CHAPITRE XXIV
Diverses opinipQs touchant la mort de Pedro dç YaldÎTia.
Dbi^uis que cette seconde nouvdle fut venue , l'on .parla diversement de la moi^tdù gouverneur Pedro^ieValdivia, parce que les trois Indiens qui s'étaient sauvÀ n'en, pouvaient rien dire. Les uns, prétendent que Lautaru fit k coup ; que le trouvant attaefaé à un arbre y il dit aux Indiens qui étaient présens i a Al quoi bon gardez-vous ce battre ? yi^ et quHl le tua. D'autres dirent que le gouverneur avait prié les. indieiks de ne le point faire mourir jusqu'à ce qu'il eût parlé avec Lautaru , dans l'espérunce qu'il lui sauverait la vie , et qu'ils lui avaient accordé inutilement sa demande. Enfin 9 il y en a qui croy ent , et c'est l'opinion la plus vraisemblable , qu'un vieux capitaine letua d^un coup de massue. Peut-être était-
lao HlSTOtlB DUS INGAS,
ce le même sous la conduite duquel tous les auCre» avaient gagne la victoire. Quoi qu'il en soit ^ on ajoute que cet infortuné gouvcriieur prouJettail aux Indiens de sortir du Chili avec tous les Espagnols qu'il y ava^it dans le royaume, et do n'y retourner jamais de sa vie : qu« la plupart des Indiens , et surtout des capitaines , ëbranMs par ses offres, étaient dispost'S à le mettre en liberté; mais quepour prévenir cette résolution, le vieux chef l'avait assommé d'un coup de massue, et qu'il leur avait parlé en ces termes : « N^avezvous pas honte d^étre assez lâches et assez impru* dens pour ajouter foi aux paroles d'un esclave que vous tenez entre vos mai];is,etqui ne saurait vous échapper 7 Ditcs^moi, je vous p^ie^ quel homme y a-t-ril qui , mis à sa place , ne vous.fit les plus belles promesses du monde? et croyez- vous quil en (in t aucune, lorsqu'il serait uae fois en liberté?» D'ailleurs , un Espagnol , natif de Truxillo, qu'on a,ppelait François de Rieros, et qui était alors capitaine au Chili , revint au Pérou quelque tems après celte funeste aveniure, et il rapporta que, l'action finie , lc& Indiens avaient passé la nuit a boire et à danser*, qu'au sortir de leurs danses ils cou|)aient un morceau de chair du corps de Pedro de Valdivia et de son prêtre j qu'ils grillaient cette chair et la mangeaient en leur prcn seoce , pendant que Valdivia se confessait de ses.
Hois pu péRoir. 1:21
p:^chà au prêtre qui l'assistait, et que l'un et l'autre avaient fini leurs jours au milieu de ce cruel supplice. Mais si les Indiens poussèrent l'inhumanité jusque-là, j'ose dire que la rage et le désespoir y eurent plus de part que tout au-t tre motif , puisqqe Valdivia leur avait fait mille maux , et que les habitans de cette province n'c-* taient pas accoutuqpiés 9l se repaître de chair humaine. Quoi qu'il en soit, don Alonso de Euzilla remarque dans le premier chant de son Arau« cana , que depuis cet heureux succès les Indiens observèrent toujours la mémediscipline dans leurs armées. Aii reste» cette rébellion, qui avait com<« meocé les derniers joursde Tan 1 553, produnit une guerre de quàrante-neuf ans. La même année vit éclore àjViUa de \a Flata , ou ville d'Argent, et à Potosi, la révolte de don Sébastien dé Gastille.t U y eut aussi grande alaro^e.à Guzco y survenue à Foccasion des troubles que François Hernaadez, Gifon excita.
J'avoue j au reste , que ce n'était pas ici le lieii (le parler des affaires du Chili ; mais outre que la défaite du gouverneur Pedro de Valdivia est un des événemens les plus remarquables qui soient arrivés dans toutes les Indes, et qu'il méritait de trouver sa place dans cette histoire , je n'ai paa dessein de m'étendre sur la conquête que les Es* pagnols firent de cç royaume j dans la crainte
132 HISTOIRE LES IMGAS,
que je ne pourrais en venir à bout. C'est ce qnt m'obligera d'en rapporter encore quelque chose, pour n'y revenir plus une autre fois.