Chapitre X!i
Des aumônes de la ville qui furent employées eu
œuTi'es pies»
iivANT qile je Iraile de la fondation de cet lio-^ |>ital. d'Indiens et des premières aumônes que i on fit pour le bâtir, il faut que je parle du don que les bourgeois de la ville firent aux religieux de saint François pour payer la place et le bâtiment de leur église , puisque Tun et Taubre fut exécuté sous ie gouvernement de mon père GarcillassQ de la Vega. Nous avons déjà dit que le couvent de ces religieux était à Casana \ ils prièrent donc Jean Rodriguez de Yillabos de les vouloir accommoder de cette place et des bâtimens qu'il y avait; ensuite ils lui pr^entèrent une lettre obtenue en chancellerie^ qui lui enjoignait de les metlxc en possession de ce terrain pour le prix dont ils conviendraient ensemble, et qui fut de vingtrdeux mille deux cents ducats. Après celte convention , le gardien de l'ordre , qui était un religieux récoilet, nommé firèi'e Jean Gallegos, homme d'une vie sainte et fort exemplaire , en fit le paiement dans la mai'son de mon père, en lingots d'argent fin» Quelques-uns des assistans furent bien étonnés de
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voir que ces pauvres religieux payaient cette grosse somme au bout du court terme qui leur était fixé ; mais le gardien leur répondit : a Messieurs 5 que cela ne vous paraisse point étrange , vous saurez que c^est une œuvre du ciel et un efiet de la charité de cette ville , que je prie Dieu de conserver. Lundi dernier je n'avais pas la valeur de trois cents ducats , et aujourd'hui , qui n'est que jeudi , je me suis trouvé tout l'argent que vous venez de voir. Ces deux nuits passées il est venu en secret un si grand nombre d'Indiens, cavaliers , soldais et autres, pourm'apporter des aumônes, que j'ai été contraint d'en renvoyer plusieurs lorsque j'ai vu qu'il y en avail au delà de ce qui nous était nécessaire. Bien pins, ces deux dernières nuits nous n'avons pu dormir dans notre couvent, et la porte a toujours été ouverte poiu* recevoir les aumônes de ceux qui en venaient oflfrir à toute heure.» Voilà ce que je me souviens d'avoir ouï dire à ce bon religieux , sur la grande charité des habitans de Cuzco.
Pour revenir à la fondation de Thôpital , il £iut savoir que le F. Antoine de Saint - Michel , d'une noble Camille de Salamanque , et qui était vrai imitateur des vertus de saint François, succéda à ce gardien. Il fut ensuite évéque de Chili, et cette nouvelle dignité ne l'empêcha pas de mener une vie sainte , comme les deux royaumes
de GlûH e^daPéroa le publient eiicçi^e aujourr d'hui. Jja seconde année des trois qu'il devait être en charge , il prêcha le carême dans la grande église de Guzco , et il fit trois sermons la se<* maine^ c'estrà-^dire , le dimanche^ le mercredi «tié vendredi. De sorte qu'il prit une occasion de représenter à ses auditeurs qu'il serait à pro«pes d^avoir un hôpital d'Indiens qui fut gou<* verné par quelque confrérie ou communauté , de peBjie que l'hôpital des Espagnols* U ajouta que €eite fondation donnçr^iiun. moyen à tous les^ £$pagnolis, tant^afix conquérans qu'aux autres , 46 s'acquitter des obligations qu'ik avaieut à ce pays. Il leur insinua la même chose dans4es autres^prédicatiions qu^il ,£t durant 1^ semaine ^ et ledimajaohe suivant, pour les mieux dispo^r à s'élargir en aumônes 4 il |[§ur parla de cette manjèçe : it Messieurs. , le gouverneur de la ville et ^<Â fe):pus4a q]^êt(9 çet^apr^ès-uiidi) à une heure; et puisqu'il s'agit d'une œuvre si sainte , je vous P^i^ » pow l'amour d^ Dieu , de n'être pas moins eh^rltfibl^^ 9 ni moins générai^ ' que vous avez été braves et vaillans à conquérir cet empire, ?> A^çsleur avoir fait cettQ, exhortation | le gouverneur et l%\{ allèrent quêter par la ville chez les 3epl9 Ind^ns ; et ver9 la nuit , mon père, de retoui^ au logis, me donna le mémoire des aumô^ nçs qu'on OTait recueillies- J'en fis le calcul > et
