‹ Histoire des Incas, rois du PérouChapitre 17 sur 103 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Dequelques autres evénemens malheureux qui se passèrent

en cette même province.

Deux ans après , le licencié de Castro résolut d'envoyer des gens pour faire des conquêtes et (les Recouvertes dans ce pays, et il en donna la commission à un autre cavalier, habitant de Cuzco, nommé Gaspard de Sotello. Celui-ci fit ses préparatifs et choisit pour ce voyage les plus bravas des soldats qui vinrent s'offrir à lui. Mais ce quil fit de mieui, fut de se joindre avec llnca Tupac Ampru, qui était pour lors à Villcapanipa, pour aller faire cette conquête de concert. L!Inca se chargeaide fournir des baraques et des radeaux, et ils résolurent d'entrer par la rivière de Yill* capampa, qui est au nord de Cuzco. Mais comme il y a toujours de la jalousie contre ceux qui commandent, quelques personnes surent si bien gagner le gouverneur,^ qu'ils lui firent révoquer 'a commission de Gaspard de Sotello, pour la donner à un autre chef ^ habitant de Çuzco^, appelé, Jean Alvarez Maldonado. Celui-ci^ donc, ayant^pris avec lui environ deux cent cinquante soldais .et plus de cent chevaux, s'embarqua dans dç grands bî|cs qu'il fit faire exprès, et en-

ira dans la rivière d'x\marumayu, qui est à l'orient de Cuzco. Cependant Gomez de Tordoya, voyant qu'on avait révoqué sa commission pour la donner premièrement à Gaspard de Sotello , ensuite à Jean Alvarez M aldoiiado , et qu'il avait épuisé à cela son bien et celui de ses amis, ne put souffrir cette perte, et la regarda comme un affront insupportable; il résolut donc de lever des troupes , en vertu de ses lettres patentes qu'on ne lui avait point ôtées , quoiqu'on eût révoqué sa commission , et de tenter la fortune. Mais parce qu'il choquait en cela l'intention du gouverneur, il ne trouva pas plus de soixante soldats qui le voulussent suivre, encore ne fût-ce pas sans beaucoup de peine et sans de grandes difficultés/Il entreprit néanmoins avec ce petit nombre ce voyage, et entra par la province appelée Camaia^ qui est au sud-est de Cuzco. Après qu'il eut traversé de grandes montagnes et des pays fort marécageux , il arriva enfin à la rivière d'Amarumayu , où il apprit certainement que Jean Alvarez Maldonado n'était point encore passé. Comme il était donc son ennemi mortel , il se retrancha sur les deux bords de la rivière, dans l'intention de l'attaquer et de se bien battre, car quoiqu'il eût peu de monde avec lui , néanmoins, parce qu'ils étaient tous gens d'élite , et ses amis, et que chacun était armé de deux bonnescarabines,

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il avait; tant de confiance len leur coucage j, qu*il se. promettait de vaincre avec euK ses ennemis^ Cependant, Jean Alvarez Maldonado, descendant le long de la rivière, arriva au lieu où Gomez de Terdoja l'attendait : ces ajmbitieux che&, au lieu de se joindre pour faire cette concjuéte , puisqu'il y en avait assez pour tous, s'attaquèrent tout aussitôt et se chargèrent fort rudement, Jean Alvarez Maldonado fut eelui qui donna le premier sur son ennemi , se fondant sur les grands avantages qu'il avait sur lui» Gomez de Tordoya se mit en état de l'attendre et de lui résister coura * geuaement , comptant sur la valeur de ses gens et sur l'avantage du lieu où il était posté ; on combattit, pendant trois jours avec tant de furie , de part et d'autre, qu'ils s'entretuèrent presque tous ou se mirent dans un état déplorable. Cependant -, les Indiens de cette province , qui était celle de Chunchu, ayant appris que ces étrangers qui venaient là pour les conquérir s'élaient si mal traités pour leurs querelles particulières, assemblèrent quelques soldais, les allèrent charger et les tuèrent presque tous, et enlr'autres le pauvre Gomez de Tordoya. J'ai connu autrefois les trois chefs de cette même commission , et je les laissai à Ruzco quand j'en sortis. Les Indiens firent prisonniers dans cette occasion Jean Alvarez Maldonado , un religieux de la Merci, nom-

