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loin d’être nuisibles aux pins, sont au contraire préposés à leur défense, puisque leurs larves font la guerre à celles des insectes exclusivement xylophages. Au point de vue forestier, ce fait est bon à connaître ; il l’est aussi au point de vue scientifique, et je ne me réjouis pas seulement d’avoir pu ajouter quelque chose aux connaissances déjà acquises, je considère en outre comme une bonne fortune d’avoir pu rétablir la vérité sur les habitudes, les appétits réels de quelques espèces qui avaient donné lieu à des erreurs, puisqu'on les considérait comme lignivores lorsqu'elles sont carnassières.
La rectification de ces erreurs aurait pu être une conséquence du raisonnement si elle n’avait été le résultat de l'observation directe. Nous verrons tout à l'heure des larves véritablement xylophages, et nous constaterons que, par leurs formes, leur organisation, elles diffèrent toutes tellement de celles dont nous venons de parler, que nous aurions été forcés d’en induire des différences notables dans leur manière de vivre. En comparant, au contraire, ces dernières avec les larves de Brachélytres dont les instincts carnassiers ne sont contestés par personne et que témoignent, du reste, leurs organes, nous aurions rencontré des analogies telles que nous nous serions trouvés beaucoup plus disposés à les grouper avec celles-ci qu’à les rapprocher de celles-là.
Je ferai observer aussi, à l’éloge de la classification nouvelle, qui est loin d'être une perfection, mais qui est un progrès, que plusieurs insectes, installés à des places très reculées, ont été notablement rapprochés du sommet de l'échelle, comme étant mieux organisés qu'on ne l'avait supposé ; et que précisément leurs larves, par leurs organes appropriés à leurs appétits, viennent se placer au même
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niveau. Il y a dans cette coincidence remarquable des résultats de l’élude des insectes parfaits et de l'observation de leurs larves, quelque chose qui plait et qui frappe en même temps. Pour ma part j'y vois la critique sérieuse de cette ancienne famille des Xylophages, dont j'ai fait ressortir, dans une autre circonstance, les inconcevables disparates ; j'y vois de plus et surtout l'éclatante condamnation de cette hallucination entomologique qui a fait reléguer tout à fait à la fin de la chaîne la famille des Stuphyliniens, digne à tous égards, d'occuper un des premiers anneaux.
Ainsi que je l’ai dit plus haut, les larves de cette dernière famille, celles des Staphylinus surtout, ressemblent tellement aux larves des Carabiques, qu’on trouve à peine pour-les distinguer, un caractère presque insignifiant ; les lobes des mâchoires uniarticulés dans les premières, biarticulés dans les secondes. Les autres larves ont entre elles des rapports nombreux de physionomie et d'organisation ; généralement elles sont subcoriaces, aplaties, leurs mandibules sont assez longues et pointues, et leur abdomen est terminé par deux crochets relevés. Quel est l'usage de ces crochets ? Ils me paraissent tout à fait inutiles pour la progression de la larve qu'ils sembleraient au contraire devoir gêner, car lorsque celle-ci ramène vers la tête la partie postérieure de son corps, ils doivent s’accrocher parfois aux parois supérieures de l’étroite galerie dans laquelle elle rampe. J'ignore s'ils servent aux mouvements rétrogrades, mais en tout cas, voici la destination spéciale que je leur attribue, car tout a un but dans les œuvres de la nature. Ces crochets sont, comme les appendices terminaux des larves de Staphyliniens et autres, les fourreaux des deux papilles qui se trouvent à l’extrémité de l’abdomen des nymphes. Lorsque les larves
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veulent subir leur métamorphose, elles se fixent au plan de position à l’aide du mamelon anal et probablement aussi d’une humeur visqueuse, puis leur peau se fend pour laisser paraître la nymphe et est refoulée en arrière. Mais les derniers segments de celle-ci y demeurent emmaillotés, et ses deux papilles se maintiennent dass l'intérieur des crochets. Cette double précaution n'a pas seulement pour but d’empêcher les ballottements de la nymphe, elle sert aussi à faciliter à l’insecte parfait les moyens de se débarrasser de son maillot. On conçoit, en effet, combien cette opération devient aisée lorsque la nymphe est retenue par son extrémité postérieure.
- Ce qui est également bien digne de remarque et même d'admiration, c’est la faculté donnée à ces larves de vivre d’excréments lorsque les victimes leur manquent. On conçoit, en effet, que les œufs peuvent être pondus tardivement, que leur éclosion peut n'avoir lieu que lorsque les larves de Tomicus ou de Hylesinus, par exemple, qui se développent rapidement, sont près de se transformer ; elles seraient donc souvent exposées à mourir de faim si elles ne pouvaient se nourrir que de proie vivante. La sagesse de la nature a prévenu ce danger en variant les appétits suivant les circonstances.
Disons enfin que toutes les larves qui précèdent sont sujettes à des mues dont je ne saurais indiquer le nombre, mais dont la raison atteste la nécessité et l'observation la réalité. |
Les insectes parfaits fournissent aussi matière à quelques remarques intéressantes. Généralement aplatis et effilés, ils sont convenablement organisés pour ramper sous les écorces; mais comme ils n’ont pas ces mandibules courtes et ro-
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bustes, cette rape du prothorax, ces pattes fouisseuses, ce corps cylindrique qui caractérisent les Hylésiniens, il leur est impossible de percer l'écorce pour se rendre dans les galeries où ils doivent pondre. Ils profitent, dès lors, des trous pratiqués par ceux-là même dont ils sont les ennemis, et qui, en accomplissant leur pénible travail, ne se doutent pas qu'ils ouvrent la porte à de cruels envahisseurs. Deux parasites pourtant, le Brontes planatus et le Temnochila cærulea, sont ordinairement empêchés par les dimensions de leur corps de faire usage de ces ouvertures trop étroites pour eux. Ils y remédient en introduisant, à l’aide d’une sorte d’oviducte, leurs œufs qui éclosent ainsi à la naissance des galeries.
Rappelons enfin ce que j'ai déjà dit dans l’Introduction, que ces insectes ont des prédilections qui, chez quelquesuns, sont exclusives, et chez d’autres paraissent raisonnées. Ainsi, l’1ps ferruginea ne s'attaque guère qu’au Hylurgus ligniperda; Y Aulonium bicolor ne fait la guerre qu’au Tomicus laricis; le Rhizophagus depressus ne se trouve que dans les galeries des Æylurgus piniperda et minor ; la Placusa pumilio, le Xantholinus collaris, le Platysoma oblongum recherchent le Tomicus stenographus ; le Plegaderus discisus n’en veut qu’au Cryplurgus pusillus ; le Temnochila, dédaigneux du fretin, poursuit le Tomicus stenographus, le Melanophila tarda et V'OEdilis grisea, qui vivent souvent sous la même écorce. Chaque espèce nuisible a son parasite, son contrepoids. Ces admirables lois d'équilibre, fondées par la nature, reçoivent partout leur application.
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GNORIMUS VARIABILIS, L. Cetonia 8-punctata, Fabr. Fig. 179-183 (pl. 4.)
LARVE
Long. 23 millim.; blanche, avec deux taches rousses sur le prothorax ; ferme, plissée, assez coriace, et revêtue, sauf sur la tête, de très petits poils roussâtres, disposés assez régulièrement par séries transversales. l
Tête presque aussi large que le corps, convexe, luisante et d’une jolie couleur ferrugineuse ; marquée d’une fossette sur le front, et de quelques autres plus petites et irrégulières près du bord antérieur. Epistome transversal et rectangulaire, avec deux petites fossettes antérieurement et les angles antérieurs un peu renflés. Labre semi-discoïdal, tuméfié en dessus ; l'élévation est circonscrite par une sorte de sillon parallèle au bord antérieur , lequel est muni de cils roussâtres et touffus. Mandibules longues, robustes, peu arquées, ferrugineuses, avec l'extrémité noire et découpée intérieurement en trois dents de grandeur décroissante à partir de la supérieure; face externe marquée d’une dépression longitudinale, et près du bord interne, au-dessous de la troisième dent, d’une cavité arrondie et bien marquée. Mâchoires larges et courtes, leur lobe conique, hérissé de poils et de spinules, et surmonté d’une épine cornée. Palpes maxillaires arqués en dedans ; de quatre articles, dont le premier {rès court, le second un peu moins long que les deux autres qui sont égaux. Lèvre inférieure épaisse, carrée, portant les deux palpes labiaux, composés de deux articles et entre lesquels on voit deux petites soies raides. Antennes de cinq articles ; le premier un peu plus court que les autres, mais plus gros; les trois suivants égaux en longueur; le
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quatrième dilaté intérieurement à l’extrémité en une sorte d’éperon obtus; le cinquième plus long que les autres, un peu plus étroit, légèrement arqué en dehors et comme crénelé en dedans. j
Corps très convexe en dessus, presque plan en dessous et de treize segments, avec ces plis et ces bourrelets latéraux qui caractérisent les larves des Lamellicornes. Il est partout, sauf à l'extrémité, du même diamètre, et revêtu dans toute son étendue, mais un peu moins en dessous qu’en dessus, de soies rousses, dont la plupart, principalement sur le dos et sous le treizième segment, sont courtes et spinuliformes. Ces soies servent puissamment aux mouvements de la larve, dont les trois segments thoraciques portent en outre chacun une paire de pattes fortes, velues, de quatre articles et conformées comme dans les larves de cette famille.
Stigmates au nombre de neuf paires, la première très près du bord postérieur du prothorax, les autres près du bord antérieur des huit premiers segments abdominaux. Ils sont en forme de fer à cheval, dont l’ouverture est tournée en arrière dans la première paire, et en avant dans les autres.
Cette larve ne diffère que par quelques particularités et par la taille de celle du Trichius fasciatus, dont j'ai recueilli de nombreux individus dans des souches d’aulne. Elle a aussi de grands rapports avec celles des Cétoines. D’après M. Mulsant, elle vit dans les troncs des châtaigniers , et M. Saxesen l'a trouvée dans l’aulne. À la fin d'avril 1853, j'en rencontrai pour la première fois deux individus au collet de la racine d'une grosse et vieille souche de pin très vermoulue. Je les emportai avec de la vermoulure dans laquelle Je les installai: l'une d’elles à mal tourné ; l’autre, après
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s'être pratiqué une cellule ellipsoïdale (dont une portion était, heureusement pour ma curiosité, formée par le verre du bocal), et en avoir bien pétri les parois, est demeurée près de dix jours immobile : après quoi elle s’est transformée en nymphe.
NYMPHE
D'abord blanche, elle ne tarde pas à devenir d’un roussâtre clair. puis franchement roussâtre. Elle n’offre du reste rien de remarquable, si ce n’est que, sur la face dorsale des cinq premiers segments abdominaux, les bords antérieur et postérieur ont des portions cornées, ferrugineuses, en arc de cercle, se correspondant d’un segment à l’autre, et servant évidemment à faciliter les évolutions de la larve dans sa cellule. L'état de nymphe a duré chez moi 23 jours.
INSECTE PARFAIT
Longueur 21 millim., d’un noir un peu luisant. Tête et prothorax couverts de points ombiliqués ; ce dernier ayant une tache jaunâtre près de chaque angle postérieur. Elytres ruguleuses, avec trois nervures irrégulières, peu saillantes, et cinq points jaunâtres chacune. Pygidium très finement ridé, portant deux taches jaunâtres de chaque côté. Poitrine revêtue de poils d’un cendré roussâtre. ayant une tache jaunâtre vis-à-vis les pattes intermédiaires. Quatrième et cinquième segments de l'abdomen marqués de chaque côté d'un petit point jaunâtre.
Cet insecte est né chez moi à la fin de juin. Il est É premier que j'aie vu de cette contrée.
si hi
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Dorcus (Lucanus) PARALLELIPIPEDUS , Fabr.
(Fig. 184-188, pl. 4.)
Longueur 33 millim., tête rousse, marquée d'un très faible sillon longitudinal et de quelques gros points enfoncés. Chaperon, labre et moitié inférieure des mandibules de couleur ferrugineuse ; l’autre moitié noire ; labre marqué de fossettes irrégulières et assez profondes ; antennes de cinq articles ; mâchoires fortes, lobe très long, conique, hérissé de petites soies ; palpes maxillaires de quatre articles ; lèvre très légèrement arrondie antérieurement; palpes labiaux de deux articles ; tous ces organes roux comme la tête, avec l'extrémité des articles un peu plus pâle et le dernier article un peu plus foncé que les autres.
Corps de treize segments, d’un blanc mat et quelquefois jaunâtre, sauf les derniers segments qui ont ordinairement une faible translucidité et une teinte un peu rougeûtre ; parsemé de poils assez courts; les six premiers segments abdominaux couverts en outre, sur le dos, moins les bords antérieur et postérieur, de très petites spinules roussâtres , dirigées en arrière et visibles à la loupe seulement. Ces spinules reparaissent sous le dernier segment, lequel est marqué postérieurement de trois sillons qui y dessinent deux mamelons elliptiques.
Pattes d’un roussâtre pâle, de cinq articles, très hérissées de soies raides et fauves.
La larve du Dorcus parallelipipedus est cosmopolite ; on la trouve dans les troncs ou les souches en voie de décomposition de plusieurs arbres : chêne, peuplier, saule, érable, catalpa, aulne, pin, etc. ; aussi est-elle depuis longtemps
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connue. Ratzeburg, dans son bel ouvrage sur les insectes des forêts, M. Léon Dufour, dans un mémoire publié dans les Annales des Sciences naturelles, ont donné la description et le dessin decette larve et de sa nymphe ; mais la meilleure figure que j'en connaisse est celle qu’on trouve dans l’ouvrage de M. Mulsant, sur les Lamellicornes de France. Je la reproduis dans mes planches, et si je n’ai fait qu'en effleurer la description, c’est qu'il ne reste rien à dire sur les premiers états de cet insecte. Mais puisque j'ai cette occasion de parler des larves de Lamellicornes, je me permettrai à leur sujet quelques observations générales.
Ce que j'ai lu de plus remarquable, en fait de généralités, sur cette grande famille, c'est l'introduction de l'ouvrage précité de M. Mulsant, sur les Lamellicornes. Il est impossible de faire preuve à la fois de plus d’habileté et d'élégance comme écrivain, de plus de science comme entomologiste. À l'exemple de M. de Haan, et en améliorant le travail de ce naturaliste, M. Mulsant a publié l'essai d’une distribution systématique des larves des Lamellicornes. Mes observations confirment entièrement les idées de ce savant, et je les accepte en outre comme un précieux spécimen d’un système de classification des larves par familles, à mesure qu'on recueillera des documeuts suffisants pour les divers groupes d'insectes. |
Dans ses généralités, M. Mulsant dit : 1° que les larves des Lamellicornes paraissent toutes privées de l'organe de la vision ; 2° que les antennes sont de quatre à cinq articles: 3° que les palpes maxillaires sont de trois à quatre articles, et les palpes labiaux de deux à trois; 4° que le corps est formé de douze à treize segments.
Nous avons vu, à propos des larves de Staphyliniens et de
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Histériens, que la composition de certains organes, même très importants, peut varier dans les larves d’une même famille. Les assertions de M. Mulsant ne présentent donc rien qui soit de nature à nous surprendre; mais il faut pourtant se garder de leur donner la portée qu’elles semblent avoir. Ce serait s’abuser que de croire que les variations signalées dans le nombre des articles des antennes et des palpes, et dans le nombre des segments du corps, se présentent assez souvent pour exclure toute idée d'unité. La nature ne procède pas ainsi. Elle se joue, sans doute, assez volontiers des formes et des détails, mais sa prédilection pour les types qu’elle a établis est telle que les écarts qu’elle se permet constituent presque toujours des exceptions assez rares pour confirmer, comme on dit, la règle.
Ce principe trouve si bien son application en ce qui concerne les larves de Lamellicornes, qu'après en avoir observé un très grand nombre appartenant à divers genres, j'ose établir en principe : 1° Que les larves de cette famille ont cinq articles aux antennes, même celles du Dorcus parallelepipedus, nonobstant l'affirmation de M. Léon Dufour, à qui le premier article, quoique assez volumineux, a échappé parce qu’il est rétractile. La forme, la longueur relative de ces articles varient sans doute selon les genres, mais le nombre de cinq m’a paru invariable.
2° Que les organes de la vision font, en effet, généralement défaut : mais que j'en ai pourtant constaté distinctement la présence sur la larve du Trichius fasciatus. Cette larve porte de chaque côté de la tête, un peu en arrière de l'antenne, un œil lisse, sphérique et roussâtre. Pourquoi des yeux à cette larve et pas à tant d’autres? Je n’ose guère hasarder une opinion : je dirai cependant que les larves des
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Lamellicornes sont appelées en général à vivre ou dans ja terre, ou dans les racines des arbres, ou dans les matières fécales, pour se métamorphoser à de plus ou moins grandes profondeurs, et que, dans ces conditions, des yeux leur sont fort inutiles; que celles du Trichius se développent, au contraire, dans les troncs ou les souches pourries des arbres, de l’aulne notamment, et toujours à une certaine hauteur ; que c’est dans le bois même qui leur a servi de berceau qu’elles subissent leurs métamorphoses ; que l'intérêt de leur conservation leur conseille de ne se montrer jamais au grand jour, de ne jamais percer, en pratiquant leurs galeries, la couche ligneuse, souvent très mince, qui les sépare de la lumière et les abrite contre leurs ennemis, et que des yeux ont pu leur être donnés dans ce but. Cette hypothèse est sans doute contestable, car je n’ignore pas que bien des larves lignivores, qui ont le même intérêt de conservation que celles du Trichius, et qui sont complétement aveugles, trouvent dans l’exquise sensibilité qui leur est propre, les moyens d'apprécier les influences qu’elles doivent rechercher, les dangers qu'il leur importe d'éviter ; mais en tout cas, on me pardonnera, je l'espère, de n’avoir pu résister à cette tendance de l'esprit de l’homme de chercher à expliquer tout ce qui sort des règles communes.
30 Que les palpes maxillaires sont de quatre articles, dont le premier, quelquefois très petit, comme dans les larves des Aphodius et des Onthophagus, et que les palpes labiaux sont de deux articles seulement. Je ne vois d'exemple de palpes labiaux de trois articles que dans la figure que donne M. Mulsant de la larve du Ceruchus tarandus, qui ne m'est pas connue.
40 Que le corps est formé de treize segments, trois tho-
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raciques et dix abdominaux, avec quelques variantes dans les dimensions relatives des deux derniers segments, et dans la structure du dernier. Je ne connais d'autre exception que celle que présentent les larves de Cétoines, qui n'ont que neuf segments abdominaux, en tout douze segments.
Les larves des Lamellicornes partagent donc généralement parlant, avec celles des Longicornes et des Buprestides, l'avantage d’avoir treize segments. J'en ai donné, pour ces dernières, une raison telle quelle, dans un mémoire sur les métamorphoses de divers Agrilus. J’ai dit que le prothorax étant presque entièrement occupé par la tête, et ne pouvant dès-lors concourir au travail d'organisation de la nymphe, il avait sans doute été nécessaire , à titre de compensation, d'augmenter le nombre des segments. La même explication ne saurait s’appliquer aux larves des Lamellicornes, dont la tête est parfaitement libre et n’empiète nullement sur le prothorax ; mais peut-être serait-il permis de dire que, dans ces larves, les trois segments thoraciques sont exceptionnellement si petits, qu’ils équivalent à peine au prothorax de la plupart des larves à tête libre ; que cette organisatiou aurait pu être un obstacle à l’évolution de la nymphe, et qu'ici encore la nature, toujours fidèle à son but, a compensé l'insuffisance du thorax par un plus grand développement de l’abdomen.
Les larves des Cétoines, qui, comme je l’ai dit, n’ont que douze segments, semblent enlever à cette explication tout caractère de vraisemblance ; mais il est bon d’observer que, dans ces larves, le douzième segment est très considérable et aussi volumineux que dans les autres, les deux derniers réunis. |
Les larves des Lamellicornes présentent des caractères si
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tranchés et un groupe si naturel, qu’il est très facile de les reconnaître. Quoique par la forme de leur corps, irrésistiblement courbé en arc, elles aient, au premier coup d’æil, quelques rapports avec les larves d’Anobium, de Ptinus et d’Apate ; quoiqu'elles soient douées d’un treizième segment comme celles des deux familles que j'ai citées, il est impossible de les confondre avec aucune autre. Les deux particularités que je viens d'indiquer présentent déjà des moyens de reconnaissance très remarquables ; mais en outre, leurs antennes de cinq articles, leurs palpes maxillaires de quatre articles, lorsque les labiaux ne sont que de deux, leurs pattes longues et robustes, dont les hanches sont si développées ; la forme en fer à cheval de leurs stigmates, dont la première paire est invariablement sur le prothorax ; enfin leurs màchoires coudées, tout cela constitue des caractères tellement saillants que toute méprise est impossible.
ANCYLOCHEIRA (Bupreslis) FLAVOMACULATA, Fab.
Buprestis octoguttata, Oliv. non Lin.
octomaculata, Pallas. — notemmaculata, Lin.
Fig. 189—194, (pl. 4 ).
Ainsi que je l'ai dit dans un mémoire sur les métamorphoses de divers Agrilus, imprimé par la Société Linnéenne de Lyon, les larves de Buprestides, longtemps ignorées, sont aujourd'hui, grâce aux travaux de plusieurs entomologistes, parfaitement connues. Leur forme de pilon ou de matras aplati, l'absence de pattes, l'existence de dix segments abdominaux, la position des stigmates chez quelquesunes d'entre elles, l’imperfection des palpes, la forme ou la
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direction de leurs galeries, tout sert à leur imprimer un cachet particulier qui les fait reconnaître à première vue. MM. Audouin, Ratzeburg, Léon Dufour, Pecchioli et Lucas, ont signalé celles des Dicerca, des Chrysobothris et des Chalcophora ; MM. Ratzeburg, Aubé et Goureau ont parlé de celles des Agrilus. Un des premiers, j'ai publié en 1838, dans les Annales de la Société Linnéenne de Bordeaux, celle de l'Anthaxia manca (1); je viens aujourd’hui faire connaître celles des Ancylocheira, des Melanophila, et j'y ajouterai celles du Chrysobothris Solieri et de l’Anthaxia morio.
Je commence par la larve de l’Ancylocheira flavomaculata.
LARVE
Longueur 30 à 36 millim. Charnue, médiocrement aplatie et moins large antérieurement que celles des Chrysobothris et des Anthaxia.
Tête subcornée,roussâire, presque entièrement enchâssée dans le prothorax ; front marqué d'une fossette large et peu profonde, sur laquelle passe un petit sillon en arc renversé, allant d’un angle à l’autre ; bord antérieur taillé en biseau, sauf le milieu qui est tranchant, avec une petite bordure noirâtre et cornée. Epistôme trapézoïdal, labre assez saillant, à bord antérieur droit et muni de cils touffus et roussâtres. Mandibules courtes, se joignant à peine, ferrugineuses à la base, jusqu’à une petite crête transversale, à
) M. Westwood a figuré (Introd., fig. 23-12) une larve d'un pouce et demi, conservée dans la collection de M. Hope, et attribuée au Buprestis attenuata, espèce brésilienne avec laquelle elle a été trouvée. Cette larve ne saurait appartenir à un Bupreste. La forme épaisse et cylindrique de son corps, l'existence de pattes bien saillantes, son ensemble, en un mot, l’en éloignent beaucoup. J’oserais affirmer qu'elle appartient à un Longicorne,
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partir de laquelle elles sont noires; face externe assez large, face interne étroite, creusée en gouttière dont les deux bords ont une petite dent près de l’extrémité qui est peu profondément bifide; face supérieure montrant vers le milieu deux petites dents internes et contiguës. Mâchoires courtes, peu robustes; lobe paraissant articulé avecelles, cylindrique, arrondi à l’extrémité qui est couronnée de cils spinuliformes. Palpes maxillaires un peu inclinés en dedans, de deux articles, dont le premier, un peu plus grand que le second, porte quelque cils à l'extrémité. Lèvre inférieure divisée en deux lobes arrondis et bordés de cils roussâtres comme le labre, ayant au milieu une proéinence profondément bilobée et pubescente qui n’atteint pas le bord antérieur, et est séparée des bords latéraux par une cavité longitudinale à la base de laquelle est un palpe rudimentaire d’un seul article tuberculiforme. Antennes courtes , coniques, de trois articles, le premier, le plus grand de tous, un peu ventru et rétractile, le second, cylindrique, le troisième, un peu plus court et subtronqué à l'extrémité, près de laquelle surgit extérieurement une soie. Tous ces organes roussâtres, sauf le premier article des antennes qui est d’un blanchâtre livide.
Prothorax très grand, un peu étranglé au tiers antérieur, où il est marqué d’un pli transversal, puis dilaté et arrondi latéralement; subcoriace et un peu roussâtre; ayant en dessus deux sillons luisants réunis en forme de V renversé et en dessous un sillon unique ; autour du V, sur un espace linéaire, et aux deux extrémités du sillon inférieur, de petites rides transversales dont les sommets sont parsemés de rugosités cornées à peine visibles à une forte loupe. Mésothorax beaucoup plus étroit que le prothorax et trois fois
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plus court que lui ; marqué d’un pli transversal ; métathorax un peu moins large que le segment précédent, mais un peu plus long; ces trois segments, le premier surtout, revêtus sur les côtés de poils roussâtres, courts et extrêmement fins.
Abdomen couvert de poils comme ceux du thorax; les huit premiers segments égaux en tous sens, marqués en dessus et en dessous d’un pli médian transversal, et, de chaque côté, d’une fossette roussâtre dessinant un bourrelet qui parcourt les flancs. Neuvième segment un peu plus court et un peu plus étroit que les précédents, sans pli transversal, à fossette et bourrelet latéraux moins marqués ; dixième de moitié plus court que le neuvième, en forme de mamelon, parcouru postérieurement par un petit sillon roussâtre qui le rend un peu bilobé.
Tout le corps, moins le dernier segment, couvert de très petites spinules trèsrapprochées, dirigées en arrière, visibles seulement au microscope, et qu’à une forte loupe on prendrait pour de petits points roussâtres.
Pattes nulles, remplacées par de petits mamelons à peine rétractiles, placés sous les deux derniers segments thoraciques et le premier segment abdominal. Le mésothorax n’en a que deux, très peu apparents, au-dessous des stigmates. On en voit quatre sous le métathorax, disposés en une série transversale et arquée, et dont les deux extérieurs sont les plus saillants. Le premier segment abdominal présente un gros mamelon central, subtriangulaire, dont la base s'appuie sur celle du segment et dont les côtés sont entourés par quatre tubercules arrondis et bien visibles.
Stigmates roussâtres ; la première paire, un peu en croissant transversal, située près du bord antérieur du mé-
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sothorax, un peu en dessus; les autres, elliptico-orbiculaires, au tiers antérieur des huit premiers segments abdominaux.
La larve de l’A. flavomaculata vit dans le bois des vieux pins récemment morts, et surtout dans les grosses souches et les gros pieux. C’est, en effet, dans ces deux dernières conditions qu’on la trouve le plus souvent. Elle ne s’arrête pas à l'écorce, quoique ce soit dans l’intérieur de l’écorce que la femelle ponde ses œufs à l’aide de son oviducte, et dès sa naissance elle plonge dans le bois jusqu'à une profondeur d'environ un centimètre. Elles suit les fibres longitudinales de l’aubier, en pratiquant une galerie à section elliptique qu’elle laisse derrière elle toute pleine d’excréments et de détritus fortement tassés. Lorsque le moment de sa métamorphose approche, elle s’achemine vers la surface de l’aubier, le perfore jusqu'à l'écorce, entame parfois celle-ci, bouche la galerie avec un tampon, fait de tout petits copeaux bien serrés, puis se retire un peu en arrière dans une cellule creusée dans le bois, et c’est là qu’elle se transforme en nymphe.
NYMPHE
Blanche, avec les yeux un peu rougeâtres, entièrement glabre, molle et n'offrant rien de particulier, si ce n’est sur le bord postérieur des six premiers segments abdominaux, un petit mamelon de chaque côté et un médian et dorsal plus saillant, en forme de grosse papille inclinée en arrière. Ces mamelons et papilles ne peuvent servir aux mouvements de la nymphe qui est toujours immobile; ils ont sans doute pour but d’amortir les chocs qu’elle pourrait recevoir. Elle est protégée, du côté de la face ventrale, par les divers organes, antennes, élytres, pattes, qui s’y trouvent rassemblés.
du Pin maritime. 153
INSECTE PARFAIT
Longueur 15 à 21 millim. Corps bronzé en dessous, d’un bronzé à reflets cuivreux sur le prothorax, d'un noir bronzé, à reflets bleus, verts, violets sur les élytres. Epistôme et palpes, quatre taches frontales, bords latéraux du prothorax, six à huit taches irrégulières, et parfois longitudinalement réunies sur les élytres, deux taches sous la tête, plusieurs sur là poitrine, quatre séries sur l'abdomen, jaunes. Tête fortement ponctuée; ponctuation du prothorax plus forte sur les côtés qu’au milieu où l’on voit un espace linéaire lisse. Elytres ponctuées-striées, avec des points sur les intervalles.
Il varie tellement pour la forme et le nombre des taches, qu'il est difficile de trouver deux individus identiques. J’en ai un qui n’a que deux taches sur les élytres, près de leur sommet. |
Pour prendre l’À. flavomaculata, il faut s'installer au mois de juillet, près des troncs de pins récemment coupés et exposés au grand soleil. L’insecte vient s’y abattre; mais il faut une certaine adresse et une certaine habitude pour s’en emparer, parce qu'il est très agile. Le meilleur procédé consiste à interposer le filet ou tout autre corps opaque entre lui et le soleil. Il demeure alors en repos assez longtemps pour qu’on puisse lui mettre le doigt dessus. Assez commun.
ANCYLOCHEIRA (Bupreslis) OCTO-GUTTATA, L.
B. albopunctaia, de Géer.
(Fig. 195-199, pl. 4).
LARVE
La larve de ce Bupreste, un peu moins grande que la précédente, ne s’en distingue que par deux caractères, dont
154 E. PErRiIs. — Insectes
l'un est très facile à saisir. Il réside dans les deux sillons en forme de V renversé qui se trouvent sur le prothorax, et qui, au lieu d’avoir des rides cornées et tuberculeuses dans toute leur longueur, n’en présentent qu’à la moitié supérieure de l’angle et en sont de plus un peu détachées. Le sillon de Ja face inférieure a aussi un moindre nombre de : rides à l'extrémité antérieure. Le second caractère se tire de la lèvre inférieure, dont la proéminence est plus large et semi-elliptique. A cela près, les deux larves se ressemblent tellement que la description de l’une convient parfaitement à l’autre.
C’est au hasard que je dois la connaissance de la larve de l'A. octo-qutiata. Dans le mois de mars 1852, je trouvai un jeune pin de six ou sept ans, mort sur pied, et l’ayant exploré, jy rencontrai la larve du Chrysobothris Solieri. Je tronçonnai le pin pour l'emporter, et je l’enfermai dans un bocal. Au mois de juillet suivant 1l m'était né cinq Chrysobothris et deux Ancylocheira. Cette bonne fortune me réjouit d'autant plus que j'avais jusque-là vainement cherché le - berceau de ce dernier insecte, et dans l’espoir de trouver sa larve, je me mis à refendre les tronçons du pin. L’un d’eux, celui qui formait la base du jeune arbre, appela mon attention par les larges galeries longitudinales dont il était creusé dans toute son étendue, et qui ne semblaient nullement être l’œuvre des larves de Chrysobothris. Je l’ouvris, et demeurai très agréablement surpris en découvrant dans son intérieur une larve et une nymphe d’'Ancylocheira oclo-quitata. Cette espèce attaque donc les jeunes pins, tandis que la précédente ne s’adresse qu'aux plus gros.
NYMPHE
La nymphe n’a rien qui la distingue de la précédente.
INSECTE PARFAIT
Longueur 11 à 16 millim. Tête et prothorax assez fortement ponctués, bleus, à reflets verdâtres. Elytres bleues, à reflets violets, assez profondément striées-ponctuées, avec de petits poils disséminés ou en séries sur les intervalles. Dessous du corps ponctué, bleu à reflets verdâtres. Pattes vertes. Une tache sur chaque mandibule, une contre chaque œil, deux très petites au bord antérieur du prothorax ; bords latéraux de celui-ci ; dix taches assez régulières, dont deux marginales, sur les élytres, plusieurs sur la poitrine et quatre séries sous l'abdomen, dont les intermédiaires plus grandes, de couleur jaune.
Il varie peu, si ce n’est par la taille.
Se trouve au mois de juillet, sur les feuiiles des jeunes pins. Rare aux environs de Mont-de-Marsan ; commun près de Bordeaux.
CHRYSOBOTHRIS SOLIERI, Lap. et Gory.
— consentaneo, Dej. Cat.
— pini, Kling.
(Fig. 200-204, pl. 4).
En donnant dans tous ses détails, la description de la larve de l’À. flavo-maculata, j'ai acquis le droit d’abréger celle des autres larves de Buprestides dont il me reste à parler. Comme toutes ces larves ont des caractères communs, c’estàa-dire un corps en pilon aplati et apode, des palpes maxillaires de deux articles, des palpes labiaux rudimentaires et des antennes tri-articulées, je me bornerai à signaler les caractères qui les distinguent de la première, que je prends pour point de départ, sauf à en donner la figure, pour faire ressortir ces caractères différentiels.
156 E. Permis. — Insectes
Peut se discerner de celle de l'Ancylocheira, par les traits suivants : longueur 21 millimètres, corps sensiblement plus aplati. Tête un peu plus profondément enchâtonnée dans le prothorax, labre plus étroit, arrondi antérieurement, semidiscoïdal ; mandibules entièrement noires. Lobe des mâchoires plus court, tomenteux, avec quelques petites soies spinuliformes à l’extrémité, et ne paraissant pas articulé avec les mâchoires. Lèvre inférieure arrondie antérieurement, sans échancrure, semi-discoïdale ; proéminence bilobée, mais beaucoup moins profondément. Troisième article des antennes pubescent, arrondi et non subtronqué à l'extrémité.
Prothorax plus dilaté, muni en dessus et en dessous d’une plaque tégumentaire coriacée et discoïdale, n’atteignant pas les côtés, et toute couverte, même en dedans du double sillon en V renversé, de petites rugosités roussâtres et subcornées. Mésothorax plus court; abdomen plus grêle; dixième segment plus prononcé.
Mon illustre ami M. Léon Dufour, a publié dans les Annales des Sciences naturelles (Juillet 1840), l’histoire des métamorphoses du C. affinis, qu’il a pris à tort, ainsi que plusieurs autres auteurs, pour le chrysostigma, Fabr. J'ai sous les yeux la larve de cette espèce qui ressemble entièrement à celle du C. Solieri, sauf qu'elle est un peu plus grande et que le bord antérieur de la tête n’est pas taillé en biseau, et je constate la fidélité de la description que M. Dufour en a donnée. Je lui demande seulement la permission de faire deux rectifications dans l'intérêt de la larve du C. Solieri. 1° M. Dufour ne compte que deux articles aux antennes ; elles en ont positivement trois, dont le pre-
du Pin maritime. 157
mier est même plus grand que les autres, mais cet article est rétractile, et il était sans doute caché lorsque M. Dufour examinait cet organe ; 2° d’après M. Dufour, la première paire de stigmates est placée sur la membrane intermédiaire au prothorax et au mésothorax ; selon moi, elle est décidément sur le mésothorax, près du bord antérieur.
C’est à La Teste, au commencement de juillet 1847, et par un soleil ardent, que j'ai pris pour la première fois le C. Solieri. Il venait se poser sur des poutrelles de pin fratchement abattus, et en quelques instants plusieurs individus devinrent ma proie. Je le pris d’abord pour le C. affinis, mais la circonstance qu’il recherchait le pin, ébranla cette croyance, et un examen attentif me convainquit, en effet, que c'était une espèce différente. À quelques jours de là, je le retrouvai en assez grand nombre sur des branches de pin récemment coupées et sur une clôture rustique formée de jeunes pins, placés horizontalement sur des supports. J’imaginai que les mâles se rendaient là pour rechercher les femelles et celles-ci pour pondre leurs œufs, et au printemps suivant j'allai explorer les traverses de pin et les branches sur lesquelles j'avais pris des Buprestes. Je trouvai sous l'écorce des traces de galeries dont des larves de Buprestes étaient évidemment les auteurs, mais pas une larve ne s’offrit à mes regards. Après avoir nettoyé la surface du bois, j'aperçus des trous elliptiques bouchés par des détritus et qui plongeaient dans l’intérieur. Je refendis le bois et je découvris, à des profondeurs variables, des larves qui ne pouvaient appartenir qu’au Chrysobothris. Celle de l’Anthaxia morio se conduit, il est vrai, de même ; mais comme cet insecte a complètement disparu au mois de juin, et que les jeunes pins explorés n'avaient été abattus qu’à la mi-
158 E. PErRis. — Insectes
juillet, les larves ne pouvaient pas provenir de l’Anthaxia : elles différaient d’ailleurs sensiblement de celles de cet insecte, et enfin, des branches apportées chez moi m'ont donné des Chrysobothris et pas un Anthaxia. J'ai, du reste, eu depuis lors plus d’une occasion de recueillir des larves de ce Chrysvbothris et d'en obtenir les insectes parfaits:
D’après mes observations, le Chrysobothris ne pond ses œufs que sur les tiges des pins de cinq à quinze centimètres de diamètre à la base et sur les rameaux des vieux arbres. Je ne l’ai jamais rencontré sur une vieille tige, et lorsqu'un gros pin abattu est pourvu de ses branches, c’est sur celles-ci qu'il se pose et non sur le tronc. J'ai déjà dit que la larve vit d'abord sous l'écorce : elle y pratique, tantôt en attaquant très légèrement l’aubier, tantôt en le ménageant tout à fait, une galerie sinueuse qu’elle laisse derrière elle remplie de détritus blancs et d’excréments d’un roux brunâtre; puis, aux approches de l’hiver, elle plonge dans le bois où elle creuse une galerie à section elliptique dont les dimensions augmentent à mesure que son corps grossit. Lorsque le moment de la transformation est venu, elle se retourne dans sa galerie et subit sa métamorphose quelquefois à plus de deux centimètres de la surface, car j'ai trouvé des nymphes et des insectes parfaits à cette profondeur.
NYMPHE. | Semblable à celle de l'Ancylocheira dont elle ne diffère qu’en ce que les mamelons latéraux sont à peine visibles, et qu’au lieu de papilles dorsales, elle a des mamelons très peu saillants.
INSECTE PARFAIT
Longueur 10 à 12 millim. Semblable au Chrysobothris
du Pin maritime. 159
affinis, que tout le monde connaît, et dont il diffère par les caractères suivans : taille un peu plus petite ; corps relativement plus étroit, d’un bronzé un peu plus foncé et plus brillant en dessus, moins cuivré en dessous; impressions dorées des élytres plus grandes; lignes élevées un peu plus prononcées ; dernier segment del’abdomen sensiblement plus échancré.
Pour prendre cet insecte, il faut, au mois de juillet, se porter près des jeunes pins récemment abattus et frappés par le soleil. C’est toujours là qu'il vient s’abattre, dédaignant les troncs des vieux arbres qui se trouveraient à côté; il est très agile. Assez commun.
MELANOPHILA (Buprestis) TARDA, Fabr. — cyanea, Fabr. Phœnops tarda, Meg.
Fig. 205—209. (PI. 4.)
