CHAPITRE XV
Des monumeas qui ont subsisté de la conquête que les gens
de rincft firent desMuKus.
Tout ce que nous avons dit de celte conquête, et de la dccouverle que le roi Inca Yupariqui envoya faire le long de cette rivière , a donné sujet aux Incas d'en dire de grandes choses , et de se glorifier des exploits de leurs ancêtres , des rencontres qu'ilseurent sur l'eau et en terre ferme, des diverses provinces qu'ils conquirent^ et de plusieurs autresactions qu'ils se vantent d'avoir faites. Mais parce que quelques-unes me paraissent ihrroyables , vu le peu de gens qu'ils avaient, je ne les rapporterai jias , pour ne pas mêler des choses
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fabaleiises ou qui passent pQor tclleti à une hisr toire yéritoble : d'ailleurs il est certein que Ton n'a pas aujourd'tiui une connaifisaqce si exacte et si nette de cette partie du pays des Antis que les Incas conquirent , et dont les Espagiiols ne sont pas njaitres , que de celle qu'Us possèdent. Cepenr dant on ne peut désavouer qu'au tems oîi oous sommes les Espagnols n'aient trouvé de glorieu» sesmarques de ces deux ej^ploits , comme nou^ le verrons bientôt.
L'an 1 564, Diego l'Alleman , Espagnol, natif de la ville de Saint-Jean , au comté de Niebla , s'éUnt établi dans la ville Pacifique , autrement nommée l.a Ville-Neuve , ou il n'y avait pas beaucoup d'Indiens , fut consçillé par un de ses Guracas , d'aller dans 1^ province de Muzu , parce qu'il y avait une grande quantité d'or. Il se mit doqo en chemin avec douze Espagnols , et son Curaca même leur, servit de guide. Ils allèrent a pied pour n'être piis. sitôt découverts, et parce^ qu'on ne pouvait faire ce voyage à cheval. Us n'avaient dessein que de considérer la province, et d'en remarquer le^ avenues et les principaux endroits , afin d'y retourner avec de plus grandes forces , et de peupler le pays après qu'ils l'au» raient conquis. Ils résolurent d'y entrer par la province de Ghapampa , parce qu'elle était la plus proche des Moxos , dans la route qu'ils té- 3. 6
noient. Après avoir marché vingt-huit jours a travers des montagnes et des lieux pleins de broussailles , ils découvrirent enfin la premièrô ville de la province. Leur cacique leur recom- , manda d'abord d^avoir Pocil au guet , et d'observer soigneusement s'ils ne verraient poiiit sortir quelque Indien , pour s^en saisir en cachette , et prendre langue de lui , mais ils ne voulurentpoint suivre ce conseil ; au contraire, s^imaginant follement que les habilans se rendraient à la seule parole des Espagnols, ils entrèrent à grand bruit dès qu'il fut nuit, pensant donner l'alarme aux Indiens, et qu'ils les cioiraient en plus grand nombre qu'ils n'étaient. Mais ils se trouvèrent bien trompés , parce que les habi tans , qui cjnnurent apparemment qu'ils étaient fort peu de gens, prirent d'abord les armes , se jetèrent sur eux , en tuèrent dix, et firent prisonnier Diego l'Allé* man \ les autres deux qui restaient se sauvèrent à la faveur de la nuit, et allèrent au rendez* vous que leur avait donné leur guide; lequel les connaissant trop teméraiitîs n'avait point voulu aller avec eux , ni être de la partie. L'un de ces deux qui se sauvèrent était un métis qu'on nommait François Moreno , fils d'un Espagnol et d'une lndie*'.ne , et natif de Gochapampa. Celuici se saisit p:\r hasard d'une mante de coton enrichie desix clochettes d or , embellie de plusieurs
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ouvrages , faits de diyei^ses couleurs, ot qui, suspendue en Tair , servait de lit ou de berceau a un enfant.
Aussitôt qu'il fut jour , les deux Espagnols , et le Guraca , qui s'étaient caches sur le haut d'uue, montagne , découvrirent une compagnie d'Indiens sortis hors de la ville^ et armés de lances ,.de piques et de cuirasses , dont l'éclat redoublait par les rayons du soleil ^ . le guide leur apprît que tout ce qu'ils voyaient briller ainsi était d'or , et que ces Indiens n'avaient point d'autre argent que celui qu'ils troquaient avec ceux du Pérou. Après cela , pour leur mieux faire connaître la grande étendue de tout ce pays-là , le Guraca leur montra sa mante , q.ui était rayée de plusieurs bordures ; et il leur dit , qu'en comparaison d^ cette contrée , le Pérou n'est qu'une lisière , et que ce grand royaume en est la mante. Mais cet Indien était mauvais cosmographe et se trom^ pait fort , quoi qu'à dire le vrai cette province soit d'une grande étendue.
Touchant Diego l'Alleman , on sut depuis de quelques-uns des Indiens , qui trafiquent de tems en tems au Pérou ^ que ceux qui l'ayaient fait prisonnier ayant été informés de la division des Indiens ^ dans le Pérou, et qu'il était le chef des soldats qu'ils avaient tué , ils l'avaient élu général de leur arméecontre leurs ennemis, qui étaient
à Tautre côtede la rivière d'Âmarumayu , et même qu'ils restimaient beaucoup , parce que la côn* duile d'un capitaine espagnol leur procurait de grands avantages et augmentait' leur autorité. Pour le camarade de François Moreno, qui eut je bonheur de se sauver avec lui , il ne fut pas plus tôt arrivé à la Ville-Neuve, qu'il mourut des incommodités qu'il avait souffertes le long du chemin , dont la plus grande fut celle d'avoir traversé à pied plusieurs marais, où il n'était pas possible d'aller à cheval. La relation avantageuse que François Moreno (it à son retour des choses qu'il avait vues , donna envie à quelques* uns d'aller a la conquête de ce pays-là. Le plLS ardent de tous fut Gomez de Tordoya , jeune cavalier y à qui le comte de Nieva , alors vice-roi du Pérou , donna la permission de faire ce voyage. Mais comme il levait du monde pour y aller, l'appréhension qu'eut le vice • roi que cette nouveauté n'excitât quelque émotion, le fit ràoadre à différer encore cette entreprise. Pour cet effet , il ordonna à Gomez de congédier les gens qn'il avait levés.