‹ Histoire des Incas, rois du PérouChapitre 8 sur 103 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

De la fête qu'on faisait de nuit pour chasser bien loin les

maux de la ville.

La nuit suivante ils sortaient publiquement , ayant €n main des flambeaux faits de paille , tissus comme de la natte, et tous ronds par le bout, en forme de cabas; on appelait ces flambeaux pancuncu^ et ils duraient assez long-tems sans s'éteindre. Us les attachaient avec une ficelle , qui avait une aune de long, et ils parcouraient ainsi toutes les rues de la ville ; ils sortaient ensuite dehors, comme s'ils eussent voulu dire qu'ils chassaient avec tes flambeaux les maux de la nuit, tout de même qu'ils avaient exterminé avec les lances ceux du jour. Us jetaient enfin ces flambeaux presque brûlés dans la rivière, oii ils s'étaient lavés le jour précédent, afin que son courant emportât jusque dans la mer les maux qu'ils avaient chassés de leurs maisons, et par conséquei.t de la ville. Que si quelqu'un rencontrait 3. 3 .

le lendemain, au bord de Teau, quelque bout de ces flambeaux, il s'en éloignait sur-l>champ aussi vite que du feu , de peur qu'ayant servi aux autres pour expier leurs maux ils ne lui fussent contagieux et funestes.

Apres qu'ils s'étaient ainsi servis du fer et du feu pour exterminer les malheurs qui leur pouvaient ai river durant tout ce quartier de la lune, ils fais lient des réjouissances publiques : ils rendaient grâces au soleil de ce qu'il les avait délivrés de leurs maux, et lui sacrifiaient quantité d'agneaux et de moutons, dont on jetait dans le leu le sang et la fressure, mais on rôtissait publiquement la chair , et on la partageait entre tous ceux qui se trouvaient à cette fête. Enfin on passait tout ce tems-là en chansons, en danses et en festins, et on n'oubliait rien de ce qui pouvait donner quelque plaisir dans les maisons particulières ou dans les [)laces publiques , pour montrer par là que le bien qu'ils recevaient de leur Dieu leur était commun à tous.

J'ai vu solenniser une partie de cette fête dans ' mon enfance* J'ai remarqué que le premier Inca^ tenant une lance en main , sortit avant tous, non de la forteresse, qui était déjà déserle, mais d'une maison des Incas, appelée Collcampatà , qui est à l'une des avenues de la montagne* Je» vis courir 1rs quatre Incas avec leurs lances, et

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pris garde que tous les assistàns se mirent à secouer leurs robes et à faire toutes les autres grimaces qui leur étaient ordinaires. Je leur tIs manger ensuite le pain appelé conçu , et porter leur pancundus ou leurs ilan. beaux allumés. Mais quant à la fête qui se fit de nuit , j'avoue que je ne m^y trouvai pas , à cause qu'elle se faisait à une heure indue, et qu'on me coucha, parce que, comme j'ai dit , j'étais encore enfant. Cependant je sais fort bien que j'aperçus le lendemain qu'il y avait un de ces flambleaux à demi brûlé dans un ruisseau du milieu de la place, qu'oh avait jeté tout auprès de la maison de Jean de . CelloTSCo, mon compagnon d'école^ d'où tous les jeunes garçons indiens qui passaient par là , s'enfuyaient comme si on les eut voulu battre ; mais pour moi , je ne bougeais , parce que j'en ignorais la cause, et il y a apparence quc si on me l'eût dite, j'aurais fait comme les autres, n'ayant pour lors que six ou sept ans tout au plus. ' Ce flambeau fut jeté dans la ville , à l'endroit que je Tiens de rapporter, parce qu'ils ne célébraient plus cette fête avec les mêmes solennités et le respect qu'ils témoignaient au tems de leurs rois , ni pour bannir les maux qui les pouvaient attaquer, parce qu'ils étaient déjà désabusa de ces folies ; mais ils les célébraient seulement en mémoire du passé, à cause qu'il y avait

'Mi HlSTOiaE DES INGAS,

imcore parmi eux plusieui*s vieillards qui n'étaient pas baplist's, et qui continuaient de vivre dans leur superstition et dans leur idolâtrie. Au tems des Incas, ils ne portaient ces flambeaux que jusque hors les portes de la ville ^ oii ils les jetaient , et ils répandaient l'eau dont ils s'étaient lavés dans les ruisseaux, afin que le courant l'eut, portât bien loin de leurs maisons. Car il ne leur était pas permis de la répandre ailleurs, de peur que les maux dont ils s'étaient nettoyés no demeurassent entr'cux, s'ils ne la jetaient dans la rivière.

Les Indiens faisaient encore une autre fête , i|ue chacun solennisait particulièrement dans sa maison. Car après qu'ils avaient fait leur récolte, et serré la moisson dans Jeurs greniers , appelles pinia , ils offraient en sacrifice au soleil un peu de suif qu'ils brûlaienl. Mais les gentilshommes et ceux qui étaient riches , lui présentaient en offrande des lapins domestiques , qu'on nommait c'oj, et ils les jetaient aussi dans le feu, rendaU|. grâces à leur dieu de ce qu'il leur avait donné du pain à manger cette année-là ; ils le priaient ensuite de recommander â leurs greniers la garde du pain, et des grainsqu'illeuravaitdonni's pour leur nourriture ; c'était en cela que consistaient leurs principales prières.

l.enrsprc'res faisaient aussidurantl'annéebciîu-

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coHp d'autres vœux dans la maison du soleil , dont ils ne sortaient jamais , el ces prières n'avaient rien de commim aveccellesdes autres quatre fêtes principales , dont nous avons parlé. . Car celles-ci étaient conune leurs Pâques^ au lieu que leurs fêtes communes étaient les sacrifices ordinaires qu'ils faisaient au soleil à chaque lune. Us célébraient aussi des fêtes particulières lorsqu'ils remportaient quelque victoire , ou que quelque province se soumettait volontairement à rinca. Us remerciaient le soleil comme Tautcur de tous leurs bons succès. On solennisait ces fêtes dans son temple^ mais avec moins de cérémonies que les quatre principales.

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