‹ Histoire des Incas, rois du PérouChapitre 66 sur 103 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Huayna Gapac est averti de rarrivée des Espagnob màt b

côte du Pérou»

Pendant que Huayna Capac s'oecupait aux dio* ses que nous ayons dites, et qu'il ëuit dans le [MH lais de Tarnipampa , l'un des plus magnifiques du Pérou 9 il eut la nouvelle que certains kona* mes extraordinaires, et tels qu'on n'en avait jamais TUS de sen)blables en ces lieux-là, bordoyaient la côle de son empire dans un vaisseau iCbrt étrange^ et qu'ils s'informaient partout en quel pays ik étaient. Ce prince fit rechercher exactement quels hommes c'étaient et d'où ils pouvaient venir. Je dirai ici en passant que ce vaisseau ëtait celui de Yasco Nunnez de Balboa , qui découvrit le premier la mer du Sud , et que les Espagnols qui raccompagnaient étaient ceux - là même qui , comme nous l'avons dit au commencement de cette histoire , donnèrent à cet empire le nom de Pérou , ce qui arriva l'an i5i5 , deux ans avant la découverte de la mer du Sud.

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l« sais.biçii qu'un certain historiM prétend que doin François Pizarro commandait ce vaisseau , et que cet Espagnol et ses compagnons , au nom-* bre de treize, furent les premiers qui dé^^utri-» rent cette mer. Mais il tùe permettra de Tavertir qu'il s'est trompe , en ce qu'au lieu de dire les premiers conquérans , il a dit les premiers qui firent la découverte. Il s'est encore trompé à l'é* gard du tems , car la pi^emiètié découverte du Pérou et l'imposition de ce nom se firent l'an i5i5, et don François Pizarro avec ses quatre frères , et don Diego d'Almagro n'entrèrent dans ce royaume , pour le conquérir , qu'en 1 53 1 , huit ans après la mort de Huayna Capàc. Ge prince mourut l'an 1 5â3 , qui fut le quairaiite^ deuxième de son règne , comme le témoigne le R. P. Blas Valera dans les fragmens que nous fa avons.

Huayna Gapac employa les huit années qu'il .vécut encore après qu'on eut vu ces étrangers sur la câte du Pérou , à gouverner prudemment son empire , et à le maintenir en paix. Ces nouveaux venus le rendaient trop inquiet pour penser à dé nouvelles conquêtes. D'ailleurs ^ ce qu'on lui avait dit de leur vaisseau l'alarmait d'autant plue, qu'il avait appris d'un ancien ora^^ cle qu'ils tenaient de père en fils : « qu'après un (%Hain iïoïnhtê de rois du Pérou , des hommes

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étranges , et qu'on n'avait jamais tus , aborde*^ raient en leur pays, les déposséderaient de leur royaume, et aboliraient leur idolâtrie. »En effet, révènement justifiadans la suitçsa crainte; trois ans avant que ce vaisseau abordât. la côte du. Pérou , il arriva à Guzco un accident fâcheux dont Huayna Capac et ses sujets tirèrent un présage funeste. Un jour quWcélcbrait la fête du soleil, on vit en l'air une grande aigle , appelée Ania^ qui était poursuivie par ciqq ou six cercelles et autant de petits faucons , de ceux que les Féru-* viens appellent huaman et les Espagnols aleto , qu'on a transportés chez eux en grand nombre , à cause de leur beauté. Ces oiseaux se donnant le change les uns aux autres^ fondaient sur l'aigle avec tant de vitesse , qu'ils l'empêchaient de voler, et la déchiraient à coups de bec. Lorsqu'elle fut hors d'état de se défendre, elle se laissa tomber sur la grande place deCuzco au milieu des Incas^ comme si elle eût voulu implorer leur secours. Us s'en saisirent en même tems , et jugèrent d'abord qu'il fallait assurément qu'elle fût malade parce qu'elle était crasseuse , couverte de pustules et déplumée par tout le corps , excepte sur Icsailes Ils lui présentèrent à manger, et firent lourpoi^siblepour la remettre. Mais malgré tous ces soins elle mourut dans peu de jours. Lesdevins, consultés sur cet événement , dirent tous unani«

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meineat que (/était un présage é.vident de la ruine de leur état , et de l'extinction de leur religion^ Ce prodige fut suivi de plusieurs trem* blemens de terre , si furieux , qu'encore que le Pérou y fut fort sujet , ceux du pays n en avaient jamais vu de semblables , ni qui fissent écrouler les montagnes les plus hautes. D'ailleurs, ils ap-* prirent en même tcms des Indiens de la côte , que la mer avec son flux et son reflux sortait de ses bornes ordinaires, et ils virent paraître en l'air plusieurs comètes effroyables. Mais ce qui I(s alarma le plus , fut qu'ils remarquèrent trois grands cercles dans la lune pendant une nuit fort claire et fort sereine. Le premier de ces cercles était de couleur de sang, le second d'un noir tirant sur le vei*t ^ et le troisième ressemblai!; à de la fumée. Un devin , ou un magicien de ceux qu'on appelle Layca , après avoir bien contemplé ees trois cercles de la lune , alla trou-* ver tout en larmes Huayna Capac , et dès qu'il fut auprès de lui il lui dit d'une voix faible et languissante : (( Unique seigneur , sachez /Cjue la lune votre mère , qui a beaucoup de tendresse pour vous , vous avertit par ma bouche quelePachacamac, quia soin de conserver toutes les choses qu'il a créées , menace votre maison , votre empire et vos sujets de plusieurs grands fléaux qu'il doit envoyer sur eux. Car ce premier

