CHAPITRE XIIL
De Jcia grands chemins qu*on fit dans le Pérou avec un
art merveilleux.
PuiSQrE nous en sommes à la vie deHuayna Ca. par, il (!st juste que nous parlions de deux célèbres ciieinins qu\in tit sous son règne et qui allaient vers le noixl-sud. I/un de ces chemins était le long de la cote de cette mer , et Pautre sur la
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montagne plus avant dans le pays. Les historiens en parleRt comme de d^et^à^œnyre , et afin qu'on s'en puisse former une idée qui réponde en quelque manière a la grandeur de ces meryeiUes , je rapporterai mot a m^ ce que les uns et les autres en ont écrit. Augustin de CUrateen dit la description lorsqu'il traite de rori|;ine des Incas I livre 1^ , chap« i3. ce L'empire des Incas. échut par droit de succession à Guaynacava , qui àffûËe îeiuie homme riche. i}e prince fit de grandes conquêtes et accrut beaucoup son em-* pire I plus . que n'ayaient fait aucuns de ses prédéeesseurs : il gouverna ses peuples avec plus de misoB ^ de justice et d'équité que n'avaient fait les autres : il établit parmi eux une bonne police et un bel ordre pour la culture des terres ; en sorte que c'est une chose surprenante et presque incroyable que , parmi une nation barbare et saûs lettrer, le gouvernement ait pu étresi juste et si bien réglé , et l'obéissance et l'amour des sujets envers leur souverain si grands et si pai:fiiits. Ils lui en donnèrent une preuve signalée et qui mérité bien qu'on en parle ici , en faisait pour sa commodité deux chemins au Pérou y dont la diileuité y le travail et la dépense égalen t ou surpassent même tout ce que les anciens auteurs ont dit des sept merveilles du monde. Guaynacara partit de la ville de Gusco avec son ar*
mée pour «iller conquérir la province de Quito , c'est-à-dire qu'il entreprit un chemin de près de cinq cents lieues; il allait par la montagne on il eut à surmonter de grandes difficulte's par les mauvais chemins , les rochers et les précipices qui se rencontraient souvent sur son passage. Après qu'il fut heureusement venu à bout de son entreprise , qu'il eut achevé sa conquête et soumis toute cette province , les Indiens crurent qu'ils devaient faire honneur à sa victoire en lui préparant un chemin plus commode pour son retour. Ils l'entreprirent donc et y réu.ssirent par un travail prodigieux , ayant fait sur ces montagnes un chemin large et uni : pour cela il leur fallut souvent rompre des rochers et combler des vallées et des précipices de quinze à vingt toises de profondeur. Ce chemin est long de cinq cents lieues , et on dit que d'abord qu'il fut fait, il était si plein et si uni partout , qu'on aurait aisément pu le suivre en carosse : il est vrai que depuis ce tems-là il y est arrivé du changement par les guerres des Indiens et des chrétiens, parce qu'en plusieurs endroits on a écarté et brisé dans les vallées les matériaux qui les comblaient pour rendre parce moyen les passages diflSciles aux ennemis. On comprendra facilement la grandeur et la difficulté de cet ouvrage , si on considère le travail et la dépense qu'il a fallu en Espagne
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pour aplanir deux lieues de montagnes, entre Segoyie etGuadarama, et quecepêndant cet ouvrage li'a jamais été achevé ni mis dans toute sa perfection, bien que ce soit là le passage ordinaire des rois de Castilleavec leur maison et leur cour , tout^ les fois qu'ils vont ou viennent de PAndalousie ou du royaume de Tolède pour passer d'un cote à l'autre de ces montagnes, l^eslndiens, non contens de ce premier travail , en entrepjirent quelque tems après un: autre qui n'était guère moins. grand ni moins difficile. Guaynacava aimait fort la province de Quito parce qu'il l'avait conquise etse faisait beaucoup d'honneur de cette conquête^ il voulut donc y retourner pour fa visi* ter et prit cette seconde fois sa route par laplaine. Ses sujets entreprirent encore de lui faire un nouveau chemin par là : dans toutes les vallées qui ont ordinairement environ une lieue d'étendue , comme on l'a dit ci-devant , et oii on a Tagré-» ment de la fraîcheur que donneiit les rivières çt les bocages , ils firentune levée de terre fort haute pour rendre le chemin à peu près plein et uni , sans qu'on fut obligé de monter ni de descendre ; ce chemin avait près de quarante pieds de largeur , et en sortant des vallées ils marquaientla route à travers les sables par des pieux et des es-? pèces de barrières qu'ils y plantaient au cordeau, afin qu'on ne put s'égarer ni d'un côté ni d'autre
