‹ Histoire des Incas, rois du PérouChapitre 85 sur 103 · CHAPITRE XXXÏII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXÏII

Arlilîccs (l'Ataliuallpa pour amuser son frère Huascar.

Après que ces choses se furent ainsi passées , Atakuallpa fit publier ; artoutson royaume , et dans les autres provinces qu^il possédait, que tous les hommes de service se tinssent prêts, pour aller h Cuzco dans un certain jour marcjué , afin (le se trouver aux funérailles de Huayna Gapac son père, selon Tancienne coutume de chaque na«

A0I8 BU PÉBÛU. 4^7

lion , et en Mémo tenifi pour rendre homiiuige au grand monihI^e Huascar Inca et lui prêter le serment de fidélité. U ordonna aussi que tout le monde parut magnifiquement pour rendra la pompe plus aalennelles. Mais il commanda en se** Qï^t à ses capitaines de choisir dans leur gouvernesuent les meilleurs soldats , et de s'armer à petit bruit, parce qu'il avait plus besoin- d'eux pour un combat que pour une pompe filnèbre. Il ordonna encon^ qu'ils mai«hassent }>ar compagnies dé cinq à six cents hommes , plus ou mdihs ; qu'ils se déguisassent si bien , qu'on les prît plu*tôt pour des bourgeois que pour des ^gens d^ guerre ^ et que les compagnies fussent éloigpëefe le$ unes des autres d'environ trois lieues. Enfin il commandai que les premiers capitaines fi«sent' halte lorsqu'ils seraient à dix ou douze journées de Guzco ) idSn que ceux qui les suivraient les pus*<i sent att;eindre plus aisément > el il trouva bon que ceux des dernières compagnies étant Hrrivi^s a u;ic] endroits qu'il leur marqua , doublassent leqrs îournéeS) pour pouvoir Joindre le4 premiers en peu do tems. De cette manière AtaJhuallpa mit en canopbgne^ subtilement plus de trente mille hommes , dont la plupart étaient gens d'élite et tous vieux soldats que son père lui avait laissés ^ sous la conduite des capitaines les plus expérimentés du p^iys qui ne l'abandonnaient jamais.

428 HISTOIRB DBS INCAS,

Toutes ces troupes étaient commandées par deux généraux d'armée , dont Fun s'appelait Ghallcuchima , et l'autre Quiezquiez auxquels l'Inca fit connaître , et même il en répandit le bruit partout ^ qu'il marcherait avec les derniers.

Cependant Huascar Inca ne pensait point à se tenir sur ses gardes ^ parce qu'il se fiait entièrement aux paroles de son frère , et encore plus à la longue expérience que ses prédécesseurs avaient faite de la fidélité de leurs sujets , qui , comme le dit le R. P. Acosta , liv. VI , chap. 1 2 , « aimaient si fort leurs rois , qu'on ne leur pouvait point reprocher d'en avoir jamais trahi aucun, n Appuyé sur de si bons fondemens, Huascar ordonna qu'on fournit abondamment aux gens de son frère , donl il ne se défiait pas plus que de ses propres sujets , tout ce dont il aurait besoin ., et qu'on leur fit toute sorte de bon accueil comme a ses propres frères, qui venaient exprès, disaitril, pour assister tous aux funérailles du roi son père, et pour lui prêter serment de fidélité en particulier. Ces deux peuples se conduisirent donc les uns envers les autres d'une manière bien différente ; les sujets de Huascar, avec la bonté qui leur était naturelle , et ceux d'Atahuallpa , avec toutes les ruses et la malice qu'ils avaient apprises à l'école de leur prince.

CHAPITPUE XXXiV.

Huascâi* entre en déâance de son frère sur les avis qu'on lui donne , et lève des gens de guerre.

