CHAPITRE XVIIL
Des préparatifs qac fit FIoca pour la concpiète duGhili.
Quoique Tentreprisc do bon itù Inca Yupanqoi sur le pays des Chirihnanas ne lai eut pas réussi , il ne laissa pas de penser à de plus grandes conquêtes ; car comme le principal dessrîn des Incas était de réduire de noiireaux peuples a leurs lois et à leur empire , on ne saurait dire le soin qu'ils prenaient pour cela. D'ailleurs, leur grandeur était montée à tm si haut point, quHl fallait nécessairement qu'ils fissent de nouvelles conquêtes tant pour occuper leurs sujets que pour employer leurs revenus, qui consistaient en provisions, en armes, en habits et en chaussure que chaque province ou chaque royaume devait fournir tous les ans, selon la récolte qu'ils Boisaient des biens de la terre -, car pour l'or et Pargent , nous avons déjà dit que les vassaux n*en donnaient point pour tribut à leur roi , s'ils n'en étaient requis expressément, mais qu'ils le présentaient en offrande pour le service et Tomemetit des maisons royales et de celles dti soleil. Comme donc le roi Inca Yupanqui se voyait fort aime de tous ses sujets et qu'il avait une puissante armée et beaucoup de luunitionset de vivres, il résolut
ROIS DU PÉROU. ^<j
•â^èntreprcncîre la conquête du grand royaume de^ Chili. Pour cet effet, il fit tous les préparatifs nécessaires, aprèË eh avoir communicfué avec ceut de son conseil. Ensuite ^ lorsqti^I eut laissé à Cuzco les officiers ordinaires pour le gèavernement de l'a ville et pour l'administration de la justice , ri alla à Atacama, qui est la dernière province dû côté du Chili , quMi avait peuplée et assujétie à son empire ; ce qa^il fit, pour mieux s'encourager k cette conquête , parce qu'allant plus avant on trouve un grand désert qu'il faut traverser nécessairement avant que d'arriver au Chili. Lorsqu'il fat à Atacama , il envoya des espions et des courriers , avec ordre de parcourir tout t:e désert pour découvrir le passage iè plus commode pour aller au Chili^ et d'en bien remarquer tontes les diflfi** cultes afin de leis prévenir^ Cette commission fut donnée à des Incas, parce que ces rois-là ne se fiaient qu'à ceux dé leur race dans des choses de si haute importance. Pour rendre la chose plus facile , il voulut que certains Indiens de éeux d'Atacama et de Tucma , par le moyen desquels , comme nous l'avons dit, l'on pouvait avoir quél- ([ue connaissance du i^yaume de Chili , leur servissent de guides-, il leur recommanda sur foutes choses qu'ils lui donnassent avis de ce qu'ils découvriraient de deux en deux lieues^ afin qu'il put pourvoir aux choses qui leur seraient néccs- • 3 7
g8 HISTOIRE DES INCAS,
saires. Ces courriers suivirent eiactement ses ordres; ils souffrirent beaucoup dans cet lieux déserts y dont ils marquèrent les principaux en^^ droits afin de ne pas s'égarer à leur retour , et afin que ceux qui les suivraient sussent par où ils marchaient. Ils traversèrent ainsi quatre-vingts lieues de ce dcsert, depuis Atacama jusqu'à Copayapu, qui est une petite province environnée de vastes solitudes, d'où, passant plus avant jusqu'à Cuquimpu , ily a encore quatre-vingts lieues de déserts. Ces courriers étant arrivés a Copayapu, s'en retournèrent en diligence pour rendre compte à l'Inca de tout ce qu'ils avaient appris par eux-mcmes de cette province. Suivant ce rapport , Hnca mit sur pied dix mille hommes^ et les envoya d'abord sous la conduite d'un bon général nommé Chinçhiruca^ et de deux mestres de camp de sa race , dont le nom était inconouaux Indiens. Il ordonna outre cela qu'on transportât beaucoup de provisions et de vivres sur les bétes de charge , qui ressemblaient u certains mouloin fort grands et qui pouvaient servir, au besoin, de pourriture , la chair en étant fort bonne.
Aussitôt que l'Inca Yupanqui eut mis en cam* pagne ses dix mille hommes, il en fit préparer un pareil nombre, qu'il envoya, aussi bien pourvus que les premiers , pour 1rs secourir et eflrayer les ennemis. Lorsque Icîs premiers furent arrivés
jtèis bu ÉÉHo^. >^
«tts environs de Càp»yapu , ils énvôyè^oitt , seltifi Va'ncienne coutume des Incas ^ les sommer àe se refidre et de se soumettre au fils du soleil, de la part duquel ils voulaieilt leur imposer de nouvelles lois et lihe aîitre religion qui leur apprendraient a tivte oniAnhe des créatures •raisonnables; maÎB on les avertit surtout qu'ils devaient se rendre volontairement au fils du soleil sans recourir aux armes, puisqu'aussi bien ils seraient enfin o]ili|[ésde ^f-ë^ crû de force, d'ebéir àTInca coofime au seigneur d^s quatre parties du monde. Cette sooïnBtaitioQ aigrit Us habitant de.C^ay apu \ ils prirent les armes pour empêcher que les lacas n'etttrasseat dans ieuf pays, he^ uns et les autres «e firent qa'escarm9^her légèreitaenit ^ parce <qu'U3 n'avaient desseii^ encore que de sonder récipr0qi4eiile1lt leu«» fôrèes et leur coijtrage. Ce- }>endànt les IxicaS 't£ifcfaaie«it de réduire ces barbares peu à peu par la douceur > et de lea obliger à se i^endre sans ea venir aux dernières extrémités ^ en leur faisant connaître leurs .véritables intérêts. Les ennemis commencèrent aussi a n'avoir plus la même fermeté qu'ils avaient tém^oignée d'abord; ils ne savaient quel parti prendre; car ils soukaibaient passionnément de conserver leur Jâberté , leurs coutumes et leur ancienne rclt gion^ il^ craignaient, d'un autre côté, de se
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perdre entièrement s'ils s'opini&traient à ne pas se soumettre au fils du soleil.