LA DÉLIVRANCE
hommes ; mais, désespérant de les forcer, il leur fit celte condition, qu'ils sortiraient librement de PÉgypte, Leur nombre était de deux cent quarante mille. Ils emportèrent tous leurs biens, traversèrent le désert de Syrie, et craignant les Assyriens, qui dominaient alors dans toute l'Asie, ils se retirèrent dans un pays que l'on nomme aujourd'hui Judée, où ils bâtirent une ville assez grande pour contenir cette lAultitude, et qui est Jérusalem. Remarquez, ajoute Manéthon, que j'ai trouvé dans d'autres livres que ce mot hycsos ne signifie pas rois pasteurs, mais pasteurs captifs ; car hyc, en langue égyptienne, et hac^ quand on le prononce avec aspiration» doit signifier captif; et cela parait plus conforme à Fancienne histoire^*. »
La seconde tradition, dans laquelle le nom de Moiise et son éducation première vont obtenir une mention plus formelle, avait été évidemment associée à un conte populaire que l'historien Josèphe a foudroyé en deux lignes et dont l'origine est prompte à saisir. A l'époque de Manéthon, il y avait déjà dans Alexandrie une grande rivalité de race et de puissance : d'un côté étaient les indigènes Égyptiens, les habitants grecs et, d'un autre côté, les colonies juives qu'Alexandre avait transportées de vive force afin de peupler la nouvelle ville, ou que ses successeurs y avaient attirés en leur offrant de nombreux avantages. De là tant de préjugés et de fables répandus sur le culte de la Judée par des hommes qui pour la plupart n'en comprenaient presque pas le premier mot.
Voici du reste le second événement raconté par le prêtre égyptien de Sébennyte.
c A l'exemple d'un des rois ses prédécesseurs, Aménophis ambitionna de voir les dieuœ. Un des prêtres les
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plus savants lui déclara qu'il fallait pour cela chasser tous les hommes atteints de lèpre et de maladies semblables. On en compta quatre-vingt-dix mille, parmi lesquels plusieurs prêtres, et on les envoya travailler aux carrières à Torient du NiL Ils obtinrent pour de^ meure la ville d'Avaris; bientôt ils s'y fortifièrent, levèrent Tétendard de la révolte, et reçurent des secours des pasteurs qui habitaient la Palestine. Le roi marcha contre eux à la tête de trois cent mille hommes ; mais, sur la foi d'une prédiction qui promettait aux révoltés la domination de T Egypte pendant treize ans, il n*osa pas risquer la bataille, et se réfugia en Ethiopie. Les insurgés se livrèrent à toutes sortes de violences : ils eurent pour législateur un prêtre d'Héliopolis, qui leur apprit à mépriser les simulacres des dieux et les animaux sacrés, et dont le nom d'Osarsiph fut changé en celui de Moïse *'. »
Or quelle étrange armée pour épouvanter trois cent mille hommes, qu'une armée de lépreux ! Et ce qui est bien plus étrange, dit l'historien Josèphe, c'est que le chef de ces masses lépreuses aurait commencé par faire des lois qui éloignaient du camp et de l'assemblée tout individu seulement soupçonné de cette maladie!
De tout cela cependant résulte la connaissance des mouvements dont l'Egypte fut le théâtre. Comparons ou plutôt mêlons ensemble la tradition biblique et les deux traditions du prêtre égyptien. C'est un roi nouvellement porté au trône, et la crainte de voir les pasteurs captifs à l'intérieur se joindre aux pasteurs du dehors ; ce sont de prétendus lépreux livrés aux travaux des carrières, leur révolte , le mépris qui leur est dicté par leur chef pour les dieux du pays et les animaux sacrés ;
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c'est leur résistance à trois cent mille hommes ; ce sont les conditions qu'un roi égyptien aurait accordées aux guerriers qu'il n'avait pu vaincre, celles que Moïse aurait voulu obtenir du pharaon, et le soulèvement corn-* biné des Hébreux.
Ainsi toutes ces différences forment un accord. Elles attestent l'authenticité du fait principal. L'œuvre ou l'exode s'y montre de la même manière qu'un édifice placé horsxie la portée ordinaire de nos yeux, dont la masse se Faisse distinguer très-exactement, sans pouvoir se rendre compte de tous les détails, de tous ses rapports avec les objets qui l'entourent.
Hais quelles que fussent la force et la prudence des mesures adoptées pour la retraite des Hébreux, leur chef céda à cette conviction que le succès en resterait incertain , si une stupeur profonde n'était définitivement provoquée en Egypte. Quel exemple de représailles plus terrible que cette dixième plaie l Une nuit, l'ange de la mort atteignit les premiers-nés de l'Egypte, jusqu'à l'héritier du roi : on aurait pu croire à un apaisement oiTert par la loi du talion aux mânes des enfants hébreux si longtemps et si froidement immolés I
Qui saurait, dire comment les choses se passèrent? Mais un cri affreux retentit au loin : « Sortez! sortez**! * Et les Hébreux quittèrent soudainement leurs demeures dans les premiers jours du printemps, armés, organisés, ayant sur les épaules leurs sacs avec des vêtements et desvivres et précédés par les bestiaux et les bagages \
* Otes Bt amtênta et animantia diversi generis, fimltanimis^ à\X le texte.— Faisons une observation immédiate sur laquelle j'aurai k revenir. A Tépoque de Mo)[se, il y avait déjà longtemps qu'on
Ramessès fut le lieu où ils se réunirent des différents points de la contrée, au nombre de six cent mille honmies au-dessus de vingt ans, d'après le texte actuel du Pentateuque ; au nombre de deux cent quarante mille, si on leur applique le récit de Manéthon ; au nombre de soixante mille environ, si Ton reporte le chiffre indiqué de six cent mille i^ur la masse entière du peuple et non sur les hommes de guerre; enfin au nombre de six mille seulement, de l'avis de Volney *.