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cerdô de couleur de sang qui enviMiine votre mère signifie qu'après que JvotiÀ aurez quklë ce monde pour aller vous reposer aVéc votre père le soleil vos descendans se feront une cruelle guerre , où l'on répandra tant de sang royal que^ dans peu d'années , il sera tari jusqu'à la dernière goutte. Le second cercle nous est un présage que les guerres et la mort de vos descendans seront suivies de l'abolition de notre religion , et de la décadence de votre empire qui s'en ira tout en fumée , comme le démontre le troisième cercle ^ que Ton dirait être en fumée. C'est à mon grand regret que je vous annonce ces malheurs. 9

Quoique l'Inca fut fort sensible à ces paroles du devin , il n'en témoigna rien pour ne pas pa« raître manquer de courage : « Allez, retirez-vous, dit-il au devin , je vois bien que vous avez songé cette nuit à toutes ces sottises , que vous appelez des révolutions de ma mère.» Je serais blâmable, répliqua le magicien , si je ne pouvais pas prouver ce que j'avance. Prenez la peine de sortir , et vous verrez de vos propres yeux ces tristes signes de votre mère, après quoi vous pourrez , si vous le trouvez bon , faire assembler les autres devins poxir apprendre d'eux ce que cela signifie. » Ces dernières paioles effrayèrent encore l'inca, et l'obligèrent à sortir en même tems de sa chambre, pour s'assurer de ce que le devin lui disait.

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L'ayant trouve véritable , il fit appeler tons lea magiciens de ia cour. Le pl^s habile de tous ^ qui était de la nation des lavins et qui avait déjà considéré ces trois cercles de la lune ^ affirma la même chose que le premier devin. Mais quoique Huayna Gapac fut persuadé en lui-même de ce que disaient les devins , il fit semblantde n'en rien croire , pour ne pas décourager ses gens , et dit aux devins en les renvoyant : « je n'ajouterai ja-« mais loi à vos paroles , si le grand Pachacamac ne m'en assure lui-même; car je ne saurais me mettre dans l'esprit que le soleil mon père soit ennemi de son propre sang jusqu'à ce point que de permettre l'entière ruine de ses enfans. Ce-* pendant , pour prévenir ces malheurs , ,s'il était possible y il leva une bonne armée de gens d'é^ lite et de vieux soldats aguerris qu'il tint dans les garnisons de ses provinces. Ensuite il fit faire plusieurs sacrifices au soleil, et ordonna aux devins et aux magiciens de consulter , chacun en sa province , les démons qui leur étaient familiers , et particulièrement le grand Pachacamac , et Toracle de Rimac , pour savoir si les étranges prodiges qu'on avait vus sur la mer et sur lesautres élé mens, étaient des présages de bonheur ou de malheur. Les réponses de Rimac et des autres démons furent confuses et ambiguës ^ sans lui promettre, ni bien ni mal. Gela n'empêchait ,3. 33

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ptt0 que les devins ne per$i$U8«eDt toujours à lés prendre pour Uf s présages sinistres ; de sorle que tout le monde appréhendait qu'un grand malii^ur ne vint fondre sur lui. Cependant, lorsqu'on vit que trois ou quatre années s'étaient écoulées sans qu'il fût arrivé rien de nouveau » les esprits se calmèrent et demeurèient tranquilles jusqu'à la mort de Huayna Capac» Au reste 9 nous n'avans rien dit touchant ces prodiges qui ne fut public partout l'empire ; d'ailleurs, il a été confirmé par deux capitaines de la garde de Hoayna Gapac , qui eurent le bonheur d'être baptises, âgés de plus de quatre«*vingts ans. Le plus âgé se fit appeler don Jouan Pachuta ; prenant le surnom qu'il avait avantque d'être baptisé, comme l'oBl fait depuis tous les Indiens eo général ; et l'autre se nommait Ghauca Rimacbi j j'ai oublié le nom chrétien qu'on lui donna. Ces capitaines ne racontaient jamaisces prodiges, ni les étranges événemens de ce tems-là qu'ils ne fondissent en larmes , de sorte que , pour les empêcher de pleurer, il les fallait mettre sur quelque autre sujet. Pour ce qui regarde le testament de Huayna Gap<.c , sa moit et ce qui arriva depuis, ce que j'ea dirai sera conforme à la relation du vieux Inea, qu'on appelait Gusi Hauilpa ; et pour les cruauté inouies d Atahuallpa envers les personnes du sanç royal , je les rapporterai de (a manière que je ki ,

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48IÎ apprises de ma mère , et d'mi de ses frères namme don Fernand Huallpa Tapac Inca lupan* qui y qui n'avait pas encore dix ans , lonsquelles commencèrent, et qui en furent les témoins pendant deux ans et demi qu'elles continuèrent le plus violemment , jusqu'à ce que les Espagnols entrèrent dans le pays. Je dirai aillems comment ma mère et son frère eurent le bonheur d^échapper à la cruautë d'Atahuallpa.

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