CHAPITRE XU
Huayaa CapAc fait son fils Atahuallpa roi de Quito.
L^iNGA Huayna Capac , comme nous avons déjà dit , avait eu Atahûallpà de la fille du iloi de Quito qui devait succéder à cettecourenne. Outre que ce prince était bien fait de sa personne et beau de visage , il avait de Tadresse , de la bra* voure , du bon sens et une grande pénétration. Ces qualités du corps et de l'esprit le rendaient les plus ehères délices de son père , qui le menait toujours avec lui et qui aurait bien souhaité de le faire seul héritier de tout son empire. Mais dans rimpuissance où il â^ak de ravir ce droite son
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tils aine Uuascar Inca , il voulut, contre la cou« tume et les ordonnances de ces ancêtres , le pri-' ver, s^il était possible, du royaume de Quita^ sous le prétexte specieut de faire un acte de jus*' tice. Pour cet eflfet^ il Tenvoya quérir àCuzco , et ce jeune prince ne fut pas plus tôt arrivé qu'Huayua Capac , en pitance de ses autres fils , des ea-^ pi laines et des curacas de sa suite, lui parla en CCS termes : « Je ne doute pas , mon fils^ que suivant Tiincienne coutume que Tlnca Mance Capac , noti^ premier père , nous a laissée, ce royaume de Quito ne doive être de la dépendance de votre couronne. Il est certain que jusqu'ici toutes les provinces et tous les royaumes que nous avons conquis ont toujours été annexés au reste de Tempii^ et soumis à la juridiction et au domaine de notre ville impériale de Guzco ; mais il me fâcherait de voir que votre frère Atahuallpa, que j^dimc beaucoup , ne fût pas pourvu aussi honnêtement quHl le mérite. Je souhaiterais donc qu'entre tant dVtats que j'ai i^unisa la couronne, celui de Quito , qui vient de ses aïeuls mater* nels et de sa mère qui est encore en vie , lui échut en partage et à perpétuité , et que vous approuvassiez cette donation. D'ailleurs , vous ne devez pas craindre qu'un aussi bon frei*e que lui abuse jamais de son pouvoir, et qu'il ne vous M^r\o mieu\ duns cet état que s'il se voyait ré-
duit à l'étroit. Je n'ai autre chose à vous demander pour le coup , et vous trouverez qu'elle n'est pas fort considérable ai vous avez égard aux provinces et aux grands royaumes qui vous restent , sans parler de ceux que vous pourrez acquérir vous-même avec le secours de votre bon frère , qui vous servira de capitaine et de soldat au besoin. Si vous lui accordez cet apanage, mes voeux seront alors accomplis ;, et je m'en irai content de ce monde à l'autre pour m'y reposer avec notre père le soleil. »
Le prince Huascar Inca répondit avec beaucoup de soumission : « qu'il n'avait rien tant à cœur que d'obéir au roi son père \ et en cela et en toute autre chose qu'il lui voudjrait commander; jusque-là même que pour le satisfaire , il était prêt à donner à son frère Atahuallpa telles autres provinces qu'il jugerait à propos. » Huaj'na Capac fort satisfait de cette réponse , trouva bon que Huascar s'en retournât à Guzco , et il travailla cependant à mettre Âtahuallpà en possession du royaume de Quito. Il y joignit quelques autres provinces qui étaient à sa bienséance, et il lui donna une partie de son armée avec des capitaines fort aguerris. En un mot, il lui -fit toutes sortes d'avantages^ dont plusieurs tournaient au préjudice de son fils aîné qui devait hériter de la couronne. Mais il ne s'en tint
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pas là ; rempli cTohe tendresse extrême pour ce jeune prince , il voulut passer aYee lui le reste de ses jours dans le royaume de Quito. Peut-être aussi qu^ii avait en Tue de Faffermir sur son trône , et de tenir en crainte les provinces maritimes qu^il avait soumises. Leurs habitans , tout barbares quHIs étaient , ne manquaient pas de courage ni de mauvaises dispositions contre Fempire des Incas^de sorte que, pour en prévenir la suites , on les transporta dans des provinces reculées , et Ton mit à leur place des nations plus paisibles. Cest la maxime que ces rois pratiquaient d^ordinaire en pareil cas , et dont Us se trouvaient fort bien.