Ce ckcinin dtait de cinq cents lieues de longuew comme celui de la montagne. Les bairières sont maintenant rompues en plusieurs endroits, parce que les Espagnols en ont pris le bois pMur fiiire du feu pendant la paix aussi bien que durant la guerre ; mais les levées subsistent encore dans les vallons, et sont assez entières , au moins la plupart , en, sorte qu'on peut aisément juger parla de la grandeur de ces ouvrages, Huaynacaira alla par un de ces chemins et revint par l'autre , et partout oii il passait il trouvait la route cou* verte de rameaux et de fleurs de très^agrcable odeur. » Pedro de Gieça de Léon en parle à peu près dans les mêmes termes : voici eeqju'iidttdo chemin de la montagne au trente-^septième cba-» pitre de son livre, u D'Ipiales on va dans une petite province qu'on appelle Guaca ; nuiis aivant que d'y arriver on voit le chemin des Inga» , qui n'estpas moinsfameuxdanscctte contrdeqne celui qu'Annibal fit pour traverser les Alpes , etcbs* cendre en Italie. Je crois même qu'il est beaucoup plus magnifique et plus extraordinaire , si l'on a égard aux bàtimens et aux magasins qu'on y a construits tout du long, et à la peine que cet ou«« vrage doit avoir coûtée. » Il ne ditpas autre chose du chemin de la montagne. Mais voiâ de quelle manière il parle de celui de la plaine, au chap.6o. « Pour continuer , dit*il , à décriremo» voyage
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p#r oiidrQ ,. j^ trcmve qM'U ^st à pra{X08 de parler du plat pfty3 a¥9nt que de veiûr à ta ^conclusion de ee qui regaide l«s. provinces «îtuée» Mi: Iqs monts^Qes^ Je iraiiterai donc, ici du grand cb^ mm que Ton y fit pav le coiomanden»ent el^ près des Ingas. Quoiqu'il soit rompu, aujiourd'hiiji en divers endroits^ on ne laÎÂse pae.de voir que les. auteurs de eette entreprise devîaiexi't être: fort puissant pour en venir à boulu Guaynacapa, el Topayga lupangué, son père^furent les^premierSy. à ce que disent les Indiens , qui passèrent à cette cote pour y visiter le& Vallées et les provinces; des Ingas i moiài il y en a d'autres qui attribuent la. même découverte a l'kiga lupanguë ^ aïeul de Gpfiayaacapa et père de Topa Inga. On ajoute que oe fiit par son ordre que les» caciques et les principaux seigpeurs y firent un chemin , qui avait quinze 'pieds* de large , et qui était muni d'une banne muvaîlle départ et d'autre. U y avait aussi diss* arbres tout le long dont plusieurs poiw taîent du fruit et oii l'en voyait voltiger quantité, d'oiseaux , surtout des perroquets , etc. n Après avoir pavlé des magasins eft des provisions qu'on y serrait pour les gens de guerre , [cet auteur ajoute : « Les Indiens avaient poussé ces murailles de part et d'autre aussi loin qu'ils avaient pu , et daBS les endroits oji le sable ne permettait pas qu'on y jetât des fbndemens , ils y plan*
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tèrent des pieux en forme de palissades qui ser-* vaientde guide aux voyageurs. D'un autre côte , ils se donnaient une peine extrême pour tenir le chemin net , réparer ses murailles , et remettre de nouveaux pieux par oîi il en tombait quelqu'un par la violence du vent. On peut dire, en un mot , que ce chemin était une des merveilles du monde , quoiqu'il faut avouer qu'il ne coûta pas tant de peine que celui de la montagne. U y avait encore dans ces mêmes vallées quelques forteresses et drs temples du soleil , dont nous parlerons ailleurs. » Voici ce qu'un autre écrivain espagnol nommé Jean Batero Benes en dit en peu de mots : u Au sortir de la ville de Cuzco, l'on trouve deux grands chemins de cinq cents lieues de long, dont Tun traverse le plat pays, et l'autre les montagnes, de sorte que, pour en vernir à bout , il a fiiUu combler les vallées et aplanir les rochers. Ces chemins avaient vingt-cinq pieds de large , et Ton peut dire que c'étaient des chefs-d'œuvre qui surpassaient les plus fameux bâtimens des Egyptiens et des Romains , etc. » Mais outre tout ce que les historiens en rapportent , il faut savoir qu'au plus haut du chemin de la montagne il y avait de part et d'auti*e des plates-formes, avec des escaliers de pierre de taille^ afin que ceux qui portaient l'Inca dans sa huise à bras y pussent monter plus à l'aise , et
s^y reposer pendanl que le roi aurait le plaisir d'ëtendre sa vue de toutes parts sur ces monta* gnes et sur ces vallons , oii la neige paraissait d'un côte et la verdure de l'autre. Ce chemin était si élevé en quelques endroits , qu'on pouvait découvrir jusqu'à cent lieues à la ronde. L'on y voit des montagnes dont le sommet perce jusqu'aux nues ; et au contraire il y a des vallées si profondes qu'elles semblent aboutir au centre de la terre. Mais de fout cet ouvrage admirable il n'est ^ resté que peu de chose *^ le tems et les guerres ont presque tout consumé. Le chemin du plat pays, qui est dans les déserts sablonneux, où l'on voit aussi quelques hautes montagnes, ne se découvre que par de grandes pièces de bois plantées assez près les unes des autres , et qui empêchent les voyageurs de s'égairer. Le sable qui voltige de tous'côtés efface bientôt la trace dés passans , et lés monceaux qu'il y en a ne sont point des guides fort sûrs , parce que le vent les transporte et les fait changer de situation. Ce n'est donc pas sans sujet qu'on y a planté ces grosses poutres , et qu'on avait tant de soin de les entretenir pour la commodité des voyageurs.
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