l'intrigue pour exercer la part d'influence qui lui appartient dans la direction des choses d'ici-bas. Itahenne, la régente Catherine de Médicis avait fait son éducation politique dans Le Prince^ de Machiavel, livre dans lequel les ruses^du despotisme, réunies en corps de doctrine, étaient vulgarisées au profit de tous les ambitieux qui sauraient s'en servir. Les difficultés de sa jeunesse ajoutèrent encore au besoin de dissimulation, érigé chez elle en système. Pendant le règne de Henri II, elle dut se faire l'amie de Diane de Poitiers, qui lui enlevait le cœur de son

époux. Sous François II, prudemment, elle n'essaya pas de lutter contre la jeune et séduisante reine, Marie Stuart, et fut contrainte de céder le pas aux Guises, oncles de celle-ci. Perdue pendant deux règnes parmi les autres dames de la cour, elle prépara sa domination future en se consacrant toute entière à l'éducation des quatre princes et des trois princesses qu'elle donna à Henri II, et les éleva de telle sorte qu'ils ne purent jamais s'affranchir de sa tutelle.

La mort de François II, auquel succédait Charles IX, qui n'avait que dix ans, sonna l'heure de l'avènement de Catherine de Médicis. Absolument indifférente en matière de religion, elle commença entre les catholiques et les protestants ce jeu de bascule qui consistait à favoriser tantôt les uns, tantôt les autres, de manière que la prépondérance ne se maintint jamais bien longtemps chez l'un des deux partis. Sans haine comme sans amitié, ardente cà froid, il n'y avait pas, chez elle, de sentiments dans la vie, mais des intérêts. Jamais personne ne pratiqua mieux la fameuse maxime : Diviser pour régner. Après avoir fait rendre la liberté au prince de Gondé et au roi de Navarre, elle sut faire renoncer ce dernier à son droit à la régence pour la charge de lieutenant général du royaume, et le mit dans ses intérêts, heureux qu'il était de rejeter pour un moment les Guises dans l'ombre. Oubliant d'anciennes inimitiés, le duc de Guise forma alors avec le connétable de Montmorency et le maréchal de Saint-André la ligue connue sous le nom de Triumvirat, pour contrebalancer la puissance des princes de Bourbon, auxquels l'alliance de l'amiral Goligny et de ses deux frères assurait une grande influence.

Les États Généraux, réclamés sous le règne précédent, s'ouvrirent à Orléans le 13 décembre 1560. Le clergé luimême sentait si bien la nécessité de se soumettre à la réforme, que l'évêque de Valence, orateur de son ordre,

n'hésita pas à en faire l'aveu. « Les évêques, dit-il, ont été paresseux, n'ayant devant les yeux aucune crainte de rendre compte à Dieu du troupeau qu'ils avaienl en charge, et leur plus grand souci a été de conserver leurs revenus^, en abuser en folles dépenses et scandaleuses ; tellement qu'on en a vu quarante résider à Paris, pendant que le feu s'allumait en leurs diocèses. Et en même temps on voit donner des évêchés aux enfants, à des personnes ignorantes, et qui n'avaient le savoir ni la volonté de faire leur état... Les cardinaux et les évêques n'ont fait difficulté de donner les bénéfices à leurs maîtres d'hôtel, et qui plus est à leurs valets de chambre, cuisiniers, barbiers et laquais. Les menus prêtres par leur avarice, ignorance et vie dissolue, se sont rendus odieux et méprisables à tout le monde... »

Le Tiers-État ne se contente pas de la confession platonique que fait le clergé des vices qui le rongent ; il ne se borne pas à signaler le mal, il en réclame énergiquement la réforme. Il demande que, reprenant les traditions des premiers siècles, on rende aux fidèles l'élection de tous les dignitaires et fonctionnaires de l'Église ; que l'on se rappelle que les prétendus biens d'Église ont été donnés aux pauvres, et que les ecclésiastiques n'en sont que les administrateurs et les dispensateurs : que les revenus soient donc divisés en trois parts, suivant les canons des premiers conciles : la première, destinée au soulagement des pauvres ; la seconde à l'entretien des églises, des hôpitaux, des collèges ; la troisième enfin à l'entretien des ministres du culte. Abolition des annales, dispenses, indulgences, et de tous ces tributs que la cour de Rome lève sous mille noms et prétextes différents ; les prêtres ne recevront plus les testaments...

On voulut accorder quelque satisfaction à la clameur publique « contre les sangsues de l'État, nommément Diane

de Poitiers, le maréchal de Saint-André, aussi bien que contre les Guises, qui avaient eu le plus de part aux gratifications des rois précédents et aux biens confisqués sur les hérétiques, et qui s'étaient Ugués entre eux afin de parer à une restitution également ruineuse et honteuse (Bérault- Bercastel). » Catherine fit rendre l'Édit de juillet 1561, qui accordait une amnistie pour le passé, et défendait de condamner à l'avenir les hérétiques à mort. Ceux qui s'étaient réfugiés à l'étranger pour échappera la persécution purenrentrer dans leur patrie. On attribua aux évêques la connaist sance du crime d'hérésie, avec pouvoir de livrer les condamnés aux juges royaux, qui ne pouvaient leur infliger une peine plus grave que le bannissement. Cet article ne passa pas sans une vive opposition. Mais le chancelier de L'Hôpital tint bon, « parce que tout tribunal ecclésiastique substitué à celui des évêques lui semblait mener droit à l'étabhssement de l'Inquisition (Id.). »

De telles concessions étaient insuffisantes pour calmer les esprits. « Peu de villes, en ce royaume et en ce temps, se sont trouvées exemptes d'émotions et de séditions, » disent les Mémoires du prince de Gondé. Le cardinal de Ghâtillon était évêque de Beauvais, et il penchait déjà vers le protestantisme. Les habitants de cette ville pénétrèrent dans la demeure du ministre, le massacrèrent et brûlèrent le cadavre sur la place du Marché. Le cardinal voulut en vain s'opposer à ces désordres. « Même il fut en grand danger de sa personne (Id.). » A Paris, au Pré-aux-Glercs, les calvinistes se réunissaient dans la maison de l'un d'eux pour chanter des psaumes et écouter les enseignements de leurs ministres. Le 27 avril, ils furent assaillis par les catholiques, se mirent en défense, et il y eut, de part et d'autre, beaucoup de victimes. D'autres désordres, plus graves, eurent encore Paris pour théâtre. Le 27 décembre, les protestants

étaient rassemblés dans un lieu nommé le Patriarche, non loin de l'église Saint-Médard. Pendant que leur ministre prêchait, les prêtres de Saint-Médard firent mettre en branle toutes les cloches de leur église. Deux calvinistes vinrent les prier de faire cesser ce vacarme ; l'un fut massacré, l'autre se sauva à grand'peine. Les huguenots se précipitent pour imposer silence aux sonneurs et venger la mort de la victime. Les prêtres, soutenus par bon nombre de fidèles, repoussent les assaillants ; les uns escaladent l'autel, font Yoler autour d'eux les flambeaux et les objets consacrés au culte ; d'autres, réfugiés dans les clochers, font pleuvoir sur leurs adversaires tout ce qui leur tombe sous la main. L'église est dévastée ; quelques catholiques font une sortie assiègent le Patriarche, y mettent le feu... Le roi déféra l'affaire au Parlement, qui frappa quelques-uns des plus coupables.

