CHAPItRE XV
Le testament^^e Huayna Capac,sa nort, et la prMîction
de l'arrivée des Bspagaola.
HuATNA Gapac était dans le royaume de Quito ^ lorsqu'un jour il lui prit envie de se baigner pour le plaisir dans un Is^c. Mais à peine en fi^t-* il sorti que la fièvre le prit ; elle commença par un frisson , que les Indiens appellent chucchi j qui signifie trembler. Cet accident fut suivi d'une chaleur très-violente , qu'ik nomment rii^a , c'estnà-^dire brûler du feu de la fièvre. Elle continua le lendemain et empira tous les
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jours y par où il jugea que sa maladie était mortelle. 11 fut encore confirme dans cette opinion , parce que , depuis quelques années, il sayait ou s^imaginait savoir l'explication que ces payens donnaient à leurs sortilèges, et particulièrement les prédictions touchant sa personne , qne tons les Incas croyaient leur être révélées par leur père le soleil , pour mieux autoriser leur rein
gion.
Outre les prédictions que les Indiens avaient tirées de leurs sortilèges , et qu'ils tenaient des démons , il parut sur la fin du règne de ce prince plusieurs cornettes, et entr'autres une de couleur verte , qui Tintimida extrêmement. D'ailleurs , le tonnerre tomba sur la maison de Flnca , et plusieurs autres prodiges arrivèrent , au grand regret des Amautas , des devins et des prêtres. Cai; ils apprirent que le grand commerce qu'ils avaient fait avec le diable , que tous ces prodiges présageaient, non seulement la mort de Huayna Capac, mais encore la ruine de sa maison , la perte de son royaume et plusieurs autres malheurs qu'ils devaient tous souffrir en général , et chacun en particulier. Cependant ils n'osaient publier ces choses , de peur que le peuple naturellement timide , et porté à croire les présages , n'en mourût de frayeur.
Huayna Capac se voyant hors d'espérance de
guérison ^ fit appeler ses enf ans et ses autres pa- 1 ens , les gouverneurs et les capitaines des pro*^ vinces les plus proches , selon qu'il jugea qu'ils pourraient venir assez a tems. Lorsqu'ils furent en sa présence , il leur parla en ces termes : ce Mes amis y je m'en vais reposer au ciel avec notre père le soleil ; car il m'a révélé depuis quelques jours qu'il m'appellerait du lac. Puis donc que je suis (sorti de l'eau avec la maladie que j'ai , c'est uiie marque certaine que notre père m'appelle. Je vous recommande donc qu après que je serai mort I vous fassiez ouvrir moa corps , selon la coutume 9 et que vous portiez mon cœur et mes entrailles à Quito, pour un témoignage de l'amour que j'ai toujours eu pour ce pays. Vous transporterez mon corps à Cuzco , oîi il sera^ niis avec ceux de mes ancêtres \ mais vous aurez soin surtout de mon fils Atahuallpa , qui est la chose du monde que j'aime le plus. . Je le laisse à ma place pour Inca dans le royaume de Quito , et je vous ordonne à tous de le servir avec toute Tafr fection et toute la fidélité que vous devez à votrç roi , et de lui obéir en tout ; car il ne vous commandera rien que je ne le lui révèle moi-même , par ordre de notre père le soleil. Je vous recommande encore la justice et la clépence envers nos sujets, afin que vous vous conserviez le glorieux titre qu'ils nous ont donné d'amis des pauvres ^ eiv
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un mot conduiseE-Tous en toutes choses conme de Trais Ineas , fils du soleil. » Après que Huay« lia Gapac eut ainsi parlé à ses fils et à ses parens , il fit appeler Jes autres capitaines et les curaoas qui n'étaient point du sang royal, auxquels il recommanda de bien sernr leur roi et de lui être fidèles. Fmfin , pour ne rien oublier de ce qu'il aTait dans l'esprit , il ajouta ce qui suit : a II y a plusieurs années que nous tenons pour une chose certaine , par la révélation que nous en avons de notre père le soleil , qu'après le règne de douze Incas ses enfans , il viendra en ces contrées une sorte d'hommes nouveaux et qui nous sont inconnus , lesquels soumettront à leur empire tous nos états et plusieurs autres royaumes. Pour moi , je m'imagine qu'ils seront de la nation de ceux qui courent la cèle de notre mer], à ce que l'on nous a dit j et qu'ils vous surpasseront en valeur et en toute autre chose. D'ailleurs , nous savons que le nombre des douze Incas finit en moi ^ soyez donc assurés que quelques années après «que je vous ' aurai quittés, ces étrangers viendront en ce pays, ou ils accompliront ce que nous a dit notre pèi^e le soleil, et se rendront maîtres de notre empire. 5t vous commande de les servir , et de leur obéir comme à des gens qui vous surpasserlMit en tout, et qui auront une loi meilleure que la nôtre M des armes plus puissantes. Vivez en paix i c&r
BOie DU PÉROU. 559
pour moi je Vais me reposer arec mon père le soleil , qui m'appelle auprès de lui. a
Pedro de Gteça de Léon , chap. 44) P^pportô aussi cette même prédiction de Huayna Capac , touchanît ia conquête que les Espagnols devaieat faire du Pérou.
François Lopez de Gomara ^ raconte au cent quinziènie diapitre de son li^re , reniretien que Hermando de Sobo., qui fut depuis goirrernenr d« la Floride , et Pedra de Barco , entent à quelqueSv journées de Caçamarca , sur la route de Chsco ^ avec rinca Huascar qui avait été fait prisoniiiev p'ar les troupe de son frère ÀtahuaUpa. Je co^ piemi les paroles de cet Inea qui conceroent cette prédiction : «< enfin , Huascar déclarsi que tous ces royaumes lui appartenaient dQ droit , et <fiie Atabalipa en était Tusuippateur ^ et qu'il voulait voir le capitaine des chrétiens , qui ssnsdoute luirendrait justice^et le remettrait en liberté , et en pleine possession de ses royaun^es \ qu'au feM;e, son père Huayna Capac lui avait ordonné expressément, un peu avant que de mourir , de se faire ami des- hommes blancs et barbus, parce quHls devaient conquérir le monde , etc. >»
Les Indiens se soumirent volontairennsnt aux EspjigKols , pour exécuter ht volonté de leur roi Huayna Capac. Cela mêlait souvenir qu'un jour que ce vieux Inca , dont j'ai fait mention ci-*de^
36o HISTOIRE BBS INCAS,
vant , eniretenait ma mère de l'entrée des Espa« gnols dans le Pérou et de leur conquête , je lui fis cette question après qu^il eut finit son discours : et Inca ^ comment s^esL-il pu faire que ce pays étant de si difficile abord et tous autres si aguerris et si accoutumés à conquérir des pro« vinces et des royaumes , vous ayez laissé perdre votre empire en si peu de tems, et que vous vous soyez rendus à un si petit nombre d'Espagnols ? » L'inca me répondit , après avoir répété la prédiction touchant les Espagnols qu'il avait rapportée le jour précédent : a que leuY* Inea leur avait ordonné de les servir , et%e leur obéir comme à des gens qui valaient plus qu^eui. » Il ajouta ensuite , comme s^il eut été fuché de ce qu^il semblait que j^avais taxs toute la nation de peu de courage : « ces paroles de notre Incas , qui furent les dernières de sa vie , eurent plus d^cfiet pour nous assujetir , que n'en pouvaient avoir toutes les armes ensemble que votre père et ses compagnons portèient dans notre pays. » Cet Incas voulait faii^ connaître par-là le cas qu ils faisaient des commandemens de leurs rois , et particulièrement de ceux de Huayna Capac , dont la mémoire leur était la plus chère. Lorsque ce prince fut mort , on observa à son égard tout ce qu'il avait ordonné dans son testament^ et toutes les cérémonies qu'on avait aoeoutumé
de faire à la pompe funèbre des rois. Hoaynà Capac laissa plus de deux cents fils et filles , et même plus de trois cents , selon que Faffirmaient quelques Incas pour Êiire connaître la grande cruauté d'Atahuallpa qui les tua presque tous.