‹ Histoire des Incas, rois du PérouChapitre 31 sur 103 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la conquête des prennères villes de la province de

Chachapuya.

L'ÉTÉ suivant, dès que les vingt mille hommes que le grand Tupac Yupanqui avait demandés furent arrivés , il mit son armée en campagne , et la fit marcher jusqu'à la province de Chachapuya. Mais il envoya devant un courrier , selon l'ancienne coutume des Incas , pour leur dccla-

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i^er la paix ou la guerre. Les Ghachapuyas firent réponse : qu'ils aimaient mieux mourir les armes à lâf main , pour la défense de leur liberté , que de se rendre les Vassaux et les tributaires de rinca. Âpres cette réponse , il s'alluma de part et d'autre une guerre sanglante , dans laquelle il périt beaucoup de monde. Les Incas étaient résolus de ne point reculer , et les Ghacbas (car c'est ainsi qu'on appelle encore cette nation ) l'étaient aussi de mourir, plutôt que de donner le moindre avantage à leurs ennemis. Ces peuples voyant que l'empire des Incas commençait à s'étendre jusqu'à leur province avaient fait , durant quelques années, de forts grands prépara ti& pour se défendre , et bâti plusieurs forts , dont on voit encore aujourd'hui quelques restes , que la nature du lieu rendait inaccessibles. Ils avaient encore fermé quantité de passages et d'avenues en quelques endroits de leur pays ^ qui sont si hauts et si rudes , que les Indiens s'y égarent assez souvent sans qu'ils puissent aller plus avant par d'autres endroits. Cela fit résoudre les Incas a tâcher de se rendre taaîtres de ces avenues : ils en gagnèrent en eflfet quelques-unes , avec leurs forteresses. Mais ce ne fut pas sans y perdre beaucoup de leurs gens. Les premières de ces places étaient sur un coteau où il y a bien deux lieues fit demie de montagne^ qu'on appelle ordinaire-

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ment la côte de Pias , parce qu'après qu'on Ta passée , on trouve un peuple qui se nomme ainsi. Cette province , qui, du côte qu'entrèrent les Incas, s'avance dix-huit lieues dans le pays, est une des principales : les Incas s'en rendirent maîtres avec beaucoup de difficultés, et trouvèrent que leshabitans avaient abandonné la principale ville pour se retirer dans d'autres places plus fortes , sans y avoir laissé que quelques vieillards inutiles qui n'avaient pu les suivre sur la montagne , à cause de la faiblesse de leur âge, et des cnfans-que leurs pères n'avaient pu men)er avec eux : le grand Tupac Inca Yupanqui voulut qu'on leur fît toutes sortes de bons traitemens. Cela fait , il sortit de la ville de Pias , et passa plus avant avec son armée : il détacha trois cents hommes , tous gens d'élite , pour découvrir le pays; mais malheureusement ils moururent tous ensevelis dans les neiges en un certain endroit de la montagne neigeuse appelé Chirmac Caca^ c'està-dire Port-Funeste , parce qu'il est fort pernicieux à ceux qui y passent. Cette infortune fut cause que Tlnra no put passer ce détroit de quelques jours , de sorte que les Chaciiapuyas, s'imaginant que la crainte l'en empêchât, firent courir le bruit qu'il s'élait retiré honteusement , et qu'il avait pris la fuite. Apres que la neige eût un peu relâché de sa furie , Tlnca continua sa

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marche, et conquit peu à peu tout ce qu'il y a de pays jusqu'à Guntur-Marca, qui est aussi une des principales villes , sans y en comprendre plusieurs autres , qui sont aux deux côtés du grand chemin. Mais ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qu'il fit cette conquête , à cause de la difficulté des passages que les habitans avaient fortifiés avec beaucoup d'art , quoiqu'ils le fussent assez de leur nature. Ceux de la ville de Guntur- Marca , qui étaient fort nombreux , firent une grande résistance , et combattirent vaillamment durant plusieurs jours. Mais l'Inca envoya tant de monde contre eux , qu'ils furent enfin contraints de céder à la force , d'autant plus qu'ils n'attendaient du secours que de leur propre valeur. Ils se rendirent donc à l'Inca , qui les reçut avec sa bonté ordinaire. Il les combla de bienfaits pour adoucir entièrement leurs esprits qui n'étaient pas encore bien remis , et pour porter leurs voisins à les imiter. Après cela, ayant laissé dans cette ville ' de bons officiers et de fidèles ministres , pour s'assufer le pays conquis , il passa plus loin , et se rendit maître des forets et des villes qu'il trouva dans son chemin , sans répandre beaucoup de sang ; car presque tous se rendirent à l'exemple des habitans de Guntur-Marca, on s'ils combattirent , ce fut avec moins d'obstination et de résistance. Le roi arriva enfin à Ga-

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abandonna ses ctats , pour ne pas fléchir sous le joug des Incas , coonme nous (i) l'avons dit dans la vie de Flnca Yiracocha. Cette province , qui ,cst dans le pays des Ântis , était alors alliée des Ghachas , et peut-être même qu'elle en dépendait, les Indiens ne convenaient pas sur cet article ;elle était éloignée d'environ trente lieues de Llavantu, du côté d'Orient.