Sous l'inspiration du chancelier, on crut que le moyen le plus propre à calmer les esprits était d'autoriser des conférences publiques et libres dans lesquelles les théologiens des deux partis discuteraient devant le roi et sa cour, leurs doctrines, leurs objections, leurs preuves. Poissy fut le heu choisi, pour la réunion, dont on fixa le jour au 4 septembre. 11 s'y trouva quarante-six prélats français et un grand nombre de théologiens. Les protestants y envoyèrent douze ministres et vingt-deux députés des églises réformées. « Théodore de Bèze était à leur tête : génie, éloquence, littérature, noblesse du sang, figure imposante, facilité de s'exprimer, il avait toutes les qualités, tous les talents qui méritaient la confiance de son parti (Ducreux). » Catherine, en donnant avis de cette réunion au pape, lui écrivait que, pour rappeler les hérétiques dans le sein de l'Église et pour apaiser leurs scrupules, il ferait sagement d'enlever les images des églises, de supprimer les exorcisines et les autres

cérémonies qui accompagnent le baptême, de permettre à tous la communion sous les deux espèces, préférant sur cet objet l'autorité de la parole de Dieu à celle du concile de Constance, d'abolir la fête du Saint-Sacremeiit, instituée bien plus pour le spectacle que pour le spirituel, d'administrer l'Eucharistie à la façon de Genève, de célébrer la messe en langue vulgaire... Elle affirmait qu'il n'était personne parmi les sectaires qui n'admît les douze articles du Symbole des Apôtres, et paraissait croire que tout le reste était indifférent, ou de peu d'importance. Constantin, en son temps, parlait ainsi aux orthodoxes et aux ariens ; mais il n'y avait alors ni papes, ni Église, tandis qu'au seizième siècle, la rehgion romaine, immobile, ne pouvait transiger sur aucun de ces points. Le pape repoussa donc les conseils de la régente, et s'empressa d'envoyer en France le cardinal d'Est en qualité de légat, afin d'empêcher que dans cette réunion il se fît rien qui pût être contraire aux intérêts de Rome (Ducreux. — Bérault-Bercastel).

Le chancelier de L'Hôpital exhorta les deux partis à la modération et à la paix. « Otons, s'écria-t-il, ôtons ces mots funestes, noms départis et de sédition, luthériens, huguenots, papistes ; ne changeons rien à ce beau nom de chrétien ! » Nobles paroles qui ne pouvaient éveiller d'écho dans des cœurs ulcérés et fanatisés. Et puis, « abandonnant les premiers principes, il osa décrier les conciles généraux, que les conciles nationaux, disait-il, avaient souvent corrigés. Il sapa même toute la tradition, et adopta la maxime qui avait enfanté toutes les nouvelles sectes, savoir qu'on n'avait besoin d'autres livres «pie de l'Écriture Sainte, et qu'il suffisait de cette règle pour examiner la doctrine. La harangue du chancelier indigna les évêques, qui la lui demandèrent par écrit, afin de lui faire rendre compte de sa foi, déjà fort suspecte; mais il n'eut garde de courir ce risque, et refusa

invinciblement (Béranlt-Bercastel). » Ce scandale manqua à cette époque maudite, de voir le chancelier de France, l'homme le plus vertueux, le seul véritablement chrétien par sa vie et par ses sentiments, poursuivi par ces démons enragés qui se prétendaient les vengeurs du Dieu qui tient dans sa main les cœurs des hommes, et qui cependant, paraît-il, a besoin des lumières de l'ÉgHse pour éclairer les consciences ! Aussi le cardinal de Lorraine n'eut-il garde de laisser passer de pareilles énormités. « Il posa pour maxime donnée par Jésus-Christ et reconnue dans tous les siècles, que l'on doit recourir à l'Église comme au Juge souverain dans les controverses de religion ; que l'Écriture ne saurait l'être seule, parce que, en s'interprétant par elle-même, il faut un juge vivant et parlant qui prononce d'une manière infaillible, et ce qui est l'Écriture Sainte, et quel en est le vrai sens ; que quand il s'élève des nouveautés, il faut recourir aux décrets des conciles œcuméniques, aux sentiments des saints docteurs, et en premier lieu sans doute à l'Écriture Sainte, mais comme elle est interprétée par l'Éghse (Bérault-Bercastel). »

L'Église étant infaillible, et l'Écriture ne pouvant être invoquée qu'après qu'elle a été interprétée par l'Église seule, toute discussion contre elle devient inutile. Le colloque de Poissy eut donc ce résultat, que chacun des deux partis s'attribua la victoire et prétendit avoir confondu son adversaire. Le Père Laynez, second général des jésuites, eut les honneurs parmi les cathohques, dans ce stérile tournoi religieux. Il profita de ce succès pour obtenir l'établissement légal de cet ordre néfaste dans la capitale de la France. Les évêques réunis à Poissy approuvèrent la Société de Jésus, et cette fois le Parlement enregistra cette approbation.

Il avait été décidé que des États Généraux se réuniraient

à Pontoise, en 1561, pendant que les clergés des deux Églises rivales étaient en présence à Poissy. La noblesse et le Tiers-État, n'étant plus entravés par la présence du troisième ordre, donnèrent ample carrière à leurs justes réclamations. Ils demandèrent d'abord qu'un concile national fût convoqué, pour être présidé par le roi, entouré des princes du sang, de son conseil, de gens éclairés, de bonne vie et mœurs, et que, la réformation du clergé devant être le point capital à discuter et nul ne pouvant être juge dans sa propre cause, le clergé n'y eût que voix consultative, et non délibérative. Ce n'était, à la vérité, qu'un retour vers l'organisation des conciles d'autrefois, et l'on sait que Charlemagne, par exemple, convoquait les conciles au neuvième siècle, les présidait, entouré des pairs du royaume, et inspirait le plus souvent leurs décisions. C'étaient des conciles laïques, subordonnant l'Église à la suprématie de l'État, ce que le clergé ne pouvait pas admettre. On accorderait non seulement la liberté de conscience, mais encore la liberté du culte, chose que le clergé catholique regardait comme une atteinte à sa propre liberté, ayant l'habitude de se prétendre persécuté toutes les fois qu'il ne peut pas persécuter les confessions différentes. Le concile national devait trancher ce point délicat, mais on demandait en attendant, « que le roi ne permette aucune persécution sur les biens, offices, ni personnes de ses sujets pour cause de rehgion... » Les protestants pourraient tenir librement leurs assemblées, en la présence des officiers du roi, pour le maintien du bon ordre.