Diffère de celle de l’Ancylocheira par les caractères suivants : labre arrondi antérieurement comme dans la larve du Chrysobothris; mandibules noires; lobe des mâchoires tomenteux, surmonté d’une épine unguiforme. Lèvre inférieure peu profondément échancrée, ce qui la distingue des larves précédentes ; proéminence peu profondément bilobée ; palpes labiaux situés aux angles de la base. Deuxième article des antennes plus étroit à la base qu’à l'extrémité ; troisième tomenteux et arrondi au bout.
Corps intermédiaire, pour la forme, entre celui des larves précédentes et celui des larves d’Agrilus, c’est-à-dire moins dilaté antérieurement que dans les premières, surtout dans celle du Chrysobothris, et plus que dans les secondes. Prothorax ayant, comme dans la larve du Chrysobothris, tant
160 E. PERRiS. — [nsectes
en dessus qu'en dessous, une plaque tégumentaire coriace, toute couverte d’aspérités subcornées et roussâtres; mais ces plaques sont plus étroites. La supérieure estun peueliiptique et l’inférieure en carré long.
J'ai parlé dans l’Introduction, d'une maladie qui se manifeste quelquefois dans les forêts et qui attaque les pins par les racines. Jusqu'à l'âge de quinze ans environ les arbres malades sont attaqués principalement par les Hylurgus piniperda et minor et par le Pissodes notatus: mais le Melanophila tarda est le plus grand fléau des pins plus âgés. Il y pond ses œufs en si grand nombre qu'à l'hiver Fécorce est déjà toute labourée en dessous par les galeries larges et tortueuses de ses larves.
Nous avons vu la larve du Chrysobothris, après avoir vécu quelque temps de l'écorce, s’enfoncer dans le bois pour achever sa croissance et s’y transformer. Celle du Melanophila, après un certain temps, quitte aussi le dessous de l'écorce, mais c’est pour pénétrer dans l’écorce même où elle chemine en se rapprochant de la surface, jusqu’au moment de la transformation en nymphe.
NYMPHE
Semblable aux précédentes; mamelons dorsaux un peu plus saillans que dans celle du Chrysobothris.
INSECTE PARFAIT
Longueur 9 à 10 millim. Tête verdâtre, marquée de points ronds antérieurement et sur le vertex, oblongs et plus forts sur le front. Antennes bronzées ainsi que les organes de la bouche, sauf l’épistôme qui est un peu cuivré. Prothorax bleu en dessus, bronzé verdâtre aux angles anté-
du Pin maritime. (ot
rieurs et en dessous, couvert de points ronds au milieu et sur les côtés, oblongs partout ailleurs; marqué sur le milieu de quatre fossettes transversales peu profondes, dont les deux supérieures plus rapprochées que les inférieures, et d’une autre fossette à chaque angle postérieur. Elytres bleues, chagrinées, ou plutôt couvertes de rides irrégulières et transversales. Dessous de l'abdomen et pattes d’un bronzéverdâtre brillant, et couverts d’une pubescence grisâtre, un peu couchée.
Il s’abat, au mois de juillet sur les troncs des pins malades ou récemment morts. Comme il préfère les arbres sur pied, qu'il est très agile et que sa couleur est sombre, il est très difficile de le voir et de le prendre. La seule manière de se le procurer en abondance consiste à conserver en lieu clos des tronçons de pins habités par sa larve.
ANTHAXIA (Buprestis) MOR1O, Fabr.
Fig. 210—116. (PI. 5e, 3esérie. tome IT. PI. 5e du mémoire.)
LARVE
Diffère de la larve de l’Ancylocheira par les caractères suivants : longueur 15 à 16 millim. Forme de la larve du Chrysobothris, mais plus aplatie encore ; bord antérieur de la tête droit, non taillé en biseau; mandibules noires, finement striées en dedans, très finement chagrinées au milieu de la face dorsale. Labre arrondi antérieurement, semielliptique et entièrement glabre; lèvre inférieure coupée carrément au bord antérieur; pas de proéminence ; palpes labiaux rudimentaires comme dans les larves précédentes, mais logés dans deux petites fossettes à la moitié de là hauteur de la lèvre. Troisième article des antennes arrondi.
162 E. PERRIS. — Insectes
- Prothorax ayant en dessus les deux sillons en V renversé et en dessous le sillon unique, et marqué en outre, de chaque côté des sillons, d’un pli ou fossette logitudinale et un peu arquée en dedans ; mais dépourvu de toute plaque tégumentaire et de toute aspérité, c'est-à-dire parfaitement lisse, luisant et de même contexture que le reste. Métathorax muni de quatre mamelons arrondis, bien saillants, peu rétractiles, placés deux en dessus et deux en dessous, près des bords latéraux.
Corps pubescent comme celui des larves précédentes, mais sans la moindre spinule, même au microscope.
Ratzeburg, dans l'ouvrage déjà cité, donne la figure de l’Anthaxia 4-punctala, et en marge du texte, page 52, il représente un fragment de branche de pin sur laquelle des larves de ce Buprestide ont creusé des galeries. D’après cet auteur, l'A. 4-punctata se trouve parfois abondament avec VA. nigritula, Er. Les larves, dont il ne donne pas la description, ne s'adressent qu'aux branches des pins ou aux jeunes pins. Elles tracent, entre l’écorce et l’aubier, des sillons sinueux, remplis de copeaux bruns et blancs, à l'extrémité de ces galeries elles rongent une cavité arrondie dans laquelle elles séjournent quelque temps, puis elles s’enfoncent obliquement dans l’aubier.
Ces détails se rapportent en tous points à la larve de l'A. morio : je n’ai rien à y ajouter, rien à en retrancher, et si j'avais à représenter les travaux de cette larve, je n'aurais qu’à copier la figure très fidèle donnée par Ratzeburg.
L’4. morio attaque chez nous les pins de huit à douzeans, malades ou récemment abattus; il aime surtout à pondre dans l’écorce des pieux qui servent de tuteurs et sur les traverses des clôtures. C’est aux approches de lhiver, et
du Pin maritime. 163
quelquefois seulement à la fin de cette saison que les larves s'enfoncent dans l’aubier, et c’est là que s’opèrent les dernières métamorphoses.
NYMPHE
En tout sembable à celle du Chrysobothris.
INSECTE PARFAIT
Longueur 6 millim. Noir, peu luisant en dessus, avec des reflets bronzés ou violets presque imperceptibles sur le front et les bords du prothorax; d’un noir verdâtre et brillant en dessus. Tête et prothorax réticulés, avec un petit point élevé au milieu de chaque maille. Prothorax deux fois aussi large que long, plus étroit antérieurement qu’à la base ; milieu antérieur à reticulation plus serrée et parfois confuse ; un petit sillon au milieu de la base, une impression large mais très peu profonde aux angles postérieurs ; côtés arrondis, avec une petite sinuosité au-dessous de laquelle le bord se relève un peu ; angles postérieurs droits. Elytres de la largeur du prothorax, à bords latéraux parallèles, marginés, un peu convexes au-dessous de l’angle huméral ; assez fortement, mais un peu confusément réticulées, sans points au milieu des mailles ; ayant à la base, sur leur tiers antérieur, une dépression semi-elliptique dont le milieu est, de chaque côté de la suture, relevé en bosse ; une saillie oblique à l’angle huméral et une dépression linéaire le long du bord latéral, sur près de la moitié postérieure. Pattes bleuâtres.
Sensiblement plus grand que les À. Chevrieri, Ullr., funerula, Hlig., inculta, Germ. et un peu plus aussi que l'A. umbellatarum, Fab., quitous différent, en outre, de lui par leurs reflets métalliques. Semblable pour la taille et la cou-
164 E. PERRIS. — Insectes
leur à l'A. 4-punctata. L., dont léloigne l'absence des fossettes que ce dernier porte sur son prothorax. Ne paraissant pas différer d’un individu de VA. sepulchralis, Germ., que j'ai reçu des Vosges, mais que je n’ai pu comparer avec le signalement donné par Germar.
Au mois de mai, sur les échalas et les clôtures de pins récemment coupés, et sur les fleurs des renoncules où on le trouve souvent accouplé. Très commun.
Puisque j'ai parlé dans cetravail de cinq larves de Buprestes appartenant à quatre genres différents, je crois pouvoir faire suivre leur histoire de quelques généralités.
Les larves des Buprestes constituent, dans l’immence série des larves de Coléoptères, un disparate des plus frappants, une anomalie des plus étranges, Elles semblent avoir été créées pour défier tous nos systèmes de classification et donner le démenti le plus formel à ce principe de la corrélation des êtres qui a fait dire à un naturaliste célèbre : Natura non facit saltus. Essentiellement lignivores, elles ne pouvaient, sans doute, être organisées comme les larves qui se nourrissent de matières animales ; mais du moins, d’après les lois de l’analogie, elles devraient être conformées comme les larves lignivores, et cependant quelle différence! Les larves d’Anobium, de Ptinus et d’Apate rongent le bois et elles n’ont pas la moindre ressemblance avec celles des Buprestides. Les larves de plusieurs Charançons, qui sont lignivores, celles des Bostrichiens et des Hylésiniens qui le sont toutes, ont un seul trait de ressemblance, l'absence des pattes ; mais, à cela près, elles n’ont pas le moindre rapport. Les larves de Longicornes, dont quelquesunes sont apodes, sont les seules qui, par leur configuration, se rapprochent de celles des Buprestes ; mais outre que ces
du Pin maritime. 165
deux familles sont nécessairement éloignées l’une del’autre, ce qui déjà rendrait assez étrange la ressemblance de leurs larves, n’y a-t-il pas entre celles-ci des différences nombreuses et capitales ?
Ce qu'il y a de plus surprenant encore, c’est que les larves d'une famille assez haut placée dans l'échelle méthodique aient une organisation inférieure à celles de toutes les autres larves connues. On en voit, en effet, qui n'ont ni des pattes, ni des yeux, mais pas une seule, à ma connaissance, qui, comme celles des Buprestes, ait des palpes labiaux rudimentaires et de moins de deux articles.
M. Pecchioli donne quatre articles aux antennes de la larve du Chalcophora mariana. Je n’ai, quant à moi, pu y voir que trois articles dans toutes les larves que j'ai étudiées, et quoique je ne connaisse pas la larve du Chalcophora, je soutiendrais que ses antennes n’ont que qaatre articles.
J'ai déjà dit que les larves des Buprestides ont d’assez grands rapports d'ensemble avec ceiles des Longicornes qui, de même, sont aussi difficiles à colloquer dans une classification générale qué les insectes qui en dérivent. Un caractère remarquable qui leur est commun c’est l'existence d’un treizième segment (dixième abdominal), lorsque les autres larves n’en ont que douze. M. H. Lucas (Observations sur la larve du Chalcophora mariana) refuse, il est vrai, d'admettre ce treizième segment qu'il considère simplement comme un mamelon anal; mais j'ai déjà combattu cette appréciation dans ma noticesur les métamorphoses de plusieurs Agrilus : « J'avoue, ai-je dit dans cette notice, que les lois de l’ana- » logie sont en faveur de M. H. Lucas, car les larves de Co- » léoptères, à part celles des Bupestides et des Longicornes, » paraissent être formées de douze segments, toujours sans
166 E. PERRIs. — Insectes
» compter la tête; mais dans les larves de Buprestes, et sur- » tout dans celles des Agrilus, le dernier segment est trop » tranché, trop volumineux pour qu'on le rabaisse au rang » d’appendice, de mamelon anal. Au surplus cette structure » est propre aux larves dont la tête est invaginée dans le » prothorax, et l’on pourrait en donner cette raison physio- » logique, que le premier segment étant intérieurement » obstrué par la tête, et étant, par suite, devenu impropre » aux fonctions qui lui sont réservées dans les autres larves, » fonctions très importantes, surtout au point de vue de » la métamorphose, puisque c’est là que se trouve plus tard » la tête de la nympbhe, il a fallu le remplacer par un segment » supplémentaire, pour compléter l'organisme et préparer « la formation de l'insecte parfait. »
Une assez longue polémique, dont la Société entomologique a été l'intermédiaire, a eu lieu entre M. Goureau et M. Léon Dufour, au sujet de la composition segmentaire de la larve de l’Agrilus biguttatus et de la position de ses stigmates. Dans une notice précitée j'ai discuté cette double question, et je l’airésolue,je crois, de manière à ce qu'il n'y ait plus lieu d'y revenir. Pour ne point étendre ces généralités au delà des limites convenables, je me borne à rappeler mes conclusions qui sont les suivantes :
1° Que ce que M. Goureau appelle le chaperon est très positivement la tête; que ce qu’il prend pour la tête est incontestablement le prothorax, puisque sans cela il y aurait deux paires de stigmates thoraciques et seulement sept paires de stigmates abdominaux, ce qui est inadmissible pour les larves de Coléoptères; qu'ainsi, sur ce point, M. Goureau a tort et M. Dufour raison ;
20 Que la paire de stigmates thoraciques est placée non
sur le prothorax ou bien dans la ligne d’union du prothorax avec le métathorax, mais sur le mésothorax ; de sorte qu’à cet égard, M. Goureau est dans le vra et M. Dufour dans l'erreur. |
Ainsi que je l’ai expliqué, les larves des Buprestides ont une configuration toute particulière et une organisation un peu anormale, et c’est pour cela qu’elles sont très faciles à distinguer. Mais il y a plus, car dans ces larves tout semble être en dehors des règles communes, on devine infailliblement, ayant de les avoir vues, leur présence sous les écorces. Les unes, celles des Agrilus notamment, tracent des galeries transversales extrêmement sinueuses, à tel point que, pour celle de l'A. 4-guttatus qui vit sous l'écorce des peupliers, j'ai mesuré une longueur de 86 centimètres du point de départ à celui où a eu lieu la métamorphose, lorsque l’ensemble des sinuosités n’occupait qu’une hauteur de neuf centimètres. Les autres creusent des galeries tortueuses, à la façon des larves de Longicornes, quoique plus régulières; mais ce qui les distingue essentiellement, c’est que les excréments et les détritus, au lieu d'y être accumulés sans ordre, y sont disposés par petites couches formant des arcs concentriques dont l’ouverture est tournée du côté de la larve, et d’une régularité non moins remarquable que caractéristique. Cet arrangement symétrique a pour première cause les dimensions de la galerie qui sont hors de proportion avec l'abdomen de la larve. Celle-ci, à cause du volume de la partie antérieure de son corps, est obligée de donner à sa galerie une largeur telle que la partie postérieure y exécute librement des mouvements de va et vient qui ont pour résultat naturel de disposer en arc les matières rejetées en arrière. D’un autre côté, toujours par suite des di-
168 E. PERRIS. — {nsectes
mensions de la galerie, la larve, afin d’avoir des points d’appui, est obligée de replier sur elle-même la partie postérieure de son corps; ordinairement même on la rencontre dans cette attitude qui lui permet d'agir contre les parois pour se pousser en avant ; mais, dans cet état, l'abdomen forme un arc qui, appuyant du côté convexe sur les détritus, détermine la concavité des couches successives. Cette particularité, que je ne vois signalée nulle part, méritait de trouver place ici, parce qu’elle constitue un des caractères propres aux larves qui nous occupent.
L'abdomen grêle des larves des Buprestes est certainement peu propre à seconder les efforts qu’elles doivent faire pour attaquer le bois qu’elles rongent et cheminer dans leurs galeries. Il n’en est pas ainsi, bien s’en faut, des larves de Longicornes dont le corps est épais, subconique et muni de mamelons tellement puissants qu'on a de la peine à maintenir dans la main fermée une larve d’Ergates; mais la nature, toujours admirable dans ses combinaisons, toujours conséquente avec elle-même, a su compenser cette infériorité relative par des avantages réels. Ainsi, elle a accordé aux larves des Buprestes la faculté de replier leur corps pour chercher des points d'appui contre les parois des cavités qu’elles creusent : elle a donné au prothorax la faculté dese dilater de manière à presser sur ces parois, à s’y cramponner en quelque sorte au moyen des aspérités qui le couvrent et à permettre ainsi à la larve d'attaquer vigoureusement le bois avec ses mandibules, et de retirer ensuite la tête en détachant un copeau. Elle a enfin revêtu tout leur corps de petites spinules dirigées en arrière, qui l’empêchent de glisser lorsqu'elle veut porter son corps en avant. Toutes, il est vrai, ne sont pas dans les mêmes conditions, car nous
du Pin maritime. 169
avons vu que les larves de l'A. morio sont dépourvues d’as-
pérités et de spinules ; mais il est à remarquer qu'elles pos-
sèdent en échange, sur le métathorax, quatre mamelons
sphériques, naturellement saillants, et de plus, dilatables,
qui doivent leur tenir lieu de ce qui leur manque. Quelle
admirable et ingénieuse sollicitude! Quelle richesse et quelle variété de ressources!
Nous avons vu que les larves de Buprestes subissent leurs métamorphoses les unes dans l'intérieur de l'écorce, les autres dans l'épaisseur du bois ; c’est ici encore que se révèle la sagesse de la nature, car ce n’est pas capricieusement et sans motif que les choses se passent ainsi que je l’ai dit. On conçoit, en effet, que si les larves qui n’attaquent que les jeunes arbres, comme celles de l’Ancylocheira 8-quitata, du Chrysobothris Solieri et de l'Anthaxia morio, et de plusieurs Agrilus, demeuraient sous l’écorce, elles ne seraient pas suffisamment protégées, parce que cette écorce n'a pas assez d'épaisseur et qu'elle se soulève facilement; voilà pourquoi elles s’enfoncent dans le bois. Lorsque, au contraire, elles vivent sous les écorces dures et épaisses des vieux arbres, comme le Melanophila tarda, le Chrysobothris affinis, les Agrilus biguttatus et 4-quitaitus et autres, elles n'hésitent pas à se réfugier dans l'écorce, parce qu’elles y sont convenablement abritées et qu’elles épargnent ainsi à l’insecte parfait un long et pénible trajet à faire pour prendre son essor. Il est à remarquer cependant, que les larves de l'Ancylocheira flavomaculala et du Chalcophora mariana, quoiqu'elles ne s’attaquent qu'aux vieux pins, s’enfoncent néanmoins dans le bois. Ce fait, qui semble contredire les explications qui précèdent, est une nouvelle preuve de la sage prévoyance de la nature, car il est très rationnel que
170 E. PERRIs. — Insectes
des larves d’aussi grande dimension et qui vivent presque exclusivement dans les souches, aillent chercher derrière les couches ligneuses une protection qu’elles ne sauraient guère trouver autrement.
Je ne dois pourtant pas oublier de dire que les larves de Melanophila payent souvent un peu cher la convenance qu’elles trouvent à se loger dans l'écorce. Les pics, guidés par leur odorat ou par le bruit que font les larves en rongeant les feuillets corticaux, éventent leur retraite, surtout aux parties moyennes et supérieures des arbres où l’écorce est moins épaisse ; ils pratiquent, à coups de bec, une brêche au rempart qui les protége, et en font leur proie. Un arbre est quelquefois tout criblé de ces cavités, indices certains de la destruction d’un grand nombre de larves.
Quelle est la durée de la vie des larves de Buprestides? Ratzeburg est tenté de croire qu’elle est de deux ans. M. Levaillant, dont les observations sont reproduites par M. Lucas, dans sa notice sur le Chalcophora, est aussi disposé à penser que celles de cet insecte passent deux années dans le bois. La raison qu’il en donne, et qui est tirée de la taille des larves trouvées de décembre en août, ne me semble pas concluante, puisque la femelle du Chalcophora est susceptible de pondre pendant presque toute l’année. Quand à M. Ratzeburg, il ne paraît pas avoir fait des observations sérieuses à cet égard.
Pour moi, des faits nombreux m'autorisent à dire qu’en général les larves dont il s’agit ne vivent qu'une année. Ainsi, des pins, des peupliers, des saules que j'ai fait abattre au printemps, dans l'intention d’obtenir - des Buprestes, m'ont donné des insectes parfaits, souvent très nombreux, en mai et juin de l’année suivante. Des büûches de chêne
du Pin maritime. 171
coupées en janvier 1847, et qui demeurèrent pendant toute l’année au grand air, me fournirent, en juin et juillet 1848, plus de trois cents Chrysobothris affinis. Des souches de gros pins très vigoureux, coupés au commencement d’une année, ont des nymphes d’Ancylocheira dès le mois de mai de l’année suivante. En un mot, pour toutes les espèces que j'ai décrites ici, et pour une foule d’autres, j'ai, par expérience, la certitude que les larves ne vivent qu’un an.
J'admets sans doute que, parmi ces larves, ils s’en trouve qui ne soient pas placées dans des conditions assez favorables pour accomplir, durant cette période, toutes les phases de leur existence, et qui, pour une cause ou une autre, soient retardées de quelques mois, d’une année si l’on veut; j'accepte d'autant plus volontiers ce fait, que j'ai eu bien des occasions de l’observer surtout pour les larves que j'ai élevées dans mon cabinet; mais c’est là l’exception, et la règle c'est qu'une année suffit au développement des larves des Buprestides de nos contrées.
Les Buprestes, à-l’état parfait, aiment le grand jour et le grand soleil. Par les temps orageux, où l’air est calme et lourd et le soleil cuisant, ils sont d’une activité extraordinaire, et pour peu que le temps se couvre et le vent souffle, onn'en voit plus aucun. On ne sait pas trop quel est leur genre de nourriture. Le Chalcophora mariana mange les jeunes pousses de pins ; les Anthaxia morio et Chevrierii rongent le premier, les pétales des renoncules, le second, ceux du Cisius alyssoides ; d’autres Anthaxia ainsi que les Trachys fréquentent diverses fleurs; l'Aphanisticus emarginatus se trouve sur les joncs et j'ai maintes fois pris l'Acmæodera tœniata sur les fleurs des carottes. Tous ces faits me donnent lieu de penser que les Buprestes sont phy-
PR ee EN ON
F72 E. PERrRIS. — Insectes
tophages ; mais il paraît que certaines espèces sont, accidentellement du moins, carnassières: c’est ce qui résulte d’une communication faite par M. Léon Fairmaire à la Société entomologique, dans sa séance du 10 janvier 1849, précisé ment au sujet du Chrysobotris Solieri.
Le mode d’accouplement des Buprestes semble être un mystère pour la science, et les auteurs que j'ai déjà cités avouent leur ignorance à cet égard. Bien des entomologistes seraient sans doute en mesure de combler cette lacune; je puis aussi me charger de ce soin, et je dirai que l’acte dont il s'agit s’accomplit chez les Buprestes comme chez un grand nombre d’autres insectes, c'est-à-dire que le mâle se pose sur le dos de la femelle, que la copulation n’est pas de longue durée et que la séparation s'opère avec beaucoup de promptitude lorsque le couple a quelque sujet de frayeur.
La ponte a lieu dans l’intérieur de l'écorce dont l’oviscapte de la femelle perce les premières couches.
Nos Buprestes ont pour ennemi un Hyménoptère, le Cerceris bupresticida, Duf. sur lequel M. Léon Dufour a publié un délicieux mémoire. C’est un habile et hardi chasseur des plus belles espèces de cette famille qu’il entasse dans ses nids souterrains au profit de ses larves.
MELANOTUS (Élater) RUFIPES, Herbst.
E. fulvipes, Herbst.
Fig. 219—227. (PI 5.)
LARVE
Longueur 33 millim. largeur 2 1/2 millim. Corps linéaire : presque cylindrique, luisant, corné en dessus, subcorné en dessous.
du Pin maritime. 173
Tête ayant deux ou trois petits poils de chaque côté près de la base et quelques poils en dessous ; déprimée, presque carrée, de couleur marron, un peu plus étroite antérieurement qu’à la base: très faiblement arrondie sur les côtés ; concave dans sa moitié antérieure et marquée de quatre sillons profonds dont deux au fond de la concavité avec un gros point enfoncé, et deux vis-à-vis les mandibules, un peu plus longs que les précédents sans atteindre le vertex, avec deux gros points; vertex ayant trois petites impressions longitudinales peu apparentes ; épistôme et labre nuls ou plutôt soudés entr’eux et avec le front. Bord antérieur très sinueux, constituant une sorte d’accolade renversée dont la pointe formerait un angle aigu, et dont les bras, un peu sinueux, décriraient un angle très ouvert. Mandibules assez robustes, de moyenne longueur, arquées, noires, pointues, avec une forte dent interne un peu au-dessous du milieu; profondément concaves en dehors à la base. Mâchoires et menton soudés depuis la base jusque près de l’extrémité et formant une plaque épaisse, semi-elliptique, cornée, de couleur marron, parcourue par deux profondes rainures indiquant la séparatien des organes. Lobe des mâchoires presque aussi long que les palpes, de deux articles dont le dernier est surmonté de petites soies; bord interne de chaque mâchoire parcouru par une pièce plate et subcornée ou cartilagineuse, placée obliquement entre la mâchoire et les mandibules, et ciliée de longs poils roux. Cette pièce se détache de la mâchoire près de l'extrémité du premier article du lobe, et son bord supérieur, qui ne dépasse guère cet article, est arrondi. Palpes maxillaires droits, mobiles, susceptibles de devenir très divergens, de quatre articles dont le premier plus petit que le second qui est légèrement
174 E. PERRIS. — Insectes
ventru et un peu plus grand que le troisième ; quatrième très petit. Lèvre inférieure courte, faiblement arrondie antérieurement ; palpes labiaux de deux articles, le premier un peu plus grand que le second. Antennes courtes, coniques, de quatre articles : premier rétractile et plus pâle que les autres qui sont de couleur marron; deuxième aussi long que le premier, un peu ventru extérieurement; troisième un peu plus court que le précédent ; quatrième très grêle, surmonté de deux ou trois poils très courts et accompagné d’un petit article supplémentaire qui n'est visible que lorsqu'on le regarde de profil, parce qu'il se trouve en dessous (1). Les antennes sont situées contre les mandibules, adossées pour ainsi dire à leur face dorsale, et lorsque celles-ci s'ouvrent, elles se trouvent logées, comme dans une niche, dans la concavité dont j'ai parlé. Yeux nuls, ou non apparents.
Prothorax aussi long que les deux autres segments thoraciques réunis; antérieurement d’une couleur marron foncé qui devient insensiblement rousse avec les bords antérieur et postérieur un peu plus pâles {2); marqué en dessus d’un sillon médian longitudinal, de deux petits sillons en forme de V très ouvert, qui se dirigent vers les angles antérieurs, mais se perdent, avant d’y arriver, dans une callosité transversale, et de deux autres sillons latéraux. Couleur du dessous rousse antérieurement, puis roussâtre. Mésothorax et métathorax parcourus aussi par un sillon
(1) Cet article supplémentaire, commun à un si grand nombre de larves, n’a encore été signalé par personne, pour les larves d’Eiater, quoiqu'elles le possèdent toutes.
(2) La bordure antérieure plus pâle ne paraît que durant la vie. Après la mort, la larve se contracte et cette bordure disparait.
du Pin maritime. 175
médian et deux latéraux, roussâtres en dessous , roux en dessus, avec les bords plus pâles. Couleur du fond limitée antérieurement par une ligne marron dont les deux extrémités se perdent dans une impression subtr'iangulaire , calleuse et striée en long ; limitée postérieurement par une série presque imperceptible, même à la loupe, de petits points, au-dessus de laquelle, de chaque côté, on voit deux points plus apparents. Moitié postérieure de l'intervalle entre la ligne ponctuée et le bord postérieur marqué de stries très rapprochées et très fines. Ces points et ces stries existent aussi sur le prothorax.
Abdomen de neuf segments, tous plus grands que les deux derniers thoraciques et s’allongeant progressivement jusqu’au septième ; les huit premiers présentant exactement la même couleur et les mêmes caractères que le mésothorax et le métathorax, avec cette seule particularité de plus que des callosités latérales part une ligne marron qui ne dépasse pas la moitié du segment. Neuvième segment marron, déclive, subrugueux et creusé un peu en cuillère, à partir du tiers antérieur, dans la larve adulte, plane dans celles qui n’ont pas subi la dernière mue, semi-elliptique, avec une sinuosité anté-terminale à peine sensible, et à l'extrémité une double échancrure d’où résulte un prolongement médian, court, aplati et obtus. Base de ce segment marquée de quatre sillons longitudinaux dont les deux intermédiaires s'arrêtent à la naissance de la déclivité et les deux autres se perdent dans le rebord latéral. Entre chacun des sillons intermédiaires et le sillon latéral correspondant on voit un petit tubercule dentiforme. Dessous du neuvième segment ayant une élévation semi-elliptique dont l'encadrement est strié et à l'extrémité de laquelle se trouve un mamelon
176 E. PERRIS. — [nsectes
rétractile, cylindrique, pseudopode, au centre duquel est l'anus. Quelques poils roussâtres sur chaque segment, le long des flancs; dernier segment ayant des poils tout autour.
Pattes courtes, robustes, rousses, de quatre articles, hérissées de quelques poils et de spinules sans ordre sur les hanches, disposées sur les trois autres articles en deux séries sur les bords d'une large rainure longitudinale. Les trochanters, qui sont très développés et les cuisses, qui sont courtes, ont, en outre, une série de spinules de chaque côté, c'est-à-dire en tout quatre séries. Les pattes sont terminées par un ongle assez long et muni d'un talon.
Neuf paires de stigmates entourés d’un péritrème elliptique et de couleur marron ; la première paire près du bord antérieur du mésothorax, voisine du point d'insertion des pattes et visible seulement lorsqu'on regarde la larve en dessous ; les autres près du bord antérieur des huit premiers segments abdominaux , entre les callosités striées et les sillons latéraux, visibles, par conséquent, de profil.
Cette larve, dont il m'a paru utile de détailler le signalement, ressemble entièrement à celle du Melanotus fulvipes, Gyl., obscurus, Fabr., signalée par Bouché (Naturg. p. 185). La forme du dernier segment les place évidemment l’une et l’autre dans le même groupe. Elle a aussi de grands rapports de physionomie et de nombreuses relations organiques avec celle du Steatoderus ferrugineus, publiée par M. Blisson dans les Annales de la Société entomologique ‘1846, p. 65). Elle en diffère pourtant par divers caractères de ponctuations et surtout par la forme du dernier segment qui, dans cette dernière, est régulièrement subconique.
Je prends la liberté de profiter de cette occasion pour
hu
relever une erreur grave commise par M. Blisson au sujet des stigmates. D'après ce savant, ces organes, dont il ne dit pas le nombre, sont situés sur les côtés de latête et des trois premiers anneaux. Cela ne ferait que quatre paires au lieu de neuf, et nous serions, en outre, bien loin de la disposition que nous avons constatée. Cette disposition est la vraie : la tête n’a jamais de stigmates, et, dans toutes les larves de Coléoptères,il n’yaqu’uneseule paire d’ostioles respiratoires pour les trois segments thoraciques; elle est située sur Île prothorax et le mésothorax.
La larve du Melanotus rufipes se trouve sur l'écorce des gros pins morts, déjà labourée par les larves des Rhagium et des OEdilis qui y ont laissé des amas d’excréments et de vermoulures. Elle se nourrit de ces matières ainsi que des larves de Diptères et autres qui s’y rencontrent. Lorsqu'elle veut se transformer en nymphe, elle forme, au milieu des détritus, entre le bois et l’écorce, une cellule elliptiqne dans laquelle, sans autre préparatif, s’opère la métamorphose.
NYMPHE
Blanche avec les yeux roussâtres ; antennes couchées sous le thorax; chacun de leurs articles muni de quatre tubercules pointus, spiniformes, disposés par paires, une en dehors, une en dedans ; deux longues soies coniques, roussâtres, subcornées, au bord antérieur du prothorax, une près de chaque œil; deux soies semblables, rapprochées et dirigées en avant au bord postérieur tout près de l’écusson; une à chaque angle postérieur et deux divergentes à l’extrémité de l'abdomen.
INSECTE PARFAIT
Longueur 18 à 19 millim., largeur 5 millim. Antennes
noirâtres, mélangées d’un ferrugineux terne ; palpes ferrugineux. Tête fortement ponctuée, un peu enfoncée au milieu. Prothorax fortement ponctué, marqué, avant le milieu, de deux impressions transversales qui se joignent presque, et d’une autre longitudinale de chaque côté, à l'angle postérieur qui est prolongé et dont le bord latéral est relevé; au fond de cette impression on remarque un petit sillon. Elytres profondément ponctuées ou plutôt crénelées-striées, avec les intervalles parsemés de points. Prosternum fortement ponctué, surtout au milieu; le reste de la poitrine, ainsi que l'abdomen, finement ponctués, sauf les côtés de celui-ci qui le sont assez fortement, et où les points sont oblongs. Pattes d’un noir ferrugineux. Tout le corps d’un noir peu intense et assez luisant, couvert de très petits poils roussâtres inclinés et arqués en arrière.
Sa taille, la profondeur des stries des élytres, les impressions du prothorax le distinguent bien des M. obscurus, Fab., et brunnipes, Ziegl.
En juin, sous les écorces. Quelquefois aussi on le prend au vol vers le déclin du jour. — Assez rare.
AGRYPNUS (Elater) ATOMARIUS, Fab.
E. carbonarius, Rossi.
Fig. 228.—232. (PI. 5).
LARVE
Longueur 28 à 29 millim., largeur 5 millim. Corps déprimé, non corné, mais coriace, ayant un peu la forme de la larve du Temnochila cœrulea, un peu renflé à la région abdominale.
Tête d'un brun marron, presque noire, aplatie, assez forte-
du Pin maritime. À à à M
ment ponctuée; marquée sur le front de deux de largesimpressions dans l’intérieur desquelles on voit une élévation longitudinale ; mandibules noires, arquées, acérées, non dentées ; mâchoires, menton, lèvre inférieure, palpes et antennes comme dans la larve précédente ; tous ces organes ferrugineux, avec l'extrémité des articles un peu plus claire. Bord antérieur ne formant pas une accolade, mais présentant deux angles saillants dont l'intervalle est tridenté.
Prothorax aussi grand que les deux segments suivants ensemble, vaguement ponctué, de couleur marron, avec les bords antérieur et postérieur d’un roux jaunâtre; mésothorax et métathorax, ainsi que les huit premiers segments abdominaux d’un roux jaunâtre, avec une légère teinte roussâtre sur le dos; ces derniers ayant, de chaque côté, tant en dessus qu’en dessous, une fossette qui dessine un bourrelet latéral un peu dilatable. Tous ces segments lisses, c'est-à-dire dépourvus de points, mais avec le bord postérieur très finement strié. Dernier segment corné, ferrugineux, aplati, concave en dessus, présentant, dans cette concavité, quelques rugosités et deux sillons longitudinaux ; bords latéraux munis de quatre dents qui vont en grossissant et s’allongeant d'avant en arrière ; bord postérieur ayant une échancrure arrondie et profonde dont les angles sont occupés chacun par deux fortes dents divergentes. Sous ce segment, au lieu d’un mamelon anal subconique et rétractile, un appendice libre, large, transversal, non rétractile, susceptible seulement d’un mouvement vertical qui le relève contre la face inférieure du segment ou l’appuie sur le plan de position, et muni, à l'extrémité, de deux crochets d’un brun ferrugineux, cornés un peu arqués et dirigés en bas.
Stigmates comme dans la larve précédente, ainsi que les pattes qui sont jaunâtres avec les ongles roux.
180 E. PERRIS. — Insectes
Je n’ai donné de cette larve qu’une description abrégée, parce qu’elle a été décrite avec les plus grands détails et figurée par mon ami, M. H. Lucas, dans les Annales de la Société entomologique (1852, p. 268). Je suis en désaccord avec ce savant sur trois points assez importants : 1° Il ne donne aux antennes que trois articles, tandis qu’elles sont composées de quatre articles, comme dans la larve précédente, plus le petit article supplémentaire. Si M. Lucas n’a fait son signalement qu'après la mort de la larve, l’erreur qu'il a commise ne me surprend pas, car alors le premier article, qui est rétractile, se trouve caché dans la tête: 20 II compte trois articles aux lobes des mâchoires, qu’il nomme palpes internes lorsqu'il n’y en a réellement que deux ; 30 D’après lui, la première paire de stigmates se trouve entre le mésothorax et le métathorax, tandis qu’elle est placée près du bord antérieur du mésothorax. La place que leur assigne M. Lucas constituerait une exception unique, du moins pour moi. On voit des stigmates situés sur le prothorax, entre celui-ci et le mésothorax, au quart, au tiers antérieur, même au milieu de ce dernier, mais je n’en ai jamais observé sur la ligne qui sépare le mésothorax et le métathorax.
M. Blisson a publié aussi (loc. cit.) l'histoire des métamorphoses de l’Agrypnus varius, Fabr., aujourd’hui Adelocera varia : la larve de cet insecte ressemble entièrement à celle de l’A. uiomarius, sauf quelques faibles nuances. 11 l’a rencontrée dans l’intérieur d'un gros tronc de chêne, en grande partie pourri et en poussière. M. Lucas a recueilli la sienne à Boghar (Algérie), dans des troncs vermoulus de pins maritimes ; je la trouve ici dans la vermoulure des troncs et des souches du même arbre, labourés par des larves de Longicornes.
du Pin marilime. 181
Elle se transforme dans une niche ou une cellule qu’elle prépare au milieu des détritus ou même du bois.
NYMPHE
Exactement comme la précédente.
Longueur 20 millim. Très fortement chagriné ; entièrement d’un noir presque velouté, parsemé de petites taches blanches formées par des poils de cette couleur. Prothorax et élytres largement déprimés au milieu. Celles-ci obscurément et incomplètement striées.
En mai et juin, sous les écorces un peu soulevées. — Rare.
ATHOUS (Elaier) RuFUSs. Fab.
Fig. 233—242. (PI. 5.)
LARVE
Longueur 27 à 29 millim., largeur 5 millim. Corps un peu déprimé, légèrement atténué aux deux extrémités, luisant, corné en dessus, subcorné en dessous.
Tête un peu plus large que longue et d’un marron foncé ; concave antérieurement; couverte de cavités irrégulières et de gros points, au milieu desquels on distingue deux larges sillons ; côtés marqués de quelques points et de deux impressions; vertex ayant quelques stries et de chaque côté une impression longitudinale. Bord antérieur encore plus sinueux que dans la larve du Melanotus ; bras de l’accolade plus anguleux, pointe plus saillante, mais tronquée carrément et à côtés parallèles, au lieu d’être triangulaire. Mandibules noires, fortes, un peu gibbeuses, et creusées exté-
OS LR ST
rieurement d’un sillon large et profond; dent interne très saillante. Mâchoires, menton, lèvre inférieure, palpes et antennes comme dans la larve précitée ; tous ces organes de couleur marron. Veux nuls ou non apparents.
Prothorax un peu plus large que la tête, aussi long que les deux segments suivants réunis ; d’un marron foncé, sauf le bord postérieur qui est simplement marron comme les côtés et le dessous; parcouru longitudinalement par un sillon médian et marqué antérieurement de quelques rides irrégulières et de points assez gros qui deviennent de plus en plus petits et clairsemés à mesure qu’on s'approche de la base. Au-dessus de cette base une série transversale de très petits points rapprochés et à peine visibles à la loupe, puis un très petit espace lisse et un peu déclive, et enfin le bord postérieur tranchant et couvert de stries longitudinales très fines. Mésothorax et métathorax de couleur marron, organisés exactement comme le prothorax, avec cette différence qu'ils n’ont pas de rides et que les points sont plus gros et plus serrés.
