CHAPITRE XlII
Pç la nouvelle conquête qu'entreprit de faire le roi
Inca Yupanqui.
ApBis que le faon^ prinœ Inca Yupanqui eul fait Is^ pompe funèbre de son père, et pris so«lennellemeat la hordure de couleur , avec la poft« session de l'empire , il visita tous ses royaumes çt se^ provinces pour gagper raffeeiion du peu-^ pie. Cette visite duri^ plus de trois années , a la fin desquelles il s^en retourna à Cuzeo. Après
qu'il s'y fut reposé quelque tems , il mit en déli-v^ ]i>éFatiQn avec ceux de son conseil s'il attaquerait lepays des Antts,, qui était à Torient de Cuzco* la grande montagne qi|i .bornait son empire de cecQté-Jà était si couverte de neige en toutes sai« ¥m , qu'il n^y avait pas moyen de la traverser^ de sorte qu'il cbercbait quelqi^ rivière qui pût le conduire dp l'ouest à Vm- Ledbfieia que Hnc» Yypanqtti /se pi!opo»ait
dftn* cette çupéditiop» ét^it d« ruminer çep peuples barbares de leujrs mécbantea coutume*^ et/ie Ittur faire adorer le soleil son père. Mai3 PMtre la diffiiQttlté que nous venons de twçber 9 il avait puï dire que«e vaste pays n'était pas égaleuii^nt Habité partant, et qu'il y avait d^s mont^^nes »
^4 HISTOIAB DBS IKGAS,
des lacs et des marécages qui en rendaient une bonne partie incnlte et même inaccessible. Au milieu de tous ces embarras il apprit que la meilleure province de ce pays-la était Muzu, en espagnol Los Moxos, et qu'on y pouvait entrer par un grand fleuve à Test de Cuzco. Il y a cinq rivières considérables , dont chacune a un nom particulier , qui servent a grossir ce fleuve ^ mais avant cela elles se joignent ensemble avec ime infinité de petits ruisseaux, et prennent le nœn ^Amanunayu, Il me serait difficile de vous dire de quel côté cette rivière va se vendre dans la mer du nord. Mais , eu égard à sa profondeur , et à Fimpétuosité de ses eaux qui courent jusqu'à Test , elle ne peut être que d'une grande étendue. Les Espagnols Font appelée Ri(hHie--ia--Piata , ou la Riviire^d^ Argent , parce, dit-*on , qu'à leur première arrivée sur ces côtes ils demandèrent aux naturels du pays s'il y avait de l'argent ; et que ceux-ci leur répondirent qu'ils en trouveraient quantité à la source de cette grande rivière; mais il n'y en a point du tout. Quoi qu'il en soit , après la rivière d'Orellana , elle doit passer pour la plus oonsidérable de toutes celles qui nous sont connues jusqu'à présent. Les Indiens l'appellent Parabuay ; et si ce mot est de la langue générale du Pérou, il signifie laissez* moi pleuvoir , comme si la rivière orgueilleuse
ROIS DU PÉROU. «jS
de ce qu'elle croit et déborde d'une façon admirable, disait d'elle-même, laissez-moi pleuvoir, et vous verrez des merveilles. Mais si le mot parabuay est d'une autre langue que de celte du Pérou, je ne sais point ce qu'il peut signifier. Pour revenir aux cinq grandes rivières , il faut savoir qu'elles perdent leurs noms particuliers , quand elles viennent a se joindre ensemble , et à former ce fleuve rapide, nommé Amarumayu. On lui a donné ce titre par excellence ; puisque mayu signifie rivière, et qu'amaru sont les grosses coi^leuvres qui se trouvent sur les montagnes de ce pays-là; c'est-à-dire, qu'elle est aussi grande entre les rivières, que l'amaru entre les couleuvres.