Après avoir constaté l'inutilité de la persécution, l'on reconnaît que tous sont guidés par la conviction « que chacun a, de part et d'autre, pour le salut de son âme, tous croyant pareillement en Dieu et en Jésus-Christ. » Les protestants disent « ne pouvoir en saine conscience participer

aux cérémonies de l'Église romaine. De les forcer à faire une chose qu'ils pensent en leur cœur être mauvaise, il n'y a point de raison... Ce qui se fait contre la conscience est péché. »

Se retranchant derrière ses privilèges pour ne contribuer en rien à l'acquittement des dettes de l'État, la noblesse demande qu'elles soient payées, un tiers par le Tiers-État, deux tiers par le clergé. Il va plus loin, et, reconnaissant ce grand principe que les prétendus biens de l'Église ne lui appartiennent pas, il demande que l'on en vende pour huit cent mille livres ou un million, « attendu que ce sont biens... desquels la propriété appartient au commun du royaume, et les gens d'Église n'en ont que l'usufruit seulement. » Les députés du Tiers-État, tout naturellement, se montrent plus radicaux: « Ils sont d'avis. Sire, disent-ils, que vous fassiez exposer en vente tout le temporel détenu et possédé par les gens d'Église, sous la réserve d'une maison principale qui demeurera au bénéficier pour son habitation. »

On comprend quelle dut être la colère et aussi la terreur des ecclésiastiques. On disait que L'Hôpital travaillait à la rédaction d'un édit pour enjoindre à tous les bénéficiers de donner, sous deux mois, une déclaration des biens et revenus de leurs bénéfices. Plus que jamais, le clergé se jeta dans les bras des Guises qui, eux, sauraient bien obtenir de l'argent du pape et du roi d'Espagne. PhiHppe II les protégerait, s'il le fallait, même contre le roi de France. Rome et Madrid intervinrent, et le cardinal-légat intrigua pour obtenir que tout fût ajourné. Il ne réussit que trop bien, malgré les insultes publiques de la populace de Paris, qui lui jetait à la face les crimes de sa famille. Il était fils du duc Alphonse d'Esté et de la trop célèbre Lucrèce Borgia, fille du pape Alexandre VI, que l'on accusait d'avoir été le premier amant de celte créature infâme, avant qu'elle passât

(le ses bras dans ceux de son frère, le cardinal César Borgia^ duc de Valentinois.

Malgré tout, le protestantisme grandissait, recrutait des prosélites jusques dans les rangs du clergé, et nous pourrions signaler par toutes les provinces les persécutions marchant de front avec les progrès du calvinisme. Ainsi, en Anjou, « le prieur des Augustins d'Angers ayant abandonné la religion catholique, avec quelques autres du couvent, se présenta plusieurs fois aux halles de la même ville pour y prêcher la doctrine nouvelle, ce qui fut appuyé de plusieurs habitants (Dom B. Boger). » A Saint-Florent, près Saumur, à Bourgueil, les moines « jetèrent le froc aux orties » et se marièrent. « Il en arriva autant à Nyoiseau, abbaye de filles, dont quelques rehgieuses quittèrent le voile et la religion, et, rompant leurs vœux, se marièrent. » Un chanoine d'Angers « se maria aussi, et préféra une chétive pièce de chair à sa riche chanoinerie de Saint-Maurice(Id.). » Pour arrêter ce débordement de la liberté religieuse, le roi envoya dans la province, non pas des prédicateurs et des missionnaires, mais quelques régiments aux ordres du duc de Montpensier. Les troupes pénétrèrent de vive force dans la ville. « Les huguenots ayant été forcés partout, on commença d'entrer en leurs maisons et en tous les lieux suspects, où l'on en prit quantité, dont plusieurs furent pendus à l'heure même aux fenêtres de leurs logis, et dans les places publiques. » Le ministre fut tué. Un jeune seigneur allemand, alors étudiant à l'Université d'Angers, fût plus heureux. Il guidait les calvinistes qu'il animait du feu de son courage. On se contenta de le faire prisonnier. C'eût été dommage de le pendre, car ce n'était rien moins que Gaspard de Schomberg, qui, passé plus tard au service delà France, devint un des grands hommes de guerre du temps. L'Hôpital voulait que l'on recourût à des mesures plus

humaines. Au commencement de l'année 1562, il avait convoqué les députés des huit parlements de France, et ouvert des conférences en rappelant toutes les mesures qui avaient été prises pour étouffer l'hérésie, et en constatant leur inutilité. Il laissa entrevoir qu'il inchnait vers la liberté religieuse, et posa la question de savoir s'il était à propos de

L'Hôpital.

permettre les assemblées des calvinistes, indépendamment de la qualité bonne ou mauvaise deleurrehgion, et même en la supposant mauvaise. « N'allez pas vous fatiguer, leur ditil, sur le fond des choses. Nous sommes ici, non pour établir la foi, mais pour affermir l'État (Bérault-Bercastel). » Politique trois et quatre fois sage, qui affranchit l'Etat des embarras que suscite l'intolérance romaine. L'Etat est laïque, doit protection égale à tous les cultes, sans avoir à intervenir dans les querelles de dogmes et de discipline. Le chancelier démontra que les forces des deux rehgions tendant à devenir égales, et la persécution n'ayant nullement

réussi à ralentir les progrès du calvinisme, il fallait désormais se contenter de prendre le rôle de modérateur entre elles, tandis qu'en favorisant l'un des deux, on aboutirait fatalement à la guerre civile.

Malgré les fureurs de l'opposition qu'il eut à combattre, L'Hôpital fît rendre l'édit de janvier 1562, en faveur des protestants, édit consenti par la reine-régente surtout dans le but d'abaisser le pouvoir des Guises en relevant les Huguenots. Ceux-ci devaient restituer les églises dont ils s'étaient emparés, et ne point^inquiéter le clergé sur la jouissance de ses prétendus droits, de ses revenus, de ses dîmes. Il hîur fut interdit de célébrer leur culte dans les villes, afin d'éviter les conflits qui n'eussent pas manqué d'éclater en laissant exercer côte à côte deux cultes hostiles. Mais on leur livra les campagnes, où ils purent se rassembler sous la protection de la loi, à la condition d'admettre en tous temps les autorités locales dans leurs assemblées.

Pour la première fois, on proclamait le grand principe de la tolérance religieuse. Mais L'Hôpital était trop en avant de son siècle, et les catholiques accueillirent cet édit avec une indignation qui lui enleva tous ses mérites aux yeux des Réformés. Le Parlement de Paris refusa de l'enregistrer, et ne le fît qu'après avoir reçu des lettres-patentes du roi : « Attendu, dit-il, la nécessité urgente, sans approbation de la nouvelle reUgion ; le tout par manière de provision, et jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné. «Les autres parlements protestèrent également, et celui de Dijon le rejeta d'une manière formelle. Saulx-Tavannes, lieutenant du gouverneur de Bourgogne, ordonna à toute la population de courir sus aux Huguenots, et défendit de les loger, nourrir, ou de leur donner aucun secours.

Les protestants d'Aix se réunissaient pour chanter des psaumes et faire leurs prêches, à l'ombre d'un grand pin

planté hors de la ville. Flassan, le maire de la cité, en fit le théâtre du supphce de ces malheureux. Pendant plusieurs semaines, on suspendit aux branches de cet arbre des hommes, et même des femmes, que les cathohques arrachaient de leurs maisons pendant la nuit. Catherine de Médicis ayant envoyé en Provence le comte de Grussot pour faire exécuter Tédit de janvier, Flassan fit fermer les portes de la ville et tirer le canon contre les troupes royales. Puis il sortit à la tête de toute la population catholique, croix et bannière en tête, et la pieuse processsion, en traversant Brignolles et Barjols, massacra tous les protestants et détruisit leurs maisons.

