‹ Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébrenChapitre 30 sur 96 · ÉDUCATION DE MOÏSE · texte numérisé non relu

ÉDUCATION DE MOÏSE

comme le prix du service que j'ai rendu à tes enfants» II est dans ma famille une loi invariable : on fait le bien sans en attendre la récompense. — Et moi, répliqua Jéthro, j'ai conservé cette coutume de mes pères, de bien accueillir les étrangers et de les nourrir *".»

Devenu pasteur de son beau-père, Moïse promena 8a science et ses méditations tantôt dans les vallées du Sinal et d'Horeb, tantôt sur les bords de cette mer Rouge dont il observait chaque jour les mouvements, et qui lui offrit dans la suite une voie si merveilleuse de salut pour tout le peuple. La solitude, la contem-* plation continuelle de la nature et l'élévation de sa pensée vers le Dieu infini dont le nom par excellence loi fut dévoilé en ces lieux mêmes, tout concourut à porter au plus haut degré son enthousiasme ; tout concourut à le jeter dans de fréquentes extases, à imprimer dans son imagination la teinte poétique qui se réfléchit 8Qr toute sa vie. Alors Moïse se proposa non-seulement de rendre la liberté à ses frères, mais de former un peuple destiné à réaliser les principales vues de T école morale déjà fondée par ses aïeux, un peuple qui fût en état de devenir Tétonnement, la lumière et comme le type des nations.

Toutefois avant de poursuivre ses desseins, que de dif&cultés ne se présentèrent pas à sa pensée, que d'ob*^ i^ctions ne s'adressa-t-il pas à lui-même 7 II redoutait on léger bégaiement qui lui venait de naissance et qui le força de s'attacher son frère aîné Aaron, doué de Torgane sonore *' dont l'homme en présence des masses retire des avantages si grands. Il redoutait d'entrer en lotte avec la puissance égyptienne et surtout de trouver leB Hébreux indifférents à ses énergiques paroles. Enfin

toutes ses incertitudes s'évanouirent, et il commença sa carrière, entraîné, comme- malgré lui, par la flamme intérieure dont le buisson ardent et incombustible d'Horeb est l'heureux symbole, et par la voix. suprême qui, appelant à elle l'homme choisi, lui impose d'immenses travaux, « As-tu entendu réciter l'histoire de Moïse? s'écrie Mahomet dans le Koran ; il a dit en voyant le buisson : Voilà le feu sacré ! Peut-être en emporteraî-je une étincelle qui servira à me conduire *\ »

A l'âge de quatre-vingts ans, correspondant à cinquante ou soixante de notre époque, l'ancien protégé de Thermutis reprit pied sur la terre des Pharaons. Depuis le jour de sa fuite un nouvel intervalle d'environ quarante ans s'était écoulé dans ses réflexions et ses préparations solitaires. Aussi le futur législateur se trouvait-il d'avance enclin à imposer aux Hébreux une préparation semblable ; c'est-à-dire à les retenir pendant de longues années au sein de ces mêmes déserts dont nous ne sommes plus séparés que par deux grands événements, l'Exode et la mer Rouge. Mais, à son retour en Egypte, combien la position de Moïse diffère de celle de tous les législateurs connus I Au milieu d'hommes réunis, déjà soumis à des lois et possesseurs d'une patrie, Lycurgue, Numa, Dracon, Selon, sont portés par le cours ordinaire des choses à leurs fonctions élevées ; Confacius dicte paisiblement de sages préceptes à ses concitoyens ; après avoir médité quinze ans dans la solitude, Mahomet enfin, ce génie brillant, présente à des peuples établis un code nouveau, mélange curieux d'anciennes sentences, qu'il approprie à leur imagination, à leurs mœurs, et dont il confirme la vérité par le succès de ses armes. Moïse arrive seul, sans force maté-

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