‹ Histoire des Incas, rois du PérouChapitre 4 sur 103 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Raisons pour lesquelles Ton élevait à la cour les héritiers

des seigneurs du pays.

Ce fut encore une des ordonnances des Incas que les héritiers des grands seigneurs fussent éie-r vés à leur cour, et y résidassent jusqu'à ce que par la mort de leurs plus proches ils prissent possession de leurs terres , afin que cependant ils eussent le moyen de s'instruire et de s'accoutumer à la manière de vivre des Incas. Ils les traitaient avec beaucoup de douceur, afin qu'ils les aimassent à l'avenir, qu'ils les servissent avec plus d'affection , et que le souvenir de leurs bienfaits les retint dans leur devoir, et ils les appelaient Mitmac , pour leur faire connaître qu'ils ne les regardaient pas comme des étrangers. Les Incas avaient aussi en vue dans cette ordonnance de rendre leur cour plus belle et plus magnifi-

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AOIS DU PÉROU. Il

Chili, elles autres de leur frontière ^ fort belli<^ queuseâ , ilis appréhendaient que la distance des lieux et l'humeur farouche de ces gens**là ne les portassent à secouer leur joug , et quoiqu'aucun de ces états , pris à part^ n'eût pas été capable de lui résister ; cependant plusieurs provinces pQU<* vaient se liguer, et attaquerle royaume par divers endroits, ce qui aurait pu ébranler leur empire, et peut-être le ruiner entièrement. On remédiait à tous ces inconvéniens , et aux autres qui peuvent arriver aux grands états, en entretenant à la cour , même en l'absence de l'Inca , tous les héritiers des grands seigneurs de leur pays , pour les élever chacun selon son mérite et sa qualité. Ces jeunes seigneurs ne manquaient pas d'avertir ponctuellement leurs pères de toutes les faveurs qu'on leur accordait, mais surtout ils leur eu-' voyaient les présens que l'Ipca leur faisait de ses propres habits , ce qu'ils regardaient comme la plus grande faveur. Tous ces bienfaits engageaint les grands seigneurs à être fidèles à l'Inca ; que s'il s'en trouvait quelques-uns qui fussent assez durs pour nétre pas sensibles à ces marques de bonté, ils n'osaient pourtant remuer, quand ils se représentaient que leurs enfans étaient à la cour comme autant de gages de leur fidélité , ou de leur mauvaise conduite.

Par ces précautions et d'autres semblables.

jointes à une exacte observation delà justice ^ les Incas surent maintenir leur empire dans une si grande tranquillité, qu'il n'y eut presque point de mouvement à calmer, ni de rébellion à punir pendant tout le tems qu'ils tinrent le sceptre. Je confirmerai cela par un passage du R. P. Joseph Âcosta , où il dit en parlant du gouvernement de ces rois^ liv. VL, chap. 12. « Ges^peuples avaient un si grand respect , et une affection si extraordinaire pour leurs Incas , qu'on ne trouve point qu'aucun d'eux ait jamais été traître à son prince. Il est vrai que ces rois étaient aussi justes en leur gouvernement qu'absolus ; puisqu'ils ne souffraient jamais que leurs sujets fussent tant soit peu opprimés. L'inca envoyait dans les pro-* vinces des gouverneurs qui avaient plus ou moins d'autorité, selon qu'il le trouvait à propos, car les uns étaient souverains, les autres subalternes; mais ils rendaient tous la justice avec tant d'intégrité, qu'il n'y avait personne qui osât s'enivrer , ni même prendre à son voisin une seule mesure de mais.

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