me F. Diego Martin , Portugais, et un* armurier appelé Simon Lôpez,'qui excellait à' faire des arquebuses. Quatit à Maldonado, èdmme ils surent qu'il était un des chefs, et quUl ne' leur pourrait pas beaucoup servir à cause de son âge avancé , ils le traitèrent civilement et le remirent en'li-* berté, aGn qu'il s'en retournât à Cuzco'; ih lui donnèrent même des gens pour le mener dans la province de Gallavaya« d'oii l'on tire quantité d'or à vingt-quatre carats. Mais ils retinrent plus de deux ans le religieux, et l'armurier, ^t fi«* rent faire à ce dernier , pendant ce^ tems - là , des haches ou des doloires de cuivre; on ne sau*rait exprimer le respect qu'ils portèrent k F. Diego Martin, lorsqu'ils suren t qu'il était pnêtre, et qu'il administrait les choses sacrées parmi les Chrétiens j ce fut à leur grand regret qu'ils lui permirent de s'en retourner au Pérou , • parce qu'ils souhaitaient passionnément de le retenir pour s'instruire dans la doctrine chrétienne. Mais malheureusement pour eux il ne put pas rester, et j'ajouterai qu'on a perdu plusieurs des occasions favorables de prêcher le saint évangile aux In^ diens. Âpres donc qu'il > eurent passé là l'un et l'autre plus de deux années, les ChuncUs leur permirent de s'en retourner au Pérou , et ils les conduisirent même jusqu'à la vallée de Callavaya. A leur arrivée ils racontèrent le malheu-

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reux istfcçô» de fettr voyage , le combat ^ui s^iitaifc donné-stir la^rivière, etle'bon traitementqiaeJcs Mozus leur avaient fait pendant le tems^ qii'iU avaient ë té paro^i eux.^U faut remarquer toi que dès lors ces peuples irecennurentl'Iriea pour leur souverain seigneur , lui rendirent plusieurs ser- .vioeset lui -fir^t même quan|itëde présensdes singulariltfs ^de leur pays, ce^ qui continua jus-^ qu'à la mort de Plnca Tupac Amaru , qui arriva quelques années après le funeste combat entre Gomez de Tordoya et Jean Alvarez Maldonado sur la rivière d'Amarumayu. Nous avoa&rapporlé ici toutes ces choses , quoique ce n'en fût ni le tems, ni le lieu, pour donner des preuves de la conquête que le roi-Inca Yupanqui envoya faire sur; la même rivière et de rëti|hiisse|nent de plusieurs Ineas dans oette contrée^ après qu'ils l'eurent conquise* F. Diego Martin etr'armu^ierJSi*uaon Lopez en enfretçnaiçnt lunplement ceux qui avaient la curiosité . d'en savoir quelque chose* Mais surtout le neligieux .d& la Merci disait qu'il était fort fàché>deiii'étre pais resté parmi, lesln^ diens Chuncus,. qui J'en avaient prié plusieurs fois, et qu^il y aurait demeuré sans douté, s'il eût eu de quoi dire la messe. Il ajoutait qu'il avait tous les jours plus d'envie d'y retourner seul pour satis&ire à sa conscience qui lui reprochait, a tout moment la .faute qu'il avait faite ,

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de ne pas accorder à ces Indiens une si juste demande. Le même F. Diego disait que les Incas qui étaient restés parmi les Muzus pourraient servir beaucoup à la conquête que les Espagnols prétendaient faire de ce pays-là , dont nous cesserons de parler pour revenir aux exploits du bon Inca Yupanqui^ et à la conquête du Chili, qui fut une de ses plus grandes actions.

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