A Gahors, les Huguenots avaient adopté une demeure écartée pour y célébrer leur culte. Le peuple s'ameuta, jeta des pierres contre les fenêtres, mit le feu aux portes, blessa et tua quelques martyrs. Le farouche maréchal de Montluc marcha contre la ville, et fit pendre au hasard bon nombre de calvinistes. « 11 advint dans plusieurs autres villes, comme Sens, Amiens, Troyes, Abbeville, Toulouse, Marseille, Tours, d'autres désordres où il y eut aussi des protestants tués par leur insolence ; et il y eut de la faute de part et d'autre (Gastelnau). »

A Tours, notamment, l'armée royale avait fait son entrée le 12 juillet. Les protestants s'enfuirent sur la route de Poitiers. Une division de l'armée catholique leur coupe la retraite, ils sont ramenés à Tours, après qu'on leur eût accordé une capitulation. La populace se rue sur eux, et plus de cent vingt sont jetés à la Loire le premier jour, Digne émule de Montluc, «un prince du sang, Louis de Bourbon, duc de Montpensier, ne parlait pareillement que de pendre et de rouer. Quant on lui amenait quelque prisonnier, si c'était un homme, il lui disait du premier abord : — Vous êtes huguenot, mon ami ! Je vous recommande au Père

Babelot ! — C'était un cordelier chargé d'exhorter les criminels à la mort. Si c'était une femme qui eût quelque figure, au mépris de toute religion, tandis qu'on semblait combattre pour les autels, c'était à quelque officier dissolu qu'il abandonnait cette désolée captive (Bérault-Bercastel). »

Le 13 juillet, un arrêt soulève une jacquerie universelle contre les protestants. Les chefs catholiques disaient depuis longtemps qu'il fallait « lâcher la grande levrière, » c'est-àdire la populace des villes et des campagnes contre les huguenots. Le 17, un autre arrêt ordonne l'arrestation des ministres et prédicants les déclarant criminels de lèse-majesté divine et humaine, et décrète la peine de mort contre leurs fauteurs et receleurs. Des lettres patentes du 21 du même mois vérifiées au Parlement, proclament tous les récalcitrants criminels de lèse-majesté, et tous leurs biens et seigneuries confisqués. Les protestants se plaignaient de tant d'actes iniques dont ils étaient victimes, « Au contraire, les prédicateurs catholiques soutenaient que ce n'était point cruauté, la chose était arrivée pour le zèle de la religion catholique, et alléguaient l'exemple de Moïse, qui commanda à tous ceux qui aimaient Dieu de tuer, sans exception de personne, tous ceux qui avaient plié les genoux devant l'image du Veau d'or... ; et que Géhu, roi de Samarie, fit mourir, pour même zèle deux rois et cent douze princes du sang, et fit manger aux chiens la reine Jézabel ; et ayant fait assembler tous les prêtres idolâtres, il les fit tous tuer dans le temple par le commandement de Dieu (Gastelnau). »

Déjà la patience des martyrs commençait à être poussée à bout, lorsqu'un événement effroyable vint les décider à se défendre eux-mêmes et par les armes, puisque les édits royaux étaient impuissants à les protéger. Quand il avait eu connaissance de celui de janvier, le duc de Guise s'était

écrié, en portant la main sur son épée « Voilà qui fera la rescision de cet édit ! » Il se dirigea vers Paris, suivi de sa femme, de ses enfants, et de son frère le cardinal de Guise, celui que Lestoile appelle « le cardinal des bouteilles, » à cause de sa passion bien connue pour la boisson. Il avait avec lui un certain nombre de gentilshommes et environ deux cents cavaliers. Tandis qu'il assistait à la messe dans la petite ville de Vassy, il entendit les chants des psaumes que chantaient, non loin de là, les protestants rassemblés dans une grange qui leur servait de temple. Transporté de colère. Guise marche contre eux à la tête de sa troupe, qui brise les portes, pénètre de vive force dans la grange, et tue un certain nombre de calvinistes à coups d'arquebuses et de pistolets. Beaucoup tentent de s'échapper par le toit, et les catholiques tirent sur ceux qu'ils aperçoivent. Le reste est chassé du temple et s'enfuit à travers une double haie de soldats qui les assassinent. Le massacre dura une heure entière. Soixante hommes et femmes furent tués, plus de deux cents grièvement blessés.

Le massacre de Vassy sonna le tocsin de la première guerre civile. Gondé en appela à la justice du roi et du Parlement. Après avoir représenté cette hideuse boucherie comme la violation la plus formelle des édits royaux, il réclamait le châtiment des coupables et que l'on commençât par éloigner de la cour et de Paris ceux qui avaient baigné leurs mains dans le sang innocent. Mais les coupables étaient tout-puissants ; Guise fît à Paris une entrée triomphale pendant que le connétable de Montmorency brûlait les temples où les Réformés entendaient le prêche de leurs ministres à Paris et dans les environs. Et Catherine qui d'abord avait favorisé Gondé pour s'opposer au Triumvirat, dut le sacrifier aux exigences de Guise, de Montmorency et -de Saint-André.

Cependant le neveu du connétable , Goligny , hésitait à donner le signal de la guerre . On eût dit que sa grande âme frémissait à la pensée des désastres qu'il allait déchaîner sur la France. Sa femme , Jeanne de Laval, plus jeune, plus imprévoyante, plus ardente , pleurait , une nuit, à ses côtés. Il l'interrogea sur la cause de ses larmes :

« Être si sage pourleshommes,

Coligny.

dit-elle, ce n'est pas être sage à Dieu! — Madame, lui répondit-il, mettez votre main sur votre sein, et sondez votre conscience. La sentez-vous en état de souffrir la déroute, les hontes, les reproches du peuple, qui juge par le succès, les trahisons, les fuites, la nudité, la faim, la faim pour vos enfants, la mort par le bourreau, votre mari sur l'échafFaud. Je vous donne trois semaines pour y réfléchir. — Ah ! s'écria-t-elle, ne mettez pas sur votre tête les morts de ces trois semai-

nés, ou je déposerai contre vous au tribunal de Dieu I » Vaincu, il partit triste, résigné, sans enthousiasme et comme s'il eût compris qu'il marchait au devant d'une mort inévitable et sanglante, il rejoignit Gondé, dont le caractère aventureux et léger contrastait avec le sien. C'était sans doute une nécessité commandée par la situation, de mettre des princes à la tète des armées protestantes, mais aussi cela changeait le caractère de la lutte. Jusque-là, le calvinisme s'était recruté parmi les savants, les penseurs, les artistes, les écrivains, la bourgeoisie des villes. C'est l'époque héroïque de la Réforme, et, comme les chrétiens des premiers âges, les martyrs mouraient stoïquement, se contentant de prier Dieu qu'il convertît leurs bourreaux, dont ils espéraient lasser la fureur à force de patience. Ils livraient le corps pour sauver l'âme. Mais quand les hommes d'action entrèrent en scène, tout changea. Beaucoup de grands seigneurs se faisaient protestants en haine des usurpations et de l'orgueil du clergé, souvent en haine de seigneurs, leurs voisins ou leurs rivaux, dont ils s'attribuaient le droit de piller les domaines sous prétexte de venger leur foi religieuse. Beaucoup rêvaient un retour à la féodalité, et sapaient cette forte unité nationale commencée par Louis XI, continuée plus tard par Henri IV, achevée par Richeheu.

