CHAPITRE XXVIII
Des fruits d'Espagae. et des cannes de sucre.
Avant que les Espagnols conquissent le Pé-^ i ou ) il est certain qu'on n'y voyait ni figues , ni grenades, ni oranges, ni citrons, aigre» ou doux , ^î poires , ni pommes , ni coins , ni pèches , ni ^Iberges ,.ni abricots ^ ni aucune sorte de prunes de celles qui croissent en Espagne. Car on en trouvait d'une autre espèce que les Indiens ap-« Pillent usswn ; ce qu'il faut remarquer pour no pas lesconfondre. Un'y avait pas non plus des ci* bouilles ,. des concombres, ni des mdions qui lussent bons à manger. Mais l'on peut dire , sans
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mentir , que tous ces fruits , et plusieurs autres dont }e ne me souviens pas , y viennent aujonrirhui en si grande abondance , qu'on ne s'en soucie presque po.ot , non plus que des autres choses d'Espasçne , qui multiplient beaucoup plus dans ct'S contrées des Indes que dans ce royaume. Vour le pi*ouver , il suflfira desayoir que lorsqu'on conunenva dV i^cucillir des grenades ^ on en porta une si gix>sse à la procession du Saint-Sereiuent y que j'ai bien de la peine à dire quelle en êtuit la t>ixx<$cur , de la manière qu'on me la dépeignit ; de peur de scandaliser les ignorans qui ne {H^uvent croire qu'il y ait dans le monde lie plus jiitindes choses que celles de leur village. Ce^Nendant aniune il ne serait pas raisonnable de supprimer dt*s vérités, pour s'accommoder à Thameur des sots , je dirai que la grenade dont il est questii^n « était plus t^rosse qu'un de ces barils tvuit txMuts qui se font à Seville pour y transporter lie riuule aux Imks. J'ajouterai à cela qu'on y A >u plusieurs raisins pesant huit etdixliTrrs. «|uaulite de coiu^ aussi ^ros que la teie d*uB houuue et des cilrous qui approchaient en snmsseur de la moitié d\ine cruche. Je Toadrab savoir les uoms de c^ u\ qui apportèrent les pceu)it |SL vvs tVu au Pcrou , jH>ur les mettre ici . et leur douuer les louans:es qui leur sont dsesw , J li^nore au<^i en i^nel tems on en apporta. Vas
je sais quVn i58o , un riche marchand espagnol ^ nommé Gaspar d'Âcocer, demeurant dûns la ville des Rois , où il avait une fort belle terre, apporta au Pérou des guignes et des cerises pourles y planter. Mais on m'a dit depuis qu^^elles n^ ont pu venir. On y a planté des amandiers ; je ne sais si on y a aussi planté des noyers.
L'ep na savait anciennement dans le Pérou ce que c'était que des cannes de sucre. Mais les Espagnols y ont mis depuis si bon ordre , qu'ils en ont de reste aujourd'hui. Le premier sucre qui vint d|i Pérou se fit dans le pays de Huanucu , par Tinvention d'un gentilhomme de ma connaissiaiice ; mais comme il ne pouvait pas le vendre parce qu'on en transportait beaucoup du Mexique , un de ces domestiques, , homme prudent et rusé , lui conseilla d'en charger un grand vaisseau , et de l'envoyer à la nouvelle Espagne, 9fin que ceux du pays voyant qu'il y en venait du Pérou, jugeassent par-là qu'il y en avait de reste,^ et qu'ainsi il n'y en transportassent pas davantage. La chose réussit en effet comme il l'avait proposée , et son maître y trouva si bien son compte , qu'on y a fait depuis à son imitation quantité de moulins et de machines propres à faire du sucre.
11 s'est trouvé encore dans les Indes , à ce qu'on m'a dit , des espagnols si curieux en matière d'à*, griculture , qu'ils ont enté des arbres fruitiers
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d'Espagne sur ceux da Pérou ', ce que Ton cou* tinujs encore aujourd'hui au grand étonnément* des Indiens y qui ne peuvent comprendre comment un même arbre peut porter de trois ou quatre sortes de fruits. Mais ils admirent bien d^autrès choses qui ne le méritent pas tant. Je me suis imaginé que les jardiniers pourraient bien encore, ce me semble^ s'ils ne l'ont déjà fait, enter des greffes d'olivier sur les arbres, que les Indiens appellent quishuar , dont le bois et les feuilles lui ressemblent si fort , que je me souviens dépuis mon enfance , que les Espagnols qui voyaient le quishuar , me disaient que les oliviers étaient faits comme cet arbre : mais il y a cette différence , que cet arbre ne produit aucun fruit , quoique la fleur , qui tombe aussitôt , ressemble fort à celle de l'olivier. Mes camarades et moi nous nous servions.de ces branches pour jouer , au lieu de cannes , parce qu'il n'y en avait point aux environs de Guzco , a cause de la froidure du pays^
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