Premier segment de l’abdomen de la dimension du métathorax, les autres s’allongeant progressivement jusqu’au septième; les huit premiers présentant tous les caractères de deux derniers segments thoraciques, avec cette particularité que les points sont encore plus gros et plus serrés, qu'ils le sont de plus en plus à mesure qu’on avance vers l'extrémité du corps, qu’ils deviennent même confluents et font paraître comme fortement chagrinée la surface qu’ils occupent. La couleur de ces segments est moins foncée en dessous qu’en dessus, et le long des flancs règne un bourrelet un peu dilatable, moins coriace que le reste. Neuvième segment marron-foncé, semi-elliptique, un peu bombé en
du Pin maritime. 183
dessus, creusé en gouttière à son tiers postérieur, couvert en dessus de gros points irréguliers, au milieu desquels on discerne deux sillons courts, rapprochés et un peu convergents, relevés latéralement d’un rebord corné portant de chaque côté trois tubercules de plus en plus saillants à mesure qu’on s'approche de l'extrémité; celle-ci creusée d’une échancrure arrondie , dont chaque angle est occupé par deux fortes dents divergentes, l’une plus courte, relevée, l’autre horizontale et un peu arquée en dedans; sur les côtés et le derrière on voit des points bien marqués; le dessous est conformé comme dans la larve du Melanotus. Poils roussâtres comme dans cette même larve.
Pattes semblables.
Stigmates semblablement disposés.
Cette larve vit au coilet de la racine des vieux pins morts et des vieilles souches, parmi les vermoulures, mêlées d’excréments, laissées par diverses larves de Longicornes. Elle dévore ces larves lorsqu'elle les rencontre, et, à défaut, elle se nourrit des matières dont je viens de parler. Elle se transforme en nymphe dans une cellule qu’elle forme au milieu de ces matières ou bien sous l’écorce, en attaquant un peu celle-ci.
NYMPHE
Elle ne diffère en rien des précédentes.
INSECTE PARFAIT
Longueur 22 à 23 millim. D'un roux ferrugineux, plus foncé sur la tête, le disque du prothorax et une partie de
Lafmtrs “ns: “ÉTEMRRS d
LU ou DR PS ts D 2 mn
la suture. Yeux noirs; tête médiocrement ponctuée, excavée antérieurement et couverte de poils roux appliqués. Prothorax assez fortement ponctué, à duvet roux sur les
côtés, ayant une petite carène le long des angles postérieurs.
Stries des élytres profondes et crénelées à la base, s’affaiblissant progressivement vers l'extrémité où elles sont peu sensibles. Les deux plus voisines de la suture sont lisses à la base et très peu ponctuées dans le reste de leur parcours ; intervalles des stries finement et densément ponctués. Dessous du corps finement ponctué, couvert d’une pubescence rousse et couchée.
En juin et juillet, sous les écorces soulevées, sous les troncs couchés à terre. — Rare.
ATHOUS (Elaler) RHOMBEUS. Oliv.
Fig. 243—246. (PI. 5).
Mon savant ami, M. Léon Dufour, a publié dans les Annales des sciences naturelles (juillet 1840), l'histoire des métamorphoses de ces insectes. Je vais analyser et compléter la description qu'il donne de la larve.
LARVE
Longueur 23 à 26 millim., largeur 4 millim.; forme de la larve qui précède.
Tête noire, un peu concave antérieurement, marquée de deux sillons sur le front, de deux fossettes près de la base de chaque mandibule et d’une autre sur chaque joue; bord antérieur sinueux; branche de l’accolade formant un angle moins aigu que dans la larve précédente; pointe large, à côtés parallèles et bord antérieur découpé en trois dentelures
du Pin maritime. 185
dont la médiane est la plus saillante. Organes de la bouche comme dans l'A. rufus et de couleur rousse (1).
Corps de douze segments, blanchâtre en dessous, noir en dessus, avec les bords antérieur et postérieur du premier segment et le bord postérieur des dix suivans blanchâtres; tous ces segments organisés comme ceux de la larve précédente, avec les mêmes poils, la série de très petits points et les fines stries du bord postérieur, sauf ces différences : que le prothorax est lisse, que le mésothorax et le métathorax parsemés seulement de quelques points, sont marqués d’un court sillon transversal près des côtés et du bord antérieur: que les gros points des segments abdominaux sont moins nombreux et plus confluents, et que ces segments ont une toute petite crête transversale qui, après avoir parcouru la face dorsale près du bord antérieur, se replie longitudinalement près des flancs et ne dépasse pas l'intervalle ponctué, Dernier segment comme dans la lärve de l'A. rufus, sauf que les angles de l’échancrure sont plus prolongés, les deux dents égales et les tubercules latéraux plus saillants.
Pattes et stigmates comme dans les larves précédentes (2).
De Géer (Mémoires, tome 4, p. 155) a donné la description de la larve de l’Atous undulatus Payk., qu’il trouva d’abord dans la terre et sous les pierres, et dix ans plus tard, dans le terreau d’un tronc d'arbre pourri. C’est dans cette substance qu’il parvint à obtenir les métamorphoses. Cette
(1) M. Dufour n’a compté que trois articles aux antennes, elles en ont quatre.
(2) M. L. Dufour place la première paire de stigmates sur les côtés inférieurs du premier segment. J'ai constaté, à plusieurs reprises, qu'elle se trouve près du bord antérieur du second.
186 7 E Perris. — Jnsectes
larve ressemble, pour la couleur, à celle de l'A. rhombeus, et son dernier segment est conformé exactement comme dans celles des À. rhombeus et rufus.
M. Dufour a trouvé la sienne immédiatement sous les écorces des vieux chênes, soit dans l’intérieur du bois pourri et vermoulu. Je l'ai rencontrée exactement, dans les mêmes conditions, sur le chêne, l'aulne et le pin. Ses mœurs sont comme celles de l'A. rufus.
NYMPHE
Comme les précédentes.
INSECTE PARFAIT
Longueur {17 à 21 millim., forme de l'A. rufus, mais un peu plus étroit. Tête, antennes, prothorax et poitrine, et plus de la moitié antérieure des élytres d’un brun roussâtre ; bords latéraux et partie postérieure de celles-ci, ainsi que le dessous de l'abdomen et les pattes de couleur marron un peu terne. Tout le corps couvert d’une pubescence grisâtre. Sur la moitié postérieuredes élytres deux chevrons brunâtres, ouverts, le premier en arrière, le second en avant, et formant ensemble une sorte de losange ou rhombe ; d’où le nom de rhombeus. Ponctuation et strie des élytres comme dans le rufus. | Juin, sous les écorces et les troncs abattus. — Rare.
EÉLATER SANGUINEUS, Lin.
Fig. 247—353. (PI. 5).
Longueur 20 millim., largeur 4 millim.; corps linéaire,
du Pin maritime. 187
presque cylindrique, luisant, corné en dessus, subcorné en dessous, semblable à celui de la larve du Melanotus rufipes.
Tête marron foncé, parsemée de points peu apparents ; front un peu concave et marqué de deux sillons qui atteignent le vertex en s’oblitérant; vis à vis les mandibules deux autres sillons bien prononcés, mais beaucoup plus courts. Dans la larve du Melanotus, au contraire, les sillons latéraux sont plus longs que ceux du milieu. Base des joues ayant une petite fossette. Bord antérieur comme dans la larve du Melanotus, avec la pointe médiane un peu plus saillante. Organes de la bouche comme dans les larves précédentes, ainsi que les antennes, sauf que, pour celles-ci, l’article supplémentaire est très court et a la forme d’un mamelon.
Corps de douze segments, parcouru, jusqu’au onzième inclusivement, par un sillon dorsal et deux sillons latéraux très fins, comme dans la larve du Melanotus, avec des poils roussâtres semblablement disposés. Thorax et abdomen d’une couleur marron un peu plus foncée en dessus que dans cette dernière larve, d’un roussâtre moins clair en dessous, mais présentant exactement les mêmes particularités : c’est-à-dire, sur le prothorax, les deux sillons en V très ouverts, presque oblitérés; sur tous les segments, la série transversale de petits points; les deux points de chaque côté, au dessus; les stries du bord postérieur; les callosités striées près du bord antérieur, avec le petit rameau longitudinal. Je n’y découvre que les différences suivantes : stries marginales plus marquées et atteignant la série de points ; prothorax finement ponctué ; mésothorax, métathorax et huit premiers segments de l'abdomen parsemés de
188 E. PERRIS. — Jnsectes
points gros et petits, très peu nombreux d’abord, puis devenant plus serrés à mesure qu'on s'approche du dernier segment ; celui-ci entièrement couvert de gros points, dont quelques-uns confluents ; conique, marqué près de la base d’une dépression au fond de laquelle on voit deux petits sillons, et d'un autre sillon, plus long, à droite et à gauche. Ce segment est terminé par une pointe cornée.
Pattes et stigmates comme dans les larves précédentes.
Bouché (Naturg. p. 185), donne une description abrégée de la larve de l'E. sanguineus, se référant, pour les détails, au signalement (page 183) de la larve de VE. fulvipennis, Hoffm. qui lui ressemble beaucoup, et qui, comme elle, a le dernier segment conique et mucroné. Bouché a trouvé cette dernière dans le bois de saule pourri, et celle de l'E. sanguineus dans le bois de sapin?
Cette larve, très commune dans la région pinicole du département des Landes, abonde surtout dans les vieilles souches de pins, pleines de vermoulures et habitées principalement par des larves de Longicornes. C’est dans une niche pratiquée au milieu des détritus qu'elle se transforme en nymphe.
NYMPHE
Comme les précédentes.
INSECTE PARFAIT
Longueur 9 à 13 millim. Entièrement noir, avec les élytres d’un beau rouge, marquées de stries ponctuées-crénélées, dont les intervalles sont finement ponctuées.
Semblable à l'E. lithropterus dont il ne diffère que par la couleur des élytres qui est d’un rouge un peu plus vif, et par la pubescence de la tête et du prothorax, qui est roussâtre dans ce dernier, tandis qu’elle est noire dans le sanguineus. |
En août et septembre, époque de sa métamorphose, et même en hiver dans les souches. — Très commun.
Quelques généralités sur les larves d’Elatérides me paraissent devoir trouver ici leur place.
Pour ceux qui, sans se préoccuper des détails, ne jugent que sur l’ensemble, sur la physionomie, ces larves ressemblent à celles des Ténébrionites, et j'avoue que celles des Melanotus, des Elater, des Agriotes, des Steatoderus semblent avoir avec elles des rapports frappants, maïs la forme du corps est peu de chose en dehors des caractères organiques, et, au point de vue des organes, il y a, entre les larves de ces deux familles, des disparates considérables. Ainsi, dans les larves des Ténébrionites et des Melasomes, la tête est convexe, avec le bord antérieur droit; l'épistome et le labre sont très apparents ; les mâchoires et le menton sont parfaitement libres; les palpes maxillaires sont de trois articles, le lobe des mâchoires est simple; les antennes sont très saillantes; les pattes assez longues et latéralement aplaties, tandis que celles des Elatérides sont, ainsi que nous l’avons vu, dépourvues d’épistome et de labre distincts; qu'elles ont la tête déprimée, avec le bord antérieur très sinueux, les mâchoires et le menton soudés, le lobe des mâchoires bi-articulé, les palpes maxillaires de quatre articles, les antennes courtes, les pattes peu allongées,
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épaisses et robustes. Ajoutons à cela que celles des Agryprus et des Athous diffèrent même par la forme du corps, et ces dernières, en outre, par cette ponctuation remarquable que je n’ai rencontrée dans aucune larve de Ténébrionite. Décidément, le rapprochement que quelques auteurs ont voulu faire est un acte irréfléchi et aussi peu légitime que le serait l'assimilation du Helops caraboides, par exemple, avec un Harpalus. Ces deux familles de larves se repoussent donc autant que les deux familles des insectes parfaits, et je tenais à le bien constater, toujours en vue d’une classification systématique.
Je ne veux pourtant pas oublier qu’en fait de disparates il ne peut guère y en avoir de plus frappant que celui qui existe entre les larves des Buprestides et celles des Élatérides, quoique les deux familles d'insectes parfaits soient, à très juste titre, ce me semble, placées l’une à côté de l’autre par les auteurs, ou même réunies sous la dénomination unique de Sternoxes. Il y a là ou une de ees anomalies auxquelles la science vient parfois se heurter, ou ur mystère que les anatomistes éclairciront peut-être un jour ; mais, en tout cas, comme il ne peut y avoir des anomalies partout, comme elles sont, au contraire, l'exception, il n’aura pas été inutile de faire remarquer les caractères différentiels des deux familles de larves qu'on a essayé de confondre, et il est permis d'y attacher une certaine importance, au point de vue des conséquences qui en dérivent pour la méthode.
Il vaut la peine aussi de s'arrêter un instant sur les organes qui, dans les larves des Élatérides, servent à l'acte de la manducation, et qui les font remonter aux premiers degrés de l'échelle, puisqu'elles leur donnent de grands rapports avec celles des Carabiques. Elles ont comme elles
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des mandibules arquées, acérées, quoique moins longues et moins crochues, les palpes maxillaires de quatre articles, le lobe des mâchires bi-articulé, ou paraissant l'être, l’épistome et le labre soudés, ainsi que le menton et les màchoires. Bien plus, les larves d’Agrypnus et d’Aithous ont la forme de celles des Carabes. Les cornes mêmes du dernier segment présentent une certaine analogie. Il existe, sans doute, des différences, car les larves de Carabes sont plus agiles, plus molles, ont cinq articles aux antennes, des yeux, et leurs pattes sont autrement conformées ; mais, en tout cas, ce qui est fort remarquable, c’est qu’elles aient plus de ressemblance avec les larves d’Athous qu'avec aucune autre peut-être.
J'ai dit que le lobe des mâchoires est, ou paraît composé de deux articles. Je n'ose pas trop, en effet, trancher la question. Lorsqu'on examine cet organe en dessus ou en dessous, on aperçoit, il est vrai, au niveau de la base du palpe, une suture, un pli bien marqué comme ceux qui indiquent les articulations ; mais si on l’observe sur sa face interne, on constate que ce pli ne s’y trouve pas, qu’il ne fait pas le tour, de sorte que l'articulation n’est pas complète comme dans les larves des Carabiques. Si ce que j'ai vu est bien exact, on pourrait dire du lobe qu'il est en partie étranglé à sa base et appendiculé, en regardant le second article comme un appendice.
Mais ce que j'appelle lé lobe l’est-il réellement? Bouché et M. Lucas ont-ils raison de le qualifier de lobe interne? Je ne pense pas, quant à moi, que cet organe soit un palpe, et je fonde mon opinion sur ce qu’il estcomplètement immobile; que ce qu'on nomme le premier article ne m'a pas paru articulé ; qu'il n'existe pas de larve de Coléoptère ayant
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quatre palpes maxillaires, et que l'organe qui, dans les larves de Carabiques, pourrait, à plus forte raison, être pris pour un palpe interne, est considéré comme un lobe bi-articulé.
On pourrait objecter à cette comparaison que les mäâchoires ont généralement un lobe; que les larves des Carabiques en seraient dépourvues si on considérait la pièce dont il s’agit comme un palpe, et qu’alors on a cru devoir lui donner le nom de lobe; mais qu’il n’en est pas de même pour les larves des Élatérides qui, indépendamment de l'organe en question, ont une pièce longuement ciliée, comme l’est ordinairement le lobe des mâchoires, de sorte qu’elles offriraient à la fois un lobe et deux palpes. Je répondrais en rappelant ce que j'ai dit de l’organisation du lobe, et en faisant remarquer que la pièce ciliée se dirige obliquement vers la cavité buccale, ce qui n’est pas le propre des lobes, et qu'enfin elle est soudée plus ou moins à ce qu'on a pris pour le premier article du palpe interne. Or cette soudure atteste que cet organe n’est pas un opei et qu'il n’est pas bi-articulé.
Je maintiens done le nom de lobe. Quant aux pièces ciliées, que Bouché appelle de petites lanières crénelées, et qui servent évidemment à la trituration des aliments, elles sont une preuve de plus du soin qu’a apporté la nature dans l'organisation des larves d'Élatérides.
Aucun des auteurs que j'ai consultés ne signale des yeux dans ces larves, et M. Lucas n’a pu en découvrir sur celle de l'Agrypnus. J'ai moi-même fait de vains efforts pour résoudre cette question d'une manière certaine. Je dois dire pourtant que, sur les larves à couleurs claires de Melanotus
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et d'Elater, et sur les jeunes larves d’Athous, j'ai observé, surtout en les examinant au grand jour et par transparence, un petit point noir sur chaque joue, un peu au-dessous de l'antenne ; sur la larve de l’Agriotes segetis ce point est très apparent, de quelque manière que l'examen se fasse; mais, dans tous les cas, le point est peu régulier, il est entièrement noyé dans les tissus, il ne correspond à aucune saillie, à aucun tubercule externe ; et quoique je me sente disposé à y voir un ocelle, je n’ose pourtant pas me prononcer formellement. Ce point est quelquefois éclairé de roussâtre au milieu, et je comprends qu’il en ait imposé à M. Blisson qui l'a pris pour un stigmate, car, ainsi que je l'ai dit, il place à tort deux stigmates sur la tête de la larve de l’Adelocera varia.
Il ya lieu de s'étonner qu’un Melanotus, un Élaier, un Agriotes sortent de larves qu’elles excèdent tant de fois en grosseur. Le travail qui s’opère aux approches de la métamorphose, et dont l’anatomie dira peut-être un jour tous les secrets, est curieux à suivre, même superficiellement. Peu de temps après que la larve s’est enfermée dans sa cellule, elle devient immobile. Peu à peu elle perd l’usage de tous ses organes, son corps se raccourcit un peu et se dilate au milieu. Cette dilatation fait tous les jours des progrès par l'extension des membranes latérales qui séparent les arceaux supérieurs des arceaux inférieurs, et il arrive un moment où la larve ballonnée a une forme ellipsoidale, avec les flancs très bombés et largement blanchâtres, ce qui la rend presque méconnaissable. Bientôt après la peau se fend sur le thorax et sur une partie de l'abdomen, le long de la petite suture médiane que l’on observe dans la
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larve, la nymphe paraît, et en quelques instants elle refoule son maillot à l'extrémité de son corps. Cette nymphe, contrairement à celles des Buprestides, est mobile, et, à l’aide des épines de son dernier segment et des ondulations de son corps, elle peut facilement se retourner dans sa cellule.
De quoi se nourrissent les larves d’Élatérides? Les savants qui les ont le mieux étudiées disent qu’elles sont carnassières : MM. Ratzeburg et Léon Dufour les ont vues dévorer diverses larves et même des larves de leur propre espèce. Je suis en mesure de confirmer ce fait dont j'ai été bien des fois témoin de la part des larves à l’état de liberté et de celles que j'élevais dans mes bocaux et que j'alimentais en partie de larves de Longicornes. Mais elles n’ont pas toujours une pareille proie à leur portée, et elles seraient condamnées à de bien longs jeünes, si elles n’y pouvaient suppléer. Par bonheur, à défaut de victimes, elles peuvent se nourrir de matières animalisées, excrémentset dépouilles, qu’elles trouvent en abondance dans les vermoulures où elles serpentent. Il est à remarquer, en effet, que la plupart ne se trouvent que dans ces conditions, ce qui les place, sous le rapport de leurs goûts, dans la même catégorie que les larves de Temnochila, d’Aulonium et autres dont j'ai déjà parlé. Il en résulte que, lorsqu'on veut les élever avec succès, ce n’est pas dans la sciure de bois, mais bien dans la vermoulure qu’il faut les installer, et qu'on aura plus de chance de réussir en y introduisant de temps en temps quelques larves destinées à leur servir de pâture.
Certaines larves cependant, celles des Agriotes, par exemple, paraissent être essentiellement phytophages. Celle de l'A. segetis a été particulièrement signalée comme causant
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de grands dommages aux légumes des jardins, aux céréales, aux fourrages-racines et à plusieurs autres plantes. M. Dagonnet (Annales de la Soc. d'agric. de la Marne, 1841), a constaté les ravages faits dans un champ de froment par les larves des À. gilvellus, Fab. et Gallicus, Déj., et j'ai souvent moi-même trouvé des larves d’Agriotes en fouillant à la racine de très jeunes pieds de mais qui se flétrissaient peu de jours après leur apparition, et dont elles dévoraient le grain. Ces larves, enfermées dans un bocal avec des grains de mais, ne tardent pas à les perforer, et finissent par s’y loger presque entièrement. Je rencontre aussi communément une larve d’Élatéride dont je n’ai pu encore obtenir l'insecte dans les bulbes des orobanches, où elle peut, il est vrai, dévorer les larves d’un Diptère, la Chyliza atriseta, qui s'y trouvent presque toujours abondamment. Cette diversité de goûts dans les larves d’une même famille, est bonne à noter. Je ne renonce pourtant pas à penser que celles qui semblent exclusivement herbivores sont carnivores dans l’occasion ; peut-être même leur arrive-t-il quelquefois de n’attaquer les céréales que pour dévorer les larves de Chlorops ou autres qui s’y logent.
Quelle est la durée de la vie des larves d’Élatérides ? Bouché dit qu’elle est de trois ans pour la larve de l'E. fulvipennis ; M. Blisson pense que, pour celle du Steatoderus, elle est de trois à cinq ans, et il déduit cette conséquence de ce « qu’on trouve, à côté des larves parvenues à toute leur grosseur, d’autres petites larves qui ont à peine un millimètre d'épaisseur, et qui doivent cependant avoir près d’un an; et entre ces larves, souvent plusieurs autres offrant presque tous les degrés intermédiaires de développement. »
Ces circonstances ne sont pas une indication infaillible parce que l’époque des pontes est un peu variable. On ne peut non plus s’éclairer sûrement des éducations faites dans des bocaux où il est assez difficile de réaliser les conditions naturelles; et où j'ai conservé, pendant plus de trois ans, des larves d'Elater sanguineus, recueillies bien près de l’état adulte. Enfin, comme les œufs ne sont pondus que sur les troncs ou les souches vermoulus et qu'ils ont pu être déposés la troisième, la quatrième année de la mort ou de l'abattage des arbres aussi bien que la seconde, il n’est pas aisé d’établir des appréciations certaines. J’ai trouvé des larves d'Elater dans des souches de dix ans et plus, ce qui n’apprend pas grand chose ; mais j'ai aussi recueilli des nymphes d'Elater sanguineus et d’Athous rufus dans des souches de trois et quatre ans qui, je le crois du moins, n’avaient pas reçu la ponte de la première année, car les Élaier n'aiment que le bois déjà travaillé par d’autres larves. Cette donnée a sa valeur, mais elle ne permet pas de résoudre la question d'une manière positive. Je me hasarde à dire, avec quelque chance d’être dans le vrai, que les diverses phases de l’existence des larves dont il s’agit s’accomplissent dans notre pays en deux années, et j'oserais croire qu’une année suffit pour celles qui sont nées à une époque convenable et qui se sont trouvées placées dans de bonnes conditions. |
L'étude des larves d’Elatérides m’a réconcilié avec les subdivisions que l’on a faites de l’ancien genre Elater. Les cinq dont je viens de parler appartiennent à quatre genres différents, et les particularités qu’elles présentent valent bien celles qui ont servi à distinguer les insectes parfaits. Les caractères différentiels résident, ainsi qu’on a pu le voir,
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dans la forme du corps qui est linéaire et cylindrique, ou peu s’en faut, dans les larves de Melanotus et d'Elater, auxquelles j’ajouterai celles du Steatoderus et des Agriotes, tandis qu'il est large et déprimé dans les Agrypnus et les Athous. Il y a à déjà de quoi établir deux groupes bien tranchés. D’autres caractères provoquent de nouvelles divisions dans chacun de ces groupes; ils sont fournis par le bord antérieur de la tête, par la structure du dernier segment, par celle du mamelon anal, et peut-être aussi par la ponctuation. Les descriptions qui précèdent et les figures qui s’y rattachent en disent assez sur ce point pour que je n’aie pas besoin d'y revenir. Je ferai seulement remarquer que, dans la larve du Steatoderus, le dernier segment est dépourvu de pointe terminale ; qu’au contraire il en existe une dans celles des Elater et des Agriotes qui ne diffèrent qu’en ce que ces dernières ont un tubercnle àla base de cette pointe en dessus, et que le corps est presque imponctué; que les larves d’Agrypnus atomarius, d’'Adelocera variaetde Lacon murinus ont le mamelon anal large, non rétractile et muni de deux crochets, tandis que celles des Athous rufus et rhombeus l'ont subconique, rétractile et inerme.
En résumé, je trouve, grâce aux larves, assez rationnels plusieurs des genres que j'ai cités; mais si je consulte les caractères que ces larves présentent, il me semble, quant à présent du moins, que les Elater devraient venir après les Melanotus, les Agriotes après les Elaler et les Steatoderus après les Agriotes.
Certains faits cités par Ratzeburg, et la présence sur les plantes de nombreux Elatérides que nos filets y recueillent ou que nos regards y découvrent, font supposer que les
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insectes parfaits sont, pour la plupart du moins, herbivores. Je dis pour la plupart, car MM. Fairmaire et Laboulbène ont attribué à quelques-uns des appétits carnassiers, et on pourrait en suspecter notamment les Cryptohypnus, insectes ripicoles que l'on rencontre souvent dans des lieux dépourvus de toute végétation. Mais il est une autre question de mœurs dont personne ne paraît avoir dit un mot : c’est celle de savoir si ces insectes sont nocturnes ou diurnes. Tout le monde sait que plusieurs espèces volent au grand jour, et il n’est peut-être pas d’entomologiste qui n’ait plus d’une fois couru, avec une certaine émotion, après le trivial et décevant Lacon murinus. On sait que les grands Pyrophorus de l Amérique méridionale sillonnent pendant la nuit les airs où ils laissent une traînée lumineuse comme de petits météores ; mais on dirait que, pour les espèces européennes, il a été tacitement convenu qu’elles sont toutes diurnes. Quant à moi, je ne suis pas tout à fait de cette opinion, et je crois que l’Agrypnus alomarius, les Athous rufus et rhombeus, ainsi que les Elater sanguineus et crocatus sont nocturnes ou du moins crépusculaires. Ma manière de voir est fondée sur ce que, durant le jour, j'ai constamment trouvé ces insectes blottis et endormis sous les troncs ou les écorces; qu’enfermés vivants dans des boîtes, ils demeurent immobiles pendant le jour, et s'agitent dès l’entrée de la nuit ; qu'enfin j'aipris un Athous rufus au crépuscule. Le nombre des Elatérides nocturnes. n’est peut-être pas considérable; ces habitudes ne semblent pas non plus communes à toutes les espèces d’un même genre ; mais qu'il y en ait qui neprennent leurs ébats que la nuit, c’est ce dont, pour ma part, je ne puis douter.
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ANTHOCOMUS LATERALIS, Erichs.
Fig. 254— 259. (PI. 18. 3e série. T. IL. — PI. 6° du Mémoire.) | s
LARVE
Longueur 4 millim., largeur 1 millim.; larve déprimée, linéaire, un peu atténuée postérieurement, peu consistante, subcoriace.
Tête visiblement plus longue que large, ferrugineuse antérieurement et sur les côtés, noire sur le front et sur le vertex; finementetirrégulièrement ponctuée;marquéededeux sillons peu apparents en forme de V et de quelques fossettes longitudinales ; épitome transversalement linéaire; labre en ellipse transversal et velu ; ces deux organes d’un ferrugineux pâle ; mandibules robustes, ferrugineuses à la base, noires à l’extrémité, munies de deux dents assez fortes et acérées, disposées non sur une même ligne, mais de manière à former une sorte de triangle avec la dent apicale; mâchoires assez épaisses, lobe court, surmonté de petites soies; palpes maxillaires un peu arqués en dedans, assez longs et de trois articies, dont le premier est le plus petit et le second le plus grand ; lèvre inférieure un peu arrondie au bord antérieur; palpes labiaux de deux articles égaux. Antennes de quatre articles : le premier en cône tronqué; le second plus court que le précédent et égal au troisième qui est extérreurement coupé en biseau à l'extrémité; le quatrième un peu plus long que le troisième, grêle, surmonté de longs poils et accompagné d'un autre article de moitié plus court que lui,conique, muni d’un poil près de l'extrémité et placé sur le biseau du
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troisième article. Le second article est susceptible de rentrer dans le premier , et tous les deux, ainsi emboités, peuvent disparaître dans la tête, de sorte que, dans le repos ou après sa mort, la larve ne laisse voir que les deux derniers articles. Les antennes et les palpes sont d’un blanchätre livide , annelés de roussätre. Derrière les antennes se montrent quatre ocelles ferrugineux dont trois sur une ligne transversale un peu oblique, et un, plus gros que les autres, vis-à-vis l’intervalle qui sépare deux des premiers.
Thorax d’un rose pâle et terne, légèrement vineux, à peine plus pâle en dessous; prothorax plus grand que chacun des deux segments suivants, plus étroit antérieurement qu’à la base; orné, à partir du tiers antérieur jusqu’au bord postérieur, d’une tache linéaire d’un noir un peu livide, coupée longitudinalement en deux par un trait pâle, et de chaque côté de cette tache, d’une autre de même couleur, en arc de cercle; mésothorax et métathorax marqués, près du bord postérieur , de deux taches semblables, mais moins arquées et à peu près en forme de virgule renversée.
. Pattes longues, velues, surtout sur le tibia, qui est tout hérissé, et terminées par un ongle assez long.
Abdomen de neuf segments ; les huit premiers ne présentant rien de particulier si ce n'est, près de chaque côté, un petit sillon longitudinal limitant un bourrelet qui règne le long des flancs, et en dedans de ce sillon une sorte d’ampoule très peu saillante, destinée sans doute à favoriser les mouvements de la larve. Dernier segment d’un noträtre livide, échancré, corné, terminé par deux pointes coniques, un peu courbées en haut, roussâtres avec la pointe brune, et munies en dessus, à la base, d’une petite aspérité. En dessous
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un mamelon pseudopode, charnu et rétractile, au centre duquel est l'anus.
Stigmates au nombre de neuf paires, dont ia première près du bord antérieur du mésothorax, et les autres au tiers antérieur des huit premiers segments abdominaux.
La tête et tout le corps de cette larve sont couverts, tant en dessus qu’en dessous, de poils roussâtres, fins, assez touffus et courts, entremêlés d’un ou deux plus longs et un peu plus forts près des angles postérieurs des segments. Ceux du dernier segment et des crochets sont tous longs.
J'ai, le premier, fait connaitre la larve et la nymphe des Malachius, en publiant dans les Annales de la Société entomologique (1852) l'histoire des métamorphoses du Malachius œneus dont j'ai trouvé la larve dans les toitures de chaume des bergeries du département des Landes, où elle se nourrit de larves de diverses sortes qui habitent avec elle. Depuis lors, je suis parvenu-à élever quatre ou cinq larves appartenant à autant d'espèces du même groupe, et j'ai constaté qu’elles ont toutes la même physionomie et les plus grands rapports entre elles, à tel point qu’il serait permis de croire que la larve que je viens de décrire (et je pourrais y ajouter toutes celles que je connais) est le jeune âge de celle du M. œneus. Elles ont, en effet, à la taille près, la ressemblance la plus frappante, et je n’ai pu trouver, pour les distinguer , d’autres caractères que ceux que j'ai soulignés dans la description ci-dessus.
Les larves des Malachiens, sur les appétits desquelles on n’était pas bien fixé, sont décidément carnassières. Celle dont il est question ici vit sous les écorces des jeunes pins
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morts, parmi les larves du Tomicus bidens dont elle fait sa proie; mais comme je l'ai rencontrée parfois lorsque déjà les larves de Tomicus avaient disparu , je dois croire qu’elle trouve sous les écorces d’autres victimes, ou que, comme tant d’autres, elle se nourrit, faute de mieux, des excréments qui s’y trouvent déposés.
C'est aux lieux mêmes où elle a vécu qu’elle se transforme en nymphe, après s'être formé une niche au milieu des détritus.
NYMPHE
Elle ressemble à celle du M. œneus , c’est-à-dire qu’elle est de couleur rosée, hérissée de quelques poils sur le vertex, les bords du prothorax et les flancs. Son abdomen, dont l'extrémité est ordinairement masquée par la dépouille de la larve, est terminé par deux longues papilles un peu divergentes. L'état de nymphe dure de douze à quinze jours.
INSECTE PARFAIT
Longueur 3 miilim. Tête luisante, lisse, d’un noir un peu verdâtre; déprimée sur le devant, où elle est marquée de deux sillons longitudinaux, au-dessus desquels est une petite fossette. Epistome rouge-pâle ; labre de la même couleur, avec une tache brune, semi-discoïdale à la base. Palpes brunes. Antennes hérissées d’une petite pubescence grisâtre, noires avec les quatre derniers articles d’un rouge-pâle en dessous. Prothorax marginé aux angles et au bord postérieur ; d’un rouge un peu pâle, avec une tache brune et mal limitée un peu en avant du milieu du disque. Elytres lisses,
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près de quatre fois aussi longues que le prothorax, aussi larges que lui à leur base, se dilatant un peu à leur tiers postérieur; d'un vert bronzé avec l'extrémité rouge, ainsi qu'une tache oblongue et marginale au tiers antérieur; arrondies au sommet dans les femelles, un peu acuminées dans les mâles. Segments de l'abdomen bordés de rouge-pâle. Pattes très finement ponctuées, noires; tarses mélangés de rougeâtre. Souvent le dessous des cuisses antérieures rougeâtre, ainsi que les genoux et les tibias des quatre premières pattes.
Il ressemble par la coloration au M. pulicarius, dont il ditfère, à parties caractères génériques, par la tache du prothorax, qui est beaucoup plus grande et bien limitée dans ce dernier, et à la tache rougeâtre du bord des élytres.
Je le prends en mai et juin, en secouant les toitures de chaume, et parfois dans les maisons. —Assez rare.
J'ai désigné dans mon {ntroduction ce Malachien sous le nom de Malachius balteatus Chevr. , parce qu’un de mes correspondants, en relations avec M. Chevrolat, et à qui je l'avais autrefois communiqué, me l'avait désigné sous ce nom. Une étude plus approfondie de ses caractères me l’a fait reconnaitre pour un Anthocomus, et en voyant dans le catalogue de M. Gaubil non un Anthocomus , mais un Ebœus balteatus Chevr., des doutes me sont venus à l’esprit, parce que mon insecte est positivement un Anthocomus, et, pour les éclaircir, je ne pouvais mieux faire que de m'adresser à M. Chevrolat lui-même. Ce savant entomologiste s’est empressé de me répondre que non seulement il ne possède pas l'Ebœus balteatus qu’il pense avoir nommé, après lavoir inutilement cherche dans les auteurs, sur la communication d’un individu par M. Gaubil, mais qu’en
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outre il ne connaît aucune espèce qui se rapporte à celle dont je lui avais adressé la description détaillée. Au milieu de mes embarras, et lorsque j'allais succomber à la tentation de considérer mon espèce comme nouvelle, mes amis Fairmaire et Aubé m'ont fait connaître qu’il faut la rapporter à l'Anihocomus lateralis Er., et je m’en suis convaincu par la description que M. Aubé m'a envoyée.
Quelle est la nourriture des Malachiens à l’état parfait? D’après quelques auteursils vivent indifféremment du nectar des fleurs ou de matières animales; d'après, d’autres ils sont exclusivement carnassiers. Sans me prononcer explicitement sur cette question, pour la solution de laquelle on ne paraît avoir cité aucun fait, voici ce que je puis dire :
19 Le Malachius œneus est extrêmement commun dans les Landes, au mois de mai, sur les épis de seigle. Curieux de savoir ce qui les attirait sur cette plante où je ne découvrais aucune larve, aucun insecte qui pût leur servir de pâture, je me suis mis à les observer attentivement, et il m'est arrivé souvent de les voir dévorer les étamines de la plante.
-20 Etendu un jour sur l'herbe , je regardais autour de moi, dans l'espoir de découvrir quelque insecte : sous mes yeux un Malachius pulicarius vint se poser sur une agrostis en pleine fleur. Après avoir erré un instant parmi les épillets de cette graminée , il s'arrêta sur une fleur, saisit avec ses mandibules le filet d’une étamine, le rompit et se mit à le dévorer, ainsi que l’anthère, avec une grande rapidité. Il renouvela cinq ou six fois la même opération ;"après quoi, rassasié peut-être, ou inquiété par ma curiosité qui devenait de plus en plus importune, il se laissa tomber. C'était plaisir de voir la facilité avec laquelle ce petit animal agitait
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et retournait l’anthère dans ses mandibules, sans jamais la laisser tomber, et il m’a semblé que, pour la maintenir, il se servait fréquemment de ses pattes antérieures.
J'ajoute que je n’ai jamais vu de Malachien s’attaquant à une matière animale quelconque.
DASYTES FLAVIPES, Fab.
Fig. 260 — 268. (PI. 18.)
On lit ce qui suit dans Westwood (Introd. pag. 260) : «M. George Waterhouse a publié (Entom. mag. IT, pl. 10, » fig. 1) la description et la figure de la larve du Dasytes » serricornis K. qui est d’une forme allongée, pubescente, » s'élargissant graduellement vers l'extrémité, qui est munie » d’une paire d’épines aiguës. Sa couleur est verdâtre, mar- » quée de taches d’un vert foncé. On la trouve tous les ans » en mars dans les bois pourri, avec la nymphe. M. Audouin » a obtenu le D. plumbeus de sa larve qui est brunâtre avec » des taches noires, et qui se trouve dans le bois. Latreille » considérait ces larves comme carnivores, »
La figure que donne Westwood de la larve du D. serricornis ressemble beaucoup à celle du D. flavipes, dont voici la description.
LARVE
Longueur 6 à 7 millim., ovoide-allongée, subdéprimée, un peu ventrue à son tiers postérieur, charnue, assez molle et un peu coriace.
Tête cornée, assez bombée, un peu velue, d’un noir mat, avec le bord antérieur ferrugineux; quelques stries longitudinales et une ligne bifurquée, d’un blanchâtre livide, partant du vertex et se divisant sur le front pour se rendre-aux deux
206 E. PERRIS. — inséctes
angles antérieurs. Epistome court et transversal; labre semi: discoïdal; mandibules moyennes, pointues. ferrugineuses à la base, brunes à l'extrémité; mâchoires longues, linéaires, aplaties, soudées au menton; lobe très petit, ayant la forme d’un tubercule cilié; palpes maxillaires un peu arqués en dedans et de trois articles dont le premier un peu plus court que les deux autres; menton de la même longueur que les mâchoires; lèvre inférieure très courte, à bord antérieur droit, surmontée de deux palpes labiaux rapprochés et de deux articles égaux. Antennes coniques et de quatre articles à peu près égaux; le troisième portant quelques poils à l’extrémité, ainsi qu’un petit article supplémentaire, conique, visible seulement quand on regarde la larve de profil; le quatrième terminé par un long poil. Tous ces organes d’un roussâtre livide. Au-dessous des antennes, sur chaque joue, un groupe de cinq ocelles testacés, dont trois supérieurs, disposés suivant une ligne oblique, et deux inférieurs, un peu plus grands , placés de telle sorte que l'intervalle qui les sépare se trouve vis-à-vis le troisième supérieur.
