‹ Histoire des Incas, rois du PérouChapitre 82 sur 103 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Du lin , des asperges , des carottes et de Vanis,

Gomme il n'y avait point de lin au Përou , madame Catherine de Retez envoya en Espagne en i56o pour en avoir de la semence. Cette dame fut une des premières religieuses du couvent de sainte Claire de Cuzjco; elle ëtait native de la ville de Saint-Luc de Baremeda, et belle - mère de François de Villefort, l'un des premiers conqaërans de cet empire qui alla demeurer à Cuzco avec la plupart des autres conquërans. Je ne 'puis dire si cette religieuse reçut la graine de lin qu'elle attendait^ parce que je partis de mon pays cette mcme annce. Mais l'on m'a dit depuis qu'il y a présentement une grande quantité de lin an Pérou. Je n'assurerai pas néanmoins si les Espagnols ni les M etives le savent filer^ parce que je ne les ai jamais vues occupées à cela , mais je leur ai vu faire des ouvrages de couture. Il y avait de fort beau coton au Pérou , et quoique les In-

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diennés n'eussent ni rouet à filer , ni outil pour carder le ^ton , elles savaient très bien faire Fun et l'autre avec les dpigts^; mais il y a apparence qu'elles ne seraient pas d'abord fort habiles à filer du lin.

Pour revenir maintenant à la grande estime que ce ur du Pérou firent au commencement de toutes les choses qu'on leur rapporta d'Espagne ^ quelques viles qu'elles fussent; je me souviens qu'aux années 1 555 et i556, Garcia de Melo , natif de Trugillo^ pour lors trésorier de l'épargne à Cuzco , envoya à Garciliasso de la Vega , mon cher seigneur^ trois asperges de celles d'Ë<:-^ pagne dont il lui fit présent comme 'd'une chose exquise. Ces asperges étaient fort belles, mais inégales; il y en avait deux grosses comme un des doigts de la main^ et beaucoup plus longues qu'un quari d'aune ; la troisième était plus gpv>sse et plus courte \ elles étaient toutes trois si teiidres qu'elles se rompaient d'elles-mêmes. Pour faire plus d'honneur à ces nouvelles plantes, mon père les fit cuire dans sa chambre en présence de sept ou huit cavaliers qui soupaient chez lui. Aussitôt qu'elles furent cuites l'on apporta du vinaigre et de l'huile, et alors Garciliasso, mon seigneur, partagea les deux plus longues aux conviés, mais il pria la compagnie de ne trouver pas mauvais qu^il se réservât la troisième pour lui, puisque 3. 27

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c'éuît un fruit d'Espagne ; ils mangèrent ces aspergea aTcc plus de plaiair et d'appareil^que ai an leur eût fait prnent d'un phénix ; mais je n'eus pas le bonheur d'en goûter, quoique je prisse k soin d'en faire servir sur tabls.

Le capitaine Barthélémy de Taraaaa envoya à peu près dans le même tems , comme un présent magnifique à mon père , trois carottes d'Espagne qu'on servail sur table quand il y avait quelqu'un d^invité , et on leur en donnait à chacun une rouelle par une grande magnificence. Celui en ce même tems qu'on vit de l'Anis à Cnzco el qu'on en mit dans le pain, ce que ks Indiens n'estimaient pas moins que le nectar et l'amhroisie des poètes. Je ne saurais dire si les asperges et les carottes sont bien Tenues au Pâiou. Les Espagnols y ont aussi planté des mûriers pour tâcher d'y introduire le commerce des vers a soie, dont il n'y en avait aucun dans le Pérou; mais l'on n'a pu venir à bout de ce travail.

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