CHAPITRÉ XXII
Les Indiens livrent bataille a ux Espagnols sous la conduite d'un vieux capitaine fort expérimenta.
Les Espagiiols n^urent pas plutôt entendu le
bruit et les fanfares des Indiens , qu'ils sortirent bien armés de pied en cap^ avec de grands panaches sur leurs casques , et sur les têtes de leurs chevaux , qui avaient outre cela quantité de sonnettes au poitrail. A la vue même des troupes indiennes , qui étaient rangées par files , ils se flattèrent d'en venir bientôt à bout , persuada qu'il était plus aisé de rompre plusieurs petits bataillons que de mettre u a gros corps en déroute. Cependant , à l'approche des Kspagnols , le capitaine indien se tourna vers lé premier bataillon de ses troupes , et il leur tint ce beau discours : (c Mes frères , allez hardiment attaquer vos ennemis ; et si vous n'êtes pas assez forts pour les vaincre ^ faites du moins votre possible pour Vù^ 3. 8
1 l4 HISTOIRB DES IHCAS,
mour de la patrie : lorsque vous serez mr le peint de snccomber , ayez recours à la fuite , et je sau' rai bien prendre mon tems pour vous soutenir. Mais sHl arrive que ceux du premier bataillon soient mis en déroute , je leur recommande surtout de ne se point mêler avec ceux du second; je dis la même chose au second , et aux autres à regard du troisième , et de ceux qui yiennent après \ et souvene2>-yous toujours en pareil cas de vous retirer 2 rarrière^garde. Faites seulement cela , et pour le reste vous verrez que j'y mettrai bon ordre. » Âpres les avoir exhortés de cette manière, il les fit marcher contre les Espagnols. . Ceux-ci ne se virent pas plutôt attaqués parle premier bataillon , qu'ils fondirent dessus , et qu'ils le mirent en déroute , malgré sa résistance» liC second , le troisième , le quatrième et le cîn-' quième n'eurent pas un meilleur sort^ et il n'en coûta la vie qu'à peu d'Espagnols , qui , outre cela , eurent quelques - uns de leurs chevans blessés.
Cependant, à mesure que le capitaine indien voyait que les Espagnols rompaient les premiers bataillons , il envoyait des hommes frais à leur place , qui se rangeaient en bataille suivant l'oi^ dre qu'il leur avait donné. D'ailleurs il avait mis à l'arrière- garde un autre chef expérimenté, qui des Indiens fugitifs en formait de nouveaui
HOllS DU ^ÉfiOtJ. Il!ï
batâiilcais de mille SQld|il;9 çb£|Ci|n , et qiui Ijeur faisait donner i ^îre^t à. manger , i|fip qu^tls puasent retuuni«r.9U cptnh^t ^pr^^ s'être délassai. De cette immière , lpr$^ue les Esp^gnpls , qui avaient déjà rompu cinq bûtailloi» , jetèrent les yeux surle grosdfes ennemis, il fur<s9itbien étpi|« nés de \oir qu'il leur en rqitait encore oi):^ pu douae autres. Malgré tout cela, ils ne pefc^ireât pas courage ; ^t quoiqu'ils t^ furent battus plus i\e trois heures^ ils chwgèrent le sixième batail* Ion , qui était venu au secours du cinquième , ATec tant de bravoure, qu'ils le renyef^ent. Le septiàne, le huitième^ le neuvième et le dixième n'en furent pas quittas A jneilleur luarcM. Mais cette victoire n'empêcha poinf que leijirs ^rceset ceilesde leurs che vauz ne s'«flB|il4i?$??^t peu à peu • Le combat avait de jà dure sept.bc.ures , sans qu'ils se fussent donne un seul moment de relâche :^ et les Indiens instruits à se rallier les tenaient toajours en baleine. Ils avaient encore foruié dix bataillons : de sorte que les Espagnols , résolus de vaincre «u de mourir , retournèrent à la charge avec une ardeur incroyable ; mais ils sentirent bientôt que leurs forces diminuaient , et que leurs chevaux n'en pouvaient presque plus. Lesliîdiens mems s'en aperçurent et en devinrent plus hardis à soutenir le choc« Quoi qu'il cil soit , on se battit faiblement jusqu'aqsoir , et
ïl'6 HISTOIRE DÈS klfOAS,
alors le gouverneur Pedro de ValdWia ne fut pas peu embarrassé sur le parti qVil devait prendre. Il voyait d'un côte que les ennemis avaient encore huit ou neuf bataillons ; qu'il lui serait inutile de les rompre , puisqu'ils avaient l'adrease d'en former de nouveaux , et qu'ils ne lui donneraient pas plus de repos la nuit que le jour. De l'autre , il craignait que ses chevaux abattus de lassitude ne vinssent à lui manquer dans le besoin. Au milieu de toutes ces difficultés , ilcmt que le plus sûr était de battre en retraite et de gagner un défilé qu'il y avait à une lieue et demie du champ de bataille* Il comptait que s'il avait le bonheur d'arriver dans ce poste-là , il s'y retrancherait si bien , que deux Espagnols à pied suffiraient pour défendre le passage a toute l'arméedcs ennemis. Cette résolution prise, quoique trop tard , il ne pensa qu'à rallier lea troupes , et il leur dit en peu de mots : a Cavaliers , faites retraite vers le défilé , et que cet ordre passe de l'un à l'autre. » Ils ne manquèrent pas d'y obéir , sans jamais tourner le dis ; mais c'était plutôt pour se défendre que pour attaquer*