Corps blanchâtre, hérissé de poils blanchäâtres très fins, plus visibles, plus longs et plus touffus sur les côtés que partout ailleurs. Segments du thorax plus grands, le premier surtout, que les segments abdominaux, et s’élargissant progressivement ; prothorax de la largeur de la tête antérieurement, un peu arrondi à sa base, marqué de taches brunes dont la réunion forme un fer-à-cheval ouvert en avant, avec un point au milieu, et un petit rameau postérieur , se dirigeant vers les angles ; mésothorax et métathorax ayant chacun deux taches plus foncées, un peu arquées en dehors : ce dernier portant en outre deux petits points entre les taches, près du bord antérieur.
du Pin marilime. 207
Abdomen de neuf sezments dont les premiers un peu plus courts que les autres; les huit premiers marqués d’un pli transversal, et près des côtés, tant en dessus qu’en dessous, d'une fossette adjacente à un bourrelet latéral: ornés de quatre taches brunes, dont deux au-dessus du bourrelet et deux dorsales à bords déchiquetés, quelquefois comme coupées en deux par le pli transversal dont j'ai parlé. Sur le huitième segment les deux taches dorsales se réunissent ordinairement en une seule. Neuvième segment étroit, corné et noir en dessus, finement ponctué, creuséd’un large sillon et terminé par deux crochets ferrugineux, munisde petites aspérités surmontées de poils. Ces crochets. vus de face, paraissent un peu arqués l’un vers l’autre, et vus de profil ils sont droits avec l'extrémité brusquement recourbée en haut. Dessous du corps uniformément blanchâtre, avec une légère teinte brunâtre sous les deux derniers segments.
Pattes de longueur moyenne, assez grêles, d’un brunâtre très clair et livide, avec les articulations et le dessus des tibias plus foncés, hérissées de longs poils clair-semés ; ongles légèrement ferrugineux.
Stigmates testacés; première paire placée près du bord antérieur du mésothorax, les autres au tiers antérieur des huit premiers segments abdominaux.
Cette larve a des rapports manifestes avec celles des Malachius, et ce fait a une certaine importance scientifique, puisque les genres Malachius et Dasytes sont très voisins. On la trouve sous l'écorce des jeunes pins, dans les galeries du Tomicus bidens dont elle dévore les larves, sauf à se nourrir des matières excrémentitielles déposées dans ces ga-
leries , lorsqu'elle ne trouve plus à satisfaire ses appétits
MCE dE - - , L.
208 E. Perris. — RTE
carnassiers. C’est au milieu des détritus où elle a passé sa vie de près d’une année que s'opèrent ses métamorphoses. NYMPHE.
Semblable à celle du Walachius, mais de couleur blanche : nue, très molle, munie de soies blanches, d'inégale longueur, sur le vertex, les bords du prothorax, les genoux et les flancs. Abdomen terminé par deux appendices charnus, qui sont ordinairement, ainsi que la partie postérieure du COTPS, enveloppés par la dépouille chiffonnée de la larve. |
L'état de nymphe a duré chez moi quatorze jours.
INSECTE PARFAIT
Longueur 3 1/2 millim. Etroit, linéaire, d’un noir verdâtre, à pubescence grise et finement pointillé. Front concave, ayant une petite crête peu visible au milieu de l’enfoncement, et une autre plus apparente de chaque eôté , à l'insertion des antennes. Prothorax plus étroit que la tête et que les élytres ; plus long que large ; marqué de deux larges impressions transversales, presque obsolètes. Pattes allongées ; jambes, tarses et base des antennes jaunâtres. Cuisses antérieures jaunâtres avec le dessus brun ; cuisses intermédiaires d'un brun un peu jaunâtre; cuisses postérieures noires.
En mai et juin, sur les herbes. — Assez commun.
J'ai des raisons de penser que les Dasytes à l'état Ne ont les mêmes appétits que les Malachius.
THANASIMUS (CLERUS) FORMICARIUS, Fab.
Fig. 269—275. (PI. 18.)
Cette larve a été décrite et figurée par Ratzeburg (Die forst Insecten, tome EL, p. 35; pl. 1, fig. 7) et par Erichson
(Arch. fur die naturgesch. 1841, p. 96). M. Spinola, dans son bel ouvrage sur les Clérites (tome E, p. 49), reproduit la description donnée par ce dernier savant. Toutefois, comme les deux auteurs allemands ont commis quelques erreurs , et qu’ils ont omis de mentionner des caractères auxquels j'attache une certaine importance, je donnerai le signalement aussi succinet que possible de la larve dont il s’agit.
Longueur 18 millimètres, largeur 2 1/2 millimètres; corps chernu , subdéprimé , un peu atténué antérieurement, parfois un peu renflé à la région abdominale.
Tête velue, cornée, d’un marron foncé, un peu plus iongue que large, marquée au bord antérieur de fossettes arrondies et sur le front de fossettes oblongues. Epistome membraneux, se confondant avec le front ; labre assez large, largement mais très faiblement échancré, et bordé de petits poils roux ; mandibules fortes, cornées, noires , avec une protubérance interne et deux petites soies en dehors. Dessous de la tête revêtu d’une plaque cornée, marquée de quatre sillons longitudinaux dont les deux intermédiaires un peu convergents. Je considère cette plaque comme formée, de même que dans les larves de Dasytes, de Mulachius et d’Elater , par les mâchoires et le menton soudés ensemble ; mais ici la soudure serait complète puisque la séparation est à peine indiquée et que l’immobilité est absolue, tandis que dans les larves d'Elatérides la plaque analogue est susceptible d’un petit mouvement de porrection et de rétraction. A l'extrémité antérieure de cette plaque règne une rainure transversale qui la sépare de la portion membraneuse ou subcoriace du menton et des mâchoires.
Mâchoires assez larges , lobe court, conique , hérissé de petites soies à l'extrémité ; palpes maxillaires de trois articles
210 E, PERRiS. — fnsectes
(et non de quatre, ainsi que le dit Ratzeburg, qui a été, sans doute, abusé par une petite ombre annulaire qui semble par fois couper en deux le premier article) ; premier article sensiblement plus long que chacun des deux autres; deuxième plus court que le troisième, muni d'un poil extérieur ; troisième en cône allongé. Lèvre inférieure largement échancrée ; palpes labiaux de deux articles, dont le premier un peu plus court que le second. Antennes non de deux articles, comme l’affirme Erichson, ou de trois, comme l’avance Ratzeburg , mais de quatre articles ; le premier en cône tronqué et rétractile, ce qui a, sans doute, trompé Ratzebursg ; le second aussi long que le précédent, un peu plus épais à l'extrémité qu’à la base, et rétractile aussi, ce qui a probablement causé la méprise d'Erichson ; troisième égalant à peine la moitié du précédent , cylindrique et surmonté de poils ; quatrième très grêle, de la longueur du troisième, terminé par un long poil et deux ou trois très courts , et accompagné à la base d’un petit article supplémentaire dont personne n’a parlé, et qui n’est visible que lorsqu’on regarde la larve de profil ; tous ces organes roussâtres, avec le premier article des antennes blanchâtre. Au-dessous des antennes, sur chaque joue, cinq ocelles disposés en deux séries transversales et obliques, la supérieure de trois, l’inférieure de deux , un peu plus grands que les autres.
Prothorax recouvert en dessus d'une sorte de plaque semi-discoidale, subcornée, d’un brun roussâtre, livide, marquée d’un petit sillon longitudinal, dont la moitié postérieure est noire; mésothorax et métathorax munis de deux petites plaques semblables, formant sur chacun deux taches elliptiques. Ces trois segments sont velus et leur fond est de couleur rose.
du Pin maritime. 211
\bdomen velu, de la même couleur (1); les huit premiers segments parcourus latéralement par trois bourrelets assez saillants, dont l'intermédiaire paraît seul lorsque la larve a de l’'embonpoint, et pourvus en dessus de deux boursouflures rétractiles qui servent à faciliter les mouvements de la larve ; neuvième segment arrondi , recouvert postérieurement, sur un espace circulaire, d’une plaque subcornée comme celle du prothorax ; marqué de deux fossettes contiguës, et terminé par deux crochets marron-foncé, d’abord droits, puis brusquement recourbés en haut. Dessous du segment ayant un mamelon subconique, pseudope, au centre duquel est l'anus, sans aucune apparence de l’aiguillon dont parle Erichson.
Pattes de quatre articles et non de trois, comme le porte la description de Ratzeburg; trochanters bien visibles, et non cachés sous les fémurs , comme l'indique celle d’Erichson ; hérissées, surtout à l'extrémité des tibias, de longues soies roussâtres, et terminées par un ongle subulé.
Première paire de stigmates près du bord antérieur du mésothorax, et non sur le métathorax, commele dit Erichson, d’après M. Spinola; les autres au tiers antérieur des huit premiers segments abdominaux.
Ratzeburg considère le T. formicarius comme très utile aux forêts, parce que, à l’état parfait, il mange les insectes ennemis des arbres qui se trouvent à la surface ou dans les anfractuosités de l’écorce, et qu’à l’état de larve il dévore les larves de ces mêmes ennemis, vivant sous les écorces.
Cette larve, en effet, qui n’habite pas seulement le pin,
(1) Cette couleur rose est disposée en taches irrégulières et transversales sur le dos, et en lignes longitudinales sur les côtés. En dessous la teinte rosée est uniforme.
212 E. PERRIS. — Tnsectes
se trouve dans les galeries du Tomicus stenographus, du Melanophila tarda, des Ædilis, etc., et fait sa nourriture des larves de ces insectes. Elle traverse, pour aller jusqu’à elles, les intervalles de leurs galeries, et fait d’assez grands ravages dans leurs rangs. Lorsque cette proie de prédilection vient à lui manquer, elle se nourrit, comme tant d’autres, des matières excrémentitielles déposées dans les galeries. Le moment de sa transformation étant venu, elle se creuse dans la vermoulure et souvent dans l'épaisseur de l'écorce une cellule elliptique, qu’elle enduit d’une sorte de vernis blanc sur lequel je reviendrai plus tard.
Elle est d’un rose tendre et présente, comme à l'ordinaire, toutes les parties de l’insecte parfait. La tête, le prothorax et l’abdomen sont parsemés de poils nombreux et très fins. Le dernier segment est terminé par deux papilles diverwentes, coniques, peu allongées.
INSECTE PARFAIT
Longueur 9 millim. Tête noire; prothorax, dessous du corps et base des élytres rouges; cette dernière partie très ponctuée ; une bande étroite blanche, se relevant près de la suture au tiers antérieur, et une autre large près de l’extrémité.
Il s’en trouve une variété à tibias rouges.
On le rencontre au printemps courant sur les troncs des pins morts et même vivants. — Assez commun.
du Pin maritime. are
THANASIMiS (CLERUS) QUADRIMACULATUS Fab.
Fig. 276. (PI. 18.)
LARVE
Longueur 9 millimètres, largeur moyenne 3/4 millimètre. Elle ressemble à la larve précédente dont, à part la taille, elle a tous les caractères organiques. Elle en diffère par les particularités suivantes :
Tête marquée de quatre sillons longitudinaux , dont les deux intermédiaires, plus longs que les autres, n’atteignent pas le vertex. Plaque cornée du prothorax subtriangulaire et n’occupant pas le bord antérieur.
Corps d’un gris livide, teint ou marbré de rougeâtre, crochets du dernier segment ferrugineux.
Cette larve vit tantôt sous l’écorce des jeunes pins morts où elle se nourrit des larves xylophages qui s’y trouvent, tantôt sous les premières couches corticales des vieux pins vivants, où elle dévore les chenilles de tinéites qui y creusent leurs galeries. Je l’ai élevée chez moi parmi des vermoulures entremêlées de larves de bostriches, et j'en ai obtenu l'insecte parfait ; mais je ne sais rien des préliminaires de sa métamorphose, que je suppose analogues à ceux de la larve précédente, et je n’ai pas vu sa nymphe qui doit ressembler à celle que je viens de décrire.
INSECTE PARFAIT
Longueur 5 millim. Antennes brunes, avec la base et l'extrémité rougeâtres. Tête rouge à vertex brun. Prothorax rouge, marqué d'un sillon transversal en chevron. Elytres ponctuées-striées, noires, portant chacune deux taches blan ches, l’un au quart antérieur , l’autre près de l’extrémité.
214 E. PERRIS. —- {nsectes
Abdomen noir. Pattes brunes, avec la base des cuisses et la face interne des tarses rougeûtre. | On les rencontre en mai et juin courant sur l’écorce des vieux pins vivants, dont l'écorce nourrit les chenilles de
tinéites dont j'ai parlé plus haut. — Assez rare.
OPILUS (ATTELABUS) MOLLIS. L.
Notoxus — Fab.
Clerus — Oliv.
Dermestes — Schr.
Cette larve a déjà été publiée par M. Waterhouse (Trans. of theent. soc., t. Ier, p. 30), et M. Spinola, dans son ouvrage sur les Clérites (tome Ier, p. 51), cite la description donnée par ce savant. Cette description n'est pas assez complète pour rendre inutile le signalement succinct que je vais donner.
Longueur 12 millimètres, largeur 2 1/3 millimètres ; corps semblable à celui des deux larves précédentes, mais couvert de poils roussâtres , plus touffus et plus longs.
Tête aplatie, cornée, ferrugineuse, luisante, marquée en dessus de sillons irréguliers et ponctués, et en dessous de quatre sillons comme dans les larves des Thanasimus, avec cette différence que les deux latéraux sont plus courts. Epitome transversal ; labre semi-discoïdal ; mandibules pointues et noires; mâchoires courtes, échancrées en dedans; lobe surmonté de spinules cornées assez longues; palpes maxillaires de trois articles dont le second porte extérieurement une soie; menton arrondi: lèvre inférieure courte,
du Pin maritime. 215
faiblement échancrée; palpes labiaux de deux articles ; antennes de quatre articles, conformées exactement comme celles de la larve du T. formicarius, avec le petit article supplémentaire sur le troisième article, contre le quatrième (1) ; tous ces organes roussâtres, avec les articulations un peu plus pâles ; ocelles au nombre de cinq, disposés comme dans les larves précédentes, mais paraissant tous égaux.
Corps d'un testacé clair et livide, plus pâle en dessous. Prothorax à bord antérieur membraneux, puis revêtu, dans toute son étendue dorsale, sauf les angles postérieurs, d’une sorte de carapace cornée, luisante et d’un ferrugineux terne; mésothorax et métathorax ayant deux petites plaques semblables et à peu près elliptiques.
Abdomen pourvu des bowurrelets latéraux et des boursouflures rétractiles dorsales que présentent les larves précédentes ; dernier segment assez grand, subcorné, ferrugineux, plus étroit à la base qu’à l’extrémité, où il se termine par deux crochets cornés et ferrugineux qui, vus de face, paraissent obius et arqués l’un vers l’autre et, vus de profil,
sont à peu près droits, avec le bout recourbé en haut et acéré. En dessous, un mamelon anal subconique et rétractile.
Pattes et stigmates comme dars les deux larves précédentes.
(1) M. Waterhouse dit que le quatrième article ou dernier est terminé par un appendice , et dans une note il fait remarquer qu’on pourrait prendre cet appendice pour un cinquième article. Il y a là ou une erreur de l'observateur, ou une distraction de l'écrivain : erreur, s’il prétend qu'il existe un appendice au-dessus du quatrième article ; distraction, s’il a réellement vu et voulu signaler le petit article supplémentaire adossé au quatrième.
216 E. PERRIS. — Insectes
J'ai trouvé cette larve dans les sarments de vigne morte, où elle fait la chasse aux larves du Xylopertha sinuata, dans les jeunes pousses mortes du pin, où elle attaque les larves de l’Anobium molle, et sous l’écorce du même arbre, où elle dévore celles des Tomicus bidens et laricis. Je l'ai prise enfin dans les maisons, courant sur les planchers, et l’ai vue entrer dans les trous des Anobium pertinax. Elle est donc carnassière comme les autres larves connues de Clérites.
J'ai obtenu l’insecte parfait de rameaux du pin, où j'avais constaté l'existence de la larve, mais je n’ai pas vu sa nympbhe.
INSECTE PARFAIT
Longueur 9 à 11 mill. Tête et prothorax rugueusement ponctués, d’un brun ferrugineux ; bord antérieur de ce dernier et poitrine de couleur ferrugineuse. Antennes, épistome, labre, palpes et abdomen plus pâles. Elytres ponctuéesstriées , avec les intervalles des stries ponctués ; noirâtres, avec trois bandes testacées : la première partant de l'angle externe de la base, tantôt simplement humérale, tantôt se dirigeant obliquement vers la bande suivante dont elle se rapproche beaucoup, ou qu'elle atteint même près de la suture ; la seconde large, échancrée antérieurement, atteignant toujours le bord extérieur, mais n’envahissant pas la suture ; la troisième occupant le sommet, sauf la suture. Pattes testacées, avec l'extrémité des cuisses plus foncée et le reste de celles-ci jaunâtre.
La base des élytres est parfois testacée jusque près de la seconde bande. C’est alors la variété domesticus St., subfasciatus Dej., dont on a fait mal à propos une espèce.
En mai et juin, quelquefois sur les troncs des arbres, plus souvent dans les maisons, — Peu commun.
du Pin maritime. 217 TRICHODES ALVEARIUS Fab.
Au mois de mars 1852, je trouvai, en soulevant l'écorce d’un jeune pin qui avait, l’été précédent , servi de berceau à de nombreuses larves de Tomicus laricis, deux larves adultes de Clérites, un peu plus grandes que celles du Thanasimus mutillarius, et d’un beau rouge comme elles, c’està-dire d’une couleur bien plus vive que celles du T. formicarius. Je les observai un instant pour constater qu’elles avaient la tête noirâtre, des taches aux segments thoraciques et au dernier segment abdominal, et deux crochets un peu convergents comme ceux de la larve du Trichodes apiarius ; mais ne voulant pas les inquiéter, je bornai là mon examen, et j'attendis qu’elles se fussent glissées sous l'écorce non soulevée. Je tronçonnai alors le jeune pin avec de grandes précautions, et, après en avoir laissé les morceaux en plein air jusqu’au mois de mai, je les plaçai dans une boîte bien close. Au mois de juillet il me naquit deux Trichodes alvearius.
Je savais que la larve signalée par Réaumur comme appartenant au T. alvearius, et trouvée par lui dans les nids de l’abeille maçonne, est, d’après la figure de l’insecte parfait donnée par cet illustre auteur, celle du T. apiarius; mais sous l'influence de l’épithète alvearius, je m'étais persuadé que la larve de ce Clérite vivait dans les alvéoles ou les cellules des Hyménoptères mellifères. Ce ne fut donc pas sans grand étonnement que ie le vis sortir des tronçons du pin où j'avais observé la larve dont.je viens de parler. Cette larve se trouvait-elle là par hasard? La faim lavait-elle forcée à déserter le lieu de sa naissance et à s’introduire sous les écorces du pin qui lui offrait des moyens d’alimen-
218 FE. PERRIS. — /nsectes
tation? Ces questions se présentèrent à mon esprit, et j'avoue qüe j'hésite d'autant plus à les résoudre que le fait s'offre à moi pour la première fois. Je me borne donc à le constater, regrettant bien de n’avoir pas vérifié s'il ne restait pas sous l'écorce quelques débris de la coque parcheminée qui doit former cette larve, si du moins elle se conduit comme sa congénère Apiarius.
A l’occasion de cette dernière, M. Spinola {Essai sur les Clérites, 1, p. 51), fait remarquer qu'il est peu probable que le Trichodes, qui recherche instinctivement les ruches des abeilles mellifiques, aille dans le nid d'une maçonne sans y être contraint par une force majeure, parce qu’il y a trop de distance entre la substance d’un gâteau de cire et celle d’un mortier de maçonnerie, pour supposer dans l'animal l'indifférence du choix.
Ce fait n'a, selon moi, rien qui doive surprendre. La larve du Trichodes est appelée à vivre de cire, si l’on veut, et positivement de larves d'Hyménoptères mellifères. La femelle, au moment de pondre, saisit ces circonstances partout où elle les trouve, ét lorsqu'elle rencontre un nid d'abeille maçonne non encore fermé, mais contenant des dépôts de miel et le germe de larves futures, il est tout naturel qu’elle y dépose ses œufs avec la même indifférence que si c'était une ruche ordinaire. L'étude des mœurs des insectes et surtout des insectes phytophages apprend tous les jours qu’à défaut des conditions privilégiées, ils acceptent des conditions analogues.
INSECTE PARFAIT
Longueur 11 à 16 millim. Très velu; antennes noires, palpes fauves. Corps d'un bleu violet. Elytres rouges, avec
du Pin maritime. 219
une grande tache scutellaire, une bande en chevron au tiers antérieur, une autre au tiers postérieur, une troisième près de l'extrémité, n’atteignant pas le bord externe, et suture de couleur violette.
En été, sur les fleurs, principalement sur les Ombellifères et sur les Achillées. — Commun.
D’après M. Spinola, on ne connaissait, en 1844, époque où ce savant a publié sa Monographie, que quatre larves de Clérites : celles du Trichodes apiarius, du Thanasimus formicarius, de l’Opilus mollis, et celle du Thaneroclerus Buquetii, décrite et figurée par M. Lefèvre dans les Annales de la Société entomologique, tome IV, p. 577, sur des individus desséchés depuis longtemps. M. Westwood (Introd.) a représenté et mentionné la larve de la Necrobia ruficollis, et celle du Coryneles violaceus a été signalée par M. Curtis. MM. Boié et Westwcod ont fait connaître la larve du Tillus elongatus, var. ambulans, et j'ai moi-même publié celle du Tillus unifasciatus dans les Annales de la Société entomologique, tome 5, 2e série, p. 32. Je serais en outre en mesure de mettre au jour celle du Denops personatus, du Thanasimus mutillarius et du Tarsostenus univittalus, qui se trouvent, la première dans la vigne morte, où elle dévore les larves du Xylopertha sinuata ; la seconde dans le chêne et l'ormeau, où elle vit de larves de bostriches et de longicornes ; la troisième dans le chêne, où elle fait la guerre aux larves du Lyctus canaliculatus.
Toutes ces larves sont, pour ainsi dire, identiques quant aux organes, et ne diffèrent, pour ainsidire, que par la taiile ou les couleurs. Elles constituent donc un groupe fort naturel, et elles sont une nouvelle preuve des avantages que
présente l’étude des larves au point de vue de la méthode.
220 E. PERRIS. — J]nsectes
Les larves des Clérites ont de grands rapports avec celles des Malachius et des Dasytes. Toutes ees larves, en effet, sont charnues, faiblement coriaces, avec l'abdomen un peu ventru, les mandibules fortes et dentées, les mâchoires et le menton soudés, le dernier segment corné, du moins en partie, et terminé par deux crochets, le corps tomenteux , les pattes cylindriques et assez grêles, et leurs appétits sont carnassiers.
M. Spinola a critiqué l'amalgame des Clérites, des Lymexylon, des Ptinus, des Anobium et des Scydmænus , fait par M. Dejean dans son catalogue , sous le nom de Térédiles, amalgame imité par M. Blanchard dans son Histoire des Insectes, sous le nom de Clériens, avec les Melyris et les Dasytes de plus et les Scydmænus de moins. Le témoignage des larves, mieux encore peut-être que celui des insectes parfaits, justifie cette critique. Les larves des Clérites ont, ainsi que je viens de le dire, des affinités manifestes avec celles des Mulachius , des Telephorus et des Dasytes, que les natura-
listes ont toujours placés à côté les uns des autres; maiselles -
s'éloignent beaucoup de celles des Ptinus et des Anobium. Ces disparates tiennent, il est vrai, à la différence des appétits, les premières étant carnassières et les secondes lignivores, ce qui entraîne des modifications de forme et d’organisation; mais on conviendra cependant que ces disparates expliquent et motivent, jusqu’à un certain point, la classification récemment adoptée, et qu’elles renferment un avertissement dont on aurait sans doute profité plus tôt si l’on eût mieux connu, ou connu en plus grand nombre les larves de ces divers groupes ou genres.
Je vais maintenant essayer d’éclaireir quelques doutes exprimés par M. Spinola et de combler certaines lacunes qu il signale.
du Pin maritime. 291
M. Spinola demande : {° si cet anus proéminent et pouvant servir d’aiguillon, tel qu'Erichson l’a vu dans la larve du T. formicarius, est l’analogue de l'anus membraneux et pseudopode dont parle Réaumur à propos de la larve du Trichodes apiarius; 2° si ce mamelon n'est pas improprement appelé anus; 30 si la petite pointe représentée par M. Waterhouse est, dans l’'Opilus , analogue de l'aiguillon du Thanasimus ; 40 si les deux crochets écailleux que Réaumur a vus à l'extrémité postérieure de sa larve sont mobiles et font l'office d’une pince, ou bien s'ils correspondent aux deux protubérances rugueuses et divergentes signalées par - M. Waterhouse.
La réponse à la première question ne peut être qu’affirmative si l’on consulte les lois de l’analogie. L'observation constate en outre que les larves des Trichodes et des Thanasimus sont conformées de ia même manière. Dans celle du T. apiarius que j'ai sous les yeux, le mamelon anal a la même configuration et sert aux mêmes usages que celui de la larve du Thanasimus formicarius ; il fait l'office, comme le dit Réaumur, d’une septième patte.
Je ne discuterai pas sur la question de savoir si le mamelon dont il s’agit est mal à propos désigné sous le nom d’anus; je me bornerai à dire que, dans mon opinion, il vaudrait mieux le nommer pseudopode parce qu'il a été fait, je crois, pour servir à la progression de la larve; mais, en tout cas, ce qu'il y a de certain, c'est que dans ce mamelon se trouve un prolongement du tube digestif, et que le centre est occupé par l'anus. Au surplus, cette particularité est très commune dans les larves, et presque toujours c’est par le mamelon pseudopode du dernier segment que sortent les excréments.
229 E. PERRIS. — Insectes
Je n'ai aperçu dans aucune des larves que j'ai observées ni la petite pointe anale représentée par M. Waterhouse, dont je n’ai pas vu le dessin, ni l'aiguillon dont parle Erichson, quoique j'aie eu sous les yeux les larves décrites par ces auteurs. Cette pointe ou aiguillon serait d’ailleurs, pour moi du moins, une anomalie, car je ne l’ai jamais remarquée dans aucune larve. Ce n’est pas, sans doute, une raison pour la nier, et je ne la nie pas non plus formellement; mais je déclare que je ne l’ai pas vue.
Les crochets de la larve du Trichodes sont immobiles comme ceux de toutes les autres larves qui en possèdent, et j'ai déjà eu occasion de dire quel est, selon moi, leur usage. Ils doivent aussi correspondre aux deux protubérances rugueuses que M. Waterhouse donne à la larve de l'Opilus. Je dis qu'ils doivent correspondre, car je suppose que M. Waterhouse entend par protubérances les deux crochets terminaux que porte cette larve, et qui sont bien improprement appelés protubérances.
« Ce qu’il y a, dit M. Spinola, de plus intéressant dans » l’histoire de tant d’autres insectes nous est ici tout à fait » inconnu. Nons ignorons le lieu de la ponte des œufs, les » circonstances de leur éclosion, les conditions de l’habita- » tion préparée pour la larve nouvellement éclose, et la » nature des approvisionnements préparés pour sa nour- » riture. »
Je suis en mesure de donner à cet égard quelques renseignements.
Il m'a été donné plusieurs fois de voir l’accouplement du Thanasimus mutillarius et celui du Tarsostenus univillatus, assez communs à Mont-de-Marsan, sur les tas de bûches de chêne, et le premier en outre sur les tiges d’orme récem-
Le ‘
du Pin maritime. 223
ment coupées. Cet accouplement ne présente rien de particulier, il s'effectue, comme pour beaucoup d’autresinsectes, le mâle étant cramponné sur le dos de la femelle. La femelle du Thanasimus m'a rendu aussi plus d’une fois témoin de la ponte de ses œufs : elle parcourt l'écorce, cherchant les trous par lesquels se sont introduits les Scolytes, et lorsqu’elle en a trouvé un, elle se place au-dessus, y engage l'extrémité de son abdomen, susceptible de s’allonger en forme d’oviducte, et dépose ainsi ses œufs à l’entrée des galeries des Scolytes. Les larves éclosent dans ces galeries, et dès leur naissance font la guerre aux jeunes larves X ylophages, ordinairement très nombreuses, surtout dans l’orme. Tout se passe donc de la manière la plus simple.
Nous avons vu des insectes , l’Aulonium, le Rhizophagus, l’'Ips ferruginea , qui pénètrent eux-mêmes dans les galeries pour y distribuer leurs œufs. Cela leur est facile, parce que leur corps est d’un diamètre ordinairement moindre que celui du trou pratiqué par les Xylopages dont ils sont les ennemis; mais les Thanasimus ne peuvent, à cause de leur volume, avoir recours à la même manœuvre, et alors la nature, toujours prévoyante et conséquente dans ses vues, leur a donné la faculté d’allonger leur abdomen en une sorte de tube grêle, et les moyens d'accomplir ainsi la mission qu’elle leur a confiée, et qui a pour résultat de maintenir dans certaines limites la multiplication d'espèces essentiellement nuisibles. À
Il n’est pas aussi facile d’expliquer comment fait sa ponte le Trichodes apiarius dont la larve vit dans les ruches d’abeilles, et comme il semble extraordinaire que les abeilles, si chatouilleuses et si bien armées, puissent permettre à ce Coléoptère de violer effrontément leur domicile et de
a a net v4 2 Pme Dh
221 E. PErRis. — Insectes
pondre sur les rayons, on a été jusqu à supposer que celuici dépose ses œufs sur les fleurs où ils sont fortuitement recueillis par les abeilles qui les transportent dans leur nid avec le pollen.
Sans pouvoir, de visu , résoudre la question , je crois que tout se passe de la façon la plus naturelle dans le parasitisme du Trichodes, car la nature procède ordinairement par les voies les plus simples. Il est en effet plus que probable que le Trichodes pénètre tout simplement dans la ruche, et que ses œufs sont déposés ou sur les rayons, ou à l'entrée de la ruche ou sur ses parois, sans que les abeilles y mettent obstacle, parce qu'il est dans leur destinée d’avoir ce Coléoptère pour ennemi. C’est en vertu de cette loi du parasitisme que nous voyons s’accomplir des faits qui donnent la plus grande vraisemblance à cette hypothèse. La Cetonia cardui ne pille-t-elle pas impunément le miel emmagasiné dans les ruches ? Le Quedius dilatatus ne vit-il pas parmi les frelons si redoutables? La Galeria cereella n’affronte-t-elle pas, elle aussi, les abeilles? Les larves des Volucelles ne dévastent-elles pas les nids des guêpes? Est-il plus surprenant de voir les abeïlies respecter leslarves si molles des Trichodes, qui sont très souvent à découvert, ainsi que je l’ai constaté, que de les voir indifférentes à l'invasion de l’insecte parfait? Remarquons d’ailleurs que cet insecte subit toutes ses métamorphoses dans la ruche ; or, puisque les abeilles le laissent sortir en paix (et il est assez commun pour qu’on puisse croire qu'il n’est guère inquiété), pourquoi ne lui permettraient-elles pas d'entrer? Je me crois donc fondé à dire que les choses s’accomplissent tout naturellement.
Les auteurs qui ont parlé des métamorphoses du Corynetes violaceus, du Thaneroc!erus Buquetii et du Trichodes
apiarius, Ont dit que les larves de ces insectes, avant de se transformer en nymphe, s’enferment dans une coque blanche ou jaunâtre, ayant la consistance d’une pellicule ou d’un parchemin. M. Spinola exprime le désir de savoir quelle est la nature de la matière qui sert à former cette coque.
Comme ni Ratzeburg, ni Erichson, ni Waterhouse ne parlent de coque à propos des larves du Thanasimus et de POpilus, et que j'avais trouvé dans mes bocaux une nymphe du T. formicarius , entièrement nue, je répugnais à croire, en vertu des lois de l’analogie, que les larves de Clérites s’enveloppent d’une coque. Sous l'empire de cette idée je me persuadais que là coque du Corynetes violaceus , trouvée dans une planche de sapin vermoulue , et signalée par M. Hardwicke, pouvait bien être celle d’une larve d’Anobium ou de Ptinus dans laquelle aurait pénétré celle du Corynetes , et que celle du Thaneroclerus avait pu donner lieu à une méprise semblable; mais je me sentis bientôt très fortement ébranlé par le témoignage de Réaumur, qui atteste que la larve du Trichodes tapisse sa cellule de soie et la ferme d'une forte toile. Mes incertitudes furent augmentées par l’assertion d’un paysan très expert en apiculture, et qui, chargé par moi de recueillir des larves de Trichodes , qu’il connaissait très bien sous le nom de ver rouge , me dit spontanément qu'ils’enferme dans un cocon. Il y avait donc là matière à de nouvelles et intéressantes observations, et je me promis de ne rien négliger pour satisfaire ma curiosité vivement excitée, et tirer au clair la question.
En conséquence, au mois de mai suivant, je me mis en quête de larves de Thanasimus formicarius et mutillarius, et en ayant pris un assez grand nombre bien adultes, je les
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introduisis isolément dans de petits flacons pleins de la vermoulure au milieu de laquelle je les avais rencontrées, et les plaçai à l'obscurité, dans l'espoir que, n’étant pas offusquées par la lumière , elles viendraient se transformer contre le verre. Cette espérance ne fut point trompée, et vers la mi-juin presque toutes mes larves se trouvaient au fond des flacons, dans une cellule formée par la vermoulure et par les parois des flacons, de sorte qu’à travers le verre elles étaient parfaitement visibles. Elles demeurèrent plusieurs jours à peu près immobiles et ur peu arquées en dessous ; après quoi je m'aperçus que la portion de la cellule formée par la vermoulure se tapissait d’un vernis blanchâtre, analogue à la mucosité que déposent les limaces. Mon intérêt et ma curiosité s’accrurent, et depuis ce moment je fis à mes larves de très fréquentes et de longues visites, afin de les surprendre à l'œuvre et de découvrir d’où sort le vernis et comment la larve l’emploie. Malgré toute ma patience et l'usage presque continuel de la loupe, il ne m'a pas été possible de constater la moindre émission mucilagineuse par la bouche, par l’anus ou toute autre partie du corps. Voici seulement ce que j'ai vu : :
La larve, repliée sur elle-même, promenait lentement sa tête sur son abdomen et-en râclait doucement toutes les parties avec ses mandibules. Ge manége durait assez long-
temps sans qu'il me füt permis d'en apprécier ni le but,
puisque aucune transsudation n’était apparente, ni les ré-
Sultats, puisque les mandibules ne me semblaient rien
détacher. Quoi qu'il en soit, cette opération, qui s'est renouvelée souvent sous mes yeux, avait un motif; ce qu’il y a de certain, c’est que, lorsqu'elle s'était prolongée quelque temps, la larve relevait la tête et la passait et repassait sur
les parois de sa cellule, comme pour les enduire et les badigeonner à l’aide de ses mandibules et de ses palpes.
De tout cela j'ose conclure, avec doute pourtant, car je n’affirme que ce que j'ai vu ou ce que crois avoir bien vu, que la matière soyeuse, papyracée ou parcheminée, ou, pour parler plus juste, la matière gommeuse dont les larves des Thanasimus tapissent leur cellule ou se forment une coque, transsude imperceptiblement de leur corps comme une matière sébacée. Ce qui me porte à le croire, c’est que, malgré tous mes soins, je n’ai pu rien voir sortir ni de la bouche , comme dans les larves des Hyménoptères et dans les chenilles, ni de la région anale, comme dans les larves de plusieurs Charançons. En tout cas, cette matière doit être fort peu abondante, car le temps que mettaient à l’épuiser les larves que j'ai observées variait de dix à vingt jours, et la couche en était extrêmement mince (1). Lorsque l’ouvrage est terminé le vernis est d’un assez joli blanc, et la larve, qui est devenue tous les jours plus terne, se trouve être d’un rose nébuleux et livide.
Quelle est la durée de la vie des larves des Clérites dont j'ai parlé? M. Waterhouse a gardé deux ans la larve de l'Opilus, et Réaumur , trois ans celle du Trichodes dont Swammerdam avait obtenu la métamorphose beaucoup plus tôt. Mais ce n’est pas dans un cabinet, où les conditions de température, d'humidité et autres sont si différentes de celles de la nature même, qu’il est possible d'apprécier la durée normale de l'existence des larves. Quant à moi, je
(4) Le vernis que déposent les larves du Denops personatus, du Tillus unifasciatus et du Tarsostenus univiltatus est incolore et presque imperceptible.
2928 , E. PErRIS. — [Insectes
crois que celles dont il s’agit ici mettent tout au plus un an à subir leurs diverses métamorphoses. Je me fonde sur ce que: 1° des branches de pin et des sarments de vigne coupés en hiver et qui n’avaient pu recevoir les œufs qu’au printemps, m'ont donné des Opilus durant l'été de l’année suivante ; 2° des büches de chêne m'ont fourni, dans le même intervalle, le T, mutillarius ; 30 des larves de T. formicarius , recueillies en hiver sur des pins morts ou abattus le printemps précédent, et élevées dans mon cabinet, m'ont donné des insectes parfaits le mois de mai suivant. Il ya plus : j'ai trouvé au commencement de juillet une nymphe du même Clérite dans l'écorce d’un pin abattu au mois de janvier de la même année, et qui avait servi à nourrir des larves de Hylurqus piniperda ; 4° des tiges de vigne attaquées en mai et juin par les larves du Synoxylon sexdentatum et de l’Agrilus derasofasciatus qui deviennent insectes parfaits, les premières avant la fin de l’automne, les secondes au mois de mai de l’année suivante , contiennent en hiver des Denops personatus, des Tillus unifasciatus à l’état parfait, accompagnés, il est vrai, de larves qui ne se transformeront qu'au printemps d’après, ou même plus tard, soit qu'elles aient été retardées dans leur croissance, soit qu’elles proviennent de pontes plus tardives, soit que quelque circonstance, que nous ne saurions apprécier, et qui survient fréquemment dans les éducations à domicile, les force à ajourner leur métamorphose.
ANOBIUM MOLLE, Fab.
Fig. 284-289. ( PI. 18.)
Bouché et Ratzeburg ont publié l’histoire des divers états de l’Anobium tessellatum , le premier en 1834 (nalurg. der
du Pin maritime. 299
insect.) ; le second en 1837 (Die forst insecten), et l’on doit à M. Rouzet une bonne notice sur les larves des À. abietis et striatum, insérée dans les Annales de la Société entomologique (1849, p. 305). Là se borne, si je ne me trompe, ce qu’on sait sur les métamorphoses des Anobium, et l'on ne peut certes pas s’en prendre à la difficulté de se procurer et d'élever leurs larves. Les herbiers des botanistes ne sont que trop souvent attaqués par celles de l’A. paniceum ; celles de l'A. villosum pullulent dans les bibliothèques et les archives où elles rongent les papiers; celles de l’A. pertinax perforent nos planchers et nos meubles et sont très communes dans les tiges mortes du lierre; celles de l'A. fulvicorne vivent dans le bois mort du charme et du châtaignier; les jeunes pousses et les vieilles écorces des pins en nourrissent plusieurs espèces, et toutes sont assez faciles à trouver. Mais deux motifs ont pu détourner les naturalistes de les signaler: le premier, c’est sans doute l’abondance même de ces larves, qui a dü faire supposer qu’elles étaient connues ; le second, c’est leur ressemblance, je dirais presque leur identité , qui a porté à penser qu’il ne restait plus rien à dire sur leur compte.
Ce dernier motif n’est pas tout à fait dépourvu de fondement. Il faut convenir, en effet, que l’étude des larves d’un genre dont les métamorphoses sont connues n'offre pas en général, aux naturalistes qui aspirent à ne donner que du nouveau, le même attrait que celle des insectes parfaits. Ceux-ci, pour des larves qui se ressemblent, ont des formes diverses, des couleurs différentes, des caractères distinctifs, de sorte qu’on n’a réellement tout dit sur un genre que lorsqu'on à passé en revue toutes les espèces, tandis qu’il suffit souvent de décrire et de figurer la larve et Ja
230 E. VERRIS. — Insectes
nymphe d’une de ces espèces pour en finir sur ce point avec tout le genre.