Moitié par persuasion, moitié par crainte des conséquences de l'affaire d'Amboise, le faible roi Antoine de Navarre, qui avait assisté en janvier à la rédaction de l'édit rendu en faveur des huguenots, abandonnait en mars son frère, le prince de Gondé, et se jetait dans le parti du Triumvirat. Catherine, heureuse d'avoir divisé les deux frères, mais inquiète de voir le parti de Guise recruter de nouvelles forces, se rapproche de Gondé et de Châtillon, accorde de nouvelles faveurs aux huguenots, tandis que Guise, pour

mieux cacher ses visées secrètes, s'éloigne pour un temps de la cour. Gondé envoie Dandelot s'emparer d'Orléans, où les protestants étaient en nombre. Dandelot comprit qu'il ne pourrait s'y maintenir longtemps, et envoya presser Condé de revenir en toute hâte le soutenir. Gondé alors, à la tête de deux mille individus, maîtres et valets, avec leurs équipages et leurs malles, se mit en route, d'abord au trot en sortant de Paris, pour ne pas éveiller les soupçons, puis bientôt au galop, et jamais événements plus sinistres n'eurent un plus joyeux commencement. De Paris à Orléans, ce fut une course folle, au milieu des incidents les plus burlesques, des chutes au milieu des nuages de poussière, des bousculades, des malles éventrées sur le pavé de la route, des rires et des jurements ; si bien que, la guerre n'étant pas déclarée, ceux que leurs affaires appelaient vers Paris, voyant, sans comprendre, cette nombreuse et joyeuse chevauchée pensaient, « que c'étaient tous les fous de la France qui s'étaient assemblés. » Gagnés par la contagion de cette gaieté intempestive, « ils entrèrent en admiration, mais en telle sorte, qu'ils ne se pouvaient garder de rire d'un mouvement impétueux (Lanoue). »

Maître d'Orléans (avril 1562), Gondé s'empressa d'envoyer à toutes les églises protestantes un manifeste dans lequel il insistait sur la tyrannie des catholiques qui, par tous les moyens, les persécutions et les massacres, prétendaient empêcher les réformés d'embrasser une doctrine plus pure, et de pratiquer cette liberté de conscience que le roi leur avait garantie par ses édits. Il ne prenait donc les armes que dans un but d'intérêt général et public, sans nulle arrière-pensée d'ambition personnelle, mais pour satisfaire à ce qu'il devait à Dieu, au roi et à toute la famille royale, captive entre les mains d'un Triumvirat impitoyable. De leur côté, les confédérés le reconnaissaient pour légitime

protecteur et défenseur du royaume, s'engageaient à lui obéir, à lui fournir armes, chevaux, argent, et tout ce qui était nécessaire pour soutenir la guerre.

Ces deux pièces remuèrent profondément les provinces ; et tandis que bon nombre de gentilshommes se déclaraient pour la Réforme, Larochefoucauld, Rohan, Grammont, Turenne, Duras, de Mouy, Montgommery, de Pienne, d'Avaray, Soubise..., les villes se soulevaient en faveur des calvinistes, qui bientôt furent maîtres de Grenoble, Lyon, Mâcon, la Rochelle, Dieppe, Rourges, Montauban, Montpellier, Orléans, Nîmes, Réziers, Agen, Rouen, Tours, Blois, Angers, Saumur, Poitiers, Gaen, et beaucoup d'autres. La reine-mère écrivait secrètement aux gouverneurs de ne présenter qu'une faible résistance (Tavannes). Dans celles où les huguenots étaient en minorité, ils se voyaient massacrés par les catholiques et la ville de Sens en offrit un terrible exemple. Les protestants sortaient du prêche lorsqu'ils furent assaillis par une soldatesque en furie qui, non contente de es assassiner dans les rues, se rua dans les maisons qu'elle livra au pillage après en avoir égorgé les habitants. On compte plus de cent victimes, et ce nouveau massacre, plus sanglant encore que celui de Vassy, puisque le lieu delà scène était plus vaste, ne fut pas plus poursuivi par la cour que ne l'avaient été les précédents.

La guerre ouverte pouvait seule désormais assurer aux huguenots une sécurité qu'il fallait conquérir par les armes. Depuis longtemps les Guises avaient sollicité et obtenu le concours de l'Espagne dont le roi, le farouche Philippe II, eur avait promis aide et protection. Quant aux sympathies effectives de Rome, elles leur étaient toutes acquises, et les papes qui se succédèrent leur prodiguèrent toujours les hommes et l'argent. Gondé, à la tête du parti le plus faible, crut pouvoir suivre cet exemple criminel, et appeler à sou

tour en France les armées étrangères. Dandelot fut l'habile négociateur de ces pourparlers. Il adressa à la reine Elisabeth d'Angleterre, à l'empereur Ferdinand, aux princes allemands et aux Suisses les manifestes rédigés par les consistoires des provinces, et pour bien les convaincre que c'était son parti qui était le parti national tandis que celui des Guises était celui des oppresseurs, il leur envoya copie de quelques-unes des lettres qu'il avait reçues de la reinerégente. L'une d'elles, malgré l'habileté de sa rédaction, laissait assez comprendre que dans bien des circonstances, elle comptait sur son appui contre les envahissements de princes lorrains :

« Mon cousin, écrivait-elle, — j'ai entendu par le baron de la Garde ce que vous avez dit; et j'en ai été et suis si assurée que je ne m'assure pas plus de moi-même. Je n'oublierai jamais ce que vous ferez pour le roi mon fils ; et, parce qu'il s'en retourne pour l'occasion qu'il vous dira, je ne ferai pas longue lettre, et vous prierai seulement de croire ce qu'il vous dira de la part de celle de qui vous vous pouvez assurer comme de votre propre mère.

« Votre bonne cousine Catherine. »

Ainsi, des deux côtés, voilà la guerre civile et religieuse qui appelle à son aide la guerre étrangère, et tandis que Gondé, pour témoigner qu'il représente le parti national, conserve les couleurs du roi et arbore l'écharpe blanche. Guise se pare de l'écharpe rouge et fait porter au jeune roi les couleurs du roi d'Espagne !

(( Il n'est, disait en son temps Froissart, pire guerre que de voisins et d'amis. » Plus effroyables que les guerres civiles, les guerres religieuses sont de frères et de parents, et

les horreurs des autres pâlissent devant celles-là. Sans doute il dut y avoir un moment de trouble immense dans les âmes et dans les consciences à la pensée que l'on allait chercher à transpercer ces poitrines dans lesquelles battaient des cœurs longtemps amis. Pour s'étourdir, il fallait l'ivresse du sang : on s'y plongea jusqu'au cou, jusqu'aux lèvres, et ceux qui s'étaient le plus aimés furent ceux qui se haïrent davantage. Aussi peut-on dire que jamais le monde ne vit un spectacle aussi effroyable que celui qui fut donné par la France pendant les quarante dernières années du seixième siècle. Et tout cela parce que Rome ne voulait rien relâcher de sa tyrannie devenue intolérable, parce qu'elle ne voulait rien réformer des mœurs scandaleuses, des habitudes de hideuse simonie de l'Église, parce qu'elle repoussait toute lumière, et parce qu'elle n'en voulait pas d'autres pour éclairer l'humanité, que la flamme des bûchers, le seul argument qu'elle admît contre ses contradicteurs.