Une foule d'étrangers les suivit et fut incorporée à la
écnyait en Egypte. Moïse, élevé parmi les prêtres, savait écrire. Si donc les Hébreux emportèrent des vêtements, des vases d'argent et d*or, des instruments pour dresser leurs tentes dans les déserts; s'ils firent marcher devant eux leurs troupeaux, des bêtes de somme, tout un bagage, il est indubitable que Moïse emporta aussi tout ce qui était nécessaire pour écrire, de sorte que le decalogue ou la déclaration de principes gravée sur des tables de pierre, n'exclura en rien les lois écrites sur des. rouleaux ou dans un véritable livre, comme les sanctuaires de TÉgypte en possédaient.
* Le chiffre de 600,000 hommes au-dessus de 20 ans entraîne une population d'environ deux millions d'àmes. L'étendue des vallées où cette population eut à camper, la difficulté de lui faire traverser Tespace dont il sera parlé bientôt, en quelques heures de la nuit, l'accroissement extraordinaire accordé aune famille de soixante>huit ou soixante-dix hommes dans les temps que semble indiquer le Pentateuque, sont les principaux arguments avancés pour montrer l'exagération de ce chiffre. Suivant Wallace, le nombre des descendants d'un seul couple au bout de 433 ans, période du séjour des Hébreux en Egypte, ne serait que d'environ vingt-cinq mille personnes vivantes, ce qui réduirait de beaucoup le chiffre indiqué. Mais Wallace ne compte en général qu'une femme pour chaque individu, et trois enfants et un vieillard pour chaque couple, ce qui est au-dessous de la vérité. Je ne parle pas du Père Pétau, qui marche aussi vite dans l'accroissement des populations qae dans les multiplications en chiffres. Michaêlis s'étaie, comme les rabbins, des mariages précoces, de la longévité, de la polygamie et de l'excessive fécondité des femmes en Egypte. Le lecteur jugera.
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nation*. Cette masse se divisait en douze on plutôt treize corps principaux, dont chacun faisait remonter
son origine à un des fils de Jacob et portait son nom, La première tribu était celle de Ruben, fils aîné du patriarche ; ses membres s'appelaient les Rubénites ; la seconde, celle de Siméon ou des Siméonites ; la troisième, de Lévi ; la quatrième, de Juda ou des Juifs, dont, par extension et par abus, le nom fut donné plus tard à tous les enfants d'Israël. Les autres tribus étaient celles de Dan, de Nephtali, de Gad, d'Azer, d'Issachar, de Zabalon, de Benjamin, et celle de Joseph divisée en deux tribus, Éphralm et Manassé, ce qui faisait treize.
La mer Ronge et le désert
Cependant les Égyptiens, revenus du coup qui les avait frappés, brûlèrent d'assouvir leur vengeance.
* Devant les hommes d'aujourd'hui rien ne prouve mieux le earaetère populaire du mouvement des Hébreux que ces paroles du texte : Sed et vulgus promtscuum innumerabile ascëndit cum eis. (Exod. xii, 26,) — Il est hors de doute que si les Hébreux n'eussent pas été armés et n'eussent pas fait preuve de force, cette moltitude, ce tulgus innumerabile ne se serait pas joint à eux.
1 Eh quoi I s'écria le pharaon, nous avons laissé partir Israël, tios esclaves I » Mais tandis qu'il assemblait son armée et ses chariots de guerre, les Hébreux se h&taient à travers un pays coupé de montagnes. En tête de tout le peuple, et pour éviter que les diverses bandes ne prissent de fausses routes, un grand feu fut disposé à Taide de matières résineuses qui, de nuit, faisaient apercevoir une vive flamme, et de jour, une épaisse vapeur. Alexandre eut recours à ce moyen ' » les Arabes en usent encore ainsi ; et Thistorien sacré, lui-même, nous force à prendre cette idée de la colonne conductrice, car, loin de marcher seule, elle était dirigée par les hommes qui connaissaient le mieux le pays, c Je t'en prie, dit-il à son beau-frère Hobab deMadian, ne nous quitte point, tu nous serviras de guide, attendu que tu connais tous les lieux où nous aurons à camper dans le désert. Nous te récompenserons plus tard de tes soins ^. »
Les Hébreux ne suivirent pas le chemin le plus court pour aller dans la terre promise, afin de ne pas se placer aussitôt entre des ennemis puissants. Après avoir remonté vers risthme de Suez, ils firent comme un crochet qui les ramena au midi, vers la mer Rouge. La première pause fut dans un lieu nommé Succoth (tente) , à cause des tentes qu'on y dressa ; la seconde fut à Étam. Moïse commanda ensuite un nouveau circuit, pour donner le change à Tennemi, en lui suggérant que les fugitifs s'étaient perdus dans le désert' . Le camp fut porté dans un espace compris entre la mer Rouge et la chaîne de montagnes qui se prolonge sur les bords de cette mer \ La position était d'autant plus favorable qu'elle devait empêcher l'armée du pharaon et ses chariots de guerre de s'étendre, et faciliter, en cas d'attaque subite, la