Je crois pourtant que la science ne peut se contenter de cette manière sommaire de poser des principes généraux ; je pense au contraire que ces principes doivent avoir pour base des faits nombreux, et qu'on ne doit se prononcer définitivement sur l’organisation des larves d’un genre d’insectes qu'après qu’on en a étudié plusieurs. Indépendamment de l’intérèt scientifique, il y a aussi une certaine utilité à connaître les mœurs, l’habitat, le mode d'alimentation , les caractères différentiels des larves , quelque peu apparents qu ils puissent être, parce qu’on y trouve fréquemment des indications toujours précieuses, parfois infaillibles, pour apprendre à discerner, parmi les insectes parfaits, des espèces que sans cela on aurait été tenté de confondre. J'aurais, pour ma part, commis plus d'une erreur de ce genre si les larves ne m’avaient, à priori, signalé des différences que je n’aurais pas aperçues, ou dont je n'aurais pas tenu compte.
Ces considérations me déterminent, quoique j'aie peu de chose à ajouter à ce qu'ont dit mes devanciers, à dire quelques mots des larves d’Anobium qui vivent aux dépens du pin maritime, et voici la description de celle de l’A. molle.
LARVE
Longueur 5 à 8 millimètres; corps blanc, charnu, un peu renflé antérieurement ; postérieurement courbé en hameçon comme les larves d’apate et celle de Lamellicornes; convexe en dessus, peu bombé en dessous.
Tête beaucoup plus étroite que le thorax, lisse, arrondie, subcornée, ferrugineuse et luisante; marquée sur le vertex d'un tout petit sillon qui se divise sur le front en deux ra-
du Pin maritime. 231
meaux prolongés jusqu’à la base des mandibules. Epistome court ; labre semi-elliptique et tout couvert de petits poils roussâtres ; mandibules courtes, un peu en forme de quart de cercle, ferrugineuses à la base, noires à l'extrémité, qui est quadridentée. Dents du sommet plus fortes que les autres et séparées extérieurement par un sillon bien prononcé. Mâchoires assez épaisses ; lobe allongé, robuste, chargé de longs poils roussâtres, surtout en dedans, et muni à l'extrémité de spinules rapprochées, entremêlées de poils; palpes maxillaires un peu plus longs que le lobe des mâchoires, coniques et de trois articles égaux; lèvre inférieure couverte de petits poils roussâtres, arrondie antérieurement ; palpes labiaux courts et de deux articles. Yeux nuls ou non apparents ; antennes presque invisibles, de deux articles au moins.
Corps entièrement revêtu de poils très fins, à peine roussâtres, et formé de douze segments que des plis transversaux empêcheraient de bien discerner si l’on n'avait la ressource des pattes et des stigmates. Thorax de:trois segments, dont le premier beaucoup plus grand que les deux autres ; métathorax ayant sur le dos un groupe transversal de petites spinules rousses, recourbées en arrière. Elles sont situées sur une sorte dedilatation que limite d’un côté le bord antérieur du segment ; de l’autre, un pli bien visible qui vient rejoindre ce bord antérieur sur les côtés, un peu au-dessus d'un petit bourrelet en forme de mamelon.
Abdomen de neuf segments, dont les deux derniers un peu plus grands que les autres ; les six premiers munis, exactement comme le métathorax, de spinules dorsales qui disparaissent presque entièrement sur le septième , tout à fait sur le huitième, et se montrent de nouveau, et en grand
232 E. Permis. — Insectes
nombre , sur les côtés et à la face postérieure du neuvième, Ce dernier segment, postérieurement subarrondi, est sillonné en dessous d’une rainure longitudinale dans laquelle se cache un petit mamelon dilatable, au centre duquel est l'anus.
Pattes assez longues, de quatre articles ; dessous des cuisses hérissé de longs poils roussâtres, ainsi que les tibias qui sont tronqués à l’extrémité, de manière à former sous l’ongle une sorte d’ergot. (
Stigmates orbiculaires, roussâtres ; première paire un peu plus grande et un peu plus inférieure que les autres, située très près du bord postérieur du prothorax ; les autres près du bord antérieur des huit premiers segments abdomipaux.
La femelle de l’A. molle pond au printemps ses œufs sur les jeunes pousses des pins récemment abattus, et sur celles que les attaques du Hylurqus piniperda ou de la Tortrix buoliana, ou tout autre accident ont rendues malades. Les larves, dès leur naissance, s’enfoncent dans la moelle et vivent presque exclusivement aux dépens de cette partie du végétal, que remplacent peu à peu des vermoulures et des excréments. Lorsque le moment de la transformation arrive, elles percent le bois d’un trou rond, jusqu’à l’écorce, afin que l'insecte parfait n’ait que ce faible obstacle à franchir, puis se retirent, vis-à-vis de ce trou, au milieu des détritus. Là elles se façonnent une sorte de coque très fragile, et s’y transforment en nymphes. On en trouve jusqu’à huit et dix sur une pousse de trente centimètres.
Cette larve passe par toutes les phases de son existence d’un printemps à l’autre.
du Pin maritime. 233 NYMPHE.
Charnue , molle , blanche, avec les yeux fauves; couverte principalement sur la tête, le prothorax et le dessus de l'abdomen, de poils très fins et roussâtres. Abdomen assez mobile, terminé par deux papilles qui servent à la larve à se retourner dans sa coque.
INSECTE PARFAIT
Longueur 3 1/2 à 7 millim. Entièrement testacé, avec les pattes et les antennes un peu plus claires et les yeux noirs ; couvert d'une très fine et très courte pubescence roussâtre. Tête uniformément convexe. Antennes égalant presque la moitié du corps; premier article épais, presque réniforme ; deuxième très court et presque globuleux ; les six suivants, comparés entr’eux, alternativement plus longs et plus courts; le troisième de ces six le plus long de tous; les trois derniers articles longs, égalant presque ensemble la longueur du reste de l’antenne. Prothorax ponctué, deux fois au moins aussi large que long; bord antérieur un peu arrondi; angles antérieurs rabattus ; bords latéraux relevés, arrondis en une courbe régulière que continue tout le bord postérieur ; sur son tiers antérieur une dépression transversale, et deux éminences sur le disque. Ecusson caché sous des poils roussâtres. Elytres finement ponctuées-chagrinées, de la largeur du prothorax, un peu déprimées à la base de la suture ; laissant voir, à certains reflets, trois côtes élevées, dont la plus voisine de la suture est quelquefois seule apparente.
On le prend au vol, en mai et juin, près des tas de bois de pin. Il se rencontre aussi dans les maisons. — Commun.
234 E. PErRRIS. — /nsectes
ANOBIUM ABIETIS, Fab.
LARVE
Ainsi que je l’ai dit, M. Rouzet a publié dans les Annales de la Société entomologique l’histoire des métamorphoses de cet insecte. Cette circonstance et la description que je viens de donner de la larve et de la nymphe de l'A. molle me dispensent de nouveaux détails. Je dirai seulement que la larve de l’A. abietis diffère de cette dernière en ce que la tête, au lieu d’être ferrugineuse, est d'un blanc très légèrement roussâtre, avec le bord antérieur ferrugineux, deux taches arrondies sur le vertex et les joues rousses.
Elle s’en distingue aussi par son habitat. M. Rouzet l’a trouvée dans l’écorce du sapin commun ; ici, faute de sapin, elle vit dans l'écorce du pin maritime, où elle creuse des galeries sinueuses et irrégulières, sans attaquer le bois, et c’est là qu’elle subit ses métamorphoses.
NYMPHE
” Semblable à celle de l’ À. molle.
INSECTE PARFAIT
Longueur 3 1/2 à 4 millim. Semblable à l'A. molle dont il diffère par sa taille plus grêle et un peu plus petite, par les trois derniers articles des antennes, qui sont aplatis , par l'absence d’elévations sur le disque du prothorax et d’impression à la base des élytres, et par des apparences très fugaces de stries.
En mai ei juin, avec le précédent. — Peu commun. -
du Pin maritime. 235
ANOBIUM LONGICORNE , Sturm.
LARVE
Entièrement semblable à celle de l’A. abietis, sauf que les spinules s'arrêtent au sixième segment abdominal, au lieu du septième. Elle vit aussi dans l'écorce du pin, mais pas tout à fait dans les mêmes conditions que la précédente. Celle-ci se trouve dans l’intérieur des écorces épaisses et crevassées des vieux pins et elle passe souvent toute sa vie sans pénétrer jusqu au bois, tandis que la femelle de l’A. longicorne pond ses œufs sur les grosses branches des vieux pins ou sur les tiges de pins de dix à quinze ans, c’està-dire qu'elle recherche les écorces peu épaisses. C’est à leur surface inférieure que vit la larve dont les galeries entament quelquefois l'aubier.
NYMPHE
Comme les précédentes.
INSECTE PARFAIT
Longueur 4 à 4 1/2 millim. Corps grêle ; entièrement : d’un noîrätre un peu soyeux, avec les antennes, lés palpes; les tibias et les tarses rougeâtres. Antennes dépassant la moitié du corps : deux seulement des trois derniers articles excédant la longueur totale de tous les autres, qui sont très courts, et dont le dernier, ou huitième , est presque invisible. Prothorax non déprimé antérieurement, ayant sur le
disque quatre élévations presque obsolètes; moins de deux
236 E. PERRIS. — /nsectes
fois aussi large que long. Elytres ayant une impression en chevron, peu visible et pas toujours régulière près de la base ; pas d'apparence de côtes ou de stries.
Mai et juin, avec les précédents. — Rare.
ANOBIUM PERTINAX, EL.
A striatum, GYll., non Illig.
LARVE
Elle diffère des précédentes par sa taille plus petite et par un caractère très facile à saisir : c’est que les spinules, au lieu d'être groupées, sont disposées en un seul rang transversal placé au tiers antérieur du métathorax et des six premiers segments abdominaux. Au dernier segment elles sont agglomérées comme dans les autres larves, mais moins apparentes. Le corps est un peu moins velu que d’ordinaire. i
Cette larve, dont tout le monde connaît les ravages, et que je ne mentionne ici que parce qu’elle attaque le pin travaillé, vit dans le bois de nos meubles, dans les planchers , les charpentes de nos maisons, qu'elle finit par réduire à l’état de vermoulure, surtout lorsque l’aubier y domine. Tout le monde connaît les trous dont ces bois sont criblés après la sortie des insectes parfaits ; tout le monde a vu aussi ces petits tas de vermoulure que les larves font sortir de leurs galeries lorsque, s’approchant de la surface, elles veulent déblayer l'emplacement de la cellule où doit s’accomplir leur métamorphose.
du Pin maritime. 47
Ce n’est pas seulement dans les bois mis en œuvre que la femelle de l'A. pertinax pond ses œufs. Elle les dépose également sur les tiges mortes du lierre et peut-être aussi d’autres arbrisseaux, et alors la larve vit principalement de la substance médullaire. Cette particularité assez saillante m'avait fait supposer que l'Anobium du lierre devait former une espèce différente, et la même pensée était venue à l'esprit de mon ami M. Léon Dufour, qui avait donné à cet insecte le nom d’A. Latreillüi ; mais tout bien considéré, et conseil pris d'hommes très compétents, nous sommes demeurés convaincus que c’est toujours l'A. pertinax.
NYMPHE
Comme les précédentes.
INSECTE PARFAIT
Long. 3 1/2 à 4 millim. Brun, couvert d’un léger duvet soyeux, court et gris Antennes, parties de la bouche et tarses plus clairs. Prothorax relevé en bosse à sa moitié postérieure, marqué d’une profonde impression à la base, de chaque côté de la bosse, et comprimé latéralement. Elytres ponctuées-striées.
Mai, juin, dans les maisons. — Très commun.
Je n’abandonnerai pas l’histoire des Anobium du pin maritime sans consigner ici quelques observations que m'ont suggérées l’examen de leurs larves et la lecture de ce qu’ont publié MM. Ratzeburg et Rouzet.
Remarquons d’abord les ressemblances que présentent les quatre larves dont je viens de parler. On les prendrait toutes, les trois premières du moins, l’une pour l’autre, en
9238 E. PERRIS. — [nsectes
considérant les plus petites comme des individus jeunes des plus grandes. et je pourrais y ajouter celles des À. villosum, paniceum et fulvicorne. Toutefois, au milieu de ces ressemblances, on parvient à trouver certains caractères distinctifs, sinon d'espèces, du moins de groupes, ce qui est déjà assez remarquable. Ces caractères résident dans les spinules de la région dorsale. Ainsi, pour les Anobium dont le prothorax est régulier, exempt d'inégalités bien marquées, et dont les élytres sont couvertes d’une fine ponctuation, comme les A.tessellatum, molle. etc., les larves ont des groupes de spinules, depuis le troisième segment jusqu'au dixième inclusivement, et le onzième en est totalement dépourvu. Pour ceux dont le prothorax est régulier et les élytres striées-poncluées , comme les À. villosum et paniceum , les groupes de spinules sont plus serrés et s'arrêtent au neuvième segment , le dixième et ie onzième demeurant parfaitement lisses. Pour ceux dent le prothorax a des crêtes, des inégalités, des tubercules et dont les élytres sont striéesponctuées, comme les À. pertinax et fulvicorne, il n'y a plus des groupes , mais bien une seule ligne de spinules jusqu'au neuvième segment. L'A. striatum est conformé comme l'A. pertinax, et je regrette de ne pas connaitre sa larve ; mais M. Rouzet l'a signalée , et ce qui vient à l'appui de mes observations , c’est qu'il dit: < on ne voit que très peu de petits crochets recourbés sur la partie supérieure des anneaux. » C'est vraiment une chose digne d'intérêt que celte possibilité d'établir pour les larves des subdivisions correspondantes à celles des insectes parfaits, et nous y trouvons une nouvelle preuve de ce que j'ai avancé plus d'une fois, de ce que je répète maintenant avec une con-
viction toujours croissante, que l'étude des premiers états des insectes doit puissamment concourir , avec les observations anatomiques , à l'établissement d’une bonne nomenclature et d’une bonne classification; deux choses qui laissent bien à désirer.
Disons un mot de ces spinules que nous venons de voir jouer un rôle assez important. Il n’est personne qui ne devine qu'elles servent à favoriser les mouvements de la larve dans les galeries où elle vit. Mais quelle sagesse dans emploi de ce moyen ! Si les spinules du dernier segment étaient, comme celles des autres, recourbées en arrière , le point d'appui que la larve y trouve, pour se pousser en avant, ne serait pas solide, car son dernier segment, incliné sous le corps , glisserait au lieu de s’accrocher. Relevées, recourbées en avant, elles ne devaient rien laisser à désirer, et c’est cette disposition, cette forme qui leur a été donnée. D'un autre côté, lorsque la larve s’est allongée sous l’impulsion du dernier segment, il faut que le train antérieur devienne immobile , pour qu’elle puisse ramener le train postérieur ; aussi les spinules sont-elles recourbées en arrière, de manière à empêcher le corps de rétrograder en se cramponnant aux parois supérieures de la galerie. Il est à remarquer aussi que le onzième segment en est dépourvu, et que le dixième, lorsqu'il n’est pas parfaitement lisse , n’en possède qu’un très petit nombre. C’est qu’elles étaient parfaitement inutiles sur ces deux segments qui forment la déclivité dorsale du corps, qui n’appuient pas contre les parois de la galerie dans l’acte de la progression, et qui, s'ils concourent à cet acte en pressant contre les détritus accumulésen arrière, n’ont pas besoin pour cela de spinules. Rien d'inutile ! Telle est une des plus admirables lois de la
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nature , qui sait si bien concilier la prodigalité avec l’économie. |
ÆEssayons aussi de dissiper les incertitudes, de combler les lacunes, de rectifier les erreurs auxquelles les larves d’Anobium ont donné lieu. e |
M. Rouzet ne fait aucune mention des yeux, et, malgré un long examen, il n’a pu voir des antennes. Ratzeburg n’a trouvé à ces larves aucune apparence d’yeux ; mais, si je traduis bien, il dit qu’elles offrent une faible trace d’antennes.
Après de patientes investigations, je suis parvenu à voir des yeux sur toutes les espèces de larves que j'ai observées. Il y en a un de chaque côté de la tête, contre l’augle inférieur de la mandibule. Il a la forme d’un petit tubercule assez saillant, luisant, de couleur rousse dans toutes les larves que j'ai examinées, sauf celles des À. molle et angusticolle où il est marqué d’une tache noire. Ces larves ont donc deux yeux.
Quant aux antennes,-je m étais prononcé d’abord pour la négative, mais il restait pourtant des scrupules dans mon esprit. J’admettais difficilement qu’une larve si voisine de celles des apate, si haut placée dans l'échelle organique , appartenant à une classe immense de larves qui ont toutes des antennes , fût entièrement dépourvue de ces organes. En vain je me rappelais que certaines larves de Longicornes sont privées de pattes lorsqu'on en voit sur presque toutes celles de la même famille ; je ne voyais pas que cette exception eût, à beaucoup près, la même portée que celle qu’il s'agissait d'établir pour les larves d’Anobium, et je ne pouvais me résigner à les dépouiller d’organes aussi importants que les antennes, J’ai donc fait un appel à ma collection de
du Pin maritime. 241
larves, et à force d'examiner avec mes plus fortes loupes , j'ai aperçu, sur la plus grande espèce, celle de l’A. tessellatum , une sorte d’anneau cartilagineux, circonscrivant une cavité située contre le milieu de la base de chaque mandibule, non loin de l'angle où se trouve l'œil, et par conséquent au haut de la joue. Du fond de cette cavité il me semblait voir surgir comme un petit poil.
Les tissus se contractant dans l’alcooi, je me figurai que la cavité en question pourrait bien être le réceptacle d’une antenne rétractile, et que je verrais mieux les choses sur des larves vivantes. Je me mis donc en quête et me pourvus de larves d'A. villosum, molle et abietis; mais je ne fus guère plus heureux. Je parvins pourtant à constater que de la cavité surgissait une soie roussâtre, et il me sembla que cette soie était implantée sur un article antennaire très grêle. Je tenais à pousser plus loin mes recherches. Sachant que les larves des Ptinus ont les plus grands rapports avec celles des Anobium, je voulus examiner celle d’une assez grande espèce, le Ptinus palliatus (Mihi), qui vit dans l’aubépine. Je m'en procurai quelques-unes, et je fus frappé de leur ressemblance avec celles qui font l’objet de mes observations. Je trouvai seulement les mandibules tranchantes et non dentées, le corps un peu plus velu, les spinules dorsales extrêmement petites et à peine visibles, même au microscope. Les yeux étaient à la même place, la cavité existait aussi ; mais ,cette fois, mes efforts obtinrent un petit succès de plus: la petite soie surmontait positivement un petit appendice antenniforme. C'était déjà une indication. Sur ces entrefaites, je rencontrai abondamment la larve du Dorcatoma chrysomelina, qui vit dans le champignon nommé Dedalæa maxima, Brot., et cette larve, qui reproduit, à s’y
242 Ë. PERRIS — Insectes
méprendre, celle des Anobium, me permit de voir distinctement, sortant des cavités dont j'ai parlé, deux antennes très courtes, coniques, triarticulées : c'était une RE en : de plus.
Je m'approvisionnai de nouveau de larves d'A. villosum ; je les examinai sérieusement ; je pratiquai sur la tête des dissections extrêmement difficiles, et je parvins enfin à constater, de la manière la plus positive, l'existence, dans chacune des cavités précitées, d'une antenne que, par analogie, je crois être de trois ou de quatre articles, mais dont je n'ai bien clairement vu que deux. La figure que j'en donne est très fidèle. Ainsi, les larves d’Anobium ont deux antennes coniques, très courtes, de deux articles au moins, de trois très probablement, de quatre peut-être, rétractiles et logées dans une cavité située près de la base des mandibules.
D'après Ratzeburg, les palpes labiaux sont de trois articles, et c’est du reste ce qu’exprime la figure qu’il donne de la lèvre inférieure de la larve de l’A. tessellatum et des deux palpes qui en dépendent. M. Rouzet n’a vu que deux articles. M. Rouzet a raison, et M. Ratzeburg, qui a droit à mes hommages pour la perspicacité de ses observations et la perfection de ses dessins, se trompe cette fois. Il a pris pour un article une échancrure latérale de la lèvre, sur laquelle est implanté le palpe, qui n’est en réalité que de deux articles. Je ne connais pas d'ailleurs un seul exemple de palpes labiaux de trois articles, lorsque les maxillaires, de l'aveu de M. Ratzeburg lui-même, n’en ont que trois.
La figure que donne cet auteur d’une des deux mâchoires présente nn caractère qui me parut d’abord être une anomalie : c’est une sorte de lobe supplémentaire et elliptique, soudé contre le bord interne du lobe principal et sur-
du Pin maritime. 213
monté d’un ergot. M. Rouzet a vu quelque chose d'analogue dans la larve de l'A. abietis. « Les mâchoires, dit-il, sont » terminées par une brosse de poils, et ont, au côté externe, » un palpe de trois articles. A leur côté interne on voit un » appendice allongé, terminé par une sorte de crochet. » Ratzeburg a vu dans l’A. tessellatum un appendice à peu » près analogue, seulement il le figure renflé à la partie » moyenne, et terminé par un crochet très fort. »
Décidément les larves d’'Anobium étaient faites en dépit des lois de l’analogie et déroutaient mes idées. Cet appendice n’était point signalé dans mes notes et mes descriptions; je le voyais représente, j'en entendais parler pour la première fois ; rien de semblable ne m'avait été offert par une seule des nombreuses larves de Coléoptères que j'ai observées ; aussi n’étais-je pas convaincu. Je me remis à l'œuvre, et que vis-je ? non pas un organe charnu, renflé, surmonté d'une dent comme celui qu'indique Ratzeburg; non pas même un appendice subulé comme celui que montre le dessin de M. Rouzet, mais tout simplement un trait ferrugineux et subcorné, traversant obliquement la mâchoire sans atteindre les bords, et suivant à peu près la direction de l’appendice figuré par M. Rouzet. Sans Ratzeburg, il est plus que probable que M. Rouzet aurait vu la réalité; mais, trompé par l’appendice que signale l’auteur allemand, il a voulu, lui aussi, quelque chose de semblable, et il a pris une callosité linéaire pour un organe.
Si j'ai tant insisté sur ces considérations qui paraissent sans importance, et qui en ont pourtant beaucoup à mes yeux, c’est qu'indépendamment du désir que j’ai d’être vrai et complet, je tiens infiniment à pouvoir généraliser mes idées, et à fournir le plus possible d'éléments pour un tra-
244 E. PERRIS. — Jnsectes
vail d'ensemble qui pourra être fait ultérieurement, par d’autres ou par moi, pour une classification méthodique des larves. On conçoit dès lors que je recherche et que je constate les analogies d'organisme, que j'hésite devant les disparates , ou que je les utilise lorsqu’elles existent, que je n’abandonne qu’à bon escient les conséquences qui dérivent de mes types, et que je me préoccupe des relations entre les larves et les insectes parfaits, au point de vue de la méthode.
Quelle est la durée de l'existence des larves d’Anobium ? M. Rouzet pense qu'elles doivent passer l'hiver et ne se métamorphoser que dans l’année qui suit celle de leur naissance. Ratzeburg incline à croire qu’elles vivent plus d’une année ; il signale des sorties d'insectes parfaits d’un même morceau de bois, qui se sont prolongées pendant plus d’un an , sans que toutes les larves que ce morceau de bois contenait se fussent transformées. Leur vie pourrait donc être, d’après lui, de trois à quatre ans.
Je suis loin de partager cette manière de voir, et, selon moi, les larves d'Anobium accomplissent généralement leurs évolutions dans l’espace d’une année. J’en suis certain pour celles de l’A. molle, parce que des rameaux qui n’avaient pu être attaqués qu’au printemps m'ont donné des insectes au printemps suivant. Je le suis aussi, par expérience, pour VA. abietis, l'A. angusticolle, VA. villosum , V A. paniceum ; mais je m'explique facilement la présence de larves dans des écorces ou des bois d’où sont sortis des insectes. Je sais, en effet, pour en avoir été témoin, et en avoir plus d’une fois tiré parti, que parfois les insectes éclos s’accouplent et pondent presque aussitôt sur les bois ou les écorces qui leur ont servi de berceau, et donnent ainsi lieu à de nouvelles
du Pin maritime. 245
générations. Les Anobium ne sont pas les seuls insectes qui donnent matière à cette observation ; je pourrais en citer un assez grand nombre. Je sais aussi, et j’ai déjà eu occasion de le dire, que des larves nées à la même époque peuvent très bien ne pas se transformer simultanément, parce que les conditions dans lesquelles elles vivent peuvent être variables et influer diversement sur leur bien-être et leur développement, sur ce travail d'organisation interne qui doit précéder la métamorphose; mais, lorsque je pose un principe, je ne m'occupe pas des exceptions.
Ainsi que l’a remarqué M. Rouzet, les larves d'Anobium, avant de se transformer en nymphes, agglutinent des détritus avec une sorte de bave, et en façonnent une coque ellipsoidale dont les parois internes sont vernissées, et dans laquelle s'opère la métamorphose. L’état de nymphe dure de quinze à vingt-cinq jours.
ENNEARTHRON (| Cis) CORNUTUM, Gyll.
Fig. 290-298. (PI. 18).
LARVE
Longueur 3 millimètres ; blanche, ou très légèrement roussâtre, charnue , subcoriace, cylindrique, sauf sous le thorax où elle est un peu aplatie.
Tête lisse, roussâtre, arrondie, marquée d’un petit sillon au vertex et d’une fossette transversale peu apparente sur le front ; parsemée de poils fins et d’inégale longueur. Bord antérieur presque ferrugineux ; épistome roussâtre, court et étroit , labre roussâtre, semi-discoïdal et très finement cilié ; mandibules se joignant à peine , assez fortes, ferrugineuses, avec le tiers supérieur noir. Vues en dessous elles paraissent
246 | E, PERRIS. — Insectes
taillées en biseau, et observées de côté elles montrent une dent opposée au biseau. Lobe des mâchoires allongé, arrondi à l'extrémité, bordé de cils spinuliformes constituant une sorte de rateau. Palpes maxillaires dépassant à peine le lobe, un peu arqués en dedans, de trois articles, dont le dernier un peu plus long que les deux autres qui sont égaux; lèvre inférieure prolongée en languette entre les deux palpes labiaux qui sont courts et de deux articles. Antennes de trois articles, et peut-être de quatre; le premier aussi long que les deux autres ensemble, épais et en cône tronqué ; le second coupé obliquement à l'extrémité qui , du côté interne, semble prolongée en une petite apophyse surmontée d’une longue soie; troisième article un peu plus long que le précédent, très grêle et placé en dehors de l’axe. Tous ces derniers organes roussâtres. Sur chaque joue une série transversale et un peu arquée de trois ocelles noirs, dont deux contigus et un écarté. La position des ocelles varie quelquefois, car il m’est arrivé de voir, d’un côté seulement, les deux ocelles contigus placés l’un au-dessus de l’autre, et la courbe formée par ces ocelles relevée en avant au lieu d’être arquée en arrière.
Thorax plus large que la tête, ayant quelques poils sur les côtés et sur le dos; angles antérieurs du prothorax un peu arrondis ; ce segment plas grand que chacun des deux autres, et comme eux portant une paire de pattes assez courtes, à hanches très fortes et coniques ; cuisses et tibias égaux et hérissés d'assez longs poils; ongles roussâtres et un peu crochus.
Abdomen pourvu de quelques poils sur les côtés, en dessus et en dessous; les deux premiers segments un peu plus petits que les suivants ; septième segment presque in-
du Pin maritime. 247
perceptiblement roussâtre en dessus; huitième décidément roussâtre , sauf les bords antérieur et postérieur ; neuvième roux , subcorné, concave en dessus, muni postérieurement de deux épines cornées, ferrugineuses, courtes, un peu relevées, parallèles et rapprochées ; ayant au bord inférieur de la concavité deux dents écartées, et au bord supérieur deux tubercules également écartés et ferrugineux; pourvu en dessous d’un mamelon anal rétractile. Ce segment a des poils sur toute sa surface.
Première paire des stigmates placée près du bord antérieur du mésothorax , les autres au tiers antérieur des huit premiers segments abdominaux.
La larve de l'E. cornutum se trouve dans un bolet qui s'attache exclusivement aux vieux pins, le Polyporus pini, Thore. Elle est donc parasite d’un parasite du pin, et voilà pourquoi je la comprends dans ce travail. Elle creuse dans ce champignon coriace et subéreux des galeries étroites qui ne pénètrent guère profondément etrampent ordinairement assez près de la surface supérieure ; et c’est dans une de ces galeries qu'elle subit ses métamorphoses.
NYMPHE
La nymphe est nue, molle et présente toutes les parties de l’insecte parfait, même les deux proéminences que le mâle porte au bord antérieur du prothorax. On voit quelques soies blanches et très fines autour du prothorax, six ou huit soies semblables, en deux séries, sur le dos de celui-ci, du mésothorax et du métathorax ; huit séries longitudinales sur le dos de l’abdomen , qui est terminé par deux papilles un peu recourbées et à extrémité légèrement cornée. Ces papilles servent à la nymphe à se mouvoir dans sa cellule, et
peut-être aussi à prendre un point d’appui lorsqu'elle acomplit sa dernière métamorphose.
INSECTE PARFAIT
Longueur 1 1/2 à 1 2/3 millim. D’un brun-roux, densément ponctué; pubescence épaisse, disposée en lignes. Tête convexe, finement pointillée, marquée d’une fossette sur le front et d'une impression transversale près du bord antérieur ; antérieurement échancrée dans les mâles, de manière à former deux petites cornes presque carrément coupées dans les femelles. Antennes ferrugineuses, avec l'extrémité plus foncée. Prothorax s’avançant sur la tête : bord antérieur arrondi dans les femelles, profondément échancré dans les mâles, qui ont sur ce point deux cornes relevées. Ecusson triangulaire, ponctué comme le prothorax. Elytres assez convexes en dessus, deux fois au moins de la longueur du prothorax, plus fortement ponctuées ; pubescence en écailles peu serrées, brillantes, rangées presque en séries longitudinales. Dessous du corps obsolètement ponctué. Pattes testacées ; tibias non dentés à l'extrémité.
En mai, sur le champignon du pin. — Assez commun.
L'histoire des métamorphoses des Cis n’est pas nouvelle: MM. Bouché et Westwood ont décrit la larve du C. boleti, M. Lucas celle du C. punctulatüs qui, d’après M. Mellié, est le C. alni de Gyll. M. Mellié, dans sa monographie, dit quelques mots des larves des C. laminatus et Jacquemartiü, et plus tard il a fait connaître dans les Annales de la Société entomologique (1849 , bulletin, p. xL), quoique imparfaitement , celles du Ropalodontus perforatus et de l’En-
du Pin maritime. 249
nearthron cornutum (1). M. Coquerel a publié dans les mêmes annales (1849, p. 441) la larve et la nymphe d’une espèce de la Martinique, le Cis Melliei, et M. Léon Dufour, toujours dans le même recueil (1850, p. 549), celle du Xylographus bostrichoides.
En comparant entr'elles les diverses descriptions, on reconnaît que toutes les larves de ce groupe ont un air de famille bien marqué, et que les différences qui les caractérisent résident principalement dans le dernier segment qui, chez les unes, est simplement déclive en dessus, chez les autres un peu concave, dans toutes terminé par des crochets plus ou moins longs, plus ou moins relevés, sauf pourtant celle du C. Melliei, dans laquelle ce segment porte une sorte de tube tronqué obliquement et dentelé sur les bords.
On remarque bien aussi dans les descriptions quelques autres différences : ainsi , la larve du C. Melliei n'aurait que trois ocelles de chaque côté, tandis que celle du C. alni en aurait six. Quant à moi je n’en ai vu que trois dans celle que je viens de décrire, et j'ai peine à croire, sans rien affirmer pourtant, que ce nombre ne soit pas le nombre normal. L'erreur, s’il en a été commis une, pourrait provenir de l'existence, sur les joues, de très petits tubercules bruns et piligères, que l’on peut être tenté de prendre pour des ocelles. |
Je vois aussi que MM. Coquerel et Mellié ne donnent que trois articles aux pattes des larves des C. Melliei et alni ; la mienne en a quatre, dont un, le trochanter, fort petit, et j'oserais soutenir qu’il en est de même pour toutes les autres. Je n’hésiterais pas non plus à me montrer aussi affirmatif
(1) La description de cette dernière n'étant ni complète, ni accom-
pagnée d’une figure, j'ai jugé à propos de lui consacrer un article et un dessin.
250 E. PERRIS. — fnsectes
en ce qui concerne les stigmates. D'après la figure de M. Coquerel, la première paire se trouverait sur le métathorax, ce qui est inadmissible, ce segment n’en ayant jamais. M. Mellié semble dire que, dans la larve du C. almi, chacun des douze segments est muni d’une ostiole respiratoire, ce qui ne peut être , et la figure qu’il donne de la larve du C. boleti ne ferait supposer que six paires de stigmates, ce qui est aussi erroné que la place qui leur est assignée. À cet égard je me borne à rappeler que dans la larve de l’E. cornutum il y a neuf paires de stigmates, situées, la première près du bord antérieur du mésothorax, les autres au tiers antérieur des huit premiers segments abdominaux, et je généralise, sans crainte d’être démenti, ces indications.
Les Cis, longtemps englobés dans cette macédoine entomologique qu'on appelait la famille des Xylophages, ont subi les conséquences de la dispersion de cette famille, et se trouvent aujourd'hui, de par M. Redtenbacher (Fauna austriaca) , intercalés dans les Anobiens. Sont-ils 1à à leur place ? Je ne me chargerais pas de le prouver.
Je reconnais qu’il y a dans la structure générale, dans le faciès des Cis, une cause de tentation sérieuse de les accoler aux Anobium, et je suis loin de m'étonrer que certains auteurs les aient classés dans ce genre même; mais la forme du corps ne suffit pas dans une méthode, il faut aussi des caractères pris dans les organes, et je soutiens en outre qu’il convient de tenir compte des particularités que présentent les larves. J’attache même à ce dernier point une assez grande importance, non que je croie que les larves puissent servir exclusivement de base à la classification (il ya, pour qu'il n’en soit pas ainsi, plusieurs raisons) ; mais je suis convaincu, et plus j'observe plus je le constate,
du Pin maritime. DE
que, sinon d’une famille à une autre, du moins dans les limites d’une même famille, les larves ont des ressemblances et des traits d’analogie que l’on peut , que l’on doit même accepter comme des guides sûrs. Si l'on veut comparer entr'elles les larves des Elatérides et des Buprestes, on trouvera des disparates telles, qu’on sera forcé, en adoptant pour point de départ la forme des larves, de placer fort loin l'une de l’autre ces familles pourtant très voisines. Il en serait de même pour les Charançonites et les Longicornes, pour les Histérites et les Lamellicornes, pour les Clérites et les Ptiniens, pour les Coccinelles et les Mélasomes, etc. La conséquence de ce fait, c’est que, d'une famille à une autre, il faut, généralement parlant, consulter plutôt la structure des insectes parfaits que celles des larves, quoique celles-ci puissent fournir, ainsi que nous l’avons déjà vu, des indications précieuses; mais, dans l’enceinte d’une même famille, les larves n'offrent pas ces disparates, et elles présentent, dès lors, des données dont il est rationnel de tenir grand compte. Ainsi, les larves d’'Elatérides se ressemblent, celles des Buprestes aussi ; il en est de même de celles des Charançonites, des Longicornes, des Mélasomes, etc. Si donc on trouve dans une même famille deux groupes dont les larves soient très diversement conformées, il est logiquement permis d'affirmer que ces deux groupes ne doivent pas demeurer ensemble. Or, c'est ce qui a lieu pour la famille des Anobiens de M. Redtenbacher, dans laquelle je vois deux divisions , celle des Anobium et celle des Cis, dont les larves se refusent à toute espèce d'association, parce qu’elles ne se ressemblent pas du tout, quoique le genre de vie soit pour ainsi dire le même; car certains champignons habités par des larves de Cis ont la consistance du bois et nourrissent aussi les larves des Dorcatoma, si voisines de
259 E. PrerRris. — Insectes du Pin maritime.
celles des Anobium. Les études comparatives auxquelles je me livre depuis longtemps me disent que ce fait a une grande portée, et je me sens très enclin à conclure à priori que cette association des insectes parfaits doit être rompue.
Si maintenant je ne considère que les insectes parfaits eux-mêmes, je remarque que le caractère principal invoqué par M. Redtenbacher, celui des antennes, fait défaut. Dans les Anobium , en effet, les Ochina, les Dorcatoma, ces organes sont ou dentés en scie, ou pectinés, ou filiformes, tandis que dans les Cis ils sont presque moniliformes, nullement dentés ou pectinés. avec les trois derniers articles très développés et arrondis. Je remarque aussi que les segments de l'abdomen, dont les dimensions relatives sont prises en grande considération par l’auteur de la Faua austriaca, ne se trouvent pas dans les mêmes proportions : ainsi, dans les Anobium , le premier segment est un peu plus petit ou à peine aussi grand que le second, tandis que, dans les Cis, il est manifestement plus grand.
De toat cela je conclus que la place des C:s pourrait bien n'être pas en compagnie des Anobium, et chez moi c’est plus qu'une présomption. Où faudrait-il donc les placer ? Si l'on me forçait d'exprimer une opinion, je dirais que je les verrais plus volontiers avec les Cryptophagus. Ici, en effet, nous voyons des antennes moniliformes avec les derniers articles renflés, et le premier segment de l’abdomen plus grand que le second; bien des Cis ressemblent à des Crypiophagus, à des Atomaria, et enfin les larves des Cryptophagus ressemblent tellement à celles des Cis qu'on pourrait facilement les prendre les unes pour les autres.
du Pin maritime. 253
TOMICUS STENOGRAPHUS, Duftsch.
Bostrichus typographus, Fab., Latr.. Gyll, etc.
Fig. 299-304.
A part les Lamellicornes, les Buprestides et les Anobium, tous les insectes dont je viens de parler non seulement sont inoffensifs pour le pin, mais même ont été chargés de le protéger, puisque tous sont plus ou moins carnivores, plus ou moins voraces, et détruisent une grande quantité de larves nuisibles à cet arbre précieux. Il est même à remarquer que; “parmi les insectes réellement lignivores que je viens de citer, le Dorcus parallelopipedus et le Gnorimus variabilis n'attaquent que le bois déjà décomposé et en voie de putréfaction, et que les Anobium, à part le molle qui creuse les jeunes pousses, ne sillonnent que les feuillets de l'écorce ; de sorte que je ne vois de bien sérieusement dangereux que les Buprestides, et encore parmi ces derniers, le seul véritablementredoutable,cheznous du moins, est le Melanophilatarda, qui est très commun et qui détermine la mort des arbres malades, tandis que les autres Buprestes sont moins répandus et n’en veulent qu'aux arbres récemment morts.
Nous voici arrivés maintenant à cette famille si intéressante à la fois et si funeste qu’on a appelée avec raison le fléau des forêts, et dont quelques auteurs ont formé la famille des Xylophages, parce que toutes les espèces qui la composent sont essentiellement et exclusivement lignivores. L'histoire de ces insectes est connue, et plusieurs savants ou forestiers s’en sont occupés ; mais tout n’a pas été dit pourtant, et il reste plus d’une question à résoudre. J’aborderai ces questions dans le paragraphe spécial que je consacrerai,
Bus &
354 E. PERRIS. — fnsectes
ainsi que je l'ai fait jusqu'ici, aux généralités, après avoir passé en revue les diverses espèces qui se rattachent à mon sujet, en leur qualité de parasites du pin maritime.