Longtemps la modération, la patience des victimes contrastèrent avec la rage de leurs bourreaux, longtemps la piété qu'ils faisaient admirer jusqu'au milieu du tumulte des camps put faire rougir les catholiques de leurs désordres. De par les arrêts du Parlement, « il fut enjoint de prendre les armes, de sonner le tocsin, de courir sus aux huguenots, et de les mettre à mort partout où on les trouverait (Bérault-Bercastel). » Le terrible connétable Anne de Montmorency n'avait pas attendu ces arrêts pour agir, et dès les premiers jours il avait poursuivi l'exercice du culte des religionnaires, chassant les ministres et les fidèles des temples dont il brûlait les chaises et les bancs, ce qui lui avait mérité le sobriquet de Capitaine brûle-bancs. Au mépris que les gentilshommes avaient alors pour le peuple, il joignait la rage d'un fanatique ignorant et grossier, et il expédiait les huguenots sans aucune forme de procès, tout en mar-

mottatit ses prières. « On disait qu'il fallait se garder des patenôstres de M. le connétable, écrit Brantôme ; car en les disant, en marmottant, lorsque les occasions se présentaient, il disait : — Allez-moi pendre un tel ; attachez-moi celui-ci à un arbre ; faites-moi passer celui-là par les piques ; taillezmoi en pièces tous ces marauds qui ont voulu tenir ce clocher contre le roi ; brûlez-moi ce village ; boutez-moi le feu partout à un quart de lieue à la ronde. » Celui-là n'avait pas besoin que l'on imprimât des livres ni que l'on traduisît l'Évangile, car il ne savait ni lire ni écrire. Lorsqu'il avait à signer un papier, son secrétaire lui mettait une plume entre les doigts, il traçait, à la place indiquée, une quinzaine de longs jambages, jusqu'au moment où celui-ci lui disait : — Monseigneur, en voilà assez !

Mais les sanglants exploits du connétable pâhrent devant ceux du maréchal Biaise de Montluc, qui s'enorgueillissait du titre de boucher royaliste que lui avaient donné les protestants. Sa route était jalonnée de cadavres qu'il faisait accrocher aux arbres du chemin, devenus ainsi les bornes milliaires qui marquaient son passage. « On pouvait connaître par là où j'étais passé, dit-il dans ses Mémoires ; car par les arbres sur les chemins on trouvait les enseignes. » Il découvrit un jour des calvinistes réfugiés à Gironde. « Je les fis attraper, et pendre soixante et dix aux pihers des halles sans autre cérémonie. » Autant il en rencontrait, autant de pendus ou de poignardés, « sans languir, sans dépenser encre ni papier, et sans les vouloir écouter, car ces gens-là parlent d'or. » Il se vante d'avoir souvent manqué à sa parole, d'avoir acquis beaucoup de biens aux dépens des religionnaires, et conseille au roi de brûler tous les livres de loi, « afin de laisser mémoire de sa prudence, et d'avoir un monde de soldats. »

« Deux bourreaux renommés par dessus tous les autres

Les pateuôitres du connétable.

l'accompagnaient si assidûment qu'on les nomma ses laquais. Il apprenait à ses enfants à se baigner de même dans le sang des huguenots, et l'on vit à la journée de la Saint- Barthélémy combien son aîné avait été docile à ses leçons (Bérault-Bercastel). »

Ce misérable était d'autant plus digne de mépris, qu'il savait que la religion ne fut que le prétexte de la guerre civile. « Ce beau manteau de religion, dit-il à la fin de ses Mémoires, a servi aux uns et aux autres pour exécuter leurs vengeances et nous faire entremanger. »

Toutefois, à l'origine de ces luttes impies, les protestants respectaient les personnes pour ne s'attaquer qu'aux choses. Ils brisaient les statues, renversaient les autels, brûlaient les chaires, fondaient les cloches pour les besoins de leur artillerie, ouvraient les portes des couvents dévastés et rendaient à la vie civile les moines et les nonnes, qui souvent acceptaient ces douces violences et se mariaient. Mais à la fin, le protestantisme eut ses monstres, comme le parti contraire, et l'on connaît assez le fameux baron des Adrets, de légendaire mémoire. Il s'amusait volontiers, après son dîner, à faire sauter, de la plate-forme de l'une de ses tours, les captifs qu'il avait faits, et que, dans les fossés, ses soldats recevaient sur leurs piques. L'un d'eux prit deux fois son élan, et s'arrêta sur le bord du précipice. « Allons, lui cria-t-il, saute, manant, et dépêchons î Faut-il s'y prendre à trois fois pour sauter cela? — Monseigneur, je vous le donne en dix ! » répond le pauvre diable. Le baron se mit à rire, et celui-là du moins s'échappa vivant des griffes du tigre. Mais il faut dire que, tour à tour huguenot ou catholique, des Adrets voltigeait d'une secte à l'autre, suivant ses intérêts du moment, et que tous les partis pouvaient repousser la solidarité de ses forfaits.

On avait vu, en 1560, une preuve touchante de la dou-

ceur relative des protestants. Lorsque les troupes du duc de Savoie attaquèrent les vallées Vaudoises, les paysans catholiques confièrent leurs filles et leurs femmes aux montagnards hérétiques afin de les soustraire aux outrages des soudarts orthodoxes. Ils vinrent les reprendre après la victoire.

Il semblait que chacun reculât devant la responsabilité de la lutte terrible qui allait s'engager. Des pourparlers furent ménagés ; les chefs, Catherine de Médicis, le roi de Navarre, le duc de Guise d'un côté, Gondé et GoHgny de l'autre, eurent des entrevues, d'abord à Thoury, dans la Beauce, puis à Beaugency ; mais on ne put s'entendre, et les hostilités ne tardèrent pas à commencer. Revenus de la surprise du premier moment, les catholiques, plus nombreux, reprirent tous leurs avantages et chassèrent les protestants de la plupart des villes qu'ils avaient occupées tout d'abord. Ge fut une réaction sauvage, implacable, qui couvrit le royaume de ruines, de la Méditerranée à la Manche, de l'Océan au Rhin et aux Alpes. « G'était comme une rage et un feu qui brûlait et embrasait toute la France (Gastelnau). »

