‹ Histoire des Incas, rois du PérouChapitre 7 sur 103 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Ue leur quatrième féte^ accompagnée de jeûnes , etcom* ment ils se purifiaient de leurs maux.

L'on appellait Citu la quatrième et dernière fête solennelle que les rois incas célébraient en

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leur cour. Elle leur était â tous un sujet de grande réjouissance, parce quMls la solennisaient ordinaireinent quand ils voulaient bannir de lu TÎtle et des lieux voisins toutes les maladie.*^ , les peines et les faiblesses qui tourmentent les hommes. Cette fête était comme l'expiation des gentils*, ils faisaient de grandes cérémonies, et ils 8*y préparaient même par l'abstinence, otilrc qu'ils n'approchaient point de leurs fenlmé^ pendant tout ce tems-là. Ils observaient ce jeûné le premier jour de la lune du mois de septembre , après Fcquinoxe. Nous remarquerons, à l'égai^dtt jeûne , qu'il y en avait de deux sortes parmi lès Incas , dont le plus austère était celui auquel ils ne buvaieitt que de l'eau et mangeaient un- peu de maïs tout cru-, il ne durait que trois jours, à cause qu'il était fort rigoureux \ on le nommait Hatunccaci, c'est-à-dire le grand jeune. Mais le second, qu'on appelait (7aci, n'était pas si rude ni si fâcheux, car on pouvait manger le mtife rôti et en plus grande quantité , des herbes crues , comme nous mangeons des raves et des laitues , et une espèce d'épicerie appelée acci ou huchu , qu'on mêlait avec du sel. D'ailleurs , il leur était permis de boire de leur liqueur ordinaire; mais non pas de goûter ni chair ni poissons, ni même dos herbes qui fussent as$aison<-

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nées, outre qu'iU ne ^evgient manger qu'une fois le jour*

Après quUls s'e'taient ainsi bien prépiuréa f d: que tQUS en général, hommes , femmes et cnfans, avaient jeûné un jour entier fort rigidement , il$ passaient la nuit suivante à faire du pain appelé conçu. JLiQrsqu'ils en avaient fait des peloter ^ îl$ les i^eltaient dans de grandes marmites de terrft, parce qu'ils n'avaient pas l'^sag^ dos foUrs ; ils 1^ faisaient cuire à demi , jusqu'^^ ç6 qu'il fi^t té^ duiten m$i3se. Us aysûent de dqux sortes de pains : on n^éhit dans la pâte d'une espèqç de ces paips le sang des jeunes garçpns et des qnfans de cinq ans et de dix , qu'on leur tirait d'entre les àm% sourcils et des narines , ce qui était leur saignée ordinaire dans Içurs maladies. Comme le pain que j'ai yu faire autrefois était pour divers effets, ils eu cuis^enl chaque sorte k part , et les parens s'a^^ml^Uient pour cette cérémonie. Tous les frèrçs allaient à la maison de l'aîné , et oeux qui n'en avaient point se rendai^u tau logis du parent le plus proche et le plus 4gé,

Toua ceux qui avaient jeûné se lavaient le corps la même nuit qu'on pétrissait ce pain^ un peu avant qu'il fut jour ; ils prenaient ensuite un peu de cette pâte uiélée avec du sang^ dont ils se frottaient la tétejr le visige, l'estomac, les épau<« les , les lH*as et les cuisses , $fin de se nétoyer , à

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ce quHls disaient, parce qu'ils s^imaginaieiit d'éloigner ainsi de leurs corps toutes sortes de ma^ ladies et de faiblesses. Cela fait , le plus âgé et le plus qualifié de la maison prenait une masse de cette pâle, dont il frottait la porte de la rue , çt l'y laissait attachée pour une marque de la purification des corps , qui s'ëtait faite en cette mai-* son. Cependant le grand-prétre faisait ces mêmes cérémonies dans le Palais et dans le Temple du Soleil *, puis il envoyait d'autres prétrds pour en faire autant en la maison des femmes de cet astre, et dans Huanaccauri , temple qui était a une lieue de la ville, qu'ils avaient en très*grande vénération , parce qu'il avait été le premier lieu oîi s'arrêta Flnca Manco Capac , quand il vint à Cuzco^ comme nous l'avons dit en son lieu. Us envoyaient aussi des prêtres aux autres lieux sa-« crés , et oit le diable leur parlait, en se disant Dieu. Pour la cérémonie qui se faisait en la maison du roi , elle était réservée au plus ancien de ses oncles, du nombre des légitimes.