La première qui se présente, par ordre de taille, c’est le Tomicus stenographus. Voici les caractères et les faits qui Jui sont propres.
4 LARVE
Long. 8 mill.; corps blanc, mou, charnu, courbé en arc. +
# x Tête roussâtre, lisse, luisante, subcornée, parsemée. e poils à peine roussâtres et très fins; marquée sur le vertex | d’unsillon extrêmement délié, occupé par uneligne blanchâtre plutôt translucide, qui se bifurque au milieu du front pour aboutir aux angles antérieurs. Bord antérieur ferrugineux, plus corné que le reste, formant trois arcs renversés très peu sensibles, dont un central et deux le long de la base des mandibules. Epistôme assez saillant, trapézoidal, ferrugineux et marqué d’une large fossette ; labre noirâtre, bordé de cils roux et marqué de deux fossettes sur son disque. Mandibules se croisant à peine, peu arquées, fortes, ferrugineuses, sauf l'extrémité et les bords qui sont noirs. Vues en dessus, elles paraissent pointues à l’extrémité, de là taillées en biseau un peu concaye jusqu'au tiers de la longueur où se montre une petite saillie ; vues de côté, elles sont triangulaires, et leur extrémité est divisée en deux dents inégales d’entre lesquelles part un sillon qui s'arrête vers le milieu. Mächoires assez fortes, soudées au menton, dans presque toute leur longueur ; lobe large, obliquement tronqué , un
du Pin maritime. 255
peu aplati, couronné de cils roussâtres, raides, épais, presque en dents de peigne, et adossé au palpe dontilne dépasse pas le premier article. Palpes maxillaires coniques, droits, de deux articles égaux en longueur , mais dont le premier est beaucoup plus épais que le second et un peu ventru extérieurement. Ces organes, ainsi que les mâchoires, sont de couleur roussâtre, avec quelques parties plus foncées. Au-dessous de la base des palpes, les mâchoires, surtout dans les larves non complétement adultes, ont une portion plus pâle, limitée inférieurement par un trait roux, transversal. On serait tenté de prendre cette portion pour uné dépendance des palpes qui auraient alors trois articles; mais ce serait une erreur, car ils n’en ont en réalité que deux , ainsi que l’a, du reste , fort bien indiqué Ratzeburg. Lèvre inférieure triangulaire , avec les angles antérieurs obtus ; circonscrite par un dessin roussâtre qui forme une sorte de fer de pique renversé ; entièrement soudée au menton, qui est un peu convexe et charnu; se prolongeant, au milieu du bord antérieur , en un petit lobe arrondi, situé entre les deux palpes labiaux. Ceux-ci sont très courts, coniques et de deux articles égaux, dont le premier plus pâle que le second. Contre chaque mandibule, et dans l’épaisseur même du bord antérieur, existe une cavité dans l’intérieur de laquelle un examen très attentif, secondé par une forte loupe, fait apercevoir une antenne très courte que je soupçonne de trois articles, mais où je n’ai pu en compter que deux, dont le dernier, un peu plus long et plus grèle que le précédent, dépasse quelquefois d’une quantité presque inappréciable les bords la cavité. Yeux nuls.
Corps habituellement courbé en arc, ainsi que je l'ai dit. charnu, blanc dans les larves adultes, un peu rosé dans
256 E. PERRIS. — Insectes.
celles qui sont plus jeunes, à cause de la transparence des tissus ; de douze segments traversés de plis transversaux qui rendent les intersections peu distinctes. Thorax plus épais que le reste du corps ; prothorax plus grand que les autres segments, et marqué en dessus, non loin du bord antérieur, de deux taches roussâtres, à peine visibles. Segments abdominaux égaux ou à peu près en longueur, mais se rétrécissant un peu vers l'extrémité ; le dernier arrondi, avec une légère concavité à sa partie supérieure, etposté= rieurement un petit mamelon anal etrétractile. Tout le corps est parsemé de poils très fins, à peine roussâtres et très courts, plus rares sur la région ventrale, et couvert en outre, ainsi que l’atteste le microscope, de très petites aspérités dirigées en arrière, de sorte que la larve s’accroche, . pour ainsi dire, par toute sa surface, aux parois de sa galerie, dans ses efforts pour se mouvoir ou pour ronger en avant.
Pattes nulles, mais à leur place deux séries de mamelons rétractiles sous les trois segments thoraciques, et un double bourrelet le long de chaque flanc.
Stigmates au nombre de neuf paires : la première au bord postérieur du prothorax, un peu plus grande et placée plus bas que les autres ; celles-ci au tiers antérieur des huit premiers segments abdominaux.
NYMPHE
Quelques soies très légèrement roussâtres sur le front; quatre également espacées, au bord antérieur du prothorax;
du Pin maritime. 257
trois de chaque côté, assez près des angles postérieurs ; six ou huit dispersées symétriquement sur la face dorsale ; quelques soies très fines sur le mésothorax et le métathorax. Abdomen mat, tout couvert de rides, marqué au milieu du dos d’un sillon, et pourvu de chaque côté de deux bourrelets, ou, si l’on veut, de deux séries de mamelons; parsemé de poils très fins, qui m'ont paru disposés en douze séries, six de chaque côté, y compris celles qui surmontent les mamelons latéraux. Dessous de l'abdomen glabre ; dernier segment terminé par un appendice plus large que lui, muni aux angles postérieurs d’une sorte d’épine blanche et charnue à la base, rousse et subcornée à l'extrémité. Ces épines sont divergentes et le bout est un peu courbé en dedans.
INSECTE PARFAIT
Longueur 6 à 7 millim. Cylindrique, noirâtre, luisant, avec les élytres d’un brun-ferrugineux. Tête chagrinée jusqu'au haut du front qui est parsemé de points souvent confluents. Près du bord antérieur un tubercule médian , et au-dessus une petite carène transversale. Antennes testacées, ordinairement brunâtres au milieu: Prothorax plus long que large; moitié antérieure couverte d’aspérités tuberculiformes et de rides transversales ; moitié postérieure parsemée de points très serrés aux angles postérieurs, clairsemés sur le dos, avec un espace longitudinal lisse. Ecusson canaliculé. Elytres un peu plus étroites et plus longues que le prothorax ; sinuées au bord externe; à stries formées par de gros points plus grands et plus enfoncés le long de la suture, peu apparents sur les côtés, où les intervalles des
stries sont densément et rugueusement ponctués, tandis qu'ils sont lisses sur le dos. Extrémité obliquement tronquée, excavée; fond de l'excavation marqué de gros points épars, avec la suture saillante et son contour muni de douze dents, six sur chaque élytre : la première peu apparente; la quatrième sensiblement plus grande que les autres, et ordinairement capitulée. Dessous du corps très finement ponctué. Pattes ferrugineuses , avec les tibias un peu ternes et les tarses clairs. Des poils roussâtres et étalés, au bord antérieur de la tête, sur le devant et sur les côtés du prothorax et des élytres, sur les bords de l’excayation postérieure, à l'anus et aux pattes. Mâle et femelle.
J'ai souvent reçu du nord de l'Europe la variété testacée, avec les mandibules, les yeux et les dents des élytres de couleur noire.
Ratzeburg , dans son ouvrage sur les insectes des forêts, a consacré un long article aux mœurs du T. typographus F., ce qui. l’a dispensé de s'étendre longuement sur le T. stenographus dont la manière de vivre est en tout semblable, d’après lui, à celle de son congénère. Je n’ai pu, quant à moi, vérifier ce fait de visu, parce que le T. typographus est inconnu à notre contrée, ainsi qu’à la région pyrénéenne ; mais j’ai pu constater pourtant que les détails circonstanciés que Ratzeburg donne sur ce dernier Xylophage, se rapportent parfaitement à notre espèce. Toutefois, pour les personnes qui sont à même d'observer les deux, il existe des particularités différentielles qui empêchent toute confusion, car le T. stenographus attaque exclusivement les pins (1), tandis que le typographus ne s'adresse jamais qu'aux sapins,
(1) D’après Raïtzeburg, M. Saxesen l’aurait rencontré, mais très rarement, dans l’Abies picea.
du Pin maritime. 259
et les galeries.du premier sont sensiblement plus larges que celles du second.
Le T. stenographus se montre chez'nous, dans les hivers doux, dès le mois de mars, mais le plus ordinairement vers la fin d'avril, ou au commencement de mai. Si alors de vieux pins, abattus par l’ouragan ou par la main de l’homme, sont restés sur le sol, on ne tarde pas à les voir parsemés de petits tas de sciure, indice certain de la présence d’un bostriche qui ronge le dessous de l'écorce et rejette au dehors les déblais. Si l’on soulève l'écorce pour mettre les travaux à découvert, on remarque d'abord, vis-à-vis de l'orifice par lequel sort la vermoulure, une large cellule irrégulièrement polygonale, que Ratzeburg a nommée, avec raison, je crois, la chambre nuptiale. De cette cellule partent quelquefois deux galeries seulement, en sens contraire ; quelquefois trois, moins souvent quatre, opposées une à deux dans le premier cas, deux à deux dans le second, et toujours ces galeries sont longitudinales, c’est-à-dire dirigées les unes vers la partie supérieure de l'arbre, les autres vers sa base, sans aucune ramification. Ces galeries, larges de demi centimètre, dépassent parfois une longueur de cinquante centimètres. Dans chacune d’elles on rencontre presque toujours, assez près l’un de l’autre, deux Tomicus, un mâle et une femelle, qui creusent et déblaient, sans doute de concert, la galerie. De distance en distance, l'écorce qui sert de plafond à ces galeries est creusée de trous ronds, du diamètre de l'insecte, et qui ordinairement s’arrèêtent très près de la surface extérieure. Ces cavités, au nombre de deux à trois par galerie, sont ce qu’on a appelé des trous à air, et je crois, en effet, comme mes devanciers, qu'ils sont destinés à favoriser la respiration des insectes
260 E. PERRIS. — Jnsectes
mineurs, la ventilation de la galerie , et peut-être aussi à rendre un peu plus active, au profit des œufs, l'influence du soleil.
Les galeries, mises à nu, paraissent finement crénelées à droite et à gauche par de petites entailles que les bostriches y ont pratiquées, et au fond de chacune de ces entailles on aperçoit, si l'observation se fait au moment convenable, un œuf blanc et ellipsoidal, enchâssé de manière à ne pouvoir être entraîné par les travaux de déblai. L’incubation de ces œufs m'a paru durer pu: température, de dix à vingt jours, et les larves , dès eur naissance, tournent le dos à la galerie, soit qu'elles sort ent de l'œuf par le bout enfoncé dans l’écorce, soit qu’elles se retournent immédiatement si elles éclosent par le bout libre. Tout aussitôt elles se mettent à creuser, presque côte à côte, et perpendiculairement à la galerie de ponte, de petites galeries parallèles ; mais bientôt elles se dispersent, et leurs galeries, dont le diamètre va - toujours en s’élargissant, s’'enchevètrent de telle sorte qu'il devient très difficile d’en suivre les contours. Toutefois, ces galeries, plus ou moins sinueuses et transversales au début, deviennent toutes ou légèrement obliques ou longitudipales. L’écorce d’un arbre où les pontes ont été nombreuses est en peu de temps tellement labourée, qu’elle se détache facilement et par larges plaques. Les larves n’attaquent guère l’aubier, ou les traces d'érosion qu'elles y laissent sont presque imperceptibles ; un certain nombre même se logent entre les couches du liber et y tracent leurs galeries, qu’on ne découvre qu’en enlevant les feuillets qui les masquent.
Le développement des larves est très rapide, et un intervalle de huit jours opère de grands changements dans leur
du Pin maritime. 264
faille et dans les dimensions et la longueur de leurs galeries. Dans la belle saison, trente ou trente-cinq jours leur suffisent pour arriver à leur maximum de croissance. Chacune alors se creuse isolément une niche ellipsoidale dans l'épaisseur de l'écorce, et c'est là qu'après un repos, une immobilité de trois à quatre jours, s’opère la transformation en nymphe. Environ huit jours après, ces nymphes se changent en insectes parfaits qui, d’abord mous et roussâtres, durcissent et se colorent assez rapidement, et après avoir erré deux ou trois jours dans les galeries, ou creusé pour se nourrir des galeries nouv Iles , perforent l'écorce pour prendre leur essor au a, jour." À la manière dont l'écorce est criblée lorsque Tes bostriches se sont envolés, il est évident que tous n’ont pas pratiqué un trou de sortie; le même doit servir pour plusieurs.
En résumé, une ponte effectuée au commencement de mai a fourni sa génération complète au commencement de juillet, c’est-à-dire en neuf ou dix semaines.
Cette génération ne vient au jour que pour donner naissance à une autre. Si, en effet, vers la fin de juillet ou au commencement d’août, on rencontre des arbres récemment abattus ou malades, on remarque sur leur écorce les mêmes traces de la présence des bostriches qu’au mois de mai, c’est-à-dire les petits dépôts de vermoulure, et les faits se passent exactement comme je l’ai dit plus haut, avec cette différence que, sous l'influence d’une température moyenne plus élevée, les diverses évolutions s’accomplissent ordinairement en six ou huit semaines. La dernière métamorphose a donc lieu dans le courant de septembre ou au commencement d'octobre, quelquefois plus tard, selon l’époque de la ponte. Les bostriches de septembre quittent ordinaire-
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ment l'arbre qui les a vus naître: mais ceux qui sont plus tardifs, passent l'hiver au lieu même où se sont accomplies les diverses phases de leur existence, creusant dans l'écorce des galeries nouvelles pour se nourrir, sauf durant les grands froids qui les engourdissent. Ils n’abandonnent leur berceau qu'aux mois de mars ou d’avril de l’année suivante pour voler à leurs amours et pourvoir aux soins de leur propagation.
Le T. stenographus a ee très positivement deux générations dans la même année mais il m’est arrivé souvent de rencontrer, en automne, des pins tout récemment envahis par des bostriches mâles et f elles, et en plein hiver, c’est-à-dire en janvier e février, des arbres contenant de nombreuses légions «de larves de cet insecte, qu’on ne pouvait attribuer qu’à des pontes tardives. Ceux qui ne croient pas à la pluralité des générations attribueraïent ces pontes à des individus de la première génération, retardés par une cause quelconque, et cela pourrait être vraisemblable si de nombreuses observations ne démontraient pas que le bostriche dont il s’agit ne s’arrète pas à une seule génération dans la même année.
Mais puisqu'il est hors de doute qu’il y a deux générations, pourquoi le bostriche, si le temps le favorise, s’en tiendrait-il là ? Je suis convaincu, quant à moi, sans pouvoir le prouver à priori, que les larves qu’on rencontre en hiver, sont dues aux bostriches qui ont pris leur essor en septembre, et dont les pontes, accomplissant leurs évolutions durant la froide saison, n'arrivent à terme que dans une période de quatre à cinq mois. Il peut donc y avoir, d’un mois d’avril ou de mai à l’autre, trois générations.
À en juger par des faits analogues que je signalerai plus
du Pin maritime. 263
loin, et qui sont propres au Hylurgus piniperda, on pourrait croire que ces pontes, que je qualifie de tardives, sont au contraire des pontes très précoces provenant de bostriches dont l'apparition a coineidé avec les premiers beaux jours de l'hiver ; mais j'ose affirmer que cette opinion serait erronée. S'il est vrai que, de loin en loin, on voit le T. stenographus apparaître dès le mois de mars, ce qui n’expliquerait pas l'existence de larves presque adultes en mars, et moins encore en janvier et février , il est vrai de dire aussi que ce fait est pour ainsi. dire exceptionnel, et ne s'observe que dans les hivers plus tempérés , tandis qu’on trouve des are int les hivers les plus rudes. Au surplus, cetie hypothès , que je n’ai prévue pour la combattre que par amour de la vérité, confirmerait, au lieu de la détruire, mon assertion au sujet d’une triple génération d’un mois de mai à l’autre ; car alors on compterait une génération de février en mai, une autre de mai en juillet, une troisième de juillet en septembre ou octobre.
Ainsi que je l’ai dit plus haut, le T. stenographus attaque le plus ordinairement les vieux pins ; il a pour eux, en effet, une préférence marquée, et l’on comprend sans peine qu'il recherche les arbres dont l’écorce soit assez épaisse pour se prêter aux galeries larges et profondes que creusent les larves, et aux cellules où s’accomplit la métamorphose en nymphe. Toutefois, à défaut de vieux arbres, ils ne dédaignent pas de s'adresser aux pins plus jeunes, même à des sujets de dix à douze ans ; mais alors ceux-ci ne sont attaqués que dans leurs parties inférieures , et, dans un but de sécurité bien facile à comprendre, les galeries et les cellules empiètent un peu sur le bois, pour compenser l'insuffisance
264 E. PERRIS. — fnsectes
de l’écorce. Dans tous les cas, les arbres doivent avoir encore un reste de sève. Ceux qui auraient été abattus depuis assez longtemps pour s’être desséchés n’attireraient plus ce Xylophage dont les larves ont besoin d’une écorce abondamment pourvue de sucs nourriciers.
Tomicus (Bostrichus) LARICIS Fabr.
Fig. 305 et 306.
» LARVE
Semblable à celle du T.
fère que par les care tères Suiv : longueur 4 millim. ; épistome roussâtre, avec tout le pourtour ferrugineux ; labre ayant à la base deux petits traits longitudinaux noirâtres. Les mandibules, vues de côté, sont un peu plus profondément bidentées à l'extrémité, puis elles sont taillées en biseau sur le quart à peu près de leur iongueur, et à l'extrémité du biseau surgitune petite dent. Elles s’éloignent de la forme triangulaire, car leur moitié antérieure est large et à bords parallèles, abstraction faite du biseau, et leur élargissement, au lieu d’être progressif comme dans la larve précédente, à partir de la pointe, ne commence que vers la moitié de la longueur. Le premier article des palpes maxillaires n’est pas visiblement ventru en dehors.
.stenographus dont elle ne dif-
NYMPHE
Semblable à la précédente, sauf les différences ci-après : deux soies assez courtes au vertex, deux au bord antérieur du prothorax et deux près du bord postérieur ; sur l’abdomen, six séries de soies très fines et très courtes : deux dorsales et deux de chaque côté sur les mamelons latéraux
du Pin maritime. 265
INSECTE PARFAIT
Longueur 3 1/2 millim. Noirâtre, luisant, avec les élytres légèrement ferrugineuses. Tête ponctuée, marquée antérieurement d’une dépression transversale peu profonde ; antennes fauves. Prothorax couvert d’aspérités sur sa moitié antérieure, et sur le reste de sa surface de points plus serrés sur les côtés qu’au milieu où l’on ne voit pas cependant d'espace lisse comme dans le sienographus. Elytres marquées de stries assez fortement ponctuées, la suturale plus profonde et plus large, surtout postérieurement, que les autres; intervalles des stries ayant une série de points écartés et inégaux sur le dos, plus égaux et rapprochés sur les côtés ; extrémité postérieure tronquée obliquement, creusée d’une cavité elliptique et fortement ponctuée, sur le rebord de laquelle on aperçoit, de chaque côté, six dents inégales dont la troisième et la sixième sont un peu internes. Pattes d’un ferrugineux un peu terne, avec les tarses plus clairs. Poils comme dans le sienographus, et de même couleur. Femelle.
Le mâle se distingue facilement par la face postérieure des élytres à peine concave, avec les dents plus courtes et les troisième et sixième un peu plus internes.
Le T. laricis, excessivement commun dans le département des Landes, est très funeste aux pins de toute espèce, car je l’ai rencontré, non seulement dans le pin maritime qui lui offre ici la plus abondante pâture, mais en outre dans le pin de Riga, le pin Laricio, le pin d’Alep. Il attaque les arbres mourants ou récemment morts de tous les âges, sans se laisser rebuter par les plus gros. Il reculerait plutôt devant les sujets très jeunes qu’il abandonne au T.' bidens, dont je parlerai tout à l'heure.
266 E. PERRIS. — Insectes
Ratzeburg considère comme tout à fait impropre le nom spécifique qu’on lui a donné, car il ne l’a jamais trouvé sur le mélèze.
Pour éviter d’inutiles répétitions, je dirai que sa manière de vivre a de grands rapports avec celle du T. stenographus. Il se montre pour la première fois vers la fin d'avril, mais jamais avant, que je sache, ou dès le commencement de mai, etila, d’un printemps à l’autre, trois générations sur lesquelles il n’est pas permis d’avoir le moindre doute. J’ai observé même que cette triple génération s’accomplit en moins de temps que dans l’espèce précédente, car presque toujours les troisièmes pontes produisent les insectes parfaits avant l’hiver, et durant l'automne beaucoup de ces insectes quittent leur berceau pour aller passer ailleurs la mauvaise saison.
Les galeries mères partent toutes d’une chambre nuptiale et se dirigent longitudinalement les unes vers le haut, les autres vers le bas de l’arbre ; mais comparativement à celles de l’espèce précédente, elles sont moins longues, de beaucoup plus étroites et un peu sinueuses.
Nous avons vu que les galeries du T. stenographus sont occupées chacune par un mâle et par une femelle. Les choses ne se passent pas ainsi pour le T. laricis, qui présente cette particularité remarquable qu’il n’y à jamais qu’une seule femelle pour un même groupe de galeries. Ces galeries sont au nombre de deux à cinq ; dans chacune d'elles on trouve un mâle, et la femelle se rencontre ou avec un des mâles ou dans Ja cellule nuptiale. Quoique la présence de plusieurs màles pour une femelle soit chose peu ordinaire en ce qui concerne les bostriches, je suis loin de m'en étonner, parce que, pour d’autres insectes du moins, ce cas
du Pin maritime. 267
est assez fréquent; mais ce qui est digne de remarque, c’est de voir, sans doute après que la femelle a été fécondée, les mâles se disperser pour creuser, chacun de son côté, une galerie dans laquelle la femelle doit aller pondre, car le mâle y pratique, à droite et à gauche, ces petites entailles dans lesquelles seront logés les œufs. Le rôle de la femelle se bornerait donc à perforer l'écorce et à creuser la cellule nuptiale, puis enfin à pondre dans les diverses galeries, à mesure qu'elles sont pratiquées par les mâles qui se sont associés à elle. Peut-être aussi concourt-elle avec un des mâles à l'établissement d’une des galeries, pendant que les autres mâles travaillent ailleurs. Comme ces faits sortent de la règle ordinaire, je ne me suis décidé à les affirmer qu'après des observations nombreuses, et il m’a été d’autant plus facile de les vérifier, que l’insecte dont il s’agit est ici extrêmement répandu.
Tomicus (Bostrichus) BIDENS Fabr.
Fig. 307 et 308.
LARVE
Se distingue des précédentes par les caractères suivants : Longueur 3 millim. Tête d’un roussâtre extrêmement pâle, marquée sur le front de trois fossettcs irrégulières, dont deux antérieures et une plus grande terminant le sillon qui part du vertex ; bord antérieur droit au milieu, d’un ferrugineux clair ; deux petits filets noirs partant de la base du labre et ne dépassant guère le milieu ; mandibules vues de côté, en triangle équilatéral, à peine plus longues que larges à leur base: moitié inférieure d’un ferrugineux clair, le reste ferrugineux avec l'extrémité noire ; celle-ci taillée en
268 E. PERRIS. — {nsectcs
biseau, sur lequel surgissent trois dents rapprochées, dont l'interne est un peu plus petite que les autres ; vues en dessus, peu arquées, taillées en biseau à leur partie supérieure', qui est aussi armée de trois dents, dont la plus interne est très petite, et montrant en dedans, assez près de leur base, une échancrure arrondie. Mâchoires roussâtres, à encadrement plus foncé; lèvre inférieure à peine nuancée de roussûtre; palpes maxillaires roux; palpes labiaux d’un roussâtre pâle.
NYMPHE
Complétement glabre, même au microscope. En regardant sur le dos, on aperçoit, à un fort grossissement, huit séries longitudinales de petits mamelons; deux latérales, quatre latéro-dorsales et deux dorsales; celles-ci et les premières sont les plus saillantes. Chacun de ces mamelons, vu au microscope, est surmonté de quelques petites spinules. Les papilles du dernier segment de l’abdomen sont coniques, un peu arquées en avant et très divergentes.
INSECTE PARFAIT
Longueur 1 1/2 à 2 millim. Cylindrique, noir ou noirâtre, avec les élytres tantôt de la même couleur, sauf l'extrémité qui est ferrugineuse, tantôt ferrugineuses avec les côtés noirâtres. Tête convexe, rugueusement ponctuée, pubescente, avec de longs poils roussâitres antérieurement. Antennes testacées. Prothorax couvert antérieurement d’aspérités qui deviennent moins saillantes et plus serrées à mesure qu’on s'approche du milieu où l’on remarque une impression transversale peu apparente ; le reste de la surface
du Pin maritime. 269
finement et assez densément ponctué, avec un espace médian lisse et subcaréné. Elytres marquées de stries très fines et finement ponctuées, dont les intervalles ont une série de points; stries suturales plus prononcées que les autres; extrémité postérieure brusquement déclive, creusée de deux rainures longitudinales formées par les stries suturales approfondies et dilatées, entre lesquelles s’élève la suture en forme de carène. En dehors des rainures, on aperçoit deux tubercules peu saillants, et souvent tout à fait obsolètes. Pattes noirâtres ou rousses. Femelle.
Le mâle diffère par les caractères suivants : points des élytres encore plus fins ; extrémité des élytres tronquée, un peu concave et lisse, avec la suture saillante; une très petite dent sur chaque élytre à la naissance de la troncature, une autre un peu plus bas, très saillante, arquée en bas et obtuse , une troisième semblable à la première, près du bord inférieur.
Le T. bidens paraît rechercher exclusivement les pins. Dans le Nord, il attaque le Pinus Sylvestris ; dans les Pyrénées, le P. uncinata; dans le département des Landes, le P. maritima. Je ne l'ai jamais trouvé sur d’autres espèces, mais il est probable qu'il ne se borne pas à celles que j'ai citées. IL présente dans ses mœurs des particularités bien tranchées : ainsi, il ne s'adresse jamais aux troncs des vieux arbres, ou même de ceux d'une grosseur moyenne; il ne recherche que les jeunes sujets de cinq à dix ans, et lorsqu’on le rencontre sur des individus plus âgés, c’est toujours dans les branches ou les parties supérieures, c’est-à-dire aux endroits où l'écorce est lisse, ou à peine crevassée. En second lieu, il pratique des galeries que Ratzeburg a appelées étoilées, c’est-à-dire qu’elles rayonnent en tout sens
270 E. PERRIS. — Insectes
autour de la cellule nuptiale, de sorte que les unes sont longitudinales, les autres transversales. Ces galeries ne sont ni droites, ni même, à proprement parler , sinueuses, mais arquées, Enfin elles se gravent, ainsi que la cellule nuptiale, assez profondément dans l’aubier, ce qui s'explique naturellement par le peu d’épaisseur de l’écorce, que l’insecte et les larves après lui tiennent à ménager, et qui ordinairement ne leur offrirait pas un abri suffisant si, pour se loger, ils n’empiétaient pas un peu sur les couches ligneuses. C’est pour le même motif que les cellules des nymphes sont aussi la plupart creusées en partie ou en totalité dans l’aubier. Elles ne se trouvent dans l’écorce que lorsque celle-ci est assez épaisse pour offrir une protection Suffisante. En troisième lieu enfin, et contrairement à ce qui se passe pour le T. laricis, chacune des galeries rayonnantes contient un mâle et une femelle ; de sorte qu’un seul système de galeries renferme cinq et six ménages, dont chacun à son habitation distincte, avec une pièce commune pour tous.
Le T. bidens à au moins deux générations dans l’année. Il se montre d’abord au commencement de mai pour faire sa ponte, et à la fin de juin, ou dans le courant de juillet, Ja première génération prend son essor. En juillet, ou au commencement d'août, on trouve de nouveau des arbres attaqués, et la plupart du temps, les larves provenant de cette seconde ponte ont accompli toutes leurs évolutions en septembre ou octobre; mais presque toujours aussi les insectes qui en proviennent demeurent sous l'écorce jusqu’au mois de mai. Toutefois, on remarque souvent que beaucoup d'insectes parfaits ont quitté leur berceau, ce qui se reconnaît aux trous de sortie dont l'écorce est criblée, et d’un autre côté, on rencontre en automne des bostriches
du Pin maritime. 271
occupés à creuser des galeries, et dans le courant de l'hiver, des nids pleins de larves assez peu avancées encore. Il résulte de cette observation ou qu'il y a dans cette espèce comme dans toutes les autres, des individus retardataires, ou bien qu’une troisième génération a lieu dans des conditions favorables de température. Quoique je n'aie pas sur ce dernier point des preuves irrécusables, mes observations me donnent des présomptions telles, que je suis porté à considérer comme très probable ce que je ne présente que sous forme d’hypothèse.
TOMICUS RAMULORUM Mihi.
Fig. 309-311.
LARVE
Longueur 2 millim.; semblable aux précédentes, sauf la taille et les caractères ci-après :
Tête parsemée d'assez longs poils, à peine lavée de roussâtre, avec le bord antérieur roux et presque droit; front dépourvu de toute fossette, mais marqué d’un sillon longitudinal médian qui n’atteint pas l’épistome. Mandibules rousses, à extrémité ferrugineuse ; vues en dessus elles sont un peu arrondies extérieurement , larges à la base, longuement taillées en biseau intérieurement, et découpées à l'extrémité en deux dents acérées. Vues de côté, elles sont triangulaires avec les côtés un peu sinueux, et terminées par deux dents, dont l’une, la plus voisine du labre, courte, large, très obtuse, et l’autre, apicale, assez longue, non acérée et comme cylindrique. Corps presque glabre, mais couvert, comme à l’ordinaire, d’aspérités très fines et spinuliformes, visibles seulement au microscope.
272 E. PERRIS. — /nsectes NYMPKHE.
Autour du prothorax, huit tubercules portant des soies assez longues, deux antérieurement et trois de chaque côté, dont une, celle qui est près de l’angle postérieur, plus écartée des autres que celles-ci ne le sont entre elles ; deux soies semblables sur le dos du prothorax, et deux courtes papilles coniques sur le sixième segment abdominal. Les autres segments de l'abdomen sont un peu relevés transversalement en bourrelet près du bord postérieur , et le dernier est terminé par deux appendices courts, coniques, droits, écartés et divergents.
INSECTE PARFAIT
Longueur 1 1/2 mill. Etroit, cylindrique, luisant, noirâtre ou d’un brun-ferrugineux, principalement aux élytres ; presque glabre. Tête convexe, densément et ruguleusement ponctuée ; antennes testacées, avec la massue un peu rembrunie. Prothorax arrondi au sommet, sensiblement plus étroit antérieurement qu'à la base ; sinueusement dilaté sur les côtés ; couvert d’un duvet roussâtre et d'aspérités inégales jusque près du milieu où l’on remarque une petite élévation tuberculiforme et une dépression transversale ; le reste de sa surface couvert d’une ponctuation fine, un peu plus serrée sur les côtés qu’au milieu, où l’on voit un espace linéaire lisse et à peine proéminent. Ecusson arrondi et pas tout à fait lisse. Elytres à peine plus étroites que le prothorax, deux fois aussi longues que lui ; très peu sinuées au bord externe; marquées de stries légères, égales, finement ponctuées et dont les intervalles offrent de petites stries transversales; face postérieure convexement dé-
du Pin maritime. 273
clive; parsemée de petits poils roussâtres ; creusée d’une rainure profonde et assez large de chaque côté de la suture qui est un peu saillante. Pattes d’un brun-roussâtre, avec les tarses et parfois les genoux plus clairs. Mâle et femelle.
Ce petit bostriche m'a été longtemps inconnu parce que je ne m'étais pas avisé de le chercher où il se trouve. Un jour que, par désœuvrement plutôt que de propos délibéré, j'épluchais les plus petites brindilles d'une branche morte de pin, je l'y découvris à ma grande surprise, et je constatai que ces brindilles lui avaient servi de berceau, parce qu’elles étaient sillonnées de galeries dans lesquelles je rencontrai aussi des larves et des nymphes. En recherchant des conditions analogues, je ne tardai pas à m'approvisionner de cet intéressant Xylophage qui, en définitive, est commun dans cette contrée.
Le T. ramulorum attaque les brindilles terminales ou latérales et feuillues des rameaux morts des pins de tous les âges, depuis ceux de quatre ou cinq ans, jusqu'aux plus vieux. Il n’empiète jamais sur le domaine du T. bidens , et celui-ci, quoiqu'il aime les écorces fines, n’envahit pas celui de son congénère qu’il laisse en paix dans les petits ramuscules où il aurait, il est vrai, de la peine à vivre, vu leur faible diamètre. Toutefois, j’ai inutilement cherché le T. ramulorum dans le Pinus uncinata des Pyrénées, dont les brindilles, un peu plus épaisses, en général, que celles du pin maritime, sont occupées, comme les parties d’un plus fort diamètre, par le T. bidens.
La cellule nuptiale que creuse le T. ramulorum est très petite, et souvent il ne pratique qu’une seule galerie de ponte, tracée en spirale. Ordinairement pourtant une ou deux autres galeries très courtes et divergentes partent de
274 E. PERRIS. — Insectes
la même cellule nuptiale, et mes observations me portent à croire que s’il avait ses coudées franches, il formerait des galeries étoilées. Quant aux larves, comme elles ne peuvent cheminer transversalement sur des rameaux d’un si faible diamètre, elles creusent presque toutes , dès le début, des galeries longitudinales. Toutes les galeries, quelles qu’elles soient, ainsi que les loges des nymphes, pénètrent assez profondément l’aubier qui devient comme cannelé, et souvent les larves, pour vivre ou pour mieux s’abriter, plongent jusqu’au canal médullaire.
Quant aux époques de son apparition et au nombre des générations, le T. ramulorum se conduit exactement comme
le T. bidens avec lequel il a, par ses mœurs, de nombreuses analogies.
TOMICUS EURYGRAPHUS Erichs.
Fig. 312 et 313. ,
LARVE
J'ai eu quelque peine à me procurer cette larve dans de bonnes conditions d'étude, parce qu’elle se développe dans les profondeurs du bois. Or, cette particularité me la faisait désirer très ardemment, parce que je supposais qu’appelée à vivre dans les parties ligneuses , elle pouvait différer, par sa structure, de celles qui se nourrissent de l’écorce. Les faits n’ont pas justifié cette présomption. La larve dont il s’agit a la même forme que les autres ; elle est seulement plus grêle, plus molle, plus délicate peut-être que toutes celles de la même famiile dont il est question dans ce travail.
Elle est d’un blanc de lait ; la région thoracique est peu
du Pin maritime. 275
dilatée ; son corps, à peu près cylindrique, est peu courbé en arc, et les poils dont il est parsemé sont si rares et si fins qu’on peut le considérer comme glabre. Le microscope le montre couvert, comme dans les larves précédentes, de petites aspérités spinuliformes ; mais elles sont extrèmement petites, et si l’analogie ne portait pas à les chercher, elles passeraient peut-être inaperçues.
Comparée à la blancheur du corps, la tête est pâlement lavée de roussâtre, et deux taches contiguës de même couleur se montrent sur le dos du prothorax. Les contours de la bouche sont roux, ainsi que les mandibules, dont la pointe est un peu plus foncée que le reste. Ces organes, vus en dessus, sont larges à la base, un peu sinués extérieurement, bidentés à l'extrémité, puis taillés intérieurement en biseau trés légèrement sinueux, vers le milieu duquel se trouve une petite saillie dentiforme ; vus de côté, ils ont la forme d’un triangle allongé et sont terminés par deux dents entre lesquelles on voit une petite rainure.
NYMPHE
Elle a deux soies roussâtres près du bord antérieur du prothorax, deux sur la face dorsale, une série transversale de soies plus fortes, plus roussâtres et presque couchées en avant, près du bord postérieur, Les segments de l’abdomen ont une série transversale de poils blancs et extrêmement fins ; on en voit aussi quelques-uns à la face postérieure du dernier segment, qui ne possède ni appendice, ni papille quelconque. Ce seul caractère la distinguerait de toutes les autres.
INSECTE PARFAIT
Longueur 3 1/2 millim. Cylindrique, luisant, noir ; tête convexe, densément et rugueusement ponctuée sur le front, avec une carène longitudinale lisse ; vertex lisse et luisant. Antennes testacées. Prothorax presque rectangulaire; tronqué carrément et brusquement rabattu antérieurement, à angles droits postérieurement ; s’élevant de tous côtés en pente très douce vers un point commun presque médian, qui forme monticule ; couvert antérieurement d’aspérités inégales ; le reste de la surface parsemé de points très fins et écartés. Elytres sinuées latéralement ; marquées de stries égales, occupées par des points peu profonds et très rapprochés ; intervalles plans, avec une série de points plus écartés sur le dos que sur les côtés ; face postérieure subconvexe, peu brusquement déclive, sans proéminence à la suture ; munie de petits tubercules, notamment sur le premier et le troisième intervalle des stries. Pattes testacées, avec les cuisses souvent plus foncées. Des poils roussâtres touffus sur le front, autour du prothorax et à la face postérieure des élytres. Femelle.
Mâle plus court que la femelle de près d'un millimètre ; très différent de celle-ci par son prothorax qui n’est point relevé en bosse, et qui s'avance par dessus la tête en forme de chaperon arrondi, marginé largement et assez profondément concave. Le fond de la concavité est densément ponctué, et occupé par une dépression triangulaire d’où part une rainure qui remonte jusqu’au sommet de la déclivité. Le reste du prothorax est marqué d’une ponctuation faible et peu serrée. La face postérieure des élytres est conforinée comme dans la femelle, avec une impression longitudinale très peu prononcée sur le 2*intervalle des stries.
du Pin maritime. 277
Le T. eurygraphus est au pin maritime ce que le T. monographus, le T. dryographus et le Platypus cylindrus sont au chêne; ce que les xyloterus sont au sapin, c’est-à-dire qu'au lieu de creuser ses galeries et de faire sa ponte sous l'écorce, comme toutes les espèces précédentes, il pénètre comme une tarière dans le bois. Il ne s'attaque guère qu'aux vieux pins, et il est toujours facile de deviner sa présence, car les petits tas de sciure qu'il rejette au dehors sont blancs ou de la couleur de l’aubier , tandis que ceux que produisent les Tomicus exclusivement corticaux sont d’un brun ferrugineux comme l'écorce même. D’un autre côté, en soulevant celle-ci, on trouve toujours béant l’orifice de la galerie qu’il a pratiquée à travers l’aubier, et dont il a rejeté Les déblais au dehors. Cette galerie, de deux millimètres environ de diamètre, est parfaitement cylindrique, droite ou très peu sinueuse, et s'enfonce verticalement ou obliquement dans le bois, jusqu’à une profondeur qui varie suivant l'épaisseur de l’aubier, car elle entame rarement le bois dur. Il est extrêmement rare d’y trouver à la fois un mâle et une femelle, celle-ci étant ordinairement seule ou accompagnée d’une autre femelle. Après la dernière métamorphose, beaucoup de nichées sont également dépourvues de mâles, et il m'est arrivé de recueillir dans leurs nids plus de cinquante femelles sans trouver un seul individu de l’autre sexe. Il est à remarquer que ces particularités s’observent dans presque tous les bostriches térébrants, ce qui me porte à conclure qu'un mâle sert à plusieurs femelles et que l’accouplement se fait en dehors des galeries,
J'ai dit que la galerie de ponte plonge dans l’aubier verticalement ou obliquement. Arrivée à la profondeur de 2 à 5 centimètres, la femelle abandonne la ligne verticale pour. creuser une galerie transversale, non dans le sens des fibres
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du bois, mais toujours à angle droit avec leur direction , et elle l’établit sur une longueur de 6 à 15 centimètres. Elle se borne très rarement là, et presque toujours elle revient sur ses pas pour creuser vis-à-vis une seconde galerie parfaitement opposée, ou bien à un niveau différent. Quelquefois elle arrète là son travail de mineur, mais le plus souvent elle reprend la galerie verticale, la prolonge et trace ensuite
deux nouvelles galeries opposées, parallèles aux précédentes. |
J'avais cru, dans le principe, et par analogie, que la galerie verticale était seule l’œuvre de la femelle, et que les larves étaient les auteurs des galeries transversales; mais je dus renoncer à cette idée dès que j’eus trouvé ces galeries déjà creusées, lorsqu'il n’y avait encore que des œufs, ou des larves très jeunes, et j'ai rencontré depuis, et à plusieurs reprises, la femelle occupée à les pratiquer avant la ponte.
