‹ Histoire des Incas, rois du PérouChapitre 86 sur 103 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Du combat qui se donna entre les armées des Jncas, où le parti d'Alahuallpa demeura \ictorieux, et de se» grandes cruautés.

Les gens d'Atahuallpa , qui étaient fort expéri' mentes, allèrent chercher Huascar , pour le combattre sans délai , avant qu'il eut le loisir de faire de plus grandes levées de gens de guerre. Us le trouvèrent dans une campagne fort large , qui est à deux ou trois lieues de Cuzco, du côté de l'ouest Là, sans s'être donné le mot auparavant, ni sans avoir fait mine de se vouloir attaquer ^ ils cornliattirent cruellement les uns et les autres» Le combat dura tout le jour , et il y eut quantité de morts des deux côtés. Mais^enfin , par la faute des Collas et des autres gens de Huascar, qui étaient naturellement lâches, et peu propres aux armes, la victoire demeura aux gens d'Âtahuallpai qui étaient si vaillans , qu^m seul homme en valait plus de dix de ceux de Huascar. Ce prince s'en-

ROIS DU pÉnou. 4^3

fuit avec environ mille hommes , qui Favaient tiré de la mêlée -, mais les vainqueurs qui auraient cru n'avoir rien gagné , s'il échappait , le poursuivirent de si près , qu'ils le firent leur prisonnier; et tous ceux qui l'accompagnaient moururent en sa présence , ou de la main de leur^ ennemis, ou de la leur propre, parce qu'ils ne voulurent point survivre à leur roi prisonnier. Quantité de Guracas , de capitaines , et d'autres gens de condition , se rendirent volontairement, comme de pauvres brebis qui ne savent de quel côté fuir, ni où trouver une retraite assurée. Plusieurs néanmoins se pouvaient sauver, mais ils ne le voulurent pas; ils aimèrent mienx être, captifs avec leur roi , pour témoigner leur fidélité, que de passer le reste de leurs jours dans une gêne perpétuelle , quelque liberté qu*ils pussent avoir d'ailleurs.

Les gens d'Atahuallpa, qui regardaient la personne de Huascar comme le pi as riche butin qu'ils pouvaient faire, le firent garder nuit et jour à vue par quatre capitaines^ et plusieurs soldats des plus affidés, qui se relevaient d'heure en heure les uns les autres, afin qu'il né put s'évader. Après cela , ils firent publier que le roi Huascar était prisonnier de guerre , afin que la nouvelle en étant répandue partout son empire, ceux qui auraient fait dessein de venir à soii se- 3. 28

434 HISTOIBB DBS lli^lS ^

cours , n'y pensassent plus. Mais surtout ils en avertirent aussitôt le rcH Âtahuallpa.

Ce fut le point décisif de la guerre d« ces deux frères *, car quelques historiens espagnols parlent de quelques autres combats et de quelques ren« contres qu'il ye ut aux confins des deux royaumes , entre les capitaines et les soldats qui y étaient eu garnison, mais ces comhals sont peu considérables. Ceux qui disent qu'Âtahuallpa y fut arré* té prisonnier, se trompent. Il est vrai qu'il en fil courir le bruit , pour amuser Huascar et ses gens. 11 ajouta même une fiible pour autoriser sa tyrannie , et faire accroire au peuple que le soleil prenait un soin particulier de sa personne et favorisait son parti : c'est que cet astre l'avait transformé en couleuvre , pour lui donner le moyen de sortir par un trou de la prison où il était retenu. Ces peuples étaient si grossiers et si crédules, que tout absurde qu'était cette jfiible, ils la prirent pour une vérité, comme toutes les autres fables que les Incas avaient publiées touchant le soleil, dont le peuple les croyait être fils.

Lorsque le tyran Atahuallpa se vît entièrement le maître de l'empire, il conçut le dessein le plus barbare qu^on puisse imaginer* Il fit publier, sous le prétexte spécieux de vouloir rétablir son frère Huascar dans ses états, que tons les

llbiS W PÉROU. 43a

Incas dèrempire, les gouverneurs, les officiers, les mestres de camp^ les capitaines, et tous les autres qui avaient des emplois civik ou militai^ res se rendissent à Cùzco dans un certain tems qui leur fut prescrit; et même pour les y attirer plus facilement, il leur fit ijlsinuer que c'était pour tenir les ëtats*géhéraux et y paisser avec eux (]uelques articles , dont l'observation les feraient vivre à l'avenir, son frère et lui, en fort bonne intelligence. Les Incas du sang royal se hâtèrent de venir au rendez-vous; et si quelques-uns y manquèrent, ce furent seulement ceux qtri ne le purent, ou à cause Ae teui* indi^9|>osition , ocr pour leslncbmmodites de leur âge, qui né leur permettait pas de faire un si long chemin en peu de tems. Il y en eut pourtant quelques-uns qui n'y vinrent pas ^ parce qu'ils n'osaient se fier à la parole d'un tyran vicloriciix. Ces derniers furent les plus sages ', car dès que les autres furent arrivés^ il les fit tous mourir de divers suppli« ces, de peur qu'ils ne fissent soulever le peuple contre lui»

iS.

4>U HISIOIRE DES INCAS,

Page 1