‹ Histoire des insectes, traitant de leurs moeurs et de leurs métamorphoses en général et comprenant une nouvelle classification fondée sur leurs rapports naturelsChapitre 26 sur 58 · LES CHALCIDIENS · texte numérisé non relu

LES CHALCIDIENS

Nous arrivons à des Hyménoptères qui, ainsi que ceux des deux tribus suivantes, nous offrent des habitudes du plus grand intérêt.

Jusqu'ici nous avons vu généralement les Hyménoptères élever leur progéniture au jour le jour, où bien nous les avons vus amasser auprès de leurs œufs des provisions qui devaient suffire à l'existence entière des larves, D’autres fois nous les avons vus déposer leurs œufs dans les nids d’autres espèces qui avaient sur les premières l’avantage de savoir construire; leurs larves vivant ainsi du bien d'autrui, se nourrissant de la provision amassée pour d'autres.

Les Chalcidiens comme les Proctotrupiens, comme les Jchneumoniens, ont un genre de vie complétement différent. Les larves de ces insectes sont zoophages, mais non pas zoophages à la manière des Crabroniens ou des Sphégiens ; elles vivent dans le corps même d’une chenille ou d'une nymphe quelconque, qui continue néanmoins à exister assez longtemps pour que la larve de l'Hyménoptère prenne tout son accroissement. Elle existe ainsi, renfermant en elle-même des germes de mort,

Mais comment cette larve de la Chalcide ou de l'Ichneumon se trouve-t-elle placée dans lè corps d’une chenille ou de toût autre insecte? Telle est, en effet, la question que doitse faire naturellement celui qui n’est pas initié aux mystères de la réproduction des Insectes.

Or c'estee que l'on va voir bientôt, La plupart des femel-

les cheztous les Hyménoptères que nous avons déjà passés eu revue étaient pourvues d’un aiguillon, comme arme offensive et défensive. Au contraire, les femelles de ceux qui nous occupent maintenant sont privées de cette arme, mais chez elles le même organe est converti en une tarière plus ou moins longue et acèrée, composée de trois filets réunis. Get organe sert ici au dépôt des œufs ; avec son extrémité la femelle fait une piqüre à la peau d’une chenille, d’une nymphe, d’un œuf même, et y dépose au même instant son œuf.

Au bout de peu de jours il en sort une larve ordinairement blanchâtre, toujours privée de pattes et pouvant à peine se mouvoir. Cette larve se trouve donc dans le corps de l’insecte où l'œuf a été déposé, jusqu'à ce qu'elle ait pris tout son développement.

Comment l'insecte peut-il vivre en étant rongé chaque jour ? Le voici : la larve de l'Hyménoptère n’attaque d'abord aucun des organes nécessaires à l'existence de l'in secte qu’elle dévore. Elle ne mange que le tissu graisseux qui entoure le canal intestinal. C’est seulement à l’époque de sa métamorphose en nymphe, quand elle sent qu'elle n'aura plus besoin longtemps de sa pâtureordinaire , qu’elle immole ordinairement sa victime. Elle s’en prend à tous ses organes, ne laisse souvent que la peau dans laquelle elle subitsa transformation. Certaines larves déChalcidiens et d'Ichneumoniens sortent à cemoment du corps de leur victime etse filent auprès d’elle un petit cocon soyeux. Iln’est pas rare de les voir fixer au-dessus d’elles la dépouille de l'être qui a été leur pâture et de s’en servir ensuite comme d’un abri protecteur. Quelquefois on ne trouve qu’une seule larve dans le corps d’un insecte ainsi attaqué. Mais dans des cas nombreux on trouve une assez grande

quantité d'individus, Ceci est fréquent surtout chez les Chalcidiens et les Proctotrupiens plutôt que parmi les Ichneumoniens. Leur petite taille rend raison de ce fait.

Les chenilles et toutes les diverses larves qui recèlent ainsi dans leurs corps les jeunes de nos Hyménoptères, sont le plus souvent faciles à reconnaître , surtout quand leur peau est lisse et d'une nuance claire; on découvre alors sur elles, un ou plusieurs petits points noirs qui indiquent la place où a pénétré latarière de l'Hyménoptère.

On concevra sans peine que tous ces insectes éminemment zoophages rendent d'importants services à l'agriculture. [ls nous détruisent chaque année une quantité considérable d'espèces phytophages, telles que des chenilles et autres larves. De là vient aussi que fréquemment des arbres ou des plantes rongés durant certaines années par ces espèces phytophages, s'en trouvent parfois pres- * que complétement débarrassés les années suivantes.

Cela tient à la présence de nos Hyménoptères. Mais il arrive trop souvent que ceux-ci périssent faute de pâture , et que les espèces phytophages reparaissent de nouveau en aussi grande quantité qu'auparavaut. C'est là ce qui explique la variation très-grande remarquée d'une année à l’autre dans le nombre des insectes nuisibles à l'agriculture.

Les Chalcidiens constituent une tribu nombreuse en espèces; presque toutes sont d'une taille fort exiguë. Aussi en connaît-on très-peu d’éxotiques; celles qui ont été déerites sont indigènes pour la plupart.

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