‹ Histoire des Incas, rois du PérouChapitre 89 sur 103 · CHAPITRE XXX VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX VIII

De quelques Incas du saiijT royal qui échappèrent à la

persécution d'Atahuallpa.

Il y eut cependant quelques Incas qui furent assez heureux pour se garantir de celte persécution , soit parce qu'ils ne tombèrent pas entre les mains des gensd'Atabuallpa, ou parce que parmi

446 HISTOIRE DBS INCAS ,

ce grand nombre de barbares , îl s^en tronva qixeU ques-uns, qui, touchés de quelque pitié de voir répandre cruellement le satig des liieals quHb ré^^ gardaient comme divin, et ks de tourmenter ainsi des innocens, en firent sauver quelque^ personnes de Tun et de l'autre sexe , âgées seulement de dix à onze ans et au-dessous. Mais avant que de les faire sortir de la plaine, ils leur obèrent les marques d'honneur et les ornemens royaux , et leur donnèrent des habits des gens du commun afin qu'on ne put pas les reconnaître et qu'ils ne fussent pas eux-mêmes en danger en voulant en tirer les autres* Ma mère eut le bonheur d'être du nombre de ces personnes qui furent sauvées, aussi bien qu'un de ses frères nommé don François Huallpa Tupac Inca lupanqui que j'ai connu familièrement. Lui*méme m'a écrit depuis que je suis en Espagne, et c'est de lui que je tiens tout ce que je viens de rapporter. J'ai connu encore quelques autres Incas que leur bonne fortune a tirés de cette persécution , et particulièrement deux Âuquis qu'on appellerait infans en^'Espagne, car ils étaient fils de Huayna Gapac \ l'uii d'eux se nommait Paulu et il était homme fait au tems de ces malheurs , comme on le voit dans les histoires qui en parlent assez souvent. L'autre^ qu'on appelait Titu, prince légitime et de sang royal, n'était alors qu'un enfant comme je puis Favotr

ROIS OU PÉBOU, 447

remarqué dans un autre endroit oit )'ai parlé du baptême de l'un et de Taulre , et des noms çhre<« tiens qui leur furent donnés. La famille de ce Pciulu s'est alliée avec des Espagnols , car son fils don Charles Inca, mon compagnon d'école^ fut marié avec une demoiselle née de père et de mère Espagnols , de laquelle il eut don Melchior<« Charles Inca , lequel est venu en Espagne en i6oa pour voir la cour^ et pour y recevoir les récompenses qu'on rassura qu'il recevrait pour les ser-* vices que son aïeul avait rendus à cette couronne dans la conquête du Pérou ^ et depuis contre les tyrans de l'Etat, comme on le verra dans les his* toires de cet empire* Mais si quelque chose l'en renddigne particulièrement, c'est l'honneur qu'il a d'être arrière-neveu 'de Huayna Gapac en ligne masculinne, et le principal de ceuiqui sont res^ tés en petit nombre de ce sang royal ;. il est présentement à Valladolid, où il attend ces récom* penses, qui , pour si considérables qu'elles soient, seront toujours au-dessous de son mérite.

Pour ce qui regarde Titu , deux nusia , c'està-dire infantes, qui descendaient de lui, s'allièrent aussi à des Espagnols. L'une nommée dona Béatrix Goya, fut mariée à Martin de Mustincia, d'extraction noble, et qui avait été coin^iissaire général dans le Pérou pour l'empereur Charles V. De ce mariage naquirent trois Hls qu'on appelait

les Busiincias, sans compter un autre qui fut nommé Jean Sierra de Leguizamo , mon compagnon d'école. L'autre nusta se nommait Léonor Goya; elle se maria en premières noces ayec un Espagnol appelé Jean Balsa » que je ne me souviens pas d'avoir connu ^ ils eurent un fils du même nom avec lequel j'ai étudié. Ëléonor épousa en secondes noces François de Yillacastin, l'un des premiers conquérans du Pérou, de Panatua et des antres contrées. Nous rapporterons ici ce qu'en a dit François Lopez de Gomora dans le 66^ cbapitre de son histoire, parce quecela nous donnera occasion de remarquer une particularité curieuse. Ce fut lui ( Villacastin) qui peupla Pédrarias, JN ombre de Dios et Panama , et qui ouvrit un chemin pour aller d'un bout à l'autre, quoique cela ne se put qu'avec beaucoup de peine à cause du grand nombre de montagnes remplies de lions, de tigres et d'ours. L'on raconte encore quHl y avait dans ces solitudes de toutes sortes de singes qui faisaient un si grand bruit quand ils t'étaient irrités, qu'ils étourdissaient les gens de travail, et portaient sur le haut des arbres quanliti» de piérides qu'ils jetaient au premier qui s'ap- }>ix)chail. L'un des conquérans du Pérou avait mis à la marge de ce passage cette remarque : Un do ces singes fut si malicieux que de frapper trun coup de pierre un arbalétrier qu*on appc-

