‹ Histoire des Incas, rois du PérouChapitre 18 sur 103 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Des peuples appelés Chirihuanas , et de leur manière

de vivre.

Comme le principal soin des Incas était de con^ quérir de nouveaux royaumes et de nouvelles provinces , soit qu'ils le fissent ou pour étendre les bornes de leur empire , ou pour satisfaire à Fambition de régner, qui est naturelle aux princes; rinca Yupanqui résolut de porter encore plus loin ses armes victorieuses. Pour cet effet, quatre ans après qu'il eut fait descendre la rivière à sou armée, comme il a été dit ci-devant, il entreprit de conquérir une grande province appelée Chiri" huanUy qui est au pays des Antis , et à Porient des Charcas. Mais parce que cette contrée était encore inconnue , il envoya des espions exprès ,

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pour la découvrir , et connaître les mœurs de ses habitans ; afin qu'on sût mieux tout ce qui serait nécessaire à l'exéculion de cette entreprise. Les espions firent ce qu'on leur commanda , et rapportèrent à leur retour , que le pays était mauvais , plein de montagnes, de précipices , de lacs ^ et de marais; <]^e le terroir de la plus grande partie de ce pays était si stérile qu'on n'y pouvait rien semer , et que les habitans menaient une vie pire que celle desbétes, sans reconnaître aucune divinité; qu'ils n'avaient d'ailleurs ni loi , ni po* lice; qu'ils vivaient séparés les uns des autres sur les montagnes, comme les bétes sauvages, sans avoir ni villes ni maisons : que pour se repaître de chair humaine , dont ils se nourrissaient d'or* dlnaire, ils allaient attaquer les provinces voisi* nés, pour faire des prisonniers qu'ils mangeaient, après les avoir pris , sans respecter ni âge ni sexe , et qu'ils bavaient leur sang dès qu'il leur avaient coupé la gorge , afin qu'il n'y eut rien de perdu; que ndn contens de manger leurs voisins, ils poussaient leur barbarie jusqu'à manger leurs propres parens, quand ils mouraient; après quoi ils joignaient ensemble leurs ossemens avec un grand deuil, et les enterraient dans le ereux des arbres, ou dans les fentes de nx^hers ; et qu'enfin ils ne couvraient jamais leur nudité, et avaient commerce indifféremment avec toutes sortes de

femmes, sans épargner leurs sœurs , leurs filles , ni même leurs mères.

Âpres qu'on eût donc fait ce rapport au bon Inca Yupanqui ( car ce prince mérite bien (d'être ainsi appelé , puisque ses gens lui donnaient ordinairement cette épithète, en parlant de lui, et que même Pedro de Gieça ne le nomme pas autrement) ) il parla ainsi à ses oncles, à^ses frères, à ses neveux , et autres princes de son $ang , qui étaient auprès de lui *, « 11 est certain que nous n'avons jamais, été si fort obligés à conquérir les Chirikuanas, que nous le sommes à présent, pour les tirer de leurs brutalités , et leur apprendre à vivre en hommes, puisque c'est pour cela que le soleil notre père nous a envoyés au monde. » Cela dit , il fit tenir prêts dix mille soldats qu^il envoya sous la conduite des plus habiles me&tres de camp et des capitaines qui fussent dans sa famille, et les plus expérimentés aux affaires de la paix et de la guerre. Ces Incas y allèrent donc^ et ayant reconnu que cette province était loutù-fait stérile, ils en donnèrent avis au roi, et le prièrent de leur faire envoyer des provisions et lies vivres, de peur qu'ils n'en manquassent. L'inca pourvut à cela abondamment; de sorte que ses capitaines et ses soldats firent tous leurs efforts pour exécuter leur entreprise. Mais après y avoir employé deux ans inutilement^ sans en