J'avais aussi remarqué que les larves ou les insectes qui en provenaient, vivaient en société, et les uns à la suite des des autres , dans les galeries transversales , sans la moindre trace de galeries secondaires, et même sans que les galeries primitives fussent élargies. J’en avais conclu , à priori que la femelle devait pondre ses œufs, par petits groupes, à l'entrée des galeries, et que les larves vivaient uniquement des suintements séveux qui se produisaient sur les parois : des investigations très multipliées, et souvent fayorisées par les circonstances, m’ont appris que ces suppositions étaient parfaitement fondées. Ainsi, la femelle dépose, à l’orifice des galeries transversales, des œufs en plus ou moins grand nombre ; les larves qui en naissent demeurent quelques jours groupées, mais à mesure qu’elles grossissent elles se placent à la file les unes des autres, et parcourent lentement
du Pin maritime. 279
la galerie sans jamais ronger le bois. La mère ayant eu soin de faire sa ponte dans des arbres récemment abattus et pleins de sève, celle-ci s’extravase insensiblement par les vaisseaux que les galeries transversales ont rompus ; elle humecte continuellement les parois de ces galeries et suffit à l'alimentation et au développement des larves. La métamorphose en nymphe a lieu, environ trois mois après la ponte, dans les galeries mêmes, sans la moindre préparation, et lorsqu'une larve intermédiaire a devancé les autres dans sa transformation, celles qui se trouvent derrière elle
respectent son repos et ne cherchent pas à envahir la place où elle se tient immobile.
Ces faits, sur lesquels il ne peut, je l’affirme, exister le moindre doute, donnent la raison des particularités jusqu'ici inexpliquées, que présentent les Tomicus monographus et dryographus, et le Platypus cylindrus, dont les larves, comme celles dont je viens de parler, vivent à la file dans des galeries toujours du même diamètre.
Pourquoi ces exceptions ? on est, de prime-abord, tenté de penser que la nature a voulu épargner à la plupart des larves les fatigues d’un pénible travail ; mais quand on songe qu'elle n’a pas eu la même sollicitude pour les larves des rhyncolus, dont nousparleronsci-après,des phlæophagus, etc., qui, pénétrant elles aussi dans l'épaisseur de l’aubier, vivent cependant isolées dans leurs galeries, on n’ose plus s'arrêter
à cette raison. Il y a donc là un mystère dont je ne saurais donner l’explication.
Le T. eurygraphus, qui se borne à traverser l’écorce d’outre en outre, ne peut, on le conçoit, être d'aucun obs-tacle à l’invasion des autres insectes, quels qu’ils soient, qui n’en veulent qu'à l'écorce. De même aussi il est compléte-
280 E. PERRIS. — Insecics
ment indifférent à ce qui se passe sous cette écorce, où il ne doit point provoquer des rivalités, et la présence d’autres Xylophages ne modifie en rien ses dispositions, parce qu’elle ne saurait contrarier ses travaux. On le rencontre donc dans les pins attaqués par d’autres Bostriches, par des Longicornes ou des Buprestes ; il ne demande que des arbres assez récemment morts ou abattus, et dont le bois n’a pas perdu sa sève par la dessiccation.
Son apparition a lieu dans le courant du mois de mai, et c'est vers la fin de ce mois ou au commencement de juin qu'on a le plus de chance de se le procurer, parce qu’il est alors occupé à creuser sa galerie. Lorsque, après avoir soulevé l’écorce, on aperçoit l’orifice de cette galerie, on peut être certain de la présence du Bostriche. On se hâte d'examiner s'il n’est pas fortuitement logé dans l'épaisseur de l’écorce, d’où il est facile de le faire sortir au moyen d’une petite paille ; dans le cas contraire, on entaille, on creuse le bois dans le sens de la galerie, et si celle-ci n’est pas trop profonde, on ne tarde pas à se rendre maître de l'insecte mineur. On le trouve aussi quelquefois sur l’aire de section des tiges de pin, tronçonnées à l’aide de la scie, car c’est également par-là qu’il pénètre dans le bois, s’épargnant ainsi la peine de perforer l'écorce.
A l'exemple du platypus et des bostriches qui sont, à proprement parler, lignivores, le T. eurygraphus ne paraît avoir qu'une seule génération, ce qui tient sans doute à la lenteur des développements que peuvent acquérir les larves dans le milieu très consistant où elles vivent, et avec les substances relativement peu assimilables dont elles se nourrissent. Ce qu’il y a de certain, c’est que j'ai trouvé, hivernant au milieu du bois, les insectes provenus de pontes
du Pin maritime. 281
faites, à ma connaissance , au mois de juin précédent. C’est là qu’ils attendent, comme les Bostriches qui ont les mêmes mœurs, le retour de la belle saison ; et alors ils viennent au jour non en pratiquant, chacun de son côté, une galerie de sortie d'autant plus difficile à creuser que le bois en séchant est devenu plus dur, mais en gagnant la galerie mère et la suivant jusqu’à son issue au dehors.
CRYPTURGUS ( Bostrichus ) PUSILLUS GyIl.
Fig, 314 et 315.
LARVE
Longueur { 1/2 millim. Tête d'un roux-jaunâtre, très pâle et uniforme, avec le tour de la bouché ferrugineux , et les mandibules ferrugineuses, sauf l’extrémité qui est noire.
Vues en dessus, celles-ci paraissent bidentées à l’extrémité, puis taillées en biseau jusque vers le milieu de leur longueur ; vues de côté, elles présentent, d’une manière plus apparente, les deux dents apicales, dont l’une, celle du sommet, est plus grande que l’autre. Les poils dont la tête et le corps sont parsemés, sont relativement plus longs que dans les larves précédentes.
NYMPHE
Huit soies blanches assez longues sur les bords du prothorax, quatre antérieurement et deux de chaque côté; à l’abdomen deux séries dorsales seulement ; dernier segment terminé par deux papilles coniques, charnues, écartées, divergentes et non crochues.
282 E. PERRIS. — Insectes
INSECTE PARFAIT
- Longueur un peu plus d’un millim. Etroit, très légèrement déprimé en dessus, luisant, noirâtre ou d'un brunferrugineux, principalement aux élytres. Tête très finement ponctuée, pubescente. Antennes et palpes testacés. Prothorax sensiblement plus long que large, peu convexe, très finement ponctué sur toute sa surface, sauf un espace médian très étroit et fort peu apparent. Elytres à peine de la largeur du prothorax, deux fois plus longues que lui, arrondies et convexes à l'extrémité, ayant des séries de points bien visibles, dont les suturales un peu plus marquées. Pattes d’un brun-roussâtre , avec les tarses plus clairs.
Le Crypturgus pusillus que l’on jugerait devoir s’attaquer exclusivement aux jeunes pins ou sapins, car il recherche les deux essences, semble au contraire dédaigner les sujets propres à la ponte des T. bidens etramulorum pour s'adresser aux arbres de moyenne grosseur, et même aux arbres les plus vieux et dont l'écorce est la pius épaisse. C’est même dans ces derniers qu’on le rencontre le plus ordinairement, .mais il est toujours en compagnie d’un autre Xylophage. Ratzeburg le signale avec le Polygraphus pübescens et le Hylastes palliatus , et je l’ai trouvé avec les T. stenographus et laricis, et les Hylurqus ligniperda et piniperda. Cette circonstance et la petitesse de sa taille ont porté MM. Saxesen et Ratzeburg à croire que le C. pusillus ne perfore pas luimême l'écorce, et qu’il profite des trous pratiqués par d’autres Xylophages, pour s’insinuer dans les couches du liber où il creuse ses galeries. Longtemps j'ai partagé d'autant plus cette opinion, que je n’avais jamais pu découvrir des orifices d'entrée, et que lorsque je trouvais des points
du Pin maritime. 283
occupés par le Crypturqus seul, c'était toujours dans le voisinage d’une solution de continuité de‘l’écorce, par laquelle il avait pu s’introduire. El me semblait d’ailleurs assez bizarre que ce petit insecte préférât précisément les écorces les plus épaisses et les plus dures, et s’imposât ainsi mal à propos une besogne dont il pouvait s'affranchir si facilement en choisissant les écorces lisses et minces. Toutefois , et quoique le raisonnement, ainsi que les observations justifiassent cette manière de voir, je ne pouvais m'empêcher de considérer que les habitudes supposées du Crypturgus constituaient, pour moi du moins, un fait unique de la part d’un Bostriche, et que, dès-lors, il ne devait être affirmé qu'avec une certaine réserve. J'ai eu récemment l’occasion de résoudre péremptoirement la question, en observant des nids de cet insecte sur un pin de 15 à 20 ans, dont il avait été l'unique envahisseur, et j'ai constaté, de la manière la plus positive, que le mâle et la femelle avaient pénétré sous l’écorce en perforant eux-mêmes celle-ci. Qu'ils s’abstiennent quelquefois de ce travail lorsqu'ils rencontrent une ouverture pratiquée par d’autres, je ne saurais le nier: mais je ne vois rien que de très naturel à ce qu'ils fassent cette besogne même sur des vieux pins. L’écorce de ces arbres est en effet très facilement attaquable, et en profitant de ses crevasses, le travail du Crypturgus se réduit à bien peu de chose et exige bien peu de peine.
Les galeries du Crypturgus sont creusées dans les couches du liber, ou à la surface inférieure de celui-ci ; mais elles n’empiêtent jamais sur laubier. Elles sont, ainsi que l’a observé Ratzeburg , très embrouillées, et il est très difficile d'en suivre l’inextricable réseau’, pour peu que le nombre des mâles et des femelles qui travaillent sur le même point
284 E. PERRIS. — Insectes
soit considérable ; mais la difficulté devient beaucoup moindre lorsqu'on a la chance, assez rare d’ailleurs, de rencontrer une portion d’écorce habitée par un couple ou deux. On constate alors l’existence d’une galerie de ponte longitudinale, plus large que ne sembleralt le comporter le diamètre de l’insecte, et sans cellule apparente. Les entailles pour le dépôt des œufs sont très rapprochées et les galeries des larves sont très sinueuses.
Le C. pusillus se montre aux mêmes époques que le T. bidens, et comme lui il a au moins deux générations. Les insectes parfaits de la seconde ou de la dernière génération passent l'hiver sous l’écorce , et on les y rencontre souvent en nombre très considérable.
HYLURGUS ( Hylesinus ) LIGNIPERDA Fabr.
Hylesinus elongatus Herbst.
Fig. 316-318.
LARVE
Longueur 7 millim. ; semblable à celles des Bostriches, sauf les caractères suivants :
Tête roussâtre ; bord antérieur formant trois arcs bien marqués, et dont les deux latéraux sont profondément creusés par la cavité où se logent les antennes ; celles-ci plus visibles et plus saillantes que dans les larves précédentes; une impression sur le front; plus en avant, deux petites éminences ferrugineuses, et de plus une très petite saillie de même couleur, formant une dent peu apparente au milieu du bord antérieur. Epistome assez grand et peu profondément échancré; plus large à la base qu’au sommet. Mandibules fortes, noires dans leur moitié supérieure, le
du Pin maritime. 285
reste ferrugineux. Vues en dessus, elles se montrent larges à la base, plus concaves en dedans que convexes en dehors; taillées en biseau peu incliné à l'extrémité qui est découpée en trois dents, dont la plus interne est beaucoup moins saillante que les deux autres qui sont séparées par une rainure. Vues de côté, elles seraient régulièrement triangulaires sans le biseau supérieur. L’extrémité est également divisée en trois dents, mais un peu plus fortes et mieux détachées; les angles de la base sont noirs, et entre eux on voit un point de même couleur. Le milieu est légèrement verruqueux.
NYMPHE
Semblable à celles des Bostriches, et reconnaissable en outre aux caractères suivants :
Deux soies blanches sur le front ; quatre en série transversale sur le vertex; deux près du bord antérieur du prothorax et quatre près du bord postérieur; deux sur le mésothorax et quatre sur le métathorax, en deux paires écartées ; sur le dos de l'abdomen dix séries longitudinales de ces mêmes soies, dont deux dorsales, quatre latérodorsales et quatre latérales, deux de chaque côté; toutes ces soies courtes, roussâtres, presque spinuliformes et portées sur de petits mamelons plus saillants sur l'abdomen qu'ailleurs. Appendices du dernier segment comme dans la nymphe du 7, stenographus, mais un peu moins divergents.
INSECTE PARFAIT
Longueur 5 miilim. Allongé, subcylindrique, noirâtre, avec les élytres d'un brun-ferrugineux ; presque entière-
286 E. PERRIS. — Inéêètes
ment revêtu d’une pubescence raide €t rousse, plus longüe et plus touffue sur le front, sur les côtés du prothorax et à l'extrémité des élytres. Tête convexe, finement et rugueusement ponctuée, avec un petit tubercule près de la bouche, une impression transversale un peu au-dessus , et une ligne lisse, très fine et un peu élevée jusqu’au vertex. Antennes et palpes ferrugineux. Prothorax à bord antérieur ferrugineux et arrondi, s’élargissant graduellement du sommet à la base, dépassant sensiblement en longueur sa plus grande largeur ; couvert d’une ponctuation plus fine, plus serrée et plus rugueuse sur les côtés qu’en dessus, avec un espace médian et linéaire lisse. Elytres de la largeur du prothorax à sa base ; deux fois aussi longues que lui ; à côtés parallèles, ayant à la base un rebord noir, fin et très finement crénelé ; marquées de stries ponctuées, dont les intervalles sont comme ridés en travers et fortement chagrinés. Extrémité convexement déclive, avec une fossette longitudinale de chaque côté dela suture, entre la première et ia deuxième stries. Pattes d’un ferrugineux plus ou moins brunûtre, avec l'extrémité des tibias et les tarses plus clairs. Femelle. Le mâle diffère par les fossettes de l'extrémité des élytres plus profondes et les stries suturales un peu mieux marquées.
Le Hylurgus ligniperda, dont l’épithète conviendrait plutôt au T. eurygraphus, ne porte dommage qu’à l'écorce du pin. Quoiqu'il aime les arbres imbibés de sève, je ne l’ai jamais rencontré sur des sujets malades, et il n’est pas à ma connaissance qu'il ait causé la mort d’un seul. Il respecte même la tige des arbres morts sur pied, pour n’attaquer que leur base. Il affectionne exclusivement ceux dont lécorce ést épaisse, et voici les conditions dans lesquelles on est sûr de le rencontrer.
RS | PR, "OS Pr. - PE, LENS
du Pin maritime. 287
Lorsqu'un vieux pin a été abattu, sa souche demeure ordinairement en terre. Cette souche, imprégnée de résine, à écorce très épaisse, convient parfaitement à notre insecte, et si l'abattage coïncide avec l’époque de son apparition, il ne tarde pas à s'y installer, sans se laisser rebuter par les écoulements de résine que provoquent ses attaques et que l'on voit suinter souvent par les galeries d'entrée. Quant à la tige de l'arbre, elle n'est attaquée que sur des points faciles à déterminer d'avance : ce sont ceux où la tige se trouve en contact avec le sol. C’est là qu’arrivent en grand nombre les Hylurgus des deux sexes, parce que, sans doute, ils y trouvent à la fois protection contre leurs ennemis, et surtout abri contre les influences atmosphériques et les ardeurs du soleil , et ils se mettent si bien à l’œuvre, que bientôt le sol est couvert de vermoulure.
Si plusieurs couples travaillent sur le même point, les galeries qu’ils creusent sont enchevêtrées, et il n’est pas possible d'apprécier au juste le système propre à chacun ; mais quand l'observation peut porter sur un couple unique, on constate que la galerie de ponte est quelquefois longitudinale, le plus souvent oblique, et toujours très sinueuse. Les galeries des larves n’ont pas cette sorte de parallélisme, ou cette divergence régulière que présentent ordinairement celles des Bostriches ; elles se contournent en sens divers, s’anastomosent et forment un réseau irrégulier et confus. Elles n’intéressent pas l’aubier, et c’est presque toujours dans les couches du liber, ou même dans l’épaisseur de l'écorce que s'opère la métamorphose en nymphe. Le H. ligniperda paraït de mars en mai, et ses dernières pontes ont parcouru toutes leur phases au mois de juillet. Je ne lui connais qu’une seule génération, et comme on ne
288 E. PERRIS. — Insectes
le trouve jamais en hiver, sous les écorces, je suppose qu’à l'exemple des autres Hylurgus, il passe la mauvaise saison dans les mousses, au pied des arbres, ou dans les anfractuosités des écorces.
HyYLURGUS (Dermestes) pINIPERDA L.
Hylesinus testaceus Fabr.
Fig. 319 et 320.
LARVE
Longueur 7 millim.; semblable aux précédentes, sauf les caractères suivants :
Bord antérieur de la tête formant trois arcs renversés, assez sensibles ; points de contact des arcs latéraux avec l'arc du milieu, s'’avançant en forme de petite dent. Epistome très faiblement échancré ; labre presque imperceptiblement trilobé et marqué de deux fossettes. Les mandibules, vues en dessus et ouvertes, présentent là forme d’une pyramide à trois faces ; vues de côté, elles sont triangulaires, avec le bord supérieur taillé en biseau très oblique, ferrugineuses et marquées de quelques fossettes , jusqu'aux deux tiers de leur longueur, puis noires et lisses jusqu’à l'extrémité, qu'une rainure longitudinale bien visible coupe en deux dents inégales. Si, à l’aide d’une forte loupe, on les examine de face et en dedans, on voit que le tiers antérieur est taillé, dans son épaisseur, en une facette oblique, ovale allongée, dont le bord interne est tranchant et le reste rebordé.
NYMPHE
Exactement comme la précédente.
Longueur près de 5 millim. Ovoide allongé, finement pubescent, noirâtre , avec les élytres souvent ferrugineuses en totalité ou en partie. Tête un peu déprimée , médiocrement et peu densément ponctuée, avec une carène longitudinale près de la bouche. Antennes et palpes d'un roux testacé. Prothorax luisant , de beaucoup plus étroit au sommet qu’à la base qui est aussi large que la longueur ; légèrement étranglé près du sommet ; finement ponctué; points dorsaux moins serrés que ceux des côtés, et laissant libre un espace ordinairement mal déterminé. Ecasson petit et très enfoncé. Elytres un peu plus larges que le prothorax à la base , près de trois fois aussi longues que lui; à rebord antérieur finement crénelé; marquées de stries fines et finement ponctuées, dont les cinq premiers intervalles sont sensiblement ridés en travers, avec une série de petits tubercules, plus visibles postérieurement, les autres intervalles ayant simplement une ou deux séries de points; extrémité convexement déclive, avec une impression longitudinale peu marquée sur le second intervalle, Pattes noirâtres, avec l'extrémité des tibias, les tarses et souvent les genoux d’un roux testacé. Femelle.
Le mâle, ordinairement un peu plus petit, diffère par les impressions postérieures des élytres plus profondes.
Le H. piniperda est peut-être l’insecte le mieux connu des forestiers, et l’on a écrit bien des pages sur son compte ; mais aucun auteur n’en à, d’après moi, donné une histoire plus complète et plus vraie que Ratzeburg, et j'aurai occasion, dans le cours de cet article, de justifier cette assertion.
ÉD dE pur dan dir AT is.
290 E. PERRIS. — J/nsectes
Le nom spécifique donné à cet insecte le signale comme le fléau des pins, et il est pour eux, en effet, un ennemi très redoutable. Cette essence est aussi la seule qu'il attaque, mais il paraît que toutes les espèces ne lui sont pas indifférentes. Dans le nord il ravage les plantations de pins sylvestres ; dans le département des Landes, celles de pins maritimes ; mais je ne l’ai pas rencontré sur d’autres espèces cultivées dans ce pays, et je n’ai constaté aucune trace de son existence sur le pin des Pyrénées.
Il est le plus précoce des Xylophages. Dans le nord de l'Europe, d’après Ratzeburg, il se montre dès le mois de mars ; dans le midi de la France, il paraît aux premiers beaux jours de l'hiver, et dès le mois de janvier, lorsque le soleil a brillé deux ou trois jours, on est sûr de le trouver | occupé déjà à perforer l'écorce des pins abattus ou malades, ainsi que les souches restées en terre, décelant sa présence par les petits tas de vermoulure qu'il rejette de ses galeries. Il dédaigne les arbres dont le liber est trop desséché, et ceux qu'il attaque sont quelquefois tellement imbibés de sève, qu’il provoque des suintements abondants de sucs résineux, qui se concrètent sous forme de tubes plus ou moins épais autour de l’orifice d’invasion. Du reste, il est peu difficile sur l’âge des arbres. Depuis qu'ils ont dix ou douze ans, jusqu’à leur vieillesse la plus avancée, ils sont sujets à ses attaques; mais il est rare de le rencontrer dans des arbres au-dessous de dix ans qui n’offriraient sans doute pas des ressources suffisantes pour le développement de ses pontes.
Le trou d'entrée est oblique, et la galerie mère, toujours simple, c’est-à-dire sans ramifications, s'étend longitudinalement au-dessus et au-dessous de ce trou d’entrée, en formant au point de départ, de chaque côté, une petite
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courbe à partir de laquelle elle est droite. Elle est munie de un à quatre trous à air. On rencontre ordinairement le mâle et la femelle dans cette galerie; je n'y ai jamais trouvé plus d’un individu de chaque sexe, et rarement la femelle y est seule. Les œufs sont déposés dans de petites entailles comme ceux des Bostriches, et les galeries des larves sont sinueuses, transversales, si ce n’est quand le diamètre de l'arbre est peu considérable, auquel cas elles finissent par devenir obliques, ou même longitudinales. Ces galeries sont creusées, comme la galerie de ponte, dans les couches du liber en contact avec l’aubier ; mais elles n’entament point celui-ci ; elles détachent parfaitement l'écorce qu'il est très facile de soulever par larges plaques.
La métamorphose en nymphe a lieu dans les couches du liber, ou dans l’épaisseur de lécorce.
J'ai dit que le H. piniperda se montre dès le mois de janvier, et signale son apparition en envahissant les pins qu'il juge propres à nourrir sa progéniture. La galerie de ponte est assez promptement creusée: mais l'émission des œufs suit rarement de très près l'achèvement de ce travail. Presque toujours, en effet, après ces beaux jours qui ont réveillé les Hylesinus engourdis, et auxquels succèdent, du reste, des nuits froides, l'hiver reprend son empire, la température s’abaisse, et les insectes s’engourdissent de nouveau dans leurs galeries. L'influence du soleil, qui se fait sentir encore habituellement en février, détermine souvent la ponte des œufs; mais une température variable, et plutôt froide que chaude, retarde leur éclosion, et quand les larves sont nées après une période plus ou moins longue, les vicissitudes atmosphériques des mois de mars et d’avril, ralentissent leur développement. Ce n’est, en définitive, qu’au
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mois de mai que ce développement devient rapide, secondé qu'il est par la longueur des jours et l’élévation de la température, et les insectes parfaits prennent leur essor dans le courant de juin ou au commencement de juillet.
Ce sont là les cas les plus ordinaires; mais quelquefois pourtant l'hiver est tellement doux, que la ponte et l’éclosion des œufs, la croissance et les métamorphoses des larves se trouvent singulièrement accélérées. Aussi ai-je vu plus d’une fois les larves nées en février, et les insectes prêts à sortir en avril.
Dans les mois de juin et surtout de juillet, on rencontre dans les bois de pins, principalement dans les jeunes semis, des brindilles dont la partie supérieure se flétrit ou se rompt sous l'effort du vent, et sur laquelle on aperçoit, le plus souvent, un de ces tubes de résine concrétée, résultat d’un suintement provoqué par un insecte. Si l'on recherche la cause de ces faits, on constate que ces brindilles sont percées d’un trou latéral; qu'en remontant à partir de ce trou, la brindille est creuse, la substance médullaire ayant été détruite par érosion. Dans l’intérieur de ce tube, qui se prolonge fréquemment jusque dans le bourgeon terminal, on rencontre habituellement un H. piniperda. Si l’on n’y trouve rien, c’est que le Hylesinus est sorti, et alors on remarque quelquefois, au-dessus du trou d'entrée, un trou de sortie ; le plus souvent pourtant il n'existe qu’un trou unique, ce qui prouve que l’insecie est sorti par où il était entré. La galerie dont je viens de parler est libre de détritus et d'excréments, et cette particularité, indépendamment de quelques autres caractères, la distingue de celles que creuse, dans des conditions semblables, la chenille d’un Lépidoptère, la Tortrix buoliana, dont je parlerai plus tard, et qui sont encombrées d’excréments.
NS RS 4 PR te OT, RE TR
du Pin maritime. 293
Il n'est pas sans exemple que deux Hylurgus s'établissent dans la même brindille ; il y a alors deux orifices d'entrée placés à différentes hauteurs, et les deux galeries ne communiquent pas ordinairement entre elles, parce que le Hylurgus inférieur arrête son travail avant d'atteindre l'origine de la galerie supérieure.
Après sa dernière métamorphose, le H. piniperda, ainsi qu'on l'avait déjà observé et que l’a bien précisé Ratzeburg, se réfugie donc, pour se nourrir durant l'été, dans les jeunes pousses du pin, et il y demeure ordinairement jusqu'au mois de septembre. Quelques-uns attaquent aussi ces jeunes pousses au commencement du printemps, dans les mois d'avril et de mai, et comme le nombre des rameaux envabis à cette époque est d'autant plus considérable que l'hiver a été plus doux, on pourrait penser que certains Hylurgus, dont l'engourdissement a dû être moins profond, se sentant plus stimulés par l'aiguillon de la faim, songent à satisfaire ce besoin avant de se préoccuper de leur reproduction. Au lieu d'admettre une pareille dérogation aux habitudes de cet insecte, j'aime mieux croire que les Hylurgus dont il s’agit sont les rejetons récemment éclos de pontes très précoces dont les évolutions ont été hâtées par une température favorable. Cette supposition me semble d’autant plus fondée que, d’après ce que nous avons vu plus haut, des larves nées en février peuvent, quand l'hiver est tempéré, avoir subi toutes leurs métamorphoses en avril.
M. Chevandier ( Annales de la Société centrale d’agriculture, 1841, p. 112) affirme que le Hilurgus s’introduit dans les pousses de deux et même de trois ans. Je n’ai jamais observé ce fait, et je ne le trouve pas signalé dans Ratzeburg. Selon moi, il n'attaque que les pousses de l’année, à l'état herbacé, ou à peu près.
294 E. PERRIS. — Însectes
Cette habitude, exclusivement propre aux H. piniperda et minor, rendent ces insectes plus spécialément dommageables aux forêts de pins que ceux qui n'attaquent que l'écorce ou le bois. J'ai dit dans l'introduction , en m’appuyant sur mes nombreuses expériences, qu’un pin dont on ampute tous les bourgeons terminaux, éprouve, par suite de la difficulté. qu'a cet arbre de développer des bourgeons adventifs, des dérangements dans la circulation de la sève, et qu’il en résulte le plus souvent un état morbide suffisant pour provoquer l'invasion des insectes parasites et déterminer la mort de l'arbre. On conçoit, dès lors, le danger que présenterait l'Hylurgus s'il se multipliait assez pour faire périr toutes les brindilles et favoriser ainsi l'invasion de ces myriades de Bostriches, à générations multiples, qui recherchent et saisissent siardemment toutes les occasions d'exercer eurs instincts dévastateurs.
Dans certaines parties de la France, où la culture du pin estlimitée, quelques pineraies, jeunes encore, ont été assez maltraitées pour qu’on s’en préoecupât sérieusement. Dans. les Landes, le théâtre des ravages du Hylurgus est beaucoup trop vaste, et les grands arbres qui composent nos immenses forêts ont trop de brindilles, pour que ces insectes, quel que soit leur nombre, puissent y laisser des traces sensibles. Le seul mal apparent qu’ils causent dans les jeunes semis consiste dans la ruine de la flèche de quelques sujets, qui la remplacent du reste par un bourgeon adventif ou par une branche latérale.
Toutefois, j'ai devers moi un fait qui donne une idée du mal que peut produire cet insecte , et qui justifie les appréhensions de ceux qui n’ont pas comme nous l’immensité pour se défendre, et, de plus, cet avantage très important
du Pin maritime. 295
à mes yeux que noire contrée est la patrie naturelle du pin maritime. Ce fait, le voici. Autour d’un four à chaux récemment construit, on avait fait un approvisionnement très considérable de pins récemment abattus, qui furent tous ou presque tous attaqués par le Æ. piniperda. Tout à côté du four à chaux se trouve un bouquet de pins de cinquante ans environ, séparés par une distance de trois à quatre cents mètres des forêts voisines. Les pins qui avaient servi à la propagation des Hylurgus donnèrent d'innombrables essaims de ces insectes qui, ayant à leur portée les pins dont J'ai parlé, s’y jetèrent en masse, attaquèrent presque tous les rameaux, et produisirent un tel effet, qu'au mois d’août ces arbres paraissaient secs, et qu'après un orage, le sol était jonché de brindilles abattues et les branches frangées de brindilles cassées. Je fus consulté sur cet événement, dont j'avais étudié et apprécié toutes les causes avant même qu’on ne m'en parlàt, et je me bornai à conseiller au propriétaire du four à chaux et des pins de ne s’approvisionner que de bois abattu depuis un an, ou de faire écorcer celui dont l'abattage serait phus récent. Ces précautions ayant été prises , le mal ne se renouvela pas l’année suivante ; mais les arbres n’eurent qu’une végétation très languissante ef donnèrent très peu de résine. L'année d’après ils avaient repris un peu de vigueur ; mais il était facile de voir qu'ils ne se trouvaient encore qu'à l’état de convalescence. Je considère comme un bonheur qu'ils aient échappé aux attaques des Xylophages, et que le propriétaire n’ait pas porté la peine de son imprudence.
Le H. piniperda a-t-il plus d’une génération ? Quelque importante que soit cette question, je ne m'y serais guère arrèté, la croyant déjà résoiue, sans la discussion qu’elle a
296 E. PERRIS. — Insectes
soulevée entre MM. Chevandier et Guérin-Méneville, dans le sein de la Société centrale d’agriculture , et qui occupe
une assez grande place dans les Annales de cette société pour 1851.
M. Chevandier ( page 118 ) rappelle l’opinion de Ratzeburg, qui dit que le Hylurqus n'a qu’une ponte en avril ou mai, et que les pontes postérieures proviennent d'individus retardataires, et il cherche à prouver une seconde génération par les faits suivants : |
Le 21 septembre, il a trouvé : 1 des galeries contenant beaucoup de larves et de nymphes, et même des Hylurgus récemment transformés ; 2° des pins dépérissants, avec des galeries fraîches présentant quelques larves, très peu de nymphes et quelques Hylurgus morts étouffés par la résine ; 3° sur un pin mourant, un Hylurgus occupé à percer dans le liber une galerie de ponte.
Le 19 octobre, des brins pris dans des fagots ont offert des larves et des nymphes.
Le 1er novembre, les mêmes faits se sont produits, et des Hylurgus femelles ont été rencontrés dans des galeries de
ponte très fraiches.
Myers décembre, mêmes faits : larves, nymphes, insectes récemment éclos.
Il en conclut que des pontes peuvent avoir lieu en septembre, octobre, novembre, et que les couvées hivernent sous l’écorce , contrairement à l'opinion de Ratzeburg. Il se prononce enfin pour une seconde génération.
M. Guérin-Méneville répond (page 126) que le fait d’une double génération est une vérité vulgaire et connue de tous. Il la déduit de ce que Zetterstedt ( Insecta lapponica, p. 191) déclare que le H. piniperda paraît deux fois chaque année,
du Pin maritime. 297
en mai et en juillet. Il invoque aussi l’analogie qui existe entre les Bostrichus , les Scolytus et les Hylurgus qui , très très voisins par leur organisation, ne peuvent avoir des mœurs disparates.
M. Chevandier (p. 135) fait ressortir par des exemples le danger des conséquences déduites exclusivement de l’analogie, et s’en réfère à l'observation directe. Il ajoute qu'avant les publications de Ratzeburg, Muller et Rossmoæssler avaient affirmé que les lois de la reproduction du T. typographus, pour lequel ils admettaient deux générations, s’appliquaient au H. piniperda; que Georges-Louis Hartig et Théodore Hartig avaient attribué trois générations annuelles àa ce Xylophage ; mais que Ratzeburg ayant combattu cette assertion , Hartig avait été conduit plus tard à n’admettre qu’une seule génération. De cette divergence d’opinions, M. Chevandier conclut que son observation n’est pas aussi banale qu’on le dit, qu’elle a même, jusqu'à un certain point, le mérite de la nouveauté, et qu’elle était digne d’être signalée.
M. Guérin-Méneville a publié (p. 148) une réponse à M. Chevandier, dans laquelle il insiste sur la nécessité de recourir aux lois de l’analogie, et dans une note de la page 154, il expose ainsi qu'il suit le mode de reproduction du Æ. piniperda et de beaucoup d’autres X ylophages dans le climat de Paris.
Première génération. L’éclosion a lieu dans la première quinzaine de mai. En même temps arrivent les Hylurgus qui n’avaient pu pondre l’année précédente et qui ont passé l'hiver engourdis. Pour se nourrir et se fortifier, ils se jettent d’abord sur les jeunes pousses, puis ils procèdent à la ponte. 1l y a des individus retardés par des circonstances diverses qui pondent à toutes les époques de l'été.
298 JE, PERRIS. — Insectes.
Deuxième génération. La plupart des pontes ayant été faites en mai et juin, une masse d’éclosions a lieu entre juillet et août; celle des individus retardés peut se prolonger jusqu’en novembre. Les premiers nés vont attaquer les sommités des rameaux de l’année et pondent ensuite : les autres n’ayant plus le temps de se livrer à la reproduction, cherchent des abris pour passer l’hiver, ou même restent dans leurs galeries.
M. Guérin-Méneville reconnaît de nouveau l'exactitude des faits observés par M. Chevandier et qui contredisent les assertions de Ratzeburg ; mais il prétend qu'ils étaient déjà connus de tous les entomologistes qui savent que les Xylophages apparaissent chaque année à deux époques différentes.
Le H. piniperda est tellement commun dans les lieux qui sont le théâtre de mes observations de tous les jours, et les insectes du pin maritime sont depuis si longtemps l’objet de mes sérieuses études, qu'avant d'avoir lu les mémoires de MM. Chevandier et Guérin-Méneville, je me serais permis de déclarer, sans la moindre hésitation, que, conformément à l'affirmation de Ratzeburg, le H. piniperda n’a qu’une seule génération; car j'avais bien constaté que, contrairement à l'opinion de Herbst, Bechstein, Lincker et autres, cet insecte ne pond jamais dans les jeunes pousses. Mais en voyant se produire une opinion contraire de la part de deux savants bien compétents en la matière, de M. Guérin-Méneville surtout que ses remarquables travaux et des relations qui me sont précieuses, ont placé très haut dans mon estime, je me sentis hésiter, et j'éprouvai le besoin de vérifier de nouveau les faits. J’ai consacré une grande partie de l’année 1852 et toute l’année 1853 à cette vérification, et j'y
ai procédé avec le désir bien sincère de m'éclairer et de résoudre une fois pour toutes la question. Je me suis assujéti à des explorations fréquentes et lointaines, pour rencontrer à toutes les époques un assez grand nombre de pins abattus ; j'en ai abattu ou fait abattre plusieurs sur divers points, et j'ai partout constaté que les arbres jetés à terre à partir de la fin du printemps, c’est-à-dire à compter du mois de juin, étaient attaqués par les Bostriches dont j'ai parlé plus haut, ou par des Charançons et des Longicornes dont il sera question ci-après ; mais qu'aucun d'eux n’a servi à la ponte du H. piniperda, quoique dans le voisinage, et pour ainsi dire côte à côte, il y eût parfois des pins abattus en hiver, et d’où sont sortis des essaims de cet insecte.
Il est donc pour moi plus avéré que jamais que le Æ. piniperda n’a qu’une seule génération; que les choses ne se passent pas comme le dit M. Guérin-Méneville, et que, dans le cas présent, l’analogie, au lieu d’être un guide sûr comme dans d’autres circonstances, conduit à des résultats erronés ; ce qui étonne moins quand on considère que les Hylurgus diffèrent sensiblement des Tomicus par leur forme. Mais sans sortir du genre Hylurgus, l’analogie, plus rationnelle dans ce cas, viendrait donner un nouveau poids à mon affirmation; car il résulte de mes observations réitérées, et renouvelées spécialement en 1853, que les I. ligniperda et minor ne produisent non plus qu'une seule génération. Ce que j'ai vu me porte aussi à penser qu’il en est de même des Hylesinus Aubei et thuyæ qui se nourrissent du thuya ; du H. spartü qui attaque le genêt à balais et l’ajonc; du H. oleiperda , parasite de l'olivier, du frêne et du lilas, du H. vittatus de l’orme ; des H. crenatus et varius du frêne. Ici encore il est permis de consulter l’analogie, car les
300 E. PERRIS. — Insectes
Hylesinuset les Hyluryus ont de nombreuses et frappantes ressemblances.
Quant aux indications données par Zetterstedt sur les deux apparitions du H. piniperda, et qui ont confirmé M. Guérin-Méneville, dans l'opinion que cet insecte a deux générations, elles trouvent dans les faits une explication très satisfaisante. En Laponie, en effet, où les chaleurs sont beaucoup plus tardives que dans le midi de la France, le Hylurgus se présente au mois de mai pour faire sa ponte, et il parait de nouveau au mois de juillet, c’est-à-dire après la naissance des insectes provenant de la ponte printannière.
Mais comment expliquer les faits signalés par M. Chevandier, et dont je n’ai aucune raison de douter ? Quant à moi, je les attribue tout simplement à des Hylurgus que des circonstances inconnues ont retardés dans leur ponte, ou à des pontes dont le développement a été contrarié. J'ai été moi-même une seule fois témoin d’un fait semblable de la part d’un H. minor, dont je trouvai, au mois de septembre, les couvées à l’état de larves, de nymphes et d'insectes récemment transformés, et je n'y attachai pas plus d’importance qu’à une anomalie. J’allai, il est vrai, jusqu’à supposer que quelques Hylurgus, éclos de bonne heure, pouvaient exceptionnellement se livrer, quelque temps après, à la reproduction; mais en admettant cette hypothèse comme vraie, il serait impossible de voir là autre chose qu'une exception, et une exception très rare qui, loin d’infirmer la règle, ne ferait que la confirmer.
La question que je viens de discuter, et que je considère, en ce qui me concerne, comme résolue, n’a pas seulement un intérêt scientifique, elle a aussi une grande importance sous le rapport pratique et au point de vue de la conser-
du Pin maritime. 301
vation des forêts. Il est évident , en effet, que si le H. piniperda n'a qu'une seule génération dont les évolutions s’accomplissent dans le courant du printemps, toute mesure préventive postérieure au premier mois de l'été devient inutile, du moins quant à cet insecte ; tandis que s’il avait deux générations, on devrait persévérer dans ces mesures jusqu'à l'hiver.
