‹ Histoire des Incas, rois du PérouChapitre 15 sur 103 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Du succès de Tentreprise sur Muzir.

Ge fut par cette grande rivière, qu'on n\i guère bien connue jusqu'ici, que le roi Inca Yupanqui jugea qu'il pourrait entrer dans la province de Muzu ; du moins il croyait qu'il était impossible de s'y acheminer par terre , à cause des lacs^ des marécages, des prëcipicSss et 4es montagnes qu'on y découvre de toutes parts.

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Celte résolution prise, il fit couper une prodigieuse quantité d^arbres d'un certain bois dont je ne sais pas le nom en indien, et que les Espagnols appellent figuier , parce qu'il est fort souple, mais qui d'ailleurs ne produit point de figues. 11 se passa deui années entières à couper tout ce bois et à construire des radeaux et des canots. Cela fait, on y embarqua dessus dix mille hommes avec tout l'équipage , les vivres et tous les préparatifs nécessaires ; l'Inca choisit un mestre de camp , un général , et tous les autres chefs de l'armée , qui étaient Incas de sang royal. Au reste, ces radeaux pouvaient contenir quarante ou cinquante hommes chacun, et il y avait au milieu une espèce de plancher d'une aune ou environ de hauteur , sous lequel on mettait les provisions de bouche afin qu'elles ne se mouillassent pas. Avec ces préparatifs, les Incas se mirent sur la rivière, oiiils eurent à soutenir plusieurs combats avec les Chunchus qui demeuraient de l'un et de Tautre côté du fleuve. Ces barbares les attaquaient sur l'eau et à terre lorsque les Incas voulaient y aborder , et ils leur décochaient de grands coups de flèches, qui sont les armes los plus communes à toutes les nations des Antis. Ils avaient le visage, les bras, les cuisses et tout le corps tachetés de diverses couleurs \ ce qui venait peut-être de Tardeur excessive du soleil ,

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qui les contraipiait d'aller tout nus; ib porlotent sur la tête de grands paBackes faits de plumes de perroquets et Vautres oiseaux* Quoi qu'il en soit, après a^oir escarmouche long-^-tems de part €t (Tautrej ils promirent enfin de se ranger à Tobéiasance de Tlnca Yupanqui , et ils lui envoyè«rentpour tribut plusieurs sortes de guenons et de perroquets , du mî^ , de la cire et quantité d'autres choses que leur pays produisait. Ils eon* linuèrent à payer cette redevance jusqu'à la mort de Tupac A.maru , le dernier des Incas , à qui le vice-roi don François de Toledo fit trancher la lete. U y eut de ces Indiens Chuuohus qtti allè*^ rent à Cuaco avec des ambassadeili's , et qUi de^ mandèrent la permission à Tlnca de peupler une ville auprès de Tono^ à vingt-*six lieues deCueco^ afin d'étte plus à portée de le servir dans le be^ soin. Leur requête fut accordée , et leurs descen<* dans y ont demeure jiKqu'à ,ce jour. Après que les Incas eurent soumis ce» deux nations, qui ha* bitaioAt de Tun et de l'autre côté de cette rivière^ quon appelle vulgairement Ckunchu^ du nom même de la province , ils passèrent plus avant ^ et assujé tirent plusieurs autres peuples jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés à Muzu , qui est un payd fertile à deux cents lieues de Cuzco, et dont les ha-> bilans étaient fort aguerris. C'est une opinion reçue parmi les Incas que

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ces troupes arrivèrent en petit nombre dans ce pays-là j soit à cause des guerres qu'elles avaieut soutenues en chemin, ou de la fatigue du voyage. A leur premier abord , ils tâchèrent de persuader aux Muzus qu'il était de leur intérêt d'obéir à leur Inca. Ils leur remontrèrent qu'il ëtait fib du soleil; que son père l'avait envoyé du ciel pour apprendre aux hommes à vivre en créatures rai*^ sonnablcs et non pas en bétes, et qu'ils devaient préférer l'adoration d'un si grand dieu à celle des animaux et des autres choses viles.^ Ce discours ébranla si bien les Muzus , que les InCas se cru* rent obligés de leur donner un plus long détail de leurs coutumes et de leurs lois. Ils en vinrent même jusqu'à leur parler des grandes actions de leurs monarques et du nombre des provinces qu'ils avaient assujélies, dont la plupart des ha* bilans s'étaient rendus de leur bon gré , avaient adoré les Incas comme leurs dieux, elles avaient priés de les recevoir pour vassaux. Ils leur racon** Icrent aussi le «ongc de l'Inca Viracocha et tous Ms beaux exploits. Les Muzus, touchés de ces merveilles ^ furent bien aises de lier amitié avec les Incas, d'embrasser leur religion et leurs cou* tumes^ et de rendre tous les services qu'ils pourraient à rinca ; mais ils île voulurent point devenir ses tributaires ni ses vassaux, paix:e , dirent* ils, qu'il ne les avait pas vaincus à force d'armes.

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On les reçut sous ces conditions, et les Muzus permireut au reste de ces troupes dëlabrëes , qui n'étaient pas plus de mille hommes , de s^ëtabltr dans leur pays et de se marier avec leurs filles. L'amitië se fortifia si bien par ces alliances , que les Muzus respectent encore aujourd'hui cette race des Incas , et qu'ils suivent leurs conseils en paix et en guerre. Après s'être ainsi alliés, ils envoyèrent pour ambassadeurs à Cuzco quelques* uns des plus nobles d*enlre eux, afin d'y adorer rinca comme fils du soleiL, et de confirmer Vé^ troite amitié qu'ils avaient faite avec ses sujets. Ces ambassadeurs firent un grand circuit pour éviter les mauvais chemins et se rendre à Guzc(k L'Inca leur fît un trè&-ban accueil et les honora de plusieurs privilèges particuliers; il voulut ensuite qu'on leur donnât une ample connaissaiïcé de sa cour , de ses hAs , de sa religion et de sa manière de vivi^. Les Muzus, bien instruits de toutes ces choses , retournèrent chez eux fort satisfiûts^ et cette alUance dura jusqu'à ce que les Espagnols entrèrent dans le Pérou et qu'ils le conquirent.

Les Incas ajoutent à ces particularités qu'au tems -de Huayna Gapac , leurs descendans , qui s-^aient établis parmi les Muzus, avaient formé le dessein de retourner à Cuzco aVec leurs femmes et leui-s enfatis; mais que sur le point d'cxccù-

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ter cette résolution , ils apprirent que llnca Huayna Capac était mort ; que les Espagnols avaient conquis le Pérou , et que par cette eon* quête tout Tempire des Incas était perdu. De sorte qu'au lieu de se mettre en ckemiti , ils restèrent dans le pays des Muzus, oii ils sont toujours en grande Ténération. Au reste ^ on dit que la rivière a six lieues de large dans cet endroit , et que ceux du pays mettent deux jours à k traverser dans leurs canols.

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