CHAPITRE VI
Du chàumeDt qu'on fic des rebelles.
L'IxcA Huayna Capac n'eut pas pins tôt appris ce qui s^était passé , qu*il en ressentit un mortel déplaisir. Il ne pouvait que regretter la mort de tant de personnes du sang royal qui s'étaient signalées à son service , et qui n'avaient pas moins de capacité pour les afiaires d^àat que dans Fart militaire. Pour témoigner donc qu'il était vivement touché de leur désastre , il en porta le deuil , qui , suivant la coutume des rois ses ancêtres , était d'une étoffe de la couleur q[ue nous appelons gris de soui^is. Âpres avoir passé quelque tems à gémir et à se plaindre , il forma le dessein de punir les rebelles. Pour cet effet il leva quantité de troupes^ et tout d'un coup il alla fondre sur les provinces de terre-ferme , qu^il assujétit bientôt , parce que les habitans n^avaient ni le courage, ni la prudence, ni des forces capables de lui résiter.
Il mit ensuite à la voile pour attaquer les in-
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suiaires \ mais leur résistance sur mer fut si faible, qu'ils se virent contraints de mettre bas les armes. L'Inca fit dabord saisir les principaux auteurs de cette rébellion , avec les capitaines et les soldats les plus fameux qui s'étaient trouvés à la mort des gouverneurs et des officiers de la justice. Alors un de ses mestres-de-camp leur fit un discours pour leur reprocher leur trahison et la cruauté qu'ils avaient eue a l'égard de ceux qui s'étaient employés à les instruire ; il ajouta : que l'énormitc de leur crime et la justice ne permettaient point que Tlnca usât envers eux de sa clémence ordinaire^ et qu'il les condamnait ainsi au dernier sppplice sans aucune rémission. L'avrit fut exécuté sur-lechamp , et l'on fit endurer aux coupables les mêmes genres de mort qu'ils avaient imposés aux ministres de Huayna Capac. On jeta les uns ds^ns la mer , les autres furent empalés pour avoir mis les têtes des Incas sur des lances et les avoir attachées aux portes de leurs temples : il y en eut de pendus et de tués avec leurs propres armes j l'on en* mit en quatre quartiers et l'on en décapita* Pedro de la Giaça de Léon parle de ce châtiment à peu près dans les mêmes termes. Voici ce que j'ai tiré du trentecinquième chapitrede son livre. c< 11 y eut, dit-il, bon nombre de ces Indiens qui furent punis c^e divers supplices^. Les principaux auteurs dé la
3ia HISTOIRE DES INC AS,
conspiration , et ceux qui Pavaient tronseillée , furent tous empalés ou étranglés. Huàyna Gapac, pour rendre ce châtiment plus redoutable à Favenir , voulut qu'au tems des calamités publiques , les Indiens ses sujets en célébrassent la mémoire , et qu'ils en fissent mention dans les chants lugubres qu'ils composaient en pareille rencontre. En eflet , ils l'observent encore aujourd'hui \ et ils récitent dans leurs propres langues ces actes tragiques en forme de complaintes. Après qu'il eut châtié ces barbares , il fit élever une longue chaussée sur la rivière de Guavaquillé , et s'il en faut juger par les débris qiii en iTSte , louvrage devait être magnifique. Mais 1 on croit qu'il ne fut pas achevé , et l'on appela depuis cet endroit , le Pas-de«Guayna Capac. Quoi qu'il en soit , cet Inca prescrivit ù ces peuples d'obéir aux gouverneurs qu'il laissait dans le fort de Tumbez ', il pourvut à plusieui-s autres choses . et il partit enfin de cette tVontièi^.
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