Quelques auteurs ont discuté sur le point de savoir si les H. piniperda passent la mauvaise saison dans les jeunes pousses ; mais la question a été définitivement résolue d’une manière négative. D'accord avec MM. Ratzeburg et Chevandier, j'affirme qu’on les trouve alors rassemblés, quelquefois en grand nombre, vers le collet des racines des gros arbres vivants. Ils se cachent dans les crevasses de l'écorce ou la perçent jusqu'au liber, uniquement pour se faire un abri.
HYLURGUS MINOR Hartig.
LARVE
Ne diffère de celle du Æ. piniperda que par sa taille un peu plus petite, un peu plus grêle, et par une fossette longitudinale bien visible sur le front.
NYMPHE
Exactement comme la précédente.
INSECTE PARFAIT
Longueur 4 millim. Un peu plus petit et aussi relativement un peu plus étroit que le piniperda. A cela près, tout à fait semblable à lui, sauf que les rides transversales des élytres sont moins marquées, et qu'il n'existe pas d’impression longitudinale à l'extrémité.
| 302 E. PERRIS. — /nsectes
Le mâle diffère de la femelle par la déclivité postërieure des élytres un peu moins convexe et marquée d’une rainure presque imperceptible sur la strie suturale, et par ja carène frontale un peu plus prononcée.
Le H. minor, à l’état d’insecte parfait, ressemble tellement au piniperda, que je ne me serais peut-être pas douté de la différence si l'étude de ses mœurs ne m’eût pas révélé des particularités telles qu'il ne m'était pas permis de le confondre avec son congénère, Ces particularités sont les suivantes : |
1° Il se montre ordinairement plus tard, et quelque favorable que soit la température, on ne le rencontre guère avant le mois d'avril. Il y a cependant des exceptions, car je l’ai trouvé même en février;
20 Il attaque plus volontiers les arbres debout, dédaigne les vieux et ne s'adresse ordinairement qu’à ceux de l’âge de quinze à vingt-cinq ou trente ans ;
30 Les galeries de ponte sont transversales au lieu d’être longitudinales, font quelquefois le tour de l'arbre, et en regard de l'orifice d'entrée elles décrivent une double courbe très prononcée qui leur donne la forme d’une accolade. Quelquefois la pointe de l’accolade se prolonge en une petite queue. Ces galeries vont jusqu’à l’aubier sans l’entamer ;
40 Les galeries des larves sont longitudinales, peu sinueuses, sensiblement plus courtes et creusées la plupart dans le liber sans arriver jusqu’à l’aubier ; d'où résulte que l'écorce n'étant détachée du bois que partiellement, ne s’enlève que par fragments et non par grandes plaques.
A cela près, tout se passe exactement comme pour Île H. piniperda, y compris le fait d’une génération unique et même celui de l'invasion, un peu plus tardive il est vrai, des jeunes pousses après la dernière métamorphose.
du Pin maritime. 303
HYLASTES (Bostrichus) ATER Payk.
Fig. 321.
LARVE
Longueur 5 à 6 mill. Semblable aux larves précédentes, sauf qu'elle est moins trappue, un peu moins arquée et plus exactement cylindrique. Elle se distingue aussi par ses mandibules qui, vues en dessus, ne sont guère plus larges à la base qu’à l’extrémité qui est taillée en biseau et découpée en trois dents bien marquées, triangulaires et égales.
NYMPHE
Semblable aux précédentes ; elle a deux petites soies à la base du rostre et deux à l’extrémité ; les deux appendices qui terminent l'abdomen sont très peu divergents et un peu plus longs.
INSECTE PARFAIT
Longueur 4 à 4 1/2 millim. Allongé, étroit, subcylindrique, noir, presque opaque et à peu près glabre. Tête assez convexe, densément et rugueusement ponctuée, avec une carène qui part de la bouche, où elle sépare ordinairement deux fossettes, et qui se prolonge rarement jusqu’au vertex. Antennes ferrugineuses. Prothorax un peu ferrugineux au milieu du bord antérieur ; s’élargissant un peu du sommet au milieu, puis à côtés parallèles ; une fois et demie aussi long que large à la base; assez fortement et densément ponctué en dessus avec une ligne médiane lisse, très étroite et caréniforme; côtés brusquement rabattus, densément et irrégulièrement striés, comme vermiculés. Elytres
304 E. PERRIS. — Insectes
un petit peu plus larges que le prothorax, d'une longueur au moins double ; marquées de stries fortement ponctuées et comme crénelées, dont les intervalles sont ridés transversalement et ruguleux; extrémité assez abruptement déclive, comme muriquée, avec les stries plus enfoncées et une fine pubescence roussâtre ; bord latéral ferrugineux. Pattes noirâtres, avec l'extrémité des tibias et les tarses roux. Mâle et femelle.
Le . aier a les mêmes habitudes que le Hylurgus ligniperda, et ou le rencontre presque toujours avec lui, perforant l’écorce sous les troncs des pins abattus, aux endroits qui sont en contact avec le sol. Comme lui aussi il attaque les vieilles souches et exceptionnellement les jeunes pins. Les galeries de ponte sont transversales ou obliques; mais lorsque plusieurs femelles ont travaillé sur le même point, ce qui est très ordinaire, les galeries se croisent de telle sorte qu’il est difficile d’en bien déterminer la direction.
Ratzeburg suppose que le H. ater n’a qu'une seule génération. Je n’hésite pas à donner ce fait comme certain, car je n'ai jamais trouvé de ponte tardive de cet insecte, ou des couvées dans le courant de l'hiver. Il quitte son berceau dans les mois de juiilet et d'août, et on ne le voit plus sous les écorces. Ratzeburg l’a rencontré, en automne et en hiver, rassemblé en grand nombre sur les nœuds des racines qu’il était occupé à ronger.
HyLASTES (Hylesinus) PALLIATUS Gyll.
Fig. 322 et 323.
LARVE
Longueur 4 à 5 mil. Tête roussâtre, antérieurement plus
du Pin maritime. 305
foncée ; une fossette assez large sur le front et une autre plus petite en avant du vertex; arc intermédiaire du bord antérieur ayant au milieu une petite saillie tronquée, ferrugineuse et cornée, et à chaque extrémité une saillie conique, plus prononcée, de même couleur et de même consistance. Mandibules d’un ferrugineux clair à la base, puis d’un brun ferrugineux jusque prèsde l'extrémité qui estnoire ainsi que le bord inférieur. Quand on les regarde en dessus elles sont subtriangulaires, leur bord externe est convexe, l'extrémité est découpée en deux dents séparées par une rainure et dont l’interne n'atteint pas le. même niveau que l’autre; puis on remarque un biseau un peu concave, terminé par une petite saillie dentiforme. Vues de côté, elles sont aussi presque triangulaires ; leur extrémité est divisée en deux dents inégales et assez bien détachées, et le côté supérieur est plus concave que l’autre. Près de la charnière on observe une ou deux fossettes transversales, quelquefois séparées par une très petite crête, et sur chaque oreillette de la base se trouve un petit tubercule luisant,
Les autres caractères sont ceux de la larve précédente.
NYMPHE
Comme celle du H. ater.
INSECTE PARFAIT
Longueur 3 1/2 millim. Ovale-allongé, convexe, pubescent, opaque, noirâtre et souvent avec le dessus du prothorax et les élytres, sauf le bord latéral de celles-ci, de couleur ferrugineuse. Tête très finement et densément ponc-
306 E. PERRIS. — Însecies
tuée, avec une impression transversale au bas du front, et une petite carène partant de la bouche et aboutissant à l'impression ; mais parfois aussi, contrairement à l’assertion de Gyllenhall, se prolongeant sur le front. Antennes d’un roux ferrugineux. Prothorax beaucoup plus étroit au sommet qu’à la base, d'une longueur égale à sa plus grande largeur; un peu étranglé au-dessous du bord antérieur ; couvert de points très serrés et confluents, avec une fine carène longitudinale. Ecusson petit, arrondi. Elytres un petit peu plus larges que le prothorax, trois fois aussi longues que lui, marquées de stries assez profondes et crénelées, dont les intervalles sont ridées transversalement et granuleux ; bords de la suture très finement pointillés ; extrémité des élytres régulièrement convexe et ne présentant rien de particulier. Dessous de l'abdomen fortement ponctué, avec les divisions des segments très marquées; pattes d’un roux ferrugineux; base des cuisses ordinairement brune.
Voici le résumé de l’article de Ratzeburg sur le H. palliatus : il habite les Pinus picea, abies, sylvestris et larix, et passe même l'hiver sous l'écorce des hèêtres. Il parait pourtant n'être nuisible qu’aux P. abies et picea, et très peu au P. sylvestris. Il est précoce et parait en même temps que le H. piniperda. Il préfère les bois à l'ombre et les écorces humides. |
Je crois à la rigoureuse exactitude de tous ces détails, quoique je n’aie pu vérifier, faute d'occasions, si le H. palliatus se trouve en hiver sous l’écorce des hêtres, et s’il préfère les sapins aux pins et aux mélèzes. Ce qui rend à mes yeux cette préférence présumable, c’est que, dans ce pays où nous n'avons que des pins, je trouve très rarement des couvées de cet insecte. Lorsque j'ai occasion d’en ob-
du Pin maritime. 307
server, c’est presque toujours, selon la remarque de Ratzeburg, dans les bois ombragés, et j'ai constaté aussi que le H. palliatus aime à s’abriter sous les troncs abattus et à les perforer en dessous plutôt qu’en dessus.
Il se montre dès les premiers beaux jours de l'hiver comme le A. piniperda, mais il ne me semble pas indifférent comme lui à la grosseur des arbres, car je ne l’ai jamais vu que sur des sujets de vingt ans au moins. Ses galeries de ponte sont longitudinales, aussi larges, ou bien peu s’en faut, que celles du H. piniperda, un peu sinueuses et creusées à la surface inférieure du liber, sans entamer l’aubier. Il en est de même des galeries transversales, obliques ou même longitudinales et toujours sinueuses des larves ; de sorte que l'écorce, détachée par les travaux de tous ces mineurs, se soulève facilement et par assez grandes plaques. La métamorphose en nymphe a lieu, pour un certain nombre de larves, sous l’écorce, et pour la plupart dans l'épaisseur de celle-ci.
La ponte se fait d’assez bonne heure pour qu’on trouve des couvées en voie de transformation et même quelques insectes récemment éclos à la fin de mai. En général, tout est terminé à la fin de juin ou au commencement de juillet. À partir de cette époque, le Æ. palliatus ne se montre plus, ce qui me fait croire qu'il prend de très bonne heure ses quartiers d'hiver. Comme je n’en ai jamais trouvé un seul sous l’écorce du pin, à l'automne et dans la froide saison, et que je n’ai jamais vu de seconde ponte, j'en conclus qu’il n’a qu’une seule génération.
308 E. PERRIS. — Insectes
-HYLASTES ANGUSTATUS Herbst.
HYLASTES ATTENUATUS Erichs. et HYLASTES VARIOLOSUS mihi.
J'ai trouvé deux ou trois fois ces trois xylophages occupés, au moi de mai, à creuser des galeries sinueuses sous l'écorce de vieux pins abattus ainsi que des souches, mais je n’ai jamais eu occasion d'observer leurs larves et de constater la durée de leurs évolutions. Je crois pourtant que les insectes parfaits naissent en juillet et août, et ce qui me porte à le penser, c'est que, durant ces mois, j'en ai pris assez souvent volant au déclin du jour, surtout quand le temps est chaud, lourd et orageux, autour des tas de bûches de pin.
INSECTES PARFAITS
HYLASTES ANGUSTATUS Herbst.
Longueur 3 mill. Allongé, étroit, subcylindrique, pubescent, noir opaque ou noirâtre, parfois avec une tache ferrugineuse à l'épaule ou même les élytres nuancées de cette couleur. Tête très finement rugueuse avec une impression transversale obsolète au bas du front, sans carène; antennes d’un roux ferrugineux à massue brunâtre. Prothorax sensiblement plus long que large, un peu plus étroit antérieurement qu’à la base; presque imperceptiblement étranglé au-dessous du sommet ; densément couvert de points en partie confluents, avec une carène lisse du sommet, ou peu s’en faut, à la base. Elytres à peine plus larges que le prothorax, près de trois fois aussi longues que lui; marquées dans toute leur longueur de stries profondes, largement
du Pin maritime. 309
crénelées ; intervalles ridés et granuleux; dessous du corps très densément ponctué ; divisions des segments bien marqués. Pattes brunes ; genoux, extrémité des tibias et tarses ferrugineux. Mâle et femelle.
HYLASTES ATTENUATUS Erichs.
Longueur un peu plus de 2 millim. Semblable au précédent pour la forme et la couleur; il n’en diffère, à part la taille, que par les caractères suivants : ponctuation du prothorax sensiblement plus forte et moins serrée; stries des élytres un peu moins profondément crénelées ; intervalles plus étroits et simplement tuberculeux.
HYLASTES VARIOLOSUS Perris.
(Seconde excursion dans les grandes landes. — Société Linnéenne de Lyon, 1852.)
Longueur 3 à 3 1/2 millim. Forme du précédent, mais un peu déprimé en dessus. Tête noire, finement ponctuée, avec une petite carène longitudinale qui s'arrête au front. Antennes rougeûtres. Prothorax noir, avec le bord antérieur roussâtre ; aussi large, ou peu s’en faut, antérieurement qu’à la base ; plus large au milieu ; ayant une dépression presque imperceptible au-dessous du sommet, et dans toute sa longueur une ligne médiane lisse très étroite; sur tout le reste de sa surface couvert de gros points, quelques-uns ronds, la plupart oblongs et un grand nombre confluents, surtout au milieu. Elytres d’un noirâtre teint de ferrugineux uniforme; à côtés parallèles ; assez fortement ponctuées striées ; stries suturales plus profondes que les autres : intervalles des stries paraissant couverts de rides transver-
310 E. PERRIS. — Însectes
sales lorsqu'on les regarde de côté, et, vus en long, plans avec une série de très petits tubercules sur lesquels sont implantés de petits poils roussâtres. A l'extrémité des élytres les intervalles sont convexes et les poils plus rapprochés forment une pubescence roussâtre. Pattes de la couleur des élytres.
J'ai déjà eu l’occasion de critiquer l’étrange assemblage d'insectes que l’on appelait naguère encore la famille des Xylophages. Dans ces derniers temps, de profondes modifications ont été opérées dans le sein de cette famille, et ses divers groupes ont été dispersés de manière à n'avoir plus aucune chance de se rencontrer. Il n’est plus resté, en définitive, que les genres Platypus, Tomicus, Cryphalus, Hypoborus, Crypturqus, Hypothenemus, Xyloterus, Scolytus, Polygraphus, Phlæotribus, Hylesinus, Dendroctonus, Hylurgus et Hylastes.
Le nom de Xylophages, donné à cette famille ainsi constituée, lui convient sans doute, car tous les insectes qui la composent sont exclusivement mangeurs de substance ligneuse; mais il ne paraît pas convenable de maintenir cette dénomination, que je conserverai pourtant provisoirement dans ces généralités, parce qu’elle n’embrasse pas, bien s’en faut, tous les insectes qui, à l’état parfait ou à celui de larve, se nourrissent de bois, et parmi lesquels on compte des Hyménoptères, Diptères et Lépidoptères.
Renonçant à une qualification qui n’exprime pas, comme cela devrait être, un caractère exclusif, M. Blanchard {Histoire des Insectes) a adopté la famille des Scolytiens, et M. Redtenbacher /Fauna austriaca) celle des Bostrichi et des Hylesini. En dernier lieu enfin, à l'exemple d'Erichson, dont on ne saurait contester ni l’étonnante sagacité ni l'esprit philosophique, on a tout réuni à la grande famille des Curculionites. Je reviendrai bientôt sur cette question.
du Pin maritime. 31i{
En parlant de l'étendue géographique de la famille des Xylophages, ainsi qu’il l'appelle, Ratzeburg dit qu’elle est restreinte par cette circonstance que ces insectes ne se trouvent jamais sur les plantes herbacées; « car je doute encore, dit-il, que l’'Hylesinus trifolii vive réellement dans les racines du trèfle.» Les incertitudes de Ratzeburg sembleraient levées aujourd’hui, car M. Schmitt aurait constaté en 1844 que l'Hylesinus que je viens de nommer a bien les habitudes que lui avait prêtées Muller, et M. Bach a fait connaître en 1849, c’est-à-dire un an après que j'avais fait moi-même ici cette découverte, que les larves du Tomicus Kaltenbachii se développent dans les tiges du Teucrium scorodonia et de l'Origanum vulgare. J'ajoute que celles du T. euphorbiæ vivent, ainsi que je l’ai observé cent fois, dans les tiges de l'Euphorbia amygdaloides (1). II n’en est pas moins vraique les
(1) Je ne puis m'empêcher de partager le doute de Ratzeburg en ce qui concerne le H. trifolii, car je ne l'ai jamais rencontré dans les racines du trèfle, tandis que je trouve ses pontes sous l'écorce du genet à balais. Je n’admettrai pas, sans preuve certaine, qu'un Hylesinus soit herbivore, et moins encore qu’il puisse avoir indifréremment pour berceau un végétal ligneux ou une plante herbacée.
Quant au T. Kaltenbachii, il présente dansses mœurs une particularité très intéressante; je ne résiste pas au désir de la signaler. La femelle fait sa ponte dans le mois de juin, à l'époque où la tige du Teucrium scorodonia (je ne l'ai pas encore observé dans l’Origanum) est assez élevée. Elle ne pénètre pas dans la tige pour y pondre; elle y creuse extérieurement de petites cavités dans lesquelles elle introduit ses œufs. Cette tige, qui est un peu fistuleuse, n’offrant pas des ressources alimentaires suffisantes , il importe que, dans la partie où naîtront les larves, la tige s’hypertrophie de manière à fournir plus de substance. Pour obtenir ce résultat, un jardinier, un fleuriste pinceraient l'extrémité de la tige; c’est aussi ce que fait l’intelligent insecte. Un peu au-dessus de l’espace où elle a groupé ses œufs, elle ronge la tige aux trois quarts, de manière à faire périr la partie supé-
312 E. PERRIS. — Jnsecics
végétaux ligneux ont, pour ainsi dire, le privilège exclusif de servir à la propagation des Xylophages et l'on sait combien ce privilége leur est fatal.
Ici reviendrait assez naturellement la querelle des partisans de l’état de santé et de l'état de maladie, querelle à laquelle je me suis mêlé dans mon Introduction, et où j'ai pris couleur contre Ratzeburg. Quatre ans se sont écoulés depuis que j'ai exprimé mon opinion, et durant eette période, je n’ai cessé de me livrer à des recherches et à de sérieuses observations, plus encore pour constater le mérite des idées de Ratzeburg que pour justifier les miennes. J’ai apporté dans ces investigations une entière bonne foi, une abnégation absolue, et même une sorte de désir d’avoir à contredire mes premières impressions; je suis arrivé, au contraire, à les confirmer, car je n’ai pas rencontré un seul fait qui leur fût contraire, tandis que j'ai eu de très nombreuses occasions d’en reconnaître la justesse. Je persiste donc à croire que les Xylophages respectent les arbres bien portants et qu'il n’attaquent et ne font périr que ceux dont une maladie, un accident quelconque à affaibli l'énergie vitale (1).
rieure ; elle pratique l'opération si connue du pincement, et si fréquemment, si utilement employée sur les arbres fruitiers. La sève continuant à affluer et ne pouvant servir au prolongement de la tige, réagit sur celle-ci, et détermine, dans la partie où sont les œufs, et par suite de l'irritation qui résulte de leur présence, une sorte de galle plus ou moins allongée, dont l’épais tissu fournira aux larves une abondante nourriture. Quant au T. euphorbiæ, Gui s'adresse à une plante dont les tiges sont plus grosses et plus succulentes, il n’a pas recours au même procédé, et il ne provoque aucune expansion des tissus.
(1) I} va sans dire que cette opinion n’a aucun rapport à l'invasion,
du Pin maritime. 313
Quoique les Bostriches, les Hylesines et autres soient ici tellement communs qu’un arbre malade ou abattu est à l'instant criblé de trous et sillonné de galeries, je n’ai jamais vu dans nos forêts et jamais personne n’a vu, à ma connaissance, un de ces essaims de Bostriches, épais comme des nuages, répandant, aux lieux où ils s’abattent, la dévastation et la mort. Je n’ai pas nié que, dans ces cas rares, des arbres sains ne puissent avoir à souffrir de la présence simultanée, sur un même point, d’un si grand nombre d'insectes pressés de vivre et de se propager ; mais ce sont là des exceptions, et ce n’est pas sur des exceptions que se fondent les principes. Ratzeburg me parait s'être laissé inspirer dans ses raisonnements par ces faits insolites et anormaux plutôt que par les circonstances ordinaires; et je me persuade que s'il eût apporté dans ses études un esprit dégagé de toute idée préconçue, il serait arrivé à des conséquences tout autres que celles qu'il a soutenues avec une vivacité peut être excessive.
Il n’est pas moins vrai que ies Xylophages dont je viens de parler sont, la plupart du moins, des insectes très nuisibles, puisqu'ils occasionnent inévitablement la mort d'arbres malades qui, sans eux, auraient pu guérir. Le danger qu'ils présentent dans notre contrée n’est pas de nature à nous effrayer, car, en définitive, fort peu d'arbres meurent quoique, au lieu de prendre des précautions pour prévenir la multiplication des Bostriches, on la favorise au contraire
par le H. piniperda, des jeunes pousses du pin, où il cherche sa nourriture et non des moyens de reproduction. Elle ne se rapporte pas non plus aux T. Kaltenbachii et euphorbiæ. Les plantes où ils pondent leurs œufs sont, il est vrai, pleines de vigueur; mais aussi la présence des larves ne les fait pas périr.
314 E. PERRIS. — Insectes
en laissant sur place toutes les souches et beaucoup d'arbres abattus. Cela tient à ce que le pin maritime étant ici dans sa patrie, et vivant dès lors dans les conditions qui lui sont le plus favorables, est exposé à peu de maladies et peut braver ses ennemis; mais dans les pays où la culture des arbres résineux a été importée et où la nature seule n’en fait pour ainsi dire pas tous les frais, on doit toujours craindre que, par une circonstance quelconque, une maladie générale ou partielle ne s’appesantisse sur ces arbres et ne prépare les voies aux Xylophages.
En présence de ces menaces continuelles qui, malheureusement, se sont quelquefois réalisées, on conçoit que les forestiers se préoccupent des moyens de détruire ces insectes malfaisants, cause de leurs éternelles et bien légitimes inquiétudes. Les procédés auxquels on a recours consistent principalement à enlever tout le bois mort; à faire disparaître les arbres malades et abattus, ou du moins à les écorcer, ou à les carboniser ; enfin à laisser dans la forêt des arbres piéges que l’on détruit ou que l’on écorce après qu'ils ont reçu les pontes.
J'ai déjà fait connaître dans l’Introduction, et d’une manière générale, mon sentiment sur les résultats probables des moyens employés, et j'ai déploré l'insuffisance de la science et l’impuissance de l’homme pour lutter contre la nature.
Quand je songe que pas un des animaux grands et petits auxquels l’homme a déclaré une guerre à outrance n’a disparu de la surface de la terre; que même le nombre des individus semble à peine diminué; quand je songe (qu’on me pardonne la trivialité de ces détails) qu'il y a toujours des baleines, des lions, des loups, des
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lièvres, des perdrix et tant d’autres quadrupèdes et oiseaux, objets de chasses acharnées et continuelles, et dont les moyens de reproduction sont si limités; quand je vois combien, malgré des soins de presque tous les jours, on a de la peine à préserver les collections des acarus, anthrènes, dermestes, vrillettes, teignes, etc, qui les dévastent ; quand je me rappelle que, depuis dix ans, dans mon cabinet, qu’un peu d’encombrement empêche, il est vrai de tenir comme un boudoir, je n’ai pu encore détruire radicalement les araignées qui filent au plafond et les vrillettes qui rongent le plancher, quoique j'y apporte le zèle le plus actif et le plus persévérant, et que j'aie acquis dans cette chasse une certaine habileté; quand je vois enfin pulluler daps nos cultures, malgré tout ce qu’on fait pour les défendre, tant d’animaux : limaces, chenilles, courtillières, etc., qui les ravagent, je sens se fortifier en moi de plus en plus la pensée, pénible et décourageante, sans doute, mais malheureusement trop vraie à mon avis, que l’homme est à peu près sans pouvoir contre les ennemis sans nombre qui l’entourent; que ce pouvoir, insignifiant déjà contre les espèces dont les moyens de reproduction sont très bornés et qui n'ont qu'une génération. est pour ainsi dire nul vis à vis de ces insectes qui, comme les Bostriches, ont une grande fécondité et des générations multiples.
Malgré cette opinion, qui est chez moi le résultat de. longues observations et de méditations sérieuses, je suis loin de blâmer les personnes qui s’occupent de l’étude des moyens les plus propres à détruire les animaux nuisibles ; j'apprécie au contraire infiniment cette étude, et je crois que, si l’on découvre jamais un procédé infaillible pour se débarrasser d’un de ces animaux, on le devra avant tout à
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la science qui aura mis au jour le secret de ses mœurs, de ses ruses, de sa reproduction. Je ne considère pas non plus comme perdu le temps que l’on emploie à guerroyer ou à escarmoucher contre l'ennemi, lorsque surtout {ce qui est malheureusement fort rare) tous les intéressés d’une même contrée combinent leurs efforts; mais quoi qu’on fasse, je ne puis m'empêcher de craindre que les effets ne demeurent bien au-dessous des actes, et qu'on ne finisse par s’apercevoir que les frais de la guerre excèdent ses profits, etqu'il vaut encore mieux laisser faire la nature que s’insurger contre elle.
La nature, en effet, qui a une sollicitude constante et des ressources infinies pour la conservation des espèces, use parfois de sa toute-puissance ou pour les empêcher de devenir prépondérantes, ou pour les ramener dans de justes limites et maintenir ainsi les lois d'équilibre qu’elle a établies. J'ai déjà cité, pour ce dernier cas, un exemple très remarquable qui m’a été fourni par la chenille du Bombyx pityocampa, et j'en pourrais signaler bien d’autres; je trouverais une application du premier cas dans ce fait que les Bostriches et les Hylurgues ne m'ont jamais paru, depuis que je les observe, ni plus ni moins nuisibles aux pins de cette contrée, quoiqu’on ne prenne aucune précaution pour en diminuer le nombre, et que l'on favorise au contraire, par tous les moyens, leur reproduction. Les parasites et surtout les phénomènes atmosphériques, tels sont les procédés souverains que la nature emploie pour l’accomplissement de ses desseins.
Après ce que je viens de dire, il est facile de pressentir mon opinion sur le système imaginé par M. Robert pour préserver les ormes des ravages des Scolytes, et sans doute
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aussi, par voie de conséquence, les chênes, les pins et autres arbres, des insectes qui les attaquent. Au moment même où les idées et les expériences de M. Robert provoquaient le plus d’engouement, j'osai prédire que son système irrationnel ne conduirait qu’à une déception, et les faits, si je ne me trompe, m'ont donné raison.
S'il est vrai, comme j'en ai la conviction, et que je crois l'avoir prouvé, que les Scolytes n’envahissent que les arbres malades, que peut-on espérer en enlevant, sur les arbres atteints, des lanières longitudinales d’écorce? Je suis prêt à reconnaître que, sur les parties qu’on laisse intactes et dont on active même les fonctions par un grattage qui les rend plus sensibles à l’action de l'air, de la la lumière et du soleil, la sève descendante affluera en plus grande quantité, puisque les surfaces de circulation sont de beaucoup réduites; mais rien n'empêchera les branches grosses, moyennes et petites, sur lesquelles n’aura pu porter l'opération, d’être altaquées par les Scolytes, ce qui rendra de plus en plus précaire la vie de l'arbre; et lorsque, par suite de cet affaiblissement ainsi que de la dilatation des bourrelets, Ja circulation de la sève aura perdu de son activité, les bandes d’écorce conservées et leurs bourrelets seront envahis à leur tour.
M. Robert comptait beaucoup sur les bourrelets euxmêmes, et se persuadait que les larves ne pourraient pas vivre et creuser leurs galeries dans ce tissu particulier qui se produit pour la cicatrisation des plaies. C’est là une erreur manifeste, et je suis peut-être mieux à même que qui que ce soit de le démontrer, car je vis dans un pays où les pins sont entaillés, pour l'extraction de la résine, presque exactement de la même manière que les ormesde M. Robert.
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Il n’y a de différence qu’en ce que chez nous les entailles entament un peu l’aubier. Entre deux entailles voisines, il yaunintervalle pourvu d'écorce et qui s’élargit chaque année de manière à comporter plus tard une entaille nouvelle ; or, si l’arbre vient à tomber malade, c’est principalement sur ces intervalles et leurs bourrelets que les Bostriches et les Longicornes viennent faire leurs pontes avec le plus grand succès. Je ferai remarquer en outre que c’est surtout à l’aisselle des rameaux, c’est-à-dire aux endroits où les fibres du liber et de l’écorce se contournent et se resserrent, presque comme dans les bourrelets, que les Bostriches et autres insectes de la même famille aiment à pondre leurs œufs.
Le procédé de M. Robert n'étant pas de nature à rendre 1a santé aux arbres malades, ne saurait donc en expulser les Xylophages qui y auraient élu domicile.
S'il est vrai, au contraire, ce que je ne crois pas, que les Scolytes attaquent les ormes bien portants, quelle peut être, je le demande, l'efficacité de ce procédé? Elle est nulle évidemment, car si l’état de santé n’y fait rien, l'arbre sera attaqué avec quelques lanières d'écorce de moins comme si son enveloppe corticale était intacte.
Selon moi, ce qu’il y a de mieux à faire pour préserver les arbres des attaques des Xylophages, c’est de les planter dans les meilleurs conditions et de les maintenir en état de vigueur par des travaux, des fumures et, au besoin, une taille rationnelle. Hors de là, on est exposé à les voir dépérir tôt ou tard, et alors, quoiqu’on fasse, ils deviendront presque toujours, je dirais toujours avec le système de M. Robert, la proie de leurs ennemis.
Revenons maintenant à nos insectes et jetons un coup
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d'œil rapide sur les faits plus ou moins intéressants qu’ils * fournissent à nos observations. |
Remarquons d'abord leur structure. Leurs maodibules sont fortes, courtes, dentelées ; leur tête est solidement attachée au prothorax; leurs antennes sont courtes et peuvent se replier sous la tête ; leur prothorax est souvent pourvu d’aspérités qui en font une véritable rape ; l’extrémité des élytres a plus souvent encore des aspérités ou des dents, ou bien, comme chez certains Scolytes, le métasternum est armé d’une pointe ; les pattes sont courtes, aplaties, souvent dentées, ou façonnées en râteau ; le corps est cylindrique ou à peu près. On voit qu’il eût été bien difficile d'organiser d’une manière plus harmonique des insectes destinés à perforer les écorces et le bois, et à creuser des galeries pour en rejeter au dehors les déblais.
Quant aux larves, elles dérivent toutes, comme on a pu le voir, d’un type unique. A part les différences de taille, et sauf celle du Platypus, on les dirait façonnées sur le même patron, et c'est à peine si on peut les distinguer par la forme de leurs mandibules. Elles sont courbées en arc; leurs palpes maxillaires sont, comme les palpes labiaux, formés de deux articles, ce qui est une exception dans les larves des Coléoptères ; elles n’ont pas d’yeux, et leurs antennes, que quelques auteurs ont cru manquer totalement, sont très courtes, de deux articles au plus, peut-être, et logées dans une cavité. Les pattes manquent entièrement et sont remplacées par des mamelons sternaux et des bourrelets latéraux , et surtout par les très petites aspérités dont tout le corps est couvert et qui doivent favoriser singulièrement les mouvements de progression dans l’intérieur des galeries.
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La rapidité de leur développement est aussi bien digne de . remarque, et je ne connais guère que des larves de Diptères et des chenilles qui puissent comme elles accomplir toutes leurs phases en six semaines. Au surplus, cette particularité s’observe assez généralement dans les larves qui vivent du liber, de sorte qu’il est permis de penser que cette substance offre d'abondants matériaux d'assimilation, qui hâtent d’autant plus la croissance des larves que celles-ci ne rencontrant aucun obstacle sérieux pour le creusement de leurs galeries, peuvent toujours manger à leur faim. Cette hypothèse, à laquelle conduisent des faits nombreux, me semble justifiée, en outre, par cette considération, que les larves qui vivent dans l’intérieur du bois, c’est-à-dire dans une substance moins assimilable et dans un milieu plus résistant, ont une croissance plus lente.
Observons aussi que, parmi les insectes qui forment le groupe dont il s’agit ici, les uns, tels que les Scolytes, n’attaquent jamais les arbres résineux, tandis que la plupart des autres sont parasites de cette nature de végétaux. Parmi ces derniers, les uns attaquent exclusivement les sapins, les autres exclusivement les pins, tandis que d’autres sont indifférents sur le genre de leur victime. Mais je ne connais pas, par moi-même, une seule espèce qui s’accomode à la fois des arbres résineux et des arbres d’autres familles. Cependant, s'il faut en croire Ratzeburg, le T. saxesenti ferait exception, ce que je n’ai jamais pu constater, quoique cet insecte se trouve dans notre contrée, sur l’aulne et le chêne. Je n’en connais pas non plus qui attaquent indifféremment des plantes et des arbres; mais il y en a qui se trouvent en même temus sur des arbrisseaux et des arbres : témoins le Cryphalus tiliæ qui vit sur le tilleul ct sur l'Hi-
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biscus syriacus, et le Hylesinus oleiperda qui se rencontre sur le lilas , le frêne et l'olivier (1). Une seule espèce a été signalée jusqu'ici comme frugivore : c’est le Tomicus dactyliperda dont la larve se nourrit des fruits du dattier et du palmier nain. |
On a pu voir aussi que, parmi les Bostriches, certains pénètrent dans le bois ; que d’autres ne s'adressent qu'aux vieilles écorces, tandis que d’autres recherchent uniquement les écorces minces et d’autres celles des plus jeunes pousses; de sorte qu’un même arbre peut offrir des cantonnements spéciaux pour quatre espèces de Bostriches. Ce fait s’observe aussi, jusqu’à un certain point, pour les Scolytes. Il est à remarquer enfin que ceux qui creusent leurs galeries sous des écorces d’une faible épaisseur, entament généralement l’aubier, et que leurslarves agissent de même, afin sans doute de ne pas compromettre le fragile abri que leur offre l’écorce.
On n'est pas encore, je crois, parfaitement fixé sur le mode d’accouplement des Xyiophages. Quoique plusieurs espèces soient ici très nombreuses, je ne suis pas parvenu à résoudre positivement la question. D’après Ratzeburg, le Hylurgus piniperda et le Hylastes ater s’accouplent sur le tronc des arbres, et le T. typographus dans la chambre nuptiale. Selon d’autres, les Scolytes s’accouplent lorsque la femelle a déjà pénétré dans l'écorce. Elle remonte à reculons, vient présenter à l’orifice du trou d’entrée la partie postérieure de son corps à l’organe du mâle qui erre sur l'écorce, cherchant une occasion de remplir la mission pour laquelle il est né. Le seul fait positif dont je puisse me pré-
(1) Ce fait prouve l'instinct botanique de cet insecte, car le lilas, le frêne et l'olivier sont des végétaux de la même famille.
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valoir est celui de deux Hylurgus ligniperda que j'ai trouvés accouplés dans leur galerie de manière à démontrer que le mâle et la femelle, pour s'unir, s’approchent l’un de l’autre à reculons. Je me sens porté à penser que cette manière de procéder est la plus ordinaire, abstraction faite de celle des Scolytes.
‘ J'ai rencontré des Scolytes et des Hylésines volant à toutes les heures du jour; mais les Bostriches et les Hylurgues ne se montrent guère qu’au déclin de la journée , et c’est principalement le soir, peut-être même la nuit, qu'ils se livrent à leurs ébats. Ce qui me le fait croire, c’est que j'ai souvent trouvé le matin, criblés de trous d'entrée, des arbres qui la veille n’offraient pas la moindre trace d’invasion.
Une des particularités les plus remarquables qu’offrent les mœurs des Xylophages, c’est la régularité et surtout l’uniformité, pour chaque espèce, des galeries de ponte et de celles des larves qui sont ordinairement perpendiculaires aux premières. Elles forment souvent des dessins, des arborisations d’une grande élégance, et chaque espèce est tellement fidèle à son plan, qu’on peut presque toujours déterminer l’espèce par l'inspection seule des galeries, sauf à tenir compte des dimensions relatives pour celles d'espèces différentes qui ont la même direction. C’est par ce seul moyen que j'ai distingué à priori le H. minor du H. piniperda et le T. suturalis du T. laricis. Je me décide donc, dans un but scientifique plutôt que pour un intérêt de curiosité, à donner le tableau, aussi complet que je puis le faire, des diverses sortes de galeries, avec la nomenclature des espèces correspondantes.
du Pin maritime. 32»
A. Galeries subcorticales.
io Galeries de ponte longitudinales; galeries des larves transversales, mais pouvant devenir longitudinales si le diamètre de l’arbre ne se prête pas à leur prolongement transversal.
Tomicus typographus L. (sapin).
T. sienographus Dufts. (pin). Galeries de ponte souvent ramifiées à partir de la cellule nuptiale, ou sub-
étoilées.
T. laricis Fab. (pin). Idem.
T. acuminatus Gyll. (pin). Idem.
T. cimbræ Heer (pin).
T. bispinus Meg. (clématite). Galeries de ponte souvent en spirale.
T. ramulorum mihi (pin). Iden.
T. villosus Fab. (chêne).
Crypturgus pusillus Gyll. (pin).
Scolytus destructor Oliv. (bouleau).
S. muliistriatus Marsh. (orme).
S. ulmi Redt. (orme).
S. pygmœus Fab. (orme).
S. rugulosus Knoch. (arbres fruitiers).
S. pruni Ralz. (pommier, prunier).
Hylurgus ligniperda Fab. (pin).
H. piniperda L. (pin).
Hylastes palliatus Gyll. (pin).
Hylesinus thuyæ mihi (thuya).
H. Aubei mihi (thuya).
H. retamæ mihi ({Retama sphærocarpa).
324 E. PERRIS. — Jnsectes
20 Galeries de ponte transversales, ordinairement en accolade ; galeries des larves longitudinales.
Tomicus suturalis Ratz. (pin, sapin).
T. curvidens Germ. (sapin). Galeries obliques et non horizontales.
T. bicolor Herbst. (chêne).
Cryphalus tiliæ Fab. (tilleul, Hibiscus syriacus).
Hypoborus ficus Er. (figuier).
Scolytus intricatus Koch. (chêne).
Polygraphus pubescens Fab.
Hylesinus oleiperda Fab. (olivier, frêne, lilas).
H. crenatus Fab. (frêne).
H. varius Fab. (frêne).
H. spartii Nord. (genêt, ajone).
H. vitiatus Fab. (orme).
Dendroctonus hederæ Schmidt (lierre).
3° Galeries de ponte rayonnantes ou étoilées ; galeries des larves perpendiculaires aux rayons.
Tomicus bidens Fab. (pin).
T. Saxesenii Ratz. (aulne, chêne).
T. chalcographus L. (sapin).
4 Galeries de ponte irrégulières ; galeries des larves enchevêtrées.
Cryphalus piceæ Ratz. (sapin).