CHAPITRE XXXVI
Causes dj la cruauté xL'Alahualipa et ses efiels.
Avant que d'aller plus loin, il esta propos, ce me semble, que nous marquions les causes qui portèient le tyran Atahuallpa à tremper ses mains dans le sang de ses parens. Nous avons re* marqué ailleurs que c'était une loi fondamentile de ce grand empire, qui avait été observée inviolablement depuis le premier Inca Manco Capac, que nul ne pouvait succéder à cette couronne, s'il n'était fils de la femme légitime du roi, c'est-à-dire, de sa propre sœur-, et si Tlnca n'avait point de fils légitime de la reine son épouse, alors son plus proche parent issu légitimement d'une palla, dans la race de laquelle il n'y avait eu aucun mélange de sang étranger, parvenait a la couronne*, et si le plus proche parent n'avait point de fils, on prenait celui qui le suivait , et ainsi des autres jusqu'au dernier Inca descendu de père et de mère de sang royal. Toutes tes
qualités manquaient à Atahuailpa , car ,sa mère était native du royaume de Quito. D'ailleurs , il y avait une autr<3 loi qui portait que rien ne pourrait être aliène du domaine de la (couronne, et que toutes les conquêtes qu'on ferait devaient y être réunies. Par conséquent Atabuallpa ne pouvait pas posséder légitimement le royaume de Quito, Ce tyran n'ignorait pas ces lois, il cour naissait aussi l'attachement des Indiens à leurs coutumes et à leurs lois ^ et il appréhendait que iorsqti'on serait dans le calmé, tous les ^tats, d^un commun consentement, rie demandassent un Inca qui eut les qualités que nous avons dites^ et même qu^ils n'en élussent un de letir propre mouvement. Ces considérations^ le firent résoudre à faire mourir s^s frères, ses oncles, ses neveux et tous ses autres parens jusqu'au quatrième degrés qui pouvaient prétendre a l'empire. Il n'épargna point ceux qui étaient comme lui bâtards du fiang royale atin d'empêcher qu'ils ne suivissent son mauvais exemple. Il fit mourir tous ces innocens de divers supplices : les uns eurent la tête tranchée, les autres furent pendus., les autres jetés dans la rivière el dans les lacs avec de grosses pierres au cou, et h s autres précipités du haut des rochçrs. C'est là la conduite de la })lupart des tyrans et des usurpateurs, les histoi- 2'es anciennes et modernes nous en donnent mille
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4)Keroples, qu^il n'est pas nécessaire de rapjwrfter. |l n'en faut point d'autre preuve que ce qui est pratiqué, d'ordinaire dans la maison des ottomans, oit le successeur de l'empire, par une maxime plus que barbare, fait ensevelir avec son père tous ses frères innooens , afin de s'assurer (I eux. Mais il est visible qu'Âtahuallpa les a sur* passés en cruauté.
Les impitoyables ministres de sa barbarie firent par son ordre le plus promptement qu^il fut possible, toutes ces sanglantes exécutions. Car cet infâme tyran ne se croyait point en sûreté , tant quUl y aurait au monde quelqu'un de la famille des Incas^ c'est pourquoi , tout victorieux qu'il était, il n'osa jamais aller plus avant que Saussa , que les Espagnols appellent Xaujcc , qui est à quatre-vingt-dix lieues de Cuzco. Ce- ])endant, quoiqu'il eût une grande haine pour le pauvre Iluascar Inca , il ne voulut point le faire mourir alors, pour pouvoir s'en servir en cas (le soulèvement contre lui. Car il ne doutait point que les plus factieux de ses vassaux ne s'a* paisassent aisément, si , dans leurs plus grands désordres, il leur envoyait faire offre de leur rendre Iluascar. Mais quoiqu'Âtahuallp*' conservât la vie à ce prince infortuné, il ne laissa pas d'exercer sur lui une vengeance plus cruelle que la mort , en faisant massacrer tous ses paren5
en sa présence. Mais ce né furent pas là lesseuls touroiens qu^on lui fit souflfrin Nous avons di t que lesgens d^Vtahual Ipa avaient * fait quantité d^autres prisonniers; ils ne voulu-^ rcAt pas qu'ils en fussent quittes à meilleur marché que les princes du sang, afin que leur exemple intimidât tous les autres Curacas et toute la no« blesse de l'empire, qui était naturellement affectionnée à Huascar. Us les menèrent tous , les fers aux mains, dans une plaine qui est au fond de la vallée de Sacsahuana , oii se donna depuis la bataille du gouverneur Gasca et de Gonçalo Piçarro , et, après les avoir fait ranger en haie, ils firent passer au milieu d'eux le pauvre Huascar , tout couvert de boue ^ avec une corde au cou et les mains atticlaaes derrière le dosr Lorsque ces pauvres prisonniers virent leur prince réduit dans un état si triste, et qu'on le promenait ainsi devant eux pour les persécuter davantage , ils s'abandonnèrent aux cris et aux plaintes, et se prosternèrent devant lui comme s'ils eussent voulu l'adorer^ Mais en même tems tous ees pauvres affligés fiirent assommés cruellement à coups de haches et de petites massues. Je dirai ici, en pas- •sant, qu'on appelle ehdxmpiees petites massues, et qu'on en combat d'une main, mais qu'il Êiut les. deux mains pour manier les plus grandes.
4'{o HISTOIRE DES INCAS ,