Les habitans de Muyupampa ne surent pas plutôt que toute la province de Chachapuya s'était soumise à l'Inca , qu'ils se rendirent en même tems , et offrirent d'embrasser à l'avenir sa religion , ses coutumes et ses lois. Ceux de la province de Gascayanca en firent de même , et toutes les autres de cette contrée , qui n'étaient pas en si grand nombre , les imitèrent facilement , sans faire que peu ou point de résistance. L'Inca leur donna des gens pour les instruire dans sa religion , et il fit défricher quantité de terres qu'il rendit labourables et fertiles par le moyen des aqueducs dont elles furent arrosées , et il donna plusieurs belles robes aux Curacas ^ il borna là les conquêtes de cette année : cependant il mit ses troupes en quartier d'hiver dans les garnisons, et fit venir des provinces frontières des provisions et des vivres en abondance pour ses sol-

(\) Liv. Y. Chap. XXVI , où ce prince l'st nommé Hancohuallu.

tlats et jjNOur lea sujets noi|Yf;Uenien( coqquis, que les guerref pa^^^iBS, 9vaî|f pt ^puises.

Ausatdl^.què ^'étë fut y|îpu,,Tupaç ,^caVù^ paqqui mi^ jeu fiamptgi^e Mffe arjoi^e'e.^çi qu^^rontc miiie hommes, et eatra . d^ns Je pays j^q Hua|]Lca-^ paropa^ Cette pTovi/ace .ëteif; alof s fortir^u^e , pt peuplée^ d'un bon. n^^iibre 4!habiU9$qui diffë^ ra^nt^e nafionet de lap^^e. G^qu^ P^Hffle vivait séparément ^ saû^ avoir eptre çin^ ni p«x ^ jài amitié ,.iii seijgneur , ni république , ji\ yiUes. Lorsqu'ils se faisaient la guerre ^ ce, n'était; ppijit pour avoir la domination les uns sur les, s^J^lfes , car ils ne 8ayfiiien|; pas ce que c'était de commandement n^ d!empire^ Ce n'élit po^n]; non plus pour se ravir leVrs b^ç^s ^ puisqu'^ls^ n'ei^ avaient aucun, et que. la. plupart alia^ept tout nus. Les vainqu^rs n'avaient poiiit.de pjus ^dier butin « que les femmes c;t les filles de ceux qu'ils ayaien t ' vaincus; ils n'en Ja^s^içnt échapper .auqupe de celles, qu'ils pouvaient faire leurs j^ri^jipjières. Pour les hûmines^ ils se majigea}ç|it ^ibuipainemcnt le» iw» les auti:çs. Ljejur ^flig\on i^ffiit ^u^i absurde que l^rs mœurs é(aien|tf<^i:oqe§.Cbfique nation ,;cbAque compagnie dfe gçn«idç.gu,ejrre, et même c)b»aque mi^ison ^vait ses^ dieJdx;,p^ticu-* liers^ lies, uns gdoraientf des bçtef^mjiy^ges, les autres d^.oiaçaux , des herbes ej(.des^ plantes , et les autres des montagnes j des fontaines , des ri- 3k II

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\icres ; et ils étaient tous si entêtés de leurs opinions , qu'ils avaient de grandes guerres entre eux , eten général et en particulier, pour leurs religions et la prééminence de leur dieux. On n^eut pas beaucoup de peine à conquérir âe$ gens ()ui vivaient dans cette confusion : toute la résistance qu^ils firetit , fut de s'enfuir comme des bétes sur I les hautes montagnes et de se cacher dans les ! grottes et dans les cr<îux de rochers , d'où }a famine en tira la plus grande partie pour les soumettre à robcissance de Plnca. Four les antres qui furent plus ennemis d'eux-mêmes , il se tais* sèrent mourir misérablement dans ces lieux déserts. Le roi Tupac Inca Yupanqui prit le soin de rassembler tous ses peuples , et leur fit donner (les maîtres pour leur apprendre à bâti^ des villes, à labourer les terres et à ^ faire des habits de laine et de coton. Cette province est devenue dans la suite une des meilleures et des plus fertiles de tout le Pérou , par le moyen des grands aqueducs qu'on y fit pour arroser la campagne. PoBr la rendre plus illuslte à Ta venir , l'on y bitit un temple au soleil , une maison aux vierges choisies, et plusieurs autres beaux édifices ) d'ailleurs , on renversa les idoles de ces peuples , on leur ordonna d'adorer le soleil comme le seul dieu universel , et on leur défendit de manger de la chair humaine sous peine de la vie , et de leur entièit; >

destruction» £a un mot , on leur donna des prê«* très et* d'habiles gens pour les instruire dans la religion , et leur apprendre les devoirs de la vie civile. Ces gens-la furent si dociles , et s'appliquèrent si fortement à ce qu'on leur enseigna , qu'en très-peu de tems ils devinrent fort habiles» Ces deux provinces de Gascayunca et de Huan«> capampa , furent des meilleures de tout l'empire des Incas.

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