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il se Iroura quMles montaient à ringt-huit et cinq cents poids, qui fi>nt trente-quatre mille denx cents daeats. Qnelqnes-ans araient donné jœqn^à mille poids , et la moindre aumône cta:t de cinq cents , qui raient six cents ducats. Le jour suivant, ils demandèrent à tontlemond^ indifféremment, et pour couper court, ils reçurent en peu de mois plus de cent mille dncalt. D^abord même qu^on sut dans le royaume que la fondation de cet hôpital sMtait frite pour ceux du pays , on redoubla les aumdnes de toutes parts durant cette année , et il y eut plusieurs personnes qui léguèrent pour cette œuvre pie une partie considérable de leur bien. On n'eut p38 plus toi commencé de bâtir , que les Indiens de la juridiction de Cuzco , persuadés qu'on traratllait pour eux , y apportèrent de grandes richesses»
Lorsqu'on jeta les fondemens de cet édifice, Garcillasso de la Vega, mon père, en qualité de gouremeurde la yille, posa la première pierre, sur laquelle il mit un double ducat à deux têtes, qui représentaient leurs majesté catholiqaes don Ferdinand, et la reine Isabelle. Cela fut d'autant plus rare, qu'on n'arait point tu encore dans tout ce pays des pièces d'or ni d'aucun autre métal , et qu'on n'y battait pas monnaie. Les marchands espagnols étaient alors accoutumés a faire échange de leurs marchandises a^ec celles
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du pays , et ils y trouvaient mieux leur compte. Quelle curieux avait sans doute porte cette pièce d'or, parce qu'elle ëtait de la marque d'Espagne, et il y a grande apparence qu'il en fit présent à mon père pour la fiiire voir dans une si bonne occasion comme une chose nouvelle. En effet ^ il n'y eut personne de toute Tassemblëe qui n'eût la curiosité de la voir ; et tous les cavaliers qui se trouvèrent à cette solennité avouèrent d'un commun accord que c'était la pi*emière pi^ mpnnoyée qu'on eût vue dans le-pâys, et qu'elle ne pouvait être mieux employée qu'à une œuvre si mêaioraUe. Diego Ifaldonâdo^ natif de Sakimanqne , surnommé le Riche , à cause des grands biens qu'il possédait , et l'un des principaux magistrats de la police , mit sur cette pierre une plaque chargent, où. ses armes étaient gravées ; mais c'était peu de chose , eu égard a la magni« ficence de l'édifice^ Les souvecains pontifes ac-* cordèrent ensuite plusieurs indulgences, à ceux qui mouraient dans cet hôpital : une Indienne de ma connaissance , et qui était de sang royal, n'en fat pas plus tôt avertie , que se voyant prodie de sa fin, elle souhaita d'y aller rendre l'esprit. Ses parens eurent beau lui représenter que c'était un affront pour eux , et qu'elle ne devait point sortir de sa maison , puisqu'elle n'y manqqait de rien : elle fit réponse qu'elle ne peu-
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sait pas tant a la guérison de son corps, qu^à celle de Fàioi^ i que le prince de Téglise comblait de grâces et d'indulgences les personnes qui allaient niourir dans cet hôpital, et qu'elle voulait profiter de ses offres. Elle y fut donc portée , mais au lieu d'eotrer à Tinfirmerie , elle fit mettre son petit lit dans un des coins de l'église , où elle vou-. lu^ qu'on lui creusât d'akord une fi)sse* Ensuite elle demanda à être ensevelie avec l'habit da$ re* ligieuxde saint François^ eljle envoya quérir des cierges pour son enterrement, reçut le sainMiH crement de l'autel et l'extréme^onction , et ne cessa d'invoquer Dieu, et la sain te Vierge siimèxe: enfin , après avoir été quatre jours dans ce hoQt état, elle rendit l'âme. Les habitans de la ville, touchés d'une si belle action , et de ce qu'une In-, dienne était morte si chrétiennement^ voulurent honorer sa sépulture de leur présence^ afin que les autres Indiens fussent animés à suivre son exemple. Les ecclésiastiques et les laïques assisté-, rent à ses funérailles , avec les personnes les pluf qualifiées de Guzco ^ et tous les parens de la défunte prirent cette solennité pour une grande &• venr* Mais après avoir fait toutes ces descriptions, qui m'ont paru nécessaires a mon dessein, i} es( tems que je raconte la vie et les grandes aoiiow^ du dixième roi.
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