Ceux de Quito firentprès de quatre cents lieues ^ dans Tordre que nous avons dit , jusqu'à ce qu^ils arrivèrent à environ cent lieues de Cuzco. Cependant il y eut des vieux Incas, gouverneurs des provinces y par oii ces gens-là marchaient , qui , étant également bien versés aux aiiaires de la paix et de la guerre ^ fureht surpris de voir passer tant de gens ^ et en eurent mauvaise opinion. Ils j nageaient , avec raison , que cinq ou six mille hom« mes , ou dix mille tout au plus , devaient suffire pour la solennité des funérailles du grand Huayna Gapac , et qu^à Tégard du serment de fidélité , il n'était pas nécessaire que d'autres gens le pré-« tassent, que le roi Atahuallpa , les curacas , les gouverneurs et les capitaines. Ils savaient d'ail* leurs qu' Atahuallpa était un esprit remuant et fort ambitieux^t dont on devait se défier , d'ati^

43o BIHTOmE Des IMAS,

tant plus qn^on n'iî^norait pas que ce prince avait beaucoup de valeur* Ces Incas ayertirent donc secrètement leur roi Iluascar , de se tenir sur ses gardes*

Cet avis réveilla Iluascar de l'assoupissement où sa trop grande confiance Pavait plongé. En m^me tems il dépêcha en diligence courriers sur courriers aux gouverneurs des provinces d'Ânti- Huyu , de GoUasuyu et de Cuntisuyu , pour leur ordonner de se rendre promptement à Cuzco , et d^y amener tout ce qu'ils pourraient avoir de gens de guerre. Mais il n'envoya personne à la province de Ghinchasuyu , cui était Id plus grande (le toutes, et la mieux fournie d'hommes aguerris, parce qu'il crut bien qu'elle aurait besoin de tout «on monde pour résister aux troupes des ennemis, qui devaient passer par là. Les habitatfs de Gollasuyu ne purent venir assez à tevis , à csfuse de lu grande étendue de cette province , qui â plus (le d(*ux cents li(!ues de long. La province d'Antisuyu^ qui n'est pas fort peuplée , à cause qu'elle est toute ph^ine de montagnes , envoya peu de monde. Pour celle de Cuntisuyu^ qui est plus ressemée, et qui ne manque pas d'habftan», tous le!) curaçao accoururent avec plus de trenle mille liommes \ mais ils étaient peu aguerris, à cause qu'ils iivai(Mit joui do la paix depuis très«longt( lits , H (railleurs ils avaient naturellement peu

ROIS DU PiROIf. 43 1

de courage. La négligence de Huascar et de ses sujets , redoubla le courage et la malice des gens d'Âtahuallpa ', ils se trouvèrent dans peu de tems plus de vingt mille hommes sur le bord de la rivière d'Âpurimac. Aussitôt qu'ils l'eurent passée , sans que personne s'y fut oppose , ils se déclarèrent ouvertement ennemis et s'avancèrent avec plus de diligence ^ les armes à la main et Içs enseignes déployées. L'avant-garde marcha de cette manière , comme en bataille rangée , jusqu'à ce qu'elle fût jointe par Parrière-garde qui était de plus de dix mille hommes , et ils se ren-» disent tous à la colline de Villacuoca qui est à six lieues de la ville. Cependant Atahuallpa, qui n'osa s'avancer si près , demeura sur la firontièce de son royaume , en attendant le suocès du pre^ mier combat qui se donnerait , sur lequel il fon-dait toutes ses espérances , parce qu'il savait bien que ses ennemis ne seraient pcÂnt sut leurs gardes 9 et que d'ailleurs il était assuré de la valeur de ses capitaines et de ses vieux soldats. Mais Huascar suivi de tous ses parens et de^ tfoupcs qu'il avait ramassées , qui faisaient environ dix mille hommes , fut joindre ceuic de sos soldats qui étaient à l'ouest de la ville , pour y attendee les autres qui venaient après.

43a HISTOIRE DES IMCAS,

Page 1