U REVUE GERMANIQUE
Il est probable que, si Heyne avait fait école en France, on y jugerait VHisioire des institutions de Moïse et du peuple hébreu de M. Salvador à peu près de la même manière qu*Eichhorn jugeait au siècle dernier le Droit mosaïque de Michaëiis ; en ajoutant toutefois que, si l'ouvrage français est au-dessous de l'ouvrage allemand en fait d'érudition, il lui est infiniment supérieur par la forme générale de l'exposition et par la clarté et l'élégance du style. Comme le professeur de Gœttingue, M. Salvador a retrouvé en efTet dans la législation de Moïse tous les principes du libéralisme actuel , même le gouvernement constitutionnel tel qu'il fonctionne en Angleterre. S'il fallait l'en croire, • les inspirations de la Bibl^, livre familier à la grande majorité des Anglais, auraient présidé à leur révolution et produit plus d'un point de contact entre l'antique peuple d'Israël et le premier peuple des temps modernes qui ait compris toute la puissance de la \o'ï\ > Évidemment, M. Salvador a vu le mosaïsme à travers le prisme de ses propres opinions libérales.
Cette erreur d'optique, comme la science critique, s'il y avait une science critique chez nous, ne manquerait pas de qualifier le point de vue général de cet ouvrage, est-elle de nature à lui faire manquer le but que son auteur s'est proposé d'atteindre? Je ne le pense pas. Chaque écrivain doit avoir égard a l'esprit général de son temps, à l'influence duquel il ne peut lui-même échapper; et en 1822, date de la première édition de VHistoire des institutions de MotsCy personne ne sentait en France le besoin d'une élude critique du mosaïsme, un ouvrage de ce genre n'aurait pas eu dix lecteurs, et il en serait certainement encore aujourd'hui de même, c A chaque chose sa saison, à toute pensée sous 1 os cieux son temps, > c'est le roi Salomon qui le dit. M. Salvador médita cette sage observation du plus sage des rois, avant de meltre la main à la plumet U est vrai qu'il ne s'agissait alors pour lui que de prendre un parti sur la forme qu'il convenait de donner à son ouvrage; mais ici la forme emportait nécessairement le fond, et d'ailleurs les paroles de Salomon ne sont pas moins utiles à méditer, qu'il s'agisse du fond ou de la forme d'un ouvrage.
Qu'avait à faire Thistorien des Institutions mosaïques? Avant tout, à dissiper les préjuges répandus parmi nous sur ce sujet. Il fallait prouver aux uns que ce n'est qu'en tordant les textes que la théocratie catholique a pu faire des livres de l'Ancien Testament un arsenal où elle va s'armer de ses meilleurs arguments en faveur de ses prétentions à la domination universelle. Il fallait montrer aux autres que cette législation dont une foule de détails avaient si souvent excité la verve railleuse du xvni*^ siècle, n'est inférieure en rien, il s'en faut de beaucoup, à aucune des plus remarquables constitutions de l'antiquité.
Telle était la position qui était faite par l'esprit du temps et de notre pays à l'historien des Institutions de Moïse, au moment qu'il écrivit cet ouvrage, et comme je l'ai déjà dit, les choses n'ont guère changé depuis. L'état de l'opinion générale demandait moins une histoire critique qu'une apologie du mosaïsme, et
* Hùloire des institutions de Moise, t. I, p. 169 et 170. 2 Uistoire des institutions de Moïse, 1. 1, introd,, p. xxui.