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poatôir venir à bout, à cause que 1^ montagnes, les laoB ) les précipices et les marais , rendaient presque tout cie pays inaccessible , ils doiitièrent avis à Flnca de tout ce qui leur étaitarrivé ; cela obligea ce prince à les faire revenir pour les envoyer à d'autres conquêtes qui lui paraissaient plus utiles que ceKc-ci, et en même tems plus aisées à'&ire. Je dirai sur ce sujet que le vice-roi dom François dé Toledo voulut «Conquérir les mêmes Chiribuanas, en 1572 , comme le rapporte le R. P.*Acosta>, liv. VU, cbap. a8.- Pour en' vernir a>bout plus facilement, il fit quantité dt provisions, et de grands {H^paratifs, -mil sur pied un asse^bon nombre d'Espagnols, et y fit conduire même beaucoup de chevaux, de bœufi et de vaches. Ses gens se mirent donc en campa-» gne if et enti^èrent dans celte province , où ils connurent en peu de jours par expérience, combien il était difficile de la conquérir. De sorte qu'il eut sujet de se repentir de n'avoir pas suivi Tavis de ceux qui avaient essayé de l'en détourner y en lui conseillant dé n'entreprendre pas une chose si difficile , et dont les Incas avaient été contraints de se désister. En effet, le vice-roi (ut a peine dans le pays, qu'il se vit contraint de prendre la fuite et d'abandonner toutes ses provisions aiix ennenïis^ afin» de les amuser par là , et empêcher cija'iU ne l'attaquassent^ Mais comme

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les chemiofi étaient si mauvais , qu'on ne saraît par où passer , les mulets qui le portaient , attelés a une petite litière, ne pouvaient marcher, et il fallut que des Indiens et des Espagnols le chargeassent sur leurs épaules. Cependant les Chivihuanas le poursuivaient en faisant de grands cris et le chargeant d'injures : <& Lâches, disaient-ils aux soldats qui le portaient, développez un peu ce vieux radoteur que vous avez enchâssé dans cette corbeille (c'est ainsi qu'ils appelaient la litière ) , et vous verrez qu'en votre présence nous l'engloutirons ici tout en vie. >i

Lt>s Chirihuanas, comme nous avons dit, aiment extix^memcat la chair humaine, parce que leur pays est si mauvais , qu'il n'y a aucune sorte d'animaux, ni sauvages, ni privés^ qui paissent servira leur nourriture; mais s'ils eussent con« Si^rvc en vie les boeufs et Us vaches que le viœroi leur laissa , Tengeance s'en serait appatemment multipiit^e sur ks montagnes et dans les foiYts, eoukme il est arrivé en pareil cas dans les lies lie Cuba et de Saint*Dominique, parce que le (MYS se' U-ouvviit pi\>pœ en certains endroits à la nourriUax' de ce bétail. Cependant la conversation di^ Ineas et Us instructions qu^ils donnèivut au\ CUirihiunas durant leur séjour en cette piwiace , Wur firent perdre une partie de leur humeur b.irb re . car ils se sont désistes depuis

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de manger leurs parens décédés ; mais ik n'épar- ^ gnent pas leurs voisins j ils sont même si avides de chair humaine , que lorsqu'ils attaquent leurs ennemis ils se jettent tout nus à travers leurs armes, comme s*ils étaient insensibles aux trails de la mort, et ils croient avoir fait beaucoup s'ils en peuvent prendre un seul pour le dévorçr ; que «'ils trouvent par hasard quelques bergers , ils se jettent aussitôt sur eux , et en aiment mieux un seul que tous leurs troupeaux ensemble. Cette férocité les rend si redoutables à leurs voisins , ' que cent , ni même mille joints ensemble n'oseraient pas attaquer dix Chirihuanas; ce seul nom les épouvante si fort, qu'il sujBfit de le dire aux en&ns et aux jeunes gens pour les apaiser et leur donner l'alarme* Les Ghirihuanas ont encore appris des Incas à bâtir des cabanes et des maisons pour y demeurer, non pas en particulier, mais en commun ; car ils font une espèce de halle couverte et fort grande qui est divisée en plusieurs cabanes oii ils se retirent d'ordinaire , et ces huttes sont fort petites , parce qu'ils n'ont ni meubles ni habits à y serrer h cause qu'ils vont tout nus; et ainsi chacune de ces halles leur est comme un village ou un bourg.

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