La Normandie était aux mains des rehgionnaires, secondés par les troupes anglaises de la reine Ehsabeth. La cour leur opposa des mercenaires allemands, qui firent le désert autour d'eux. « Les catholiques, dit Gastelnau, ne faisaient pas moins de mal que les Anglais et les huguenots, de sorte qu'il ne se trouvait rien dans les villages ni dans les maisons qui ne fût caché et retiré dans des carrières longues et profondes qu'ils ont en ce pays-là, où ils sauvaient tous leurs biens, leur bétail et eux-mêmes, comme gens sauvages et désespérés : de façon que les reîtres du rhingrave battaient ordinairement sept ou huit heues de pays pour trouver des vivres et aller aux fourrages... L'armée huguenote, dit-il

ailleurs, s'achemina en Bourgogne pour y vivre plus commodément que par la Champagne, que nous avions mangée et prit, força et saccagea Mussy, Grevant, et autres villes^ desquelles les pauvres habitants furent entièrement ruinés. Cependant les autres provinces du royaume n'étaient pas exemptes des maux et calamités de cette guerre civile... Si les huguenots avaient l'avantage en un heu, les catholiques l'emportaient dans un autre, et la plupart des villes prises par les uns étaient reprises par les autres. Et ce qui restait du pillage des huguenots était repillé par les catholiques. » Après que les huguenots eurent repris Beaugency, ils s'y comportèrent, dit Lanoue, un de leurs chefs, « comme s'il y eût eu un prix à qui pis ferait. » — « Les cathohques ne furent point en reste dans les représailles qu'ils exercèrent sur Blois, et sur Mer, petite ville du Blaisois. On ne finirait point si l'on entreprenait de peindre, ou seulement de parcourir les théâtres divers de ces forfaits et de ces horreurs. Il n'y avait de sûreté nulle part, nul asile contre la violence, nulle ressource contre la perfidie. La foi des traités, la sainteté du serment n'étaient qu'un jeu ; c'était un jeu de les fouler aux pieds. On vit des garnisons entières, à la valeur desquelles on avait accordé une capitulation honorable, passées immédiatement après au fil de l'épée, et leurs capitaines expirer sur la roue ; des tortures cruellement ménagées pour suspendre la mort et la faire souffrir cent fois avant de la donner ; des maris poignardés entre les bras de leurs femmes et de leurs filles réduites ellesmêmes au dernier souffle de vie par des brutalités aussi meurtrières et plus abhorrées que le poignard ; les femmes et les enfants écrasés au mur ou sous les pieds des chevaux; l'incendie allumé sur le carnage, et ces forfaits commis entre les membres d'une môme lamille, entre les plus proches parents (Bérault-Bercastel). »

Dans le Midi, où les passions religieuses sont plus ardentes, le succès, quelque parti qu'il favorisât, donnait le signal de représailles atroces. On s'égorgeait dans les villes, dans les villages, dans les champs, partout où l'on se rencontrait. A Gastelnaudary et à Garcassonne, les catholiques avaient massacré les huguenots avec des raffinements hideux. A Toulouse, toutes les maisons des protestants furent pillées, et leurs habitants jetés dans la Garonne. Beaucoup s'étaient renfermés dans le Gapitole, et s'y défendirent pendant cinq jours. Les vivres et la poudre venant à leur manquer, une capitulation fut signée. Ils laissèrent au Gapitole leurs armes et leurs bagages, sous la promesse qu'ils pourraient se retirer en sûreté à Gastres ou à Montauban. Avant le départ, ils voulurent célébrer encore une fois la Gène à Toulouse, le dimanche 17 mai, jour de la Pentecôte. Ils se rassemblèrent dans leur temple, et, jugeant plus prudent de ne pas affronter la populace fanatisée, ils attendirent le soir pour se mettre en route, après avoir passé la journée à chanter des psaumes ensemble. La nuit venue, ils sortent par la porte de Villeneuve. Mais leurs bourreaux les attendaient dans l'ombre, ils tombèrent sur eux, tandis que dans les villages le tocsin sonnait pour appeler les populations au massacre. Plus de trois mille furent assassinés en une nuit. Le lendemain, Montluc pénétra en vainqueur à Toulouse, fit rechercher ceux qui avaient échappé au carnage. Deux cents furent exécutés, trois cents condamnés à mort par contumace. Trois fois, sur les instances de L'Hôpital, Catherine accorda une amnistie aux protestants de Toulouse ; trois fois le Parlement de cette ville refusa d'enregistrer l'amnistie et laissa continuer le massacre légal.

Mais négligeons pour un moment ces horreurs de détail pour suivre la marche des deux armées principales. Les huguenots étaient maîtres à Rouen, où commandait le

comte de Montgomery, qui attendait l'arrivée prochaine d'un renfort de trois mille Anglais qu'envoyait la reine Elisabeth. Dandelot annonçait qu'il arrivait avec un corps de troupes fourni parles princes allemands. Il importait donc aux catholiques de se hâter de soumettre la capitale de la Normandie. Le roi de Navarre et le duc de Guise vinrent l'assiéger. L'attaque fut commencée le 6 octobre et repoussée, avec une rare énergie ; les femmes elles-mêmes combattirent sur les remparts. Au second assaut, le 14 octobre, le roi de Navarre reçut une arquebusade à l'épaule gauche. On proposa aux assiégés une- capitulation honorable ; mais soit qu'ils ne crussent plus aux paroles jurées, soit qu'ils comptassent sur l'arrivée prochaine des Anglais et des Allemands les Rouennais la refusèrent. L'attaque recommença, et bientôt les vieilles murailles de Rouen s'écroulèrent. Le roi de Navarre voulut pénétrer en vainqueur dans la ville par la brèche ouverte et s'y fit porter en litière par ses soldats. Il mourut trois semaines après le 17 novembre, laissant pour lui succéder un enfant de neuf ans Henri de Bourbon, qui fut depuis Henri IV, roi de France.

La riche cité rouennaise fut abandonnée au pillage et pendant huit jours, les chefs de l'armée se gorgèrent de butin avec une avidité qui effaça celle des soldats. Puis vinrent les vengeances juridiques. Le président à la cour des aides et plusieurs des plus riches bourgeois furent décapités, quelques-uns pendus. Parmi eux se trc^vait le plus notable des ministres réformés, Marlorat, qui ne fléchit pas devant ses juges, et se vanta d'avoir jeté sa défroque de moine pour se marier, donné la vie à cinq jeunes enfants, et prêché la pure morale de l'Evangile, débarrassée de toutes les erreurs romaines.

Pour soutenir cette guerre aussi impie dans le but qu'elle se proposait que par les moyens qu'elle mettait en usage,

88 HISTOIRE y^

les deux partis n'hésitaient pas à démembrer la France et à en livrer les lambeaux à l'Etranger. Philibert Emmanuel, duc de Savoie, avait obtenu, pour prix de ses services à la cause catholique, la restitution de tout ce qui nous restait, en Piémont, de nos conquêtes en Italie, Turin, Ghivasso, Chiéri, Villanuova d'Asti ; et dans le même temps les huguenots Hvraient à l'Angleterre le port du Havre, afin de décider Elisabeth à envoyer des troupes et de l'argent pour secourir Rouen et Dieppe. Quant à Philippe tl, qui devait bientôt poursuivre le rêve de posséder la France toute entière, il fournissait de l'argent et surtout des hommes, dont la férocité faisait pâlir celle des plus fanatiques parmi les chefs et les soldats catholiques français.

Bientôt les deux armées ennemies se rencontrèrent non loin de Dreux. C'était la première fois qu'une bataille rangée allait être livrée entre les catholiques et les protestants, les premiers ayant à leur tête le vieux connétable de Montmorency, le duc de Guise et le maréchal de Saint-André, les huguenots commandés par Coudé, Coligny et [)andelot. Les catholiques avaient 13,000 fantassins et 2,000 chevaux, les calvinistes 8,000 fantassins et 4,000 cavaliers. Après une lutte acharnée qui ne dura pas moins de cinq heures, les huguenots paraissaient vainqueurs lorsqu'une dernière charge de Gascons et d'Espagnols, commandés par Guise, décida la victoire en faveur des troupes royales. Les résultats de cette bataille furent étranges, uniques môme peut-être dans l'histoire. Le maréchal de Saint-André fut tué ; Condé, le chef des réformés, fut fait prisonnier par les catholiques, et Montmorency, le chef des cathohques, resta captif entre les mains des huguenots.

Guise usa noblement de sa victoire. Il accueillit avec honneur son prisonnier sous sa tente ; ils soupèrent ensemble, et, n'ayant qu'un lit, ils le partagèrent comme

deux amis l'eussent fait. Du reste Guise seul recueillait tous les profits de la victoire. Les pertes avaient été égales de part et d'autre. Les protestants n'avaient pas perdu un seul de leurs chefs, car Gondé devait être bientôt rendu à la liberté ; et Guise, débarrassé du roi de Navarre et de ses deux associés du Triumvirat, Montmorency et Saint-André, restait désormais sans rivaux dans son parti, et maître des destinées de l'Etat. Il était lieutenant-général du royaume à la place du faible Antoine de Navarre dont les Parisiens avaient dit qu'à l'autopsie de son cadavre on n'y avait trouvé ni cœur, ni fiel.

Le duc de Guise ne profita pas longtemps des faveurs de la fortune. Goligny, devenu chef unique des huguenots, s'était dirigé d'abord vers Orléans, où il avait confié Montmorency à la garde de sa nièce, la princesse de Gondé. Puis il laissa la défense d'Orléans à Dandelot, et marcha vers la Normandie, où il espérait rencontrer les troupes fournies par l'Angleterre. Guise alors s'en fut mettre le siège devant Orléans (fév. 1563), où il avait juré de tout détruire, jusqu*aux animaux, et de semer du sel sur la place où s'était élevée la ville.

On avait, à cette époque néfaste, un grand mépris de la viede son prochain, et l'assassinat venait compléter l'œuvre de la guerre. Poltrot de Meray, jeune gentilhomme de l'Angoumois et parent de la Renaudie, s'était promis de venger les victimes d'Amboise, de Vassy et de Sens, et souvent il avait dit, devant Goligny et devant bien d'autres que le tyran mourrait de sa main. G'étaient là de ces propos comme chacun en tenait volontiers, et on avait considéré cela comme de vaines paroles. Toutefois, Goligny l'avait envoyé comme espion auprès de Guise, mais non en qualité d'assassin. Poltrot attendit Guise au passage, et comme celui-ci allait visiter, suivi de deux gentilshommes seulement, les avant-

postes de l'armée, il déchargea sur lui, presque à bout portant, un pistolet chargé de trois balles et s'enfuit au galop de son cheval.

Le duc, mortellement atteint, mourut au bout de six jours de souffrances, le J8 février 1563, édifiant tout le monde par ses sentiments de clémence tardive et de piété, recommandant à la reine Catherine sa femme et ses enfants, et prodiguant à son fils Henri, âgé de treize ans, des conseils de modération dont il ne lui avait pas donné l'exemple.

Poltrot fut arrêté le lendemain de l'assassinat. On avait besoin d'accuser le parti du crime d'un seul et Poltrot ne manqua pas de dire que Gohgny et Théodore de Bèze lui avaient mis les armes à la main. Le noble caractère de ces deux hommes repoussait assez une telle accusation. Mais il suffisait à la cour que la calomnie eût été lancée dans la circulation, et l'on pourrait toujours en tirer parti à l'occasion. Goligny protesta, demanda que l'on laissât vivre l'assassin jusqu'à la conclusion de la paix, afin qu'il pût être confronté avec lui, et qu'il pût réduire à néant ses mensonges. On se hâta de le faire condamner par le Parlement. Ses janibes, ses bras furent tenaillés, dépouillés de leur chair par des tenailles rougies au feu, puis il fut tiré à quatre chevaux, après du reste qu'il eût retracté presque tout ce qu'il y avait de plus affirmatif et de plus compromettant dans ses premières accusations.

Débarrassée de Guise, Gatherine se sentait plus à l'aise pour revenir à son système de bascule et traiter avec les huguenots. Et puis, on manquait d'argent, la France épuisée ne pouvait plus rien fournir, bien que le fisc la mît sous le pressoir, et l'or que l'on tirait du pape, de Philippe II et du duc de Savoie ne suffisait plus pour faire vivre la cour. Le clergé, toujours avare, refusait de rien donner pour soute-

nir une guerre qu'il avait provoquée. Les chefs captifs des deux partis, Gondé et Montmorency, furent chargés de discuter la condition d'un traité de paix. Tous les deux supportaient mal les ennuis de leur captivité. Philippe IT^, qui voulait la ruine du royaume, poussait seul à la continuation de la guerre, et le nonce écrivait au pape : « On pourra mieux châtier ces gens-là quand ils seront désarmés et dispersés, outre qu'il est expédient de les discréditer auprès des étrangers. » C'était aussi la politique du farouche duc d'Albe, le bourreau des Pays-Bas, lorsqu'il écrivait au roi d'Espagne : « Dissimuler, puis leur couper la tête. »

Aussi, dans la pensée de Catherine, c'était une trêve, bien plutôt qu'une paix véritable qu'elle prétendait accorder aux protestants. Le chancelier de L'Hôpital en dicta les conditions, et le traité fut signé à Amboise, le 19 mars. On annula tous les arrêts rendus depuis la mort de Henri H pour le fait de la religion, et les huguenots rentrèrent dans leurs biens, leurs dignités, leurs offices. L'Édit accordait aux seigneurs haut-justiciers le libre et plein exercice de la « Religion Prétendue Réformée » dans l'étendue de leurs seigneuries, et à tous les nobles la même liberté, mais pour leurs maisons seulement, pourvu qu'ils ne demeurassent pas dans les villes ou dans les bourgs sujets à de hautes justices, excepté celles du roi. Il ordonnait que, dans tous les baillages ressortissant immédiatement aux cours du Parlement, on assignerait aux protestants un lieu pour y faire l'exercice public de leur rehgion ; on leur confirmait la hberté de tenir leurs assemblées dans toutes les villes dont ils étaient les maîtres avant le 7 mars 1563. Mais cet exercice du culte réformé était interdit dans Paris et dans le ressort de sa prévôté ; et dans le reste de la France, il ne pouvait être célébré, hors des manoirs nobles, que dans les faubourgs d'une seule ville par baillage. L'édit promettait l'oubli et le

pardon pour le passé, déchargeait Gondé de rendre compte des deniers du roi employés par lui pour les frais de la guerre, le déclarait fidèle cousin du roi, bien affectionné pour le royaume, et reconnaissait que les gentilshommes et chefs militaires qui avaient combattu avec lui pour des motifs de religion, n'avaient agi que par de bons motifs et pour le service de Sa Majesté.

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