‹ Histoire des Incas, rois du PérouChapitre 55 sur 103 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Du châtiment qu'on fit de ceux qui furent convaincus d'avoir tué les officiers de Tupac Inca Yupanqtii.

ÀussiTàx que Vlnca se vit maître de la provin*-» ce de Tumpiz , il Tembeliit de plusieurs clioses , qu'on pouvait nommer royales rt dignes de lui. On y remarquait sur-tout une belle forteresse où il mit garnison y un temple dédié au soleil , et une maison pour les vierges choisies. Cela fait , il passa dans les provinces dont les habitans avaient été si perfides, que de tuer les capitaines, les ingénieurs^ les docteurs, et les autres officiers et commissaires que son père Tupac Inca Yupanqui leur avait envoyés, comme j'ai déjà dit, pour leur appprendre la religion du soleil^ et à vivre en hommes raisonnables. A son arrivée , ils prirent tous l'alarme , et ils furent bien étonnés lorsque Huayna Gapac leur envoya des courriers pour les sommer de lui venir rendre compte de leurs mauvaises actions. Convain-* eus en eux-mêmes de leur ingratitude et de leur

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perfidie , et trop faibles d'ailleurs pour r&ister à la puissance de Tlnca , ils eurent recours aux soumissions et à sa miséricorde.

Alors rinca fit assembler tous les Curacas , les ambassadeurs, les conseillers, les capitaines, et les principaux chefs du conseil, et de Tambassade qu'ils avaient faite à son père quand ils lui demandèrent des gens pour les gouverner. Ensuite un maître de camp les harangua par son ordre , et il leur représenta qu'ils étaient les hommes du monde les plus traîtres, et les moins sensibles aux bons offices; qu'il ne se pouvait rien ajouter à leur félonie, puis qu'au lieu d'adorer l'Inca et ses ministres qui leur avaient fait toutes sortes de biens, ils avaient eu la cruauté de les mettre à mort , avec un mépris manifeste de l'Inca , fils du soleil -, que c'était un crime si noir, qu'il ne pouvait être expié à la rigueur que par le supplice de toute la nation, sans aucun respect ni d'âge ni de sexe ; mais que la clémence de^'Inca Huayna Capac, qui faisait gloire de porter à juste titre le nom de Huacchacuyac, c est-à-dire d'amateur des pauvres, l'engageaità pardonner à tout le menu peuple, et aux principaux auteurs de la trahison; qu'au reste, pour servir d'exemple à la postérité et prévenir de tels crimes , il voulait qu'on les décimât, et qu'ils n'avaient ainsi qu'à tirer au sort entv'eux. L'Inca

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en agit de cette manière pour leur 6lev tout prétexte dé dire qu'il avait sacrifie à son ressen<timent ceux qu'il haïssait le plus. D'un autre côté, il voulut que les Curacas, et les plus qualifiés de la nation Huancavillcâ , qui avaient été les principaux auteurs de l'ambassade et de la trahison , eussent à l'avenir , eux et leur postérité , quatre dents de devant arrachées, c'e^-à-dire, deux de la màclioîre d'en haut et deux de celle d'en bds^ pour un témoignage éternel de la perfidie qu'ils avaient commise à l'égard de FincaTupac Yupanqui.

Les habitans de ces provinces, qui n'ignoraient pas que la rébellion était celui de tous les crimes que les Incàs punissaient avec le plu<? de rigueur, et qui craignaient qu'on les passât tous au fil de l'épée, s'estimèrent fort heureux d'en être quittes à si bon marché. Mais il n'y en eût point qui repussent ce châtiment avec plus de soumission et d'humilité que ceux de Huancavillcâ. Lorsqu'ils virent qu'on ne châtiait que la dixième partie des coupables , et que la peine d'avoir quatre dents arrachées ne regardait que les capitaines et les Guracas, ils prirent cela pour une i>i grande faveur, qu'ils voulurent tous, hommes, femmes et enfans , porter la même flétrissure *, de sorte qu'ils ont continué depuis à s'arracher les quatre dents , ce qui feit bien voir leur bêtise ,

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puisqu'ils témoignaient plus de zèle pour subir la peine, quHls n^en avaient marqué pour la prévenir. Je me souviens d'avoir vu à CuzçOy dans la maison de mon père , une Indienne de la même nation , qui faisait un long récit de cet événement. Au reste , ces Huancavillcas, hommes et femmes, se perçaient le cartilage des narines pour y attacher un petit joyau d'or ou dWgent Cela me rappelle une aventure qui arriva dès mon enfance à Cuzco : Un de nos voisins , nomm • l'homme de Coca , avait un cheval qui clail poussif, et à qui on avait percé les narines poor remédier à ce défaut ; là-dessus , les Indiens , étonnés de cette nouveauté^ s'avisèrent de nommer ce cheval huancavillca , parce qu'il avait leS' narines fendues.

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