‹ Histoire des Incas, rois du PérouChapitre 73 sur 103 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Des lapins et des chiens.

Il n'y avait point encore de lapins au Pérou lorsque j'y étais. André Lopes , natif de Stremadura , fut le premier qui en transporta dans la juridiction de Cuzco. Cet homme , qui était prè-

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tre , avait deux lapinS) mâle et femelle^ daiis une cage qU^il fàkait porter par titi Indien en allant à Cusico. Gelui*-ci s'en déchargea pdur se reposer un peu , lorsqu'il fallut pâàsël^ une rivière qui est à mke lieues de cette ville , et qui traverse dans une terré appelée Chinchapuyu , Appartenant aù-« trefois à nidn cher lignent* Garcilasso de là Vega, mais il trouva , quand - 11 yôulut réprendi^e la cage pour continuer son chemin , qu'il y avait une verga rompue par oîi la femelle s'était échappée et avait gagné uiie haute montagne plantée d'alisiers , dotlt il y en a quantité le long de cette rivière ; et comme elle était pleine , elle fit ses petits bientôt après. Ces premiers lapins multi-<plièrent dans la suite extraordinairement , parce que dès que les Indiensk lés virent, ils prirent soin qu'on n'en tuât aucun. On en a transporté de là en divers endroits du PéroU , oîi ils ont aussi multiplié extrêmement à cause de la bonté dû terroir.

La femelle de ce lapin s^égara par bonheur datis un climat tempéré. Car plus on avance en motitant cette rivière, et plus on trouve le pays ' froid , ettoujours couvert de neige j au contraire , si l'on suit le courant de la rivière en descendant, l'on sent toujours redoubler la chaleur , jusqu'à ce qu'on arrive au fleuve d'Apurimac, qui est dans la contrée la plus chaude du Pérou. Au reste f

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î^ai rapporté ce que je viens de dire de ces deux lapins, sur la foi d^un de mes deux compatriotes, qui me le raconta , afin que je Finserasse dans cette histoire. Il y a des lapins dans le royaume de Quito qui ressemblent à peu près à ceux d'Espagne, excepte qu'ils sont beaucoup plus petits, et plus obscurs en couleur; car tout le rable en est noir. Pour ce qui est des lièvres , il n*y en avait point, lorsque j'étais au Pérou, et je ne sais pas bien si Ton y en a transporté depuis.

Il n'y avait point non plus de toutes les sortes de chiens dont nous avons parlé ci-devant. Les mâtins ont été les derniers que les Espagnols y ont transportés, quoi qu'à dire le vrai ils ne fussent pas nécessaires, puisqu'il n'y a. ni loups, ni autres bétes nuisibles; cependant ceux qui avaient des troupeaux ne laissèrent pas d'en faire beaucoup de cas , comme de toutes les autres choses qui venaient d'Espagne , pour lesquelles ils avaient au commencement une si grande passion , sans savoir pourquoi la plupart du tems ils tâchaient de les acquérir à quelque prix que ce fut. C'est pour cela qu'un Espagnol, avec lequel je fis le voyage de Cuzco à la ville des Rois, prit la peine de porter lui-même à cette dernière ville ^ un petit mâtin qui n'avait pas plus d'un mois et demi , dans une espèce de hotte , attachée à l'arçon de la selle de son cheval , quoique Cuzco

soit éloignée de cent vingt lieues de la ville des Rois, que le chemin soit fort mauvais, et qu'il fut obligé de faire chercher du lait tous les jours pour nourrir ce petit chien. Il me dit qu'il le porterait, comme une chose fort précieuse , pour en faire présent à son beau-père , qui avait plusieurs troupeaux, et qui demeurait à environ soixante lieues de la ville des Rois. *

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