ROIS DU PÉROU. 44d

lait YiUacastin , auquel il abattit deux dents. Celui-ci fut depuis un des conquéraus du Fërouet seigneur d'une assez grande étendue de pays qu'on appelait Ayaviric. Il fut arrêté prison-^ nier à Cuzco pour avoir été du parti de Fi-(> çarro dans Xaquixagona , et il mourut enfin d'un . coup de poignard y qu'un de ses ennemis lui donna au visage. C'était un très - honnête homme, et qui mourut pauvre, aj^rès avoir fait beaucoup de bien à quantité de personnes. YiUacastin tua le singe qui l'avait blessé.^ parce qu'il tira son arbalète dana le même tems que le singe )eta sa pierre. ». J'ai vu autrefois ce YiUacastin , et pris garde en effet qu'il lui manquait deux dents à la mâchoire de dessus, et qu'on disait qu'un singe les lui avait cassées. J'ai été bien aise de le confirmer par le témoignage des auteursr que j'ai nommés,. |Murce que cet événement me paraît assez remarquable. J'ai connu environ deux cents autres Incas et pallas du sang royal; je n'en parle fjue parce qu'ils ont été fils du grand Huayna Capac. Ma mère avait l'honneur d'être sa nièce , tant du côté paternel , que du maternel ; elle était fille d'un de ses frères légitimes, nommé Huàllpâ Tupac Inca lupanqui. J'ai connu encore un fils , et deux filles du roi Atahuallpa. L'une, des filles se nommait Donna Angelina, de laquelle 3. ag

45c HI»T01EE DBS INCAS,

le marquis dom François Piçarro eut un fik ^ que Ton appelait dom François , qui fut un de mes compagnons dVcolc ^ et de mes plus grands émules ; car lorsque nous n^avions que huit ou neuf ans , son oncle Gonçalo Piçarro , nous faisait exercer 4 Ten^i , à courir et à sauter. Ce marquis eut aussi une fille ^ nommée D. Françoise Piçarro , qui épousa Hernandez Piçarro. Le marquis son père prit le soin d'élever une fille de Huayna Capac , qui se nommait Donna Ynes Huaylla Nusta , qui se maria depuis a^ec Martin d^Ampuero , faabiliint- de la ville des rois. Ces deux fils du marquis , et celui de Gonçalo Piçarro , appelé dom Fernand , furent menés en Espagne , oii ils moururent à la fleur de leur âge, regrettés de tous ceux qui les connaissaient à cause des grandes espérances qu'ils donnaient. Je ne me souviens pas bien si Tautie fille d'Atahuallpa se nommait Béatrix , ou Élizabeth. Quoi qu'il en soit y je suis trcscertain qu'elle épousa Blas Gomez Espagnol , natif de Stremadura. Après la mort de celui-ci, elle se maria en secondes noces avec un cavalier mêtif , nommé Sancho de Royas. Le fils d'Atahuallpa que j'ai connu s'appelait dom François, il était bien fait de corps, et beau de visage , comme tous les Incas et les pallas. Il mourut fort jeune , quelques mois avant que

je vinsse en Espagne , et sa mort donna occasion à un discours que me tint un jour un vieux: Inca , oncle de ma mère , sur le sujet des cruautés d'ÂtahualIpa , je le rapporterai dans le chapitre suivant. Huayna Capac laissa un autre fils j que je n^ai point connu , et qu'on appelait Manco Inca ; il était légitime héritier de Fempire , parce que Huascar mourut sans laisser aucun fils. Revenons aux cruautés d'Atahuallpa.

Page 1