‹ Histoire des Incas, rois du PérouChapitre 54 sur 103 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Les habitans des dix vallées de la côte, se rendent à l'Ioca de leur bon gré ^ et ceux de Tumpiz en font de mêmeé

Un an après cette solennité, Huayna Gapac fil lever quarante mille hommes , avec lesquels il marcha vers le royaume de Quito. Dans ce voyage il choisit pour sa maîtresse la fille aînée du roi qui perdit ce pays-là. Il la prit dans la maison des vierges choisies, et il en eut depuis Atahuallpa avec quelques autres fils, dont il sera parlé dans cette histoire. DeQuilo , l'Inca descendit au plat pays , et s'en alla le long de la côte de cette mer dans le dessein d'étendre ses conquêtes. Lorsqu'il fut arrivé à la vallée de Ghimu , qu'on appelle maintenant Trugillo^ et qui est l'endroit jusqu'où son aïeul le hou Inca Yupanqui avait poussé les bornes de son empire, il envoya sommer les habitans des vallées de Ghacma et de Pucasmayu. Ceux -ci 5 qui fréquentaient depuis quelques années les sujets des Incas et qui

ROIS DU PÉROU. âgS

avaient appris par ce voisinage que leur gouvernement était for^ doux , repondirent : qu'ils ne demandaient pas mieux que d'être vassaux de rinca , d'obéir à ces lois et d'observer sa religion. A leur exemple , ceux des huit vallées qui sont entre Pacasmayu et Tumpiz , qu'on appela Gaunaf Colique, Quintu^ Tucmi^ Sayenca^ Mu^ tupiy Puchive et Sullana en firent de même. On employa deux années à cultiver le terroir de ces provinces, et à y fairade$ aqueducs pour l'arro-* ser. Cependant , Flnca fut obligé de recruter trois ou quatre fois son armée , malgré les bons quartiers de rafraîchissement qu'il donnait à ses soldats , parce que l'air y est fort malsain pour les étrangers, et qu'il y fait chaud d'un côté et grand froid de l'autre .

L'Inca n'eût pas plutôt achevé de conquérir ces vallées, qu'il se rendit à Quito, où il employa deux ans à orner ce royaume de plusieurs édifices et de beaux aqueducs, et à faire toutes sortes de bien aux sujets. Au bout de ce terme, il mit cinquante mille hommes sur pied, et avec ces forces il marcha le long de la côte jusqu'à la vallée de Sullana , qui est à l'endroit de cette mer , le plus proche de Tumpiz , oii , selon sa coutume, il envoya demander aux habitans lequel des deux ils voulaient accepter, ou la paix, ou la guerre. Mais avant que de passer outre, il

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faut savoir que ceux de Tumpiz étaient plus adonnés au vice et à ]a volupté qu'aucun de tous ces autres peuples maritimes que les Incas avaient [conquis jusque-là. Ils portaient sur la tête une espèce de toque faite en guirlande y qu'ils nommaient /7i7/{^. Leurs caciques avaient d'ordinaire auprès d'eux des charlatans, des bouffons, des musiciens, et des baladins, pour les divertir. Ib se plongeaint dans le crime abominable de la sodomie *, ils adoraient des tigres et des lions , auxquels ils sacrifiaient le cœur et le sang des hommes. D'ailleurs , ils étaient aussi honorés de leurs sujets , que craints et redoutés par les étrangers; malgré tout cela , ils n'osèrent point résister à Tlnca, [tant ils appréhendaient sa puissance : ils lui répondirent tous qu'ils n'a« vaient point d'autre volonté que. celle de lui obéir et de le reconnaître pour leiir souverain. Ceux des autres vallées, qui sont le long de la côte, fireiit la même réponse, aussi bien que les Ghuvana Giniu , les Gollonche , les Jaqual, et )es autres peuples de cette frontière.

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