Après cela , des que le soleil commençait à paraître, ils l'adoraient et le priaient très-humblement qu'il lui plut éloigner d'eux tous les maux intérieurs ou extérieurs , ils rompaient leur jeune avec Tautrc pain qu'on avait préparé sans aucun sang. Après cette adoration^ qui se faisait a une certaine heure, qui leur était marquée, afin

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qu*i}8 adorassent le soleil tous en même tems; on voyait sortir de la forteresse un Inca de sang royal . Celni-ci 9 comme un courrier du soleil, ëtait yétu richement. Il avait une robe retroussée autour du corps , et une lance à la main , garnie d'une bordure de plumes da diverses couleurs^ qui entourait le bois depuis la pointe jusqu^à la poignëe , le tout enrichi de quantité d'anneaux d'or. Cette lance, ainsi ornée , servait aussi d'une espèce d'étendart en tems de guerre ; ce courrier magniSque sortait de la forteresse , et non pas du temple du Soleil, parce qu'ils le regardaient comme un messager de guerre , et qu'on ne par^ lait dans cette forteresse , destinée à être la demeure du soleil , que de ce qui concernait les armes , au lieu qu'on ne traitait dans son temple que des affaires de paix. Il descendait dans cet équipage du haut de la côte appelée Sacsahuamam^ secouant la lance qu'il tenait en main , jusqu'à ce qu'il soit arrivé au milieu de la principale place. Là, il allait joindre quatre autres Incas du sang royal , qui avaient de mêmes lances que lui, et leurs robes retroussées , comme c'est la coutume de tous les Indiens de les porter ainsi , pour n'en être pas incommodés toutes les fois qu'ils veulent courir ou faire quelque chose d'importance ; lorsque ce courrier était venu là , il touchait de sa lance celles des quatre Incas , auxquels

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il disait que le soleil leur commandait^ comme à ses agens etsçs messagers, de chasser de la ville et du pays voisin toutes les incommodités et les maladies qu'ils y trouveraient. Les Incas par<^ taient en même tems , et allaient par les quatre grands chemins qui aboutissent à la ville, et par où ils tiennent qu'on va aux quatre parties du monde, appelées Tahuantinsuju. Alors tous les habitans , hommes et femmes, jeunes et vieux, voyant passer ces quatre courriers se mettaient aux portes de leurs maisons, et en faisant de grandes acclamations et des applaudissemens ex* traordinaires , ils secouaient leurs robes, comme s'ils en eussent voulu ôter la poussière, et mettaient ensuite la main sur la tête, sur le visage, sur les bras et sur les cuisses , qu'ils se frottaient comme s'ils eussent voulu laver ces parties , s'imaginant qu'ils chassaient par ce moyen les ma^x de leurs maisons, afin que ces courriers du soleil les bannissent de la ville. On ne faisait pas seu* lement cela dans les rues par oîi passaient les quatre Incas, mais encore par toute la ville en général j d'où ces messagers sortaient avec leurs lances à la main , et allaient à un quart de lieue de là , où ils trouvaient quatre autres Incas ^ non de ceux du sang royal, mais des privilégiés^ lesr quels prenant leurs lances, couraient toutde même un quart de lieue , et ainsi ils allaient par relais,

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des uns aux auUes, jusqu'à cinq ou six lieues de la ville, oii ils plantaient aussitôt leurs piques > afin de montrer que les maux étaient bornés là, pour